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Numéro 20 : MAI/JUIN 2009
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§12. reginald Turner – LA
VIE HEUREUSE
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Par Véronique Wilkin
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Londres,
1912. Reginald Turner annonce à ses amis sa décision de quitter
l’Angleterre. Un départ comme les autres, Reggie est presque toujours en
voyage. C’est une manie de ne pouvoir
s’installer nulle part. Paris, Dieppe, Londres, Florence…. C’est le tour du monde chic et huppé, pour employer
ce petit mot désuet qui va bien à l’air de son temps, où promener sa
solitude, celui des beaux hôtels de la Riviera, des villas nichées sur la
colline de Fiesole ou au bord du lac de Genève. Mais
là, c’est différent : Reggie
pense partir pour longtemps
sans préméditer qu’il s’enfuit à
jamais. |
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Ce départ, un
de ses personnages l’a déjà annoncé dans un de ses premiers romans, The comedy of Progress « I shall settle somewhere (on the continent).
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Il n’est déjà plus un jeune homme, la quarantaine entamée, une douzaine
de romans à son actif qui n’ont recueilli qu’un succès d’estime, et une vie
pleine à ras bord de souvenirs qui refusent de dormir et lui font à l’âme un
creux que seule la distance pourra apaiser. Des souvenirs trop vivaces et un passé qui déborde sur le présent comme une eau
sombre ; il pressent le danger de son recouvrement. Il pressent que le
désastre de 1895 va connaitre un
nouvel avatar, comme si le dragon que l’on avait cru terrassé avait repris
suffisamment de force pour achever les survivants. Pourtant, depuis la belle fête, donnée en 1908 au Ritz de
Londres, en l’honneur de Robert Ross, Robbie, et de son exemplaire travail
d’exécuteur testamentaire de l’œuvre d’Oscar Wilde, on pouvait penser que
tout était réglé, que la vie avait repris le plissé des jours
simples, que le nom d’Oscar était redevenu le nom d’un écrivain, et que, le
temps passant, la valeur de l’écrivain finirait par faire oublier le reste.
Que l’eau noire ne remonterait plus,
refluant d’on ne sait quel enfer,
pour salir et tuer. |
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Mais les choses ne se passent pas ainsi. Elles ne passent pas pour ceux qui ont vécu
au plus près l’affaire Wilde. Le temps est toujours figé autour de vieilles
lettres, de vieux secrets. Reggie, ami
intime de Robbie, vivant à quelques mètres de lui, au 13 Lower Grosvenor
Gardens, connait l’existence de ces pages, de ces lettres, écrites de la main
de Wilde, il sait que dans ces pages et dans ces mots il y a de quoi
faire le lit du mal, que ces secrets exigent une délicatesse
d’alchimiste pour être révélés. Il sait aussi que ces pages et ces mots secrets
finiront par être livrés à l’appétit grossier du public et de la justice,
exposés à toutes les salissures et les incompréhensions d’un scandale. Faute
de ne pouvoir l’empêcher, il refuse d’assister au pire. Il a décidé que son
temps était venu, le temps de s’éloigner, de ne plus écrire de romans qui ne
rencontrent que le vide d’un succès mondain, de reprendre souffle loin du nid
de vipères tressés autour de ceux qui depuis sa jeunesse étaient ses
plus proches amis. Robbie and Bosie, il les laisse achever de se
détruire, seuls. |
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Ce départ en exil lui fait remonter le temps. C’était en 1895, au moment
de son premier exil, celui du train prit avec Robert Ross, celui de la fin de
leur monde : Oscar Wilde venait d’être condamné à deux années de travaux
forcés. Tous ceux qui étaient liés à lui étaient menacés par la furie de
justice vertueuse qui avait pris l’Angleterre. Reggie avait subi de lourdes
pressions de la part de sa famille, cette famille invisible mais soucieuse de
respectabilité, qui maintenant que l’écrivain à la mode était sous les
verrous et sa mode
un sujet d’opprobre, le menaçait de lui couper les vivres s’il
s’avisait à le soutenir. Reggie avait durement ressenti ce que c’était que de
devoir rendre des comptes et ne plus pouvoir défendre trop publiquement son ami. Cette leçon n’était ni la première
ni la dernière qu’il apprendrait auprès d’Oscar. Les leçons
les plus importantes de sa vie, les plus dures et les plus lumineuses
aussi. |
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Presque vingt ans ont passés, Robbie est devenu le gardien attitré et
respecté de la mémoire d’Oscar. Lui, plus modestement, reste le gardien de sa
mort. |
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Cela exige une autre sorte de fidélité.
On fuit pour se sauver, on fuit
pour rester fidèle. En fuyant, Reggie sait qu’il reste fidèle à Oscar.
Il lui faudra le défilement des rails, celui des villes, Berlin, Monaco,
Rome, Florence, il lui faudra des ciels plus hauts et autour de lui des
langues étrangères, il lui faudra des bagages jamais totalement défaits pour
essayer de tenter l’impossible : se retrouver et s’inventer une nouvelle vie. Il a
plus et mieux à réaliser qu’entendre Robert Ross préparer tout haut sa
vengeance contre Lord Alfred Douglas, ou Lord Alfred Douglas morigéner ses
menaces contre Robert Ross. La sempiternelle lutte pour être l’unique amour
d’Oscar, pour pousser l’autre dans le puits le plus profond, le faire tomber
dans l’eau noire. Pour dire son unique vérité. |
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Il lui semble, parfois, que sa vie se résume aux leurs, que leurs
émotions ont pris le pas sur les siennes. La mémoire commune de
l’enchantement et de l’horreur tisse des liens que rien n’entame. Il a fait
partie du cercle des intimes, du tout premier cercle. Il a été de toutes les confidences, il sait
par cœur les acrimonies et les déchirements
de ce triangle amoureux, Oscar, Robbie, Bosie. Il sait que les vérités sont
hérissées de contradictions et qu’il ne peut plus rien apaiser. Il sait
surtout que tout cela finira mal, qu’en dépit des décisions de justice, la
douleur sera également partagée. Et il imagine combien Oscar souffrirait de
cet épilogue. Alors, Reggie prend position à l’ombre de sa mémoire, à côté de son grand et rassurant fantôme. |
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Le temps des premières amitiés. Quand il y repense, Reggie revoit le
collège de Merton, à Oxford, il revoit Lord Alfred, Bosie, toujours entouré
de beaux garçons, tous plus ou moins amoureux de lui. Il repense à son charme d’alors, à son élan et à son effronterie. Il en était amoureux,
lui aussi, sans doute, mais il se savait exclu du cercle des beaux garçons.
Laid, le mot est dur, mais c’est ainsi qu’il se jugeait devant son miroir,
« God, am I ugly » [2] une douleur pour un garçon de vingt ans
et des poussières. Une mise à l’écart de plus. |
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Car les mises à l’écart, Reggie les a collectionnées sur l’herbier d’une
enfance maussade. Né de parents inconnus, c’était déjà la certitude d’une
étrangeté, mais sa parentèle mystérieuse
veillait sur lui à la manière de fées insolites, invisibles mais
pesantes. Il y avait les non dits et les noms chuchotés, les identités
supposées, un père, riche, très riche, un Lewy devenu Lawson par commodité,
qui accumulait tout, les théâtres, les journaux, les actrices, les affaires,
et une mère, française, danseuse et belle il l’imagine, et dont le nom
ne devait pas lui être révélé, jamais,
par ordres formels transmis par un avocat, et un frère, ou demi frère,
charitable et un peu condescendant. « I was born with a silver spoon in my mouth, yes, but there was
someone else’s crest on it »[3].
Peu de mots pour
décrire une adolescence décalquée sur celles des autres garçons à
Hurstpierpoint College. Une jeunesse
romanesque, dont il importe de ne pas se plaindre mais qui lui donne très
jeune le sens de la dérision, lui
apprend les rudiments du dandysme. |
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Etre un dandy, Reggie s’y applique depuis Merton, depuis que ses amis lui font office de
famille. Il possède l’esprit de répartie qui anime les diners et possède le
don de ne pas être sérieux. Dans le
monde, il s’exprimera du bout de l’aphorisme et du paradoxe, le mot juste
comme arme et bouclier. Un art dont il apprendra la maîtrise auprès d’Oscar. |
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Lui, Oscar, reconnaitra en Reggie son disciple le plus doué, il trouvera
ses mots splendides, il lui demandera de les réutiliser pour ses pièces, ce
qu’il ne fera pas, car il en inventera d’autres. Plus tard, pendant les années de son exil, Oscar demandera à Reggie de
lui raconter et de lui écrire les anecdotes et les détails de son ancien
monde. Reggie le fera avec bonheur. Entre eux, il y aura la persistance de ce lien, ce partage du
sourire, du dérisoire. Il y aura toujours la recherche de la légèreté, quand
la vie même sera devenue trop lourde à porter. |
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Mais la vraie vie, celle d’avant 1895 était légère, elle coulait, elle était
comme baignée d’une lumière incandescente. On pouvait tout se permettre, tout
être, cela paraissait simple, inépuisable, les premières des pièces, les
fêtes, les restaurants, les grands hôtels, les cottages, les voyages de Paris
à Louxor. La vie allait vite, elle était intelligente, elle était amoureuse,
sensuelle. |
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C’était la vie heureuse. |
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Reggie en faisait partie, il se sentait dans la vie. C’était grisant
d’être l’ami de celui qui semblait en
être l’ordonnateur. L’ami intime, pas l’amant. La différence est
d’importance. Entre Oscar et lui l’amitié était dépassionnée mais intense.
Eloignée de la jalousie, de l’acceptation. Ce n’était pas une amitié de
raison. Oscar lui apprit à suivre la pente du déraisonnable et il trouva en
lui un élève appliqué. |
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La raison, c’est avec Max Beerbohm qu’il la pratique. Le doué, cinglant
et un peu sec Max qu’il a rencontré aussi à Merton. Avec lui, l’amitié
amoureuse a aussi été exclue, du côté de Max sûrement, pour Reggie, les
choses ont peut-être été plus compliquées, plus hésitantes au début. Qu’importe, Max est maintenant le seul qui lui
offre une amitié sans arrière pensée, une amitié incisive et
claire comme son trait de dessin. Max
le rattrape quand il est au bord de tomber, il le force à croire en
son talent d’écrivain et à replacer ses intérêts avant ceux de d’Oscar Wilde,
de Robert Ross ou d’Alfred Douglas. À exister, pour Reginald Turner,
simplement. |
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La présence
d’Oscar lui manque toujours, douze années après sa mort. Douze années pendant
lesquelles il a transmuté le deuil de son ami et le deuil de sa vraie
jeunesse dans ses romans. La présence de Robbie l’a miné : la
construction minutieuse d’une sainteté est un processus éreintant. Bosie,
lui, est redevenu Douglas, sifflé entre les dents comme une insulte, pour ses
anciens amis. Sa présence, quand il le croise, le consterne, son visage est
un masque et son âme méconnaissable. |
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À Max il peut expliquer les raisons de sa fuite. Il se sait compris,
mieux, poussé. Pour Max, l’affaire
Wilde est terminée depuis des années, il a tellement avancé depuis, il l’a
répété tant de fois à Reggie, mais le temps pour eux ne passe pas sur le même
mode. Vivre pour lui : c’est une tâche immense que de se détacher quand
des moments si intenses nouent le
passé au présent. Max n’a rien vécu, il a été un spectateur. Il a pu oublier. |
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Reggie n’oublie pas, il a essayé d’exister par ses romans, mais il se
sent lesté par eux, entravé par toutes
ces pages où le public n’a vu
qu’humour pincé et désinvolture. |
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L’année 1895 ne quitte pas son souvenir, l’année des triomphes pour
« An ideal Husband » et pour « The importance of being
Ernest » et l’année des procès, de l’angoisse indicible quand la machine
judiciaire s’est mise en marche, l’incrédulité devant la tournure des
évènements. La fatigue hallucinée des jours qui se succèdent et puis
l’attente de l’arrestation. Avec Robbie, ils ont vu arriver les policiers,
pour arrêter Oscar au Cadogan Hotel. C’était le 5 avril, le jour où il a assisté
à une matérialisation de l’horreur. Il
a soutenu et aidé, du mieux qu’il pouvait. Dans les instants où Oscar a
traversé son premier miroir, que sa vie a irrémédiablement basculé, Reggie
était là. Il a été là, en pensée, les deux années de bagne qui ont suivi.
Comme il a été là les premières
semaines de sa libération, à Dieppe et à Berneval. Les liens entre eux ne
s’étaient pas délités, mais renforcés. Oscar brisé par son
incarcération, s’était retourné vers
lui. Reggie était devenu un point fixe, une assurance d’affection et
d’intégrité. Quand Oscar partit pour
Naples avec Bosie, infligeant à Robbie une trahison exemplaire, il comprit l’envergure du rôle qu’on
attendait de lui. « So stick up for us, Reggie and be nice. »[4] lui écrivait Oscar et c’est bien ce
qu’il fit en tentant d’apaiser tous
les protagonistes du drame qui venait de se renouer et en proposant de
l’argent pour la parution de la Ballade
de la Geôle de Reading. |
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Lui, qui n’avait jamais été mêlé à quelque
arrangement financier pour
empêcher Oscar de vivre avec Bosie vit
sa place d’exception se renforcer encore : « you are on your usual
pedestal in my heart »[5] Une place à part, exigeante, vraie. Il
n’était plus à l’écart. |
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A ces moments là, Reggie a dû comprendre que la
vie d’avant était définitivement hors d’atteinte et qu’il faudrait faire
semblant. Il était important de rester ami avec les deux amants, de faire
comme si, de ne pas franchir la frontière d’un camp. Un exercice futile qui
eut sa pire culmination à la mort d’Oscar. Des journées atroces, seul avec
lui de plus en plus gagné par la fièvre et les douleurs d’une méningite. Rue
des Beaux Arts, il a assumé le rôle de garde malade, arrangé les coussins, aidé à boire, guetté
les améliorations et les dégradations, attendu la venue du médecin, reçu les
quelques visiteurs qui venaient aux nouvelles. En peu de jours, il a vu la
mort venir roder et prendre le corps
du malade, il a oscillé entre les prises de consciences et les reprises
d’espoir. Il a été celui qui a tenu un sac de glace sur le front pour calmer
les douleurs, celui qui a répondu doucement aux paroles
délirantes, « Little jew, don’t you think that’s enough »[6] lui a murmuré Oscar. Assez de
quoi ? De dévotion ou de vivre, cette dernière énigme lui était
adressée. |
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Comme Reggie avait été présent au
moment où la police a arraché Oscar à son monde, il était
présent à ses derniers instants de claire conscience. Il l’avait
doublement assisté. Maintenant qu’Oscar avait traversé un miroir plus dense
que tous les murs de prison, Reggie était devenu le réceptacle de ce monde
brillant et léger où il s’était senti vivre. Il était devenu son héritier
spirituel, riche d’un immense désir
d’écrire. Dès 1901, à Paris, Reggie publie son premier roman
« Cynthia’s damages », puis se sera « Comedy of progress »,
« the Steeple » et tous les autres. |
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Presque un roman par an, une furie d’écriture qui ne rencontra pas d’envol. |
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Son temps est venu de se poser ailleurs. Ce sera l’Italie et Florence qui
deviendront ses vrais points d’attache, il saura faire de l’ennui d’une ville
touristique un salon littéraire où se croiseront de grands écrivains :
Lawrence, Forster, Norman Douglas et HG Wells. Il saura servir son amour des
lettres autrement. Il saura aussi s’attacher un ami, Pino Orioli. |
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Il restera cet homme laid, clignant des yeux comme un hibou, le fameux
ami d’Oscar Wilde, qui a toujours une
anecdote à raconter. |
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Mais il restera surtout le témoin
d’une vie plus belle, celui qui a tenu entre ses mains, les cendres encore
chaudes d’un grand et beau feu : la vie heureuse. |
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Véronique Wilkin |
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Robert Ross (à gauche) et Reginald Turner |
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[1]. Je m’installerai quelque part (sur le
continent). J’ai perdu l’habitude et le goût de vivre en Angleterre. On exagère
la solitude dans son propre pays. Si on
est seul à l’étranger, on prétend que c’est le résultat naturel de l’exil.
[2]. Seigneur, que je suis laid !
[3]. Je suis né avec une cuillère d’argent
dans la bouche, mais elle était marquée du nom d’un autre.
[4]. Alors, soutiens nous, Reggie, et sois gentil.
[5]. Tu n’es pas descendu de ton piédestal
dans mon cœur.
[6]. Petit juif, ne penses tu pas que cela suffit ?