Bulletin Bimestriel de la Société
Oscar Wilde
Numéro
2 : Avril/Mai 2006
Groupe fondateur : Lou
Ferreira, Danielle Guérin, D.C. Rose, Emmanuel Vernadakis.
TABLE
Pour
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1. Éditorial – April is the cruellest month
2. Le mot de Donald Mead
3. Publications :
Oscar Wilde – Nouveaux essais de littérature et d’esthétique.
Tzvetan Todorov – Les aventuriers de l’absolu.
Pascal Aquien – Oscar Wilde, les mots et les
songes.
Thierry Rodange – Le diable entre au confessional : biographie de Hugues
Rebell.
Stéphane Mallarmé – Edouard Manet.
Albert Thibaudet – La poésie de Stéphane Mallarmé.
Jean Lorrain – Histoires de masques.
Roger Bastide – Anatomie d’André
Gide.
Revue Europe – Marcel Schwob.
4. Conférences
5. Théâtre
Productions récentes
Flaubert –
Hérodias
Productions en cours
Sarah – Clermont-Ferrand
L’Importance d’être Constant – Oriel de Varces –
Grenoble
Le Fantôme de Canterville - Théâtre des Gros Becs
– Québec
La Chouette enrhumée – Petit Théâtre de la Jeunesse – Liège
6. Wilde, Version Française
Danielle Morris – L’Ami de Bunbury
Christian Morris – Oscar Wilde, la crypte et le fantôme
7. Wilde et la Quinzaine Littéraire
8. Cinéma, télévision, radio, DVD, CD
TV – La ligue des gentlemen extraordinaires.
DVD - Le Portrait de Dorian Gray
CD - Franz Schreker : Der Geburstag der Infantin (L’Anniversaire de l’Infante)
9. The Wildean - Intentions
April is the cruellest month.
Oscar Wilde ne connaissait pas le premier
vers du poème de T.S Eliot, The Waste Land (1922) – en français, La Terre Vaine - or, avril lui fut un
mois particulièrement cruel.
Le
En ce mois
d’avril 1895, le destin de Wilde bascule. Il n’en mourra pas, mais sa vie,
désormais, est fracassée. À sa sortie
de la geôle de Reading, deux ans plus tard, il ne restait que cendres et
poussières de son passé de porphyre. Libre, Wilde, les dissimula sous un
masque – celui de Sebastian
Melmoth – pour les emporter en France où il espérait
« retrouver son expression ».
Les bagages se
révélèrent vite inutiles. La sentence prononcée à son encontre avait rendu pour
lui toute terre vaine. Ainsi qu’il l’avait écrit dans De Profundis :
« Toutes les sentences sont des
sentences de mort ».
À Paris, Wilde repose aujourd’hui au
Père-Lachaise. Jacob Epstein, qui connaissait son goût des masques, lui en
façonna un dernier : un sphinx en plein vol, figé sur son sépulcre. En
souvenir, peut-être, de ce cruel avril 1895, ce sphinx a
les yeux clos. Il refuse de regarder les lilas refleurir en avril. Il ne voit
pas, non plus, les pèlerins candides qui scellent son solipsisme de leurs
rouges baisers. Icône païenne adorée pour ce qu’elle n’est pas, ce masque
funéraire de Wilde a le regard tourné vers l’intérieur ; il fixe le
mystère fondamental d’une destinée qu’il essaie de comprendre. Le bloc de roche
dans lequel il est taillé vient d’un jardin merveilleux dont chaque pierre
cache en elle un phénix.
DG/EV
Président (Chairman) de The Oscar Wilde Society
The Oscar Wilde Society was founded in 1990 and from the beginning has had a significant proportion of French members. Despite occasional pressures for it to change direction and become ‘political’ it has remained steadfastly a literary society devoted to the congenial appreciation of Oscar Wilde, his life and his works.
The creation of a branch in
The
Société aims to advance knowledge of Wilde’s circle in his
News
of French books about Wilde and his circle, theatrical productions, films and
exhibitions will now be available to us much more readily than before. We look forward to working together on
Wildean studies and research, and to joint events where we can enjoy
Anglo-French co-operation in the congenial appreciation of Oscar Wilde.
*
The
Oscar Wilde Society a été fondée en 1990, et depuis le début,
elle a compté un nombre significatif de membres français. En dépit de certaines
pressions occasionnelles pour lui imprimer une orientation plus politique, elle
est fermement demeurée une société littéraire consacrée à l’appréciation d’Oscar
Wilde, à sa vie et à ses œuvres.
La création d’une branche parisienne –
La Société Oscar Wilde – par des fondateurs enthousiastes, se situe dans une
logique de développement particulièrement bienvenue. Outre ses programmes
habituels de conférences, d’entretiens et de discussions, The Society propose régulièrement
des visites de lieux associés à Wilde, où marcher sur ses pas sous la conduite
d’un guide mène à une compréhension plus intense de sa vie. La première visite
de la Société à Paris en 1993 fut suivie de visites à Dublin, Dieppe, Berneval, New York et Gênes.. Ces
villes font régulièrement partie de notre programme de visites, et les
publications de la Société incluent de courts petits guides destinés à ses
membres.
Les ambitions de la Société, branche
française, sont de faire progresser la connaissance de Wilde et de son cercle
pendant sa période parisienne, et de célébrer les liens littéraires – tant dans
sa vie que dans ses œuvres – unissant l’Irlande, la France et Londres. Cela
signifie, je n’en doute pas, que le savoir des membres de la OWS, comme leur
compréhension intime de Wilde, celle, particulièrement, du temps qu’il passa à
Paris, s’en trouveront enrichies.
Les nouvelles parutions de livres
français consacrés à Wilde et à son cercle, les productions théâtrales, les
films et les expositions, seront désormais plus accessibles à chacun. Nous espérons
vivement joindre nos efforts autour de la recherche et des études wildiennes, et jouir de cette coopération anglo-française
pour une plaisante appréciation d’Oscar Wilde.
Oscar Wilde - Nouveaux essais de littérature et
d’esthétique : 1886 – 1887 – traduit de l’anglais par Albert Savine – Editions du Sandre, Paris, 2006
ISBN 2-914958-36-6
Cette publication qui regroupe des
chroniques publiées notamment dans Pall Mall Gazette, fait suite aux essais publiés en mai 2005
aux Editions du Sandre, sous le titre Essais de littérature et
d’esthétique : 1855 – 1885 – traduit de l’anglais par Albert Savine – avec une préface de Laure Defiolles.
ISBN 2-914958-11-0
*
Tzvetan Todorov – Les aventuriers de l’absolu – Editions Robert Laffont,
Paris, 2006 –
ISBN 2-221-0996860
Compte-rendu de l’ouvrage de Tzvetan
Todorov :
« Les aventuriers de l’absolu »
(Robert Laffont, 2006)
1) L’expérience et la recherche de Todorov
2) Les points communs des trois
auteurs choisis : Wilde, Rilke, Tsvetaeva
3) Leurs divergences
**************
1) L’expérience et la recherche de Todorov
Quelques notes du concerto « La Notte » de Vivaldi vont entraîner Tzvetan
Todorov dans une réflexion sur l’investissement artistique quand il se veut
d’abord instant divin de plénitude. Il décrit avec une simplicité nécessaire ce
qui constitue selon lui la suspension d’une émotion qui permet à l’humain –
être fini – de s’approprier une expérience de l’ordre de l’infini.Mais
pour vivre cet instant rare et absolu, il faut pouvoir se détacher des codes pré-définis par la société qui nous imposent le sacré ou le
sublime au lieu de nous permettre cette recherche intérieure, qui seule, nous
offrira la sensation de vivre dans un au-delà, dégagé de l’influence de toutes
extériorités aliénantes.
Un instant qui se chargera de transformer
notre être. Définitivement.
Si l’auteur choisit Wilde, Rilke et Tsvetaeva, c’est parce qu’ils sont, selon lui, trois
véritables « aventuriers de l’absolu » : ils ne respectent aucun
chemin balisé, possèdent une volonté hors du commun de détruire des
déterminations artistiques, sentimentales ou politiques quitte à détruire leur
vie et celles de leurs proches. Ce sont « des explorateurs de
l’extrême » (p.16)
2) Les points communs des trois auteurs
choisis :
Hormis la déchéance physique et morale ou
le suicide, ces trois auteurs ont cru de par leurs passions éthiques et
artistiques, réaliser seuls leur propre existence en se conformant à leurs
principes individualistes. Todorov note p.197 : « Tous trois souffrent
de ne pouvoir établir une continuité entre des entités qui pourtant n’existent
pas isolément : soi et autrui, pour Wilde, création et existence pour
Rilke, être et exister, sublime et quotidien pour Tsvetaeva. ».
Mais cela ne les empêche nullement de redonner une dimension vitale à
l’engagement dans le monde de l’art. Leur conception particulière de l’art en
tant que grand stimulant de la vie, se conjugue avec leurs passions, les fins
de l’intérêt particulier, et une satisfaction de l’égoïsme (qui n’est guère
incompatible avec l’altruisme dans les trois cas).
Leur force résidera alors en ce
point : ils ne tiennent compte d’aucune limite que leur imposent le droit
et la moralité. Et cette force constituera dans un même mouvement une suite de
déraisons et de violences qui ruinent certains projets et les jettent dans une
affliction morale destructrice. La force se fait faiblesse, et les conduit à l’impasse. Vu de près.
Vu de loin, il nous semble difficile de
ne pas songer à la notion de l’esprit libre nietzschéen – en
particulier dans « Zarathoustra » quand il s’agit de mépriser
l’humain trop humain pour vénérer le surhumain. Todorov fait de nombreuses
références à Nietzsche qui, lui-même, a sacrifié bonheur, confort, honneurs et
amitiés pour finir par trouver quelque chose de bien supérieur à ces
satisfactions pitoyables : une justification de son existence.
Mais, pour ces trois auteurs, Todorov va
mettre à jour une thèse fondamentale – sans toujours l’élaborer clairement
– : avec du recul, chaque individu particulier, qui croit agir selon
l’impulsion de sa propre passion, permet malgré lui, l’édification d’une œuvre
plus universelle. Il faut donc savoir en payer le prix fort, sacrifier
a priori des individualités pour le bonheur ultime d’autres humains.
3) Leurs divergences :
Si, pour Wilde il s’agit d’être une œuvre
d’art ou de mettre au monde une œuvre d’art, il ne faut pas davantage négliger
l’épanouissement de soi. Or, à la différence de Wilde, pour Rilke, la vie ne
doit pas être belle. Elle doit être consacrée entièrement à la vie artistique.
Si Wilde s’égare parfois dans ses nombreuses conquêtes sexuelles et
sentimentales, il les assume jusqu’au bout. Rilke, lui, multipliera peut-être
ses conquêtes, mais en éprouvera régulièrement un tel dégoût que sa dépression
s’accentuera au fil des ans. Il faut tout sacrifier pour l’art, être au service
de l’art et se condamner à la solitude pour la mise au monde de toute création
artistique.
Lorsque Wilde se complaisait souvent dans
la vie mondaine en distillant sa verve entre deux verres de champagne et
quelques bouquets de lys, Rilke fut incapable de rechercher à tout prix la
renommée parce qu’elle ne pouvait que détruire le besoin intérieur de création,
au profit d’intérêts extérieurs qu’il exécrait.
Il en est tout autrement de Tsvetaeva.
La création artistique ne se situe pas au
sommet des activités humaines, mais elle reconnaît que la poésie en particulier
doit révéler le monde, à l’aide des « spécialistes du monde » ;
les savants, les ouvriers ou les paysans. La seule supériorité de la poésie sera de pouvoir se projeter à l’intérieur des
êtres et des objets « pour restituer leur âme et non seulement leur
corps » (p.146). (Pour la poésie, la Russe Tsvetaeva
– sous le régime bolchevique – va laisser une de ses filles mourir de faim et
d’épuisement, et finira par se suicider en 1941 pendant l’invasion allemande).
En somme, Wilde, malgré « De
profundis » et « La ballade de la geôle de Reading », sera
incapable de produire d’autres œuvres à cause de l’absence de mondanité dont il
se nourrissait, et le refus de vivre dans la pauvreté et sans amour. Rilke
abandonnera femme et enfant, fuira toutes ses amantes et la célébrité au profit
d’un dessèchement du cœur pour « magnifier l’art », tandis que Tsvetaeva, (même si elle aspire à s’identifier à elle-même
et personne d’autre), n’aura de cesse de se préoccuper des êtres humains,
malgré la mort de son enfant, et dans une misère absolue : « Ce que
j’aime par-dessus tout au monde, c’est l’être humain, l’être vivant, l’âme humaine – plus que la nature, plus que l’art,
plus que tout. » (p.151)
Pourtant, il a bien fallu qu’à un moment,
ces trois auteurs aient vu leur amour-propre satisfait, parce que leur passion
était à l’origine de toutes leurs actions. Toutes les fibres intérieures
de leur vouloir se sont concentrées pour réaliser leur Art.
Et Todorov de rappeler :
« En des temps troubles et
dévorants, l’Art est nécessaire ; Rilke, mais aussi Wilde, Tsvetaeva et tant d’autres aident chacun à mieux penser et
diriger son existence » (p.252)
Voilà qui justifie pleinement une épopée wildienne…
« Rien de grand dans le monde, ne
s’est accompli sans Passion. »
(Hegel, Leçons sur la philosophie de l’histoire).
Lou.
F
*
Pascal Aquien – Oscar Wilde : les mots et les songes – Editions Aden, Croissy-Beaubourg (Seine et Marne) – collection Le Cercle des poètes disparus, 2006.
ISBN 2-84840-080-3
Professeur de littérature anglaise à l’Université de Paris IV Sorbonne, Pascal Aquien a publié de nombreux articles et travaux, en particulier sur Auden et Wilde. Dans cette biographie, il s’attache à démontrer l’intérêt d’Oscar Wilde, tant pour la puissance des mots que pour son exigence en tant qu’homme de lettres.
*
Thierry Rodange – Le diable entre au confessionnal : biographie de Hugues Rebell – Éditions Alteredit, Paris, 2006. ISBN 2-84633-091 - 3
Parallèlement à cette biographie, les éditions Alteredit publient trois romans d’Hugues Rebell dans leur collection « Les auteurs français 1900 » : La câlineuse, La brocanteuse d’amours et Baisers d’ennemis. (ISBN 2-84633 – 091 – 3, 2-84633 – 092 – 1, 2-84633 – 093 –X)
*
Stéphane Mallarmé – Edouard Manet – illustrations d’ Edouard Manet – Edition de Isabella Checagglini – Editions l’Atelier des brisants, Mont-de-Marsan, 2006
ISBN 2-84623-081-1
Albert Thibaudet – La poésie de Stéphane Mallarmé – Gallimard, Paris, 2006
ISBN 2-07-077740-5
*
Jean Lorrain – Histoires de masques – Editions Ombres, Toulouse, 2006 – Petite Bibliothèque Ombres n° 152
*
Roger Bastide – Anatomie d’André Gide – préface de Claude Ravelet – Editions l’Harmattan, 2006
ISBN 2-296-00044-4
*
La revue Europe consacre son numéro 925 à Marcel Schwob – Europe, Paris, 2006 –
ISBN 2-910814-99-8
Par ailleurs, à l’occasion de l’exposition organisée par la Bibliothèque de Nantes, les éditions Le Promeneur publient un album Marcel Schwob, l’homme au masque d’or (2006) qui rend hommage à l’auteur à travers de nombreux documents, essais, textes et images
ISBN 2-07-077746-4
On trouvera un article de Thomas Regnier consacré à cet ouvrage dans Le Magazine Littéraire d’avril n°452, p.19.
*
Dans le cadre du 46e Congrès de la SAES
(Société des anglicistes de l’enseignement supérieur), qui se déroulera à
Nantes les 12, 13 et
Vendredi 12 mai à
Vendredi 12 mai à
Vendredi 12 mai à
Samedi 13 mai à
Productions récentes
Hérodias, d’après Gustave Flaubert,
Du 18 au
Adaptation
et mise en scène de Olivier Poujol
Chorégraphie
de Damiano Foà & Laura Simi
Images
de Laurent Mathieu
Compagnie
de l’Élan Bleu
Avec
Soraya Djebbar, Pierre-François Doireau,
Stéphane Fauvel,
Damiano Foà, Bruno Noël, Laura Simi,
Gilles Szafirko.
Productions en cours et à venir
Sarah, de John Murrel
Adaptation
Théâtrale de Eric-Emmanuel Schmitt
Mise
en scène : Xavier Marduel
Avec
Jean-Yves Lenoir et Marie Françoise Savary
Du 11 mars au
Théâtre Le Valet de Cœur – Clermont Ferrand
Cette pièce, qui a été donnée
en 2003 au théâtre Edouard VII à Paris, avec Fanny Ardant et Robert Hirsh ,
met en scène le dernier été de Sarah Bernhardt alors qu’elle dicte ses mémoires à son
secrétaire Georges Pitou. Elle évoque à cette
occasion certains des personnages qui ont traversé sa vie : sa mère,
l’impresario Jarrett qui organisa sa tournée
américaine, et Oscar Wilde.
*
Le
Compagnie Les Aériens du spectacle – Mise
en scène : Fabien Escalona – Lumières :
Elodie Llinares – Costumes : Gisèle Madelaine – Assistant technique : Yann Bertrand –
Chorégraphie Tango : Smahane Sola
Avec Madey Antoniolo : Miss Prism
– Charly Escalona : révérend
Chasuble – Anne-Sophie Galinier: Gwendolen Fairfax – Hélène
Gaud: Lady Bracknell – Stéphane Pachurka: Algernon
Moncrieff – Bernard Py:
Mr Grisby – Olivier Quin: John
Worthing – Chrystel Rochas: Cecily Cardew
– Laurent Saucy : Lane,
Merriman
Avis critique :
Lorsqu’un proche du metteur en scène
Fabien Escalona eut l’heureuse indiscrétion de nous confier que ce dernier était âgé de 19 ans. Nous étions
inquiets. Mais, dans sa lancée, il complète : « Et puis, vous savez,
ce n’est pas sa première mise en scène, entre-temps il a eu son bac avec un
20/20 en Philosophie et maintenant il est polytechnicien. »
Restons zen.
Après tout diriger une troupe de
comédiens, même aguerris, pour interpréter
« L’importance d’être Constant » requiert ingéniosité, diction
parfaite, rythme exténuant ; des situations, des décors et des costumes que
l’imagination doit exalter pour nous étourdir d’intelligence psychologique et
artistique !
Pourtant, imaginez : sur la scène,
ils ont mis en place un joli sofa couleur ocre, des rideaux assortis, deux
chaises et une desserte…L’essentiel du décor est planté ; on sait au moins
que l’on ne va pas jouer « En attendant Godot »
quelle que soit la qualité bouleversante du texte de Beckett.
De plus, si l’on espérait retrouver les
protagonistes de la pièce à l’époque victorienne, avec quelques ombrelles et
des hauts-de-forme, c’était sans compter sur la
liberté du texte de Wilde qui s’est toujours voulu sans unité de temps et de
lieu et que Fabien Escalona va adapter dans une toute
autre époque : les années 1960. Celles où l’on retrouve ces conflits inter-générationnels, où les valeurs morales et les goûts
artistiques de la jeunesse agressaient leurs aînés de façon plus prononcée
qu’aujourd’hui (en Europe).
Mais il s’agit d’Oscar Wilde.
La mémoire en alerte, les dents acérées,
vous guettez les premières erreurs, réalisant dans un même mouvement à quel
point le sacré et la notion de liberté se violentent en permanence pour l’amour
du verbe wildien. Alors, dans un tourbillon coloré et
dansant, les comédiens enjoués vont se suivre, s’agresser, se caresser avec une
contenance que vous n’attendiez pas. À aucun moment l’esprit, le texte et ses
rebondissements réjouissants ne seront trahis dans leur bouche et leurs
intonations. L’essence ontologique wildienne est
toute là.
Les acteurs, pour une Première, étaient
certes tendus, bafouillaient parfois ou avaient quelques extinctions de voix
passagères. Mais ce qui est très vite réconfortant, c’est la rage et la force
mêlée à cette apparente légèreté dans leur comportement scénique qu’ils vont
tous réveiller dès le second acte.
Un Algernon
impétueux (et délicieusement hypocrite) – Stéphane Pachurka
– trouve sa place dès le début et
son aise apparente accompagne la verve de Wilde avec la fidélité que nous
espérions.
La détente s’installe. John Worthing – Olivier
Quin – s’impose au second acte. Sa voix porte, ses colères explosent enfin
face à un (hypothétique) frère trop encombrant et une Lady Bracknell
–Hélène Gaud – à l’allure imposante. Celle-ci, malgré ses faiblesses
vocales et une tonalité qui se devait plus autoritaire et moins monocorde, parvient à se ressaisir petit à petit,
laissant entrevoir toutes ses possibilités interprétatives pour une tante
Augusta conformiste à souhait mais non moins imprévisible dans ses répliques
–nous le savons .
Gwendolen – Anne-Sophie Galinier
– et Cecily – Chrystel
Rochas – maîtrisent leur texte, leur diction est soutenue et pourtant bien
spirituelle dans la bouche de ces deux jeunes filles particulièrement
séduisantes dans leurs multiples tenues affriolantes et très colorées…Leur
rivalité temporaire est ingénieusement exprimée dans une danse que seul le
tango pouvait accentuer avec beaucoup de classe. Il fallait y penser…
Miss Prism – Madey Antoniolo –
et le révérend Chasuble – Charly Escalona –
sont parfaitement crédibles ; tant dans leurs maladresses pré libidinales,
que dans les tenues choisies avec soin par Gisèle Madelaine.
Même le trac évident de Madey Antoniolo
finit par convaincre qu’il s’agit là d’une maladresse toute puritaine !
Le majordome – Laurent Saucy – tire son épingle du jeu avec beaucoup
d’aisance à la campagne surtout…Et pour finir, Mr Grisby
– Bernard Py – est hilarant dans son hébétude
volontairement ridicule. La réaction du public est encourageante parce qu’elle
rend hommage une nouvelle fois au génie de Wilde, pour la simple raison que
l’on quitte les mots d’Oscar enivrés et heureux. Avec l’impression d’être
intelligent.
Le principal regret ? C’est que les
habitants de Varces aient peut-être préféré jouer au
baby-foot ce soir-là, en dépensant plus d’argent qu’ils ne l’auraient fait pour
cette ultime révérence théâtrale d’Oscar Wilde à l’Oriel.
Ils ont donc beaucoup perdu.
Lou.
F
*
du 29 mars au 1er avril 2006 à
Texte,
interprétation et mise en scène :Véronique Daudelin, Jean-François Hamel, Olivier Normand, et Kiervi Thienpont.
Directeur de
jeu : Carole Cassistat
Décors : Émily Bélanger et Laurent Canniccioni
Costumes :
Valérie Gagnon-Hamel
Musique :
Mathieu Campagna
Chorégraphie :
Harold Rhéaume
Éclairages :
Maude Béty
Le Théâtre des 4 coins a vu sa production
du Fantôme de Canterville récompensée à deux
reprises lors de l’édition 2006 de la remise des prix « Rideau » et
« Roseq » (réseau des organisateurs de
spectacle de l’est du Québec). Il s’agit d’une compagnie qui s’adresse
essentiellement aux adolescents. Le Fantôme de Canterville
est la toute première création du Théâtre des 4 Coins qui nous propose un
voyage qui fait appel à l’imagination, dans un univers inventif et coloré entre
campagne anglaise et manoir hanté.
*
du 24 mars au
La
Chouette enrhumée, de Gérard
Condé, est un opéra en un acte et sept tableaux
pour petites et grandes personnes, adapté du conte d’Oscar Wilde Le Géant Égoïste. Le livret est de Sugeeta
Fribourg. L’œuvre a été créée en 1997, à Paris, avec l’ensemble 2E2M placé
sous la direction de Paul Méfano. Elle est écrite
pour 5 chanteurs, un chœur d’enfants et 5 musiciens : flûte, clarinette,
piano, violon, violoncelle.
Un enregistrement CD audio de cette œuvre
existe aux éditions Textivore.
En outre, le livret original intégral de ce conte musical est paru en
2004 aux éditions Premières Loges (Collection Opéra d’aujourd’hui, n°9) avec un
commentaire littéraire et musical de Jean-François Boukobza.
Danielle Morris : L’Ami de Bunbury, éditions des écrivains,
2004, ISBN 2-748060527-9
« Vous vous
appelez Bunbury ?
Oui, mon nom est Bunbury Kingsberry.
Et vous prétendez, ou plus exactement
vous affirmez pouvoir me raconter la vie d’Oscar Wilde, car non seulement vous
le connaissiez, mais vous étiez son ami.
[…]
Exact […], et sans moi vous ne pourriez écrire ce livre. Alors,
écoutez-moi raconter l’histoire d’Oscar […] Oubliez le temps,
écoutez-moi ; laissez-moi vous emporter par la magie d’un amour
immortel. »
C’est au travers du malade chronique de L’importance
d’être Constant, par la bouche de cet ami imaginaire obstinément moribond,
que Danielle Morris a choisi de raconter la vie d’Oscar Wilde.
« J’ai eu depuis longtemps une sorte de relation quasi obsessionnelle avec Oscar Wilde », avoue-t-elle. « Bien sûr, je sais que je ne suis pas la seule à penser qu’il habite chez moi, mais il commençait à prendre beaucoup de place […] Pour mettre un peu d’ordre, j’ai décidé d’écrire quelque chose sur lui. La biographie s’imposait, mais il y en avait tant d’excellentes, à commencer par le monument de Richard Ellman. […] C’est en relisant « L’importance d’être Constant » que l’idée m’est venue. […] Aussitôt Bunbury eut un visage pour moi et il accepta d’être mon excuse. J’allais pouvoir écrire une biographie « objective » sous la dictée « émotionnelle et engagée » d’un témoin virtuel exprimant une amitié éternelle. Bunbury allait me raconter l’histoire de son ami Oscar Wilde. C’est ainsi que naquit L’Ami de Bunbury. »
Christian Morris, a
été avocat pénaliste pendant huit ans avant de devenir psychothérapeute. Gagné
par la passion de sa femme Danielle pour Oscar Wilde, il lui a consacré une
conférence sur le thème « Oscar Wilde : La Crypte et le
fantôme » où il s’interroge sur les arcanes et les secrets de la famille
Wilde, en particulier à travers le sous-texte du Fantôme de Canterville.
« Á la génération d’Oscar, ce sont trois sœurs qui meurent
tragiquement pour laisser les trois frères, seuls habilités à transmettre le
nom, en présence.
C’est une jeune fille, Virginia, sœur des trois frères, qui sera amenée
à libérer le fantôme, évocation d’une Isola cryptée dans l’inconscient
littéraire d’Oscar.
« C’est vous », dit-elle au fantôme, « qui avez volé les
couleurs de ma boite d’aquarelle pour essayer de raviver cette ridicule tache
de sang dans la bibliothèque […] si bien que je ne pouvais plus peindre que des
clairs de lune, qui sont toujours tellement déprimants à regarder… »
Et la prophétie, que dit-elle ?
« Quand une fillette aux cheveux d’or
obtiendra
Une prière des lèvres du péché ingrat,
Quand l’amandier stérile retrouvera sa fleur,
Quand un enfant innocent versera des pleurs,
Le calme viendra ici élire son domicile
Et la paix sera revenue sur Canterville. »
Que veut-il ce fantôme ?
Parler du nom, indûment transmis, dès la génération de Thomas, ou
évoquer déjà la présence, dans cette fratrie, d’un enfant illégitime, écarté de
la succession.
Ah, si Virginia pouvait revenir du royaume des morts, la Crypte dans le
« moi » d’Oscar n’aurait plus lieu d’être, et le fantôme qui y habite
pourrait être libéré ou exproprié.
Oscar la ressuscite : « Virginia apparut sur le palier, très
pâle et toute blanche, un coffret entre les mains » […] Oscar croit le
fantôme libéré. C’était sa toute première histoire. Mais Isola n’est pas
revenue, et le fantôme est passé de l’écrit à l’écrivain. Et il a eu son dû.
Dans la descendance d’Oscar, les filles ne sont pas remontées sur le
bateau. Les garçons ne portent plus le nom de Wilde, le nom du Père. »
Danielle et Christian Morris écrivent
actuellement en commun une pièce intitulée « Sigmund FREUD et le fantôme
d'Oscar WILDE".
*
Pour célébrer le quarantième anniversaire
de la La Quinzaine Littéraire, nous
sommes heureux d’offrir à nos lecteurs une table des articles publiés depuis
1976 dans ce distingué bimestriel.
Celle-ci marque le commencement d’une
bibliographie française wildienne que la Société
s’est donnée pour tâche de compléter, en même temps qu’une compilation des
productions théâtrales, filmographiques et radiodiffusées françaises des œuvres
de Wilde. Pour consulter cette table suivez le lien www.irishdiaspora.net
sous la rubrique THE OSCHOLARS, puis suivre le lien Société Oscar Wilde ;
ou cliquez. .
La chaîne du câble « Cinéma
Premier » diffuse le film de Stephen Norrington (USA-2003) La Ligue des gentlemen extraordinaires,
dont Dorian Gray est l’un des héros, le mercredi 5 avril à
DVD
Un DVD du film d’Albert Lewin, Le Portrait de Dorian Gray (1945) vient de sortir chez Warner, dans la collection « Sélection Classique » - Légendes du cinéma. Avec George Sanders, Hurd Hatfield, Donna Reed, Angela Lansbury, Peter Lawford, Lowell Gilmore, Richard Fraser.
CD
Le label Nimbus consacre un
enregistrement CD au compositeur autrichien Franz Schreker,
en particulier à sa première œuvre, le ballet/pantomime Der Geburstag der Infantin
(L’Anniversaire de l’Infante), d’après Oscar Wilde, commande des célèbres
danseuses viennoises Grete et Elsa Wiesenthal. Sous
l’égide de Gustav Klimt, celles-ci se produisirent avec un vif succès sur cette
musique pour l’ouverture du Kunstschau Wien, dédié à
l’art contemporain autrichien. C’est ici la version originale de 1908 pour
petit ensemble, qui nous est offerte (l’œuvre devrait être orchestrée en 1923
pour grand orchestre).
Franz Schreker – Luzerner sinfonieorchester – direction : John Axelrod – Nimbus – réf NI 5753.
Nous vous rappelons que The Oscar
Wilde Society, Londres, vient de publier en janvier le numéro 28 de The Wildean et qu’en avril, est paru le numéro 49 du bulletin
Intentions. Si vous souhaitez recevoir ces publications, vous pouvez
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In a dim corner of my room for longer than my fancy thinks
A beautiful and silent Sphinx has watched me through the shifting gloom.
Dans un angle sombre de ma chambre, pendant plus de temps que n’en conçoit
mon imagination,
une belle et silencieuse Sphinge m’a contemplé à
travers les ondoiements des ténèbres.
La Sphinge