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NUMÉRO 22: SEPTEMBRE/OCTOBRE 2009

 

§6.  THÉÂTRE

 

SALOME

On peut encore voir la Salomé mise en scène par Olivier Bruaux jusqu’au 2 Octobre 2009. Si vous n’y êtes pas encore allé, dépêchez-vous d’y courir : vous ne le regretterez pas (voir critique ci-dessous).

Avec : Gwendoline Henot  (Salomé), Romain Jouffroy (Hérode), Andréa Casabella (Hérodias),  Kevin Dagneaux ou Xavier Fahy (Iokanaan), Simon Coutret  (Le jeune syrien), Sandrine Liochon (Le Page)

La Danse macabre est interprétée par Amélie Prévot ou Orlane Vignaud

Me 16 septembre à 19H00 – Je 17 septembre à 17H00 – Ve 18 septembre à 19H00 – Sa 19 septembre à 19H00 Me 23 septembre à 17H00 – Di 27 septembre à 19H00 – Me 30 septembre à 14H30 – Ve 2 octobre à 19H00

Théâtre du Nord-Ouest,

13, Rue du Faubourg-Montmartre, 75009 Paris.  Tel : 01 47 70 32 75 - Fax : 01 43 38 52 66

 

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Le Théâtre du Nord-Ouest a offert un plaisir rare aux amis et admirateurs d’Oscar Wilde en  inscrivant dans son cycle thématique, « Don Juan et le libertinage », la Salomé d’Oscar Wilde en version originale (elle fut écrite en français en 1891 et publiée dans cette langue en 1893). Olivier Bruaux en signe une mise en scène à la fois fidèle au texte et inspirée. Dans la continuité de l’esthétique symboliste de la pièce, il minimalise les éléments matériels, décor, costumes, accessoires, pour faire parler les mots, laisser leur puissance d’évocation suggérer ce qui n’est pas représenté ou représentable. L’espace scénique est entièrement nu et noir, il se prête d’autant mieux à toutes les irruptions du hors-champ : irruptions sonores issues des lieux invisibles où se trame l’action –échos du festin qu’offre dans la grande salle du palais le tétrarque de Judée aux émissaires romains et aux dignitaires juifs, imprécations que le prophète Iokanaan profère depuis la  citerne où il est retenu prisonnier– ; omniprésence de l’astre lunaire, objet de fascination de tous les personnages ; irruptions des personnages eux-mêmes, attirés dans cet espace neutre pour y confronter l’interdit (le prophète pour Salomé, Salomé pour le tétrarque) et y jouer leurs scènes de désir, de séduction et de mort.

Le principal vecteur du désir dans la pièce est le regard. Ses diverses modalités –regarder trop, ne pas regarder, vouloir ou ne pas vouloir regarder, l’interdiction de regarder– dessinent dans l’espace vaste et nu de la scène une complexe géométrie visuelle : on regarde le proche mais aussi le lointain, on regarde qui ne vous voit pas ou refuse de vous voir, on se tue ou on tue de ne pas être regardé. Tout se joue dans le regard, tant est grande sa proximité avec le fantasme, tant s’exprime à travers lui l’attraction, la fascination, la répulsion, le désir de possession, la transgression, et ce n’est pas l’un des moindres mérites de la mise en scène et du jeu des acteurs que de rendre sensible cette théâtralité du regard, inscrite dans le texte.

Le corps, de même, s’anime sur scène d’une expressivité, d’une virulence que le texte écrit ne pouvait que suggérer. Il y a d’abord les voix, leurs variations singulières, leurs accords et leurs dissonances qui viennent donner corps au texte : celle d’Hérodias (excellente Andrea Casabella), stridente et hautaine face au tétrarque (Romain Jouffroy) dont l’autorité affichée ne résiste ni aux sarcasmes de sa femme, ni aux refus répétés que Salomé oppose à ses suppliques, ni à la peur que lui inspire Iokanaan. Romain Jouffroy rend clairement audibles dans les inflexions de la voix ces fêlures successives de l’autorité d’Hérode. En revanche, dans la voix de Iokanaan (Xavier Fahy), c’est toute la force du sacré, d’une révélation divine encore incompréhensible qui s’exprime : ni ses prophéties obscures, ni ses imprécations ne font sens pour ceux qui l’écoutent. Il n’y a que des interprétations approximatives ou erronées de cette voix puissante et insolite. Quant au personnage de Salomé, c’est la jeune et talentueuse Gwendoline Hénot qui lui prête sa voix : douce mais obstinée, fragile et brutale, innocente et perverse, celle-ci s’épanouit dans les contraires quand le désir vient faire délirer la logique. D’abord objets d’une adoration éperdue, la bouche rouge, les cheveux noirs, le corps blanc de Iokanaan deviennent pour la vierge amoureuse objets d’horreur dès lors que le prophète repousse ses avances.

La mise en scène du corps dans Salomé passe par la voix et par le pouvoir qu’a la parole de le figurer, de le morceler, de le fétichiser. Mais toute une chorégraphie s’élabore aussi autour de lui. Il y a, bien sûr, le moment mythique de la danse dite « des sept voiles », par laquelle Salomé accède au désir du tétrarque de la regarder danser, tout en instrumentalisant ce désir pour accomplir le sien : obtenir la tête de Iokanaan. Cette danse n’est pas escamotée dans la mise en scène d’Olivier Bruaux, elle est même fort joliment exécutée par Gwendoline Hénot, avec (faut-il le regretter ?) un seul au lieu des sept voiles de la légende ! Le deuxième moment, dont Wilde fait un monument d’érotisme nécrophile, est le baiser de Salomé sur la bouche du prophète décapité. Rendons, là encore, hommage au bon goût de la mise en scène qui se contente de suggérer la tête coupée par un linge maculé de sang recouvrant un plat d’argent, pour mettre l’accent sur la jubilation blasphématoire de la jeune fille, « j’ai baisé ta bouche, Iokanaan », dans son face-à-face morbide et passionnel avec sa victime. Poussant la chorégraphie au-delà de ce que le texte recommande, un personnage vêtu d’une cape noire exécute au fond de la scène des figures de danse pour rendre concrète l’impression obsédante, celle d’un « battement d’ailes » funeste, de la mort qui rôde, éprouvée par plusieurs personnages. Outre cette invention scénographique, la présence continue sur la scène des seconds rôles (soldats, page d’Hérodias, jeune capitaine syrien) et leurs commentaires sur l’action font l’effet d’un chœur antique, d’une vox populi terrifiée par l’étrangeté des événements et la démesure des passions dont ils sont les témoins. Cette démesure, dans Salomé, naît de l’hystérie de l’adolescente, de l’érotisme, du fétichisme, de la nécrophilie, de l’orientalisme décadent qui donnent à l’histoire de la princesse de Judée et de la décapitation de Jean-Baptiste des accents fin-de-siècle, scandaleux en leur temps et un peu datés de nos jours. Tout ceci, ainsi que le sens historique de la fin d’une époque (amorce du déclin de l’empire romain, avènement du christianisme) perceptible dans la pièce, est très justement restitué par la troupe du Théâtre du Nord-Ouest qui nous livre une interprétation très convaincante et respectueuse, modernisée sans exagération, de l’unique pièce française d’Oscar Wilde.

Fabienne Garcier

Fabienne Dabrigeon-Garcier est professeur émérite à l'Université Charles de Gaulle-Lille 3. Auteur d'une thèse sur l'histoire de la nouvelle irlandaise, elle a co-dirigé un ouvrage sur Le Livre en Irlande aux Presses Universitaires de Caen, et publié de nombreux articles en France, en Grande-Bretagne et en Irlande sur des écrivains irlandais (Oscar Wilde, George Moore, James Joyce, Frank O'Connor, Samuel Beckett).

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L’Importance d’être Constant

Compagnie Les Aériens du spectacle

Mise en scène : Fabien Escalona

Ma 13 octobre 2009

Salle de Laussy
38 610 Gières

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