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THE OSCHOLARS LIBRARY
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STAGING SALOME : DIRECTOR’S NOTE ACCOMPANYING
THE 2008 SWISS PRODUCTION
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Comédie de Génève. 22nd
January to 10th February, Théâtre Kléber-Méleau, Lausanne,19th to 27th February; Théâtre
du Passage, Neuchâtel 15th & 16th March
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Annie
Bisang
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[This is reproduced by kind permission of
Madame Bisang.]
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Dans mes
recherches autour de cette œuvre singulière d’Oscar Wilde, une référence
s’impose. Le film muet de Charles Bryant réalisé en 1923 à Hollywood avec la russe Alla Nazimova dans le
rôle de Salomé. Le film connaît à l’époque un échec public. Pourtant Nazimova est une star du moment à l’égale de la Duse ou
de Sarah Bernhardt.
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Le décor
théâtral sous l’influence de l’Art Nouveau, réalisé par l’adaptatrice de la
pièce de Wilde, Natacha Rambova, l’excentrisme des
costumes et coiffures, le jeu des acteurs délicieusement ambigus, confèrent à
cette version de la pièce une fraîcheur et un humour inattendus qui
n’enlèvent rien ni à la cruauté du mythe ni à l’étrange inconfort de la pièce
de Wilde.
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Le poème très
concentré de Wilde inspiré de Flaubert et de Maeterlinck offre un champ de
jeux multiples entre symbolisme, humour noir et décalages burlesques sans
renoncer à la brutalité des confrontations entre Salomé et Hérode, figure de
pouvoir malicieusement contemporaine, et le redoutable prophète Iokanaan qui n’a rien à envier aux sinistres intégristes
de notre époque.
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Truffé
d’oxymores aux emboitements vertigineux, la pièce de Wilde traduit
l’insolente virtuosité d’un artiste précurseur d’un « art de la
catastrophe », à l’instar d’un de ses brillants compatriotes actuel,
Howard Barker, dont j’ai eu le bonheur de monter les œuvres à deux reprises.
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C’est dans cette
continuité que s’inscrit le désir de ce projet, celui d’un théâtre soucieux
d’une démarche formelle contemporaine qui provoque plus de division que de
consensus, plus de rage que d’autosatisfaction.
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Mon attachement
depuis toujours au silence au théâtre fait pencher aujourd’hui ma curiosité
vers ce cinéma muet peuplé d’une faune inconsciente et de forces
souterraines, les mêmes peut-être qui semblent sourdre de la volcanique
Salomé de Wilde.
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Mon enfance,
bercée par les cabrioles tragiques de Charlot, Laurel et Hardy ou encore
Buster Keaton, revient me donner le goût de ces mythes contemporains où
l’innocence triomphe du pouvoir et se moque avec un orgueilleux panache de sa
propre vulnérabilité.
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N’est-ce pas
d’ailleurs ce même paradoxe de l’enfance toute puissante dans laquelle se
projette Wilde sous les traits de son héroïne princière à quelques heures de
se faire écraser par la machine judiciaire lors du sordide procès pour
homosexualité, qu’ironie du sort, il aurait évité s’il n’avait pas préjugé de
ses forces de dandy flamboyant en attaquant le père de son jeune amant.
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Wilde/Salomé ne cesseront jamais de
cohabiter dans cette figure violemment charnelle. Le silence
enveloppera cet univers où la parole jaillit comme une lave impossible à
contenir, entraînant chaque protagoniste vers des excès aussi enivrants que
destructeurs.
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Un pouvoir défié par la jeunesse en éveil
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La pièce de
Wilde est un mille-feuilles gourmand élaboré à
partir du mythe lacunaire de Salomé. Histoire ancestrale, naissance du
christianisme, provocation du plus faible envers le plus fort, Wilde se
délecte d’une trame à peine évoquée dans la Bible pour y tisser ses
projections biographiques et ses coups de griffe envers la société
victorienne.
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Mais son trait
léger d’esthète insolent exacerbe son talent de poète et révèle une
profondeur shakespearienne dans une œuvre à laquelle la figure de Salomé doit
sa persistance à travers les décennies.
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De toutes les
résistances, celle dont le pouvoir a de tout temps eu du mal à triompher
dignement, c’est de celle de la jeunesse quand celle-ci se montre lucide,
indocile, mue par désir de vivre inextinguible.
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La Salomé de
Wilde tord le cou à l’image caricaturale de la femme fatale pour en finir
avec elle. Ici, Salomé est son propre sujet et, à l’instar des jeunes
révoltés des banlieues où des tribus de « émos »
revendiquant une sensibilité à fleur de peau, elle préfigure, indomptable et
sans concession, la pierre d’achoppement contre laquelle bute le pouvoir
réduit à l’exercice d’une vaine répression.
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Wilde célèbre
l’éveil du désir, sa subversion dans des corps jeunes et vierges de tout
calcul. Avec son allure solide et entière, sa voix chaude et passionnée, la
jeune Lolita Chammah sera cette adolescente fauve
et fragile, prête à tout plutôt que de renoncer à l’appel puissant de
l’inconnu. Telle Juliette, c’est avec la mort en définitive qu’elle danse ses
épousailles avec elle-même.
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