rue des beaux arts

NUMÉRO 22 : SEPTEMBRE/OCTOBRE 2009

 

§9. wilde ET SES INTERPRÈTES

 

STEPHEN FRY : BORN TO BE WILDE

Par Danielle Guérin

La plupart des adeptes de Wilde qui ne connaissent pas les deux précédents films tirés de la vie de l’écrivain irlandais (The green carnation, d’Anthony Asquith, avec Peter Finch, et Oscar Wilde, de Gregory Ratoff, avec Robert Morley, tous les deux de 1960) ont parfois tendance à imaginer Oscar Wilde sous les traits de l’acteur anglais Stephen Fry. Il est vrai que l’assimilation n’est pas difficile à faire, tant Fry s’est glissé avec aisance dans le rôle, tant sa personnalité propre s’accorde à celle de son personnage : même haute stature, même corps massif, même visage lourd, même nonchalance élégante, mêmes penchants sexuels (Fry ne fait pas mystère de son homosexualité). Stephen Fry était fait pour rencontrer Oscar Wilde.

Et il le rencontra très tôt. « Je suis incapable de me souvenir d’une époque où je ne connaissais pas Oscar Wilde », écrit-il dans un essai en introduction à un recueil d’aphorismes wildiens [1]. « C’est comme s’il avait toujours été là, comme le Christ, ou la reine ». Ce fut sa mère qui permit la révélation, en lui lisant les contes pour enfants. Ils sont à ses yeux le triomphe de l’imagination. C’est pour cela qu’on les aime. C’est pour cela qu’ils durent, parce que – dit-il encore– les mots de Wilde sont des fruits succulents. Que son esprit pénètre nos têtes et nos cœurs et nous fait découvrir ce que nous sentons et pensons avant même que nous le sachions nous-mêmes [2]. Ces contes, il les a enregistrés fin 2008 [3]

Stephen Fry est né à Hampstead (Londres) le 24 août 1957. Il est le fils d’Alan Fry, un physicien anglais, et de Marianne Newman, d’origine juive-autrichienne. À Cambridge, où il obtient un diplôme de littérature anglaise, il rejoint la troupe de théâtre amateur The Cambridge Footlight où il rencontre Emma Thompson et Hugh Laurie, avec lequel il va former un duo comique qui fera les beaux jours de la BBC avec plusieurs séries célèbres (A Bit of Fry and Laurie. - Blackadder - Jeeves and Wooster, adaptation des romans et nouvelles de P.G WodeHouse)

C’est en 1985 que Fry fait ses débuts au cinéma. Après une brève apparition dans « Un poisson nommé Wanda », il tient l’un des premiers rôles dans le film de Kenneth Branagh « Peter’s Friends » en 1992. Mais c’est dans le film de Brian Gilbert : « Wilde » (1997), qu’il est reconnu par la critique pour un rôle dont on a pu dire qu’il était né pour le jouer. Il s’y est préparé en lisant et en relisant les œuvres de Wilde, s’est imprégné de son personnage en étudiant son accent, son rire, ses cigarettes favorites, sa consommation d’alcool, etc… « Wilde, dans le rôle d’un Oscar Wilde flamboyant, est impressionnant et émouvant (Empire) – « La présence de Stephen Fry est monumentale » (Evening Standard) – « Toute la distribution est brillante, et tout particulièrement Stephen Fry, né pour incarner Wilde, et Jennifer Ehle, qui brise les cœurs dans le rôle de Constance, la femme d’Oscar (Woman’s Journal).

La distribution est la suivante :

Stephen Fry (Oscar Wilde) – Jude Law (Bosie Douglas) – Vanessa Redgrave (Sperenza) – Michael Sheen (Robbie) – Tom Wilkinson (Lord Queensberry) – Gemma Jones (Lady Queensberry) – Judy Parfitt (Lady Mount-Temple)

Mise en scène : Brian Gilbert – Scénario : Julian Mitchell – Producteurs : Peter et Marc Samuelson – Musique : Debbie Wiseman.

On a pu juger le film un peu fade, trop académique et dépourvu de l’insolence chère à Wilde. On lui a reproché aussi de faire la part trop belle à la vie amoureuse de Wilde, au détriment de ses œuvres. Stephen Fry répond à cette critique par ces mots : « Le sujet du film « Wilde » n’est pas l’œuvre d’Oscar Wilde mais sa vie. Cependant, s’il incite seulement une seule personne à lire ses écrits, et plus spécialement les essais, les contes pour enfants et De Profundis, alors, il n’aura pas été inutile.[4] »

Il est en tout cas indubitable que le film de Brian Gilbert, qui dévoile un Wilde généreux et émouvant, aura gagné de nouveaux admirateurs à l’écrivain irlandais, comme l’avait fait – à un autre niveau – la biographie de Richard Ellmann dont il est tiré.

Stephen Fry, qui est aussi un réalisateur (Bright Young Things, d’après le roman de Evelyn Waugh En 2004) et un romancier de talent [5], a eu l’honneur de dévoiler à Londres (Adelaide Street), le 30 novembre 1998, la statue que la sculptrice Maggi Hambling a dédiée à Wilde : « Conversation with Oscar Wilde », en présence de Lucian Holland, l’arrière-petit-fils d’Oscar Wilde.

Il aurait également fait éditer A Most Peculiar Friendship: The Correspondence of Lord Alfred Douglas and Jack Dempsey.

http://www.oscholars.com/RBA/top.JPG

retour à la table de matières  | retour à notre ‘home page’ http://www.oscholars.com/RBA/home.JPG | retour à la page centrale carn-l

 



[1] Nothing…except my genious,  aphorismes rassemblés par Alastair Rolfe, avec un essai introductif « Playing Oscar », par Stephen Fry – Penguin Books, Londres - 1997

[2] voir le blog de Stephen Fry : stephenfry.com/blog/?p=69

[3] Stephen Fry read Oscar Wilde – HarperPress – 2009 (The Young King (33:59) - The Selfish Giant (10:56) - The Remarkable Rocket (27:49) - The Nightingale And The Rose (15:30) - The Happy Prince (20:56) - The Devoted Friend (24:34)

[4] Nothing…except my genious,  aphorismes rassemblés par Alastair Rolfe, avec un essai introductif « Playing Oscar », par Stephen Fry – Penguin Books, Londres - 1997

[5] “Mensonges, Mensonges” (The Liar - 1991 ) au style très Wildien – “L’hippopotame” (The Hippopotamus - 2002) – L’ile du Docteur Mallot (The revenge - 2003 ) – Le faiseur d’Histoire (Making History - 1996) – Stephen Fry est également l’auteur d’une autobiographie non traduite en Français : « Moab in the washpot »