rue des beaux arts

 

NUMÉRO 20 : MAI/JUIN 2009

 

§8.  Approaches to Teaching the Works of Oscar Wilde.

Par Pascal AQUIEN

 

Ce livre, qui fait partie de la collection Approaches to Teaching World Literature, est, comme les autres volumes de la série, divisé en deux parties. La première, brève mais efficace, intitulée « Materials », propose, en les commentant de façon très utile, des éditions de Wilde, des sites Internet et des études critiques, que ce soit sous forme imprimée ou en ligne. La seconde, simplement intitulée « Approaches », occupe l’essentiel de l’ouvrage. Elle est faite de vingt-cinq essais consacrés à l’ensemble de l’œuvre de l’écrivain, ainsi qu’à sa correspondance et à sa vie, à partir de multiples points de vue critiques. Les essais, qui sont évidemment brefs (6 ou 7 pages), sont complétés par la liste assez longue (une quinzaine de pages) des ouvrages cités. Celle-ci, précieuse, aurait pu toutefois être organisée en sous-parties au lieu de se présenter sous une forme simplement alphabétique. Enfin, si un index des auteurs complète l’ensemble, on peut regretter l’absence inexplicable d’un index des œuvres.

Le livre commence de façon très pédagogique par un essai de Bruce Bashford, qui explique sa méthode d’enseignement. Celle-ci consiste à inférer le sens – souvent fuyant et instable – à partir du contexte en mobilisant les ressources logiques des étudiants plus que leurs connaissances critiques à proprement parler. Le second essai, de Neil Sammells, met l’accent sur les origines irlandaises de Wilde, nécessaires à la compréhension de ses positions politiques, beaucoup plus profondes et contestataires qu’il n’y paraît, et le troisième, dû à Philip E. Smith II, rend compte d’un cours fondé sur les liens féconds et nécessaires unissant Wilde, son écriture et son développement intellectuel, aux écrivains de son temps, Pater et Ruskin bien sûr mais aussi, par exemple, Nietzsche et Ibsen.

Trois essais sont ensuite consacrés à The Picture of Dorian Gray, la question étant de savoir comment enseigner, de façon renouvelée, une œuvre si célèbre. Une première réponse est donnée par Shelton Waldrep qui propose à ses étudiants une approche post-coloniale du roman, et une deuxième par Nikolai Endres qui apprend à son auditoire à analyser les codes érotiques de l’œuvre (« as a ‘gay’ text »). Une troisième réponse est mise en avant par Jonathan Alexander. Celui-ci propose de comparer le roman de Wilde avec trois de ses versions cinématographiques, dont le célèbre film d’Albert Lewin (1945), afin d’analyser la représentation, très changeante, de l’homosexualité en fonction des idéologies, les deux autres versions retenues datant respectivement de 1970 et de 1983.

Les deux articles suivants, ceux de D. C. Rose (« The Shorter Fiction Approached and Questioned ») et de Nicholas Ruddick (« Teaching Wilde’s Fairy Tales ») proposent des expériences pédagogiques originales, la première se fondant sur ce que l’auteur appelle « a quizzical approach » des nouvelles, en particulier de « Lord Arthur Savile’s Crime », et la seconde, contextualisante, visant à montrer, à partir de deux contes, « The Happy Prince » et « The Nightingale and the Rose », que les idées esthétiques de Wilde s’interprètent comme une critique argumentée de l’utilitarisme et des valeurs sociales et culturelles de l’époque victorienne.

Six essais sont ensuite consacrés à l’enseignement des comédies. Sos Eltis explique comment elle se sert de versions cinématographiques de An Ideal Husband pour s’interroger sur les rôles sociaux des personnages (par exemple, le dandy ou les femmes) et sur l’utilisation des conventions théâtrales. Melissa Knox propose une approche biographique (« A Method for Using Biography in the Teaching of Oscar Wilde’s Comedies »), Francesca Coppa explique comment Lady Windermere’s Fan anticipe le théâtre moderne et post-moderne, et Kirsten Shepherd-Barr fonde son enseignement sur les liens de Wilde avec Ibsen et la « pièce bien faite ». Robert Preissle, dans sa présentation de An Ideal Husband, invite les étudiants à lire la comédie en lien avec le film d’Oliver Parker (1999), et Alan Ackerman, qui enseigne The Importance of Being Earnest, s’interroge sur la forme, à partir d’un point de vue nourri par la philosophie (Platon, Aristote, Hegel et Bergson).

La section suivante est consacrée à Salomé, qui fait l’objet de cinq articles. Eszter Szalczer, dont l’approche est historiciste, s’intéresse au drame symboliste français en tant que genre, Joan Navarre invite les étudiants à réfléchir sur les différences entre la pièce de Wilde et l’hypotexte biblique ainsi que sur le motif du regard. Beth Tashery Shannon, qui compare elle aussi la pièce à ses sources bibliques, oriente son enseignement du côté de Beardsley, de Huysmans, Mallarmé et Gustave Moreau. Petra Dierkes-Thrun enseigne Salomé comme la mise en scène d’une transgression sexuelle et Samuel Lyndon Gladden, qui s’intéresse lui aussi à cette question, explique comment il contextualise son approche : ses étudiants découvrent les opéras de Strauss (Salomé) et de Massenet (Hérodiade), des versions cinématographiques de la pièce, dont la fameuse Salomé d’Alla Nazimova (film muet de 1923) mais aussi des œuvres graphiques et picturales (Moreau, Klimt, von Stück, etc.).

L’avant-dernière section, assez brève (deux essais), est consacrée à l’enseignement des textes critiques de Wilde, Joe Law s’intéressant par exemple à la construction du moi et à la relation du langage à la pensée, telles quelles se manifestent dans Intentions. Jarlath Killeen propose, lui, des analyses contrastées de « The Portrait of Mr. W.H. » (par exemple historiciste et déconstructionniste) en laissant aux étudiants la responsabilité, argumentée et justifiée, de leur propre interprétation.

La dernière section est consacrée aux procès de Wilde et à ses derniers écrits. Des questions telles que l’identité sexuelle et la conscience gay sont évidemment au centre des enseignements ici évoqués. S. I. Salamensky invite les étudiants à s’interroger sur le rôle de l’artiste dans la société, sur le comportement sexuel et le système judiciaire, et Frederick Roden enseigne « The Soul of Man under Socialism » et De Profundis en lien l’un avec l’autre, en les considérant comme des textes d’essence religieuse (le socialisme chrétien dans le premier cas et l’individualisme christique dans le second). Pour sa part, Heath A. Diehl propose une approche comparative de De Profundis et de la pièce de Moisès Kaufman, Gross Indecency ; il s’intéresse également à la théorie queer et à l’histoire de la sexualité.  Enfin, Joseph Bristow fait état de son enseignement de The Ballad of Reading Gaol dont il analyse les nombreux hypotextes, ou encore l’histoire de la publication et de la réception.

Cet ouvrage de belle facture, à la fois dense et d’une consultation plaisante, ouvre un champ de réflexion passionnant sur l’enseignement de Wilde. Il a également le mérite de multiplier les points de vue, non seulement critiques mais aussi pédagogiques. Il est en ce sens une mine d’idées pour les professeurs comme pour les étudiants. Une lecture à ne pas manquer. 

    Pascal Aquien
 Professeur à l’Université de Paris IV-Sorbonne

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