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Numéro 29 : NOVEMBRE/DÉCEMBRE 2010

§6.  THÉÂTRE

Something Wilde
D’après Salomé

Mise en scène : Anne Bisang
Adaptation : Stéphanie Janin
Décors ; Anna Popeck
Musique :
Michel Wintsch
Avec : Lolita Chammah (Salomé), Vanessa Larre, Daniel Martin, Juan Bilbeny, etc…

Du 19 Octobre au 14 Novembre 2010
Théâtre Artistic Athévains

40, rue Richard Lenoir – 75011 Paris

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De Profundis

Adaptation et mise en scène de Christophe Truchi

26 novembre, 3, 10 et 17 décembre 2010
Théâtre La Comédia, Paris
6 Impasse Lamier, 75011 Paris

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Un Mari Idéal

Mise en scène : Agnès Nédélec
Avec : Valérie Arm-Anvi, Nathalie Charnier, Laurent Crepet, Marie Curtil, Agnès Nédélec, Thomas Montpellier

13, 20 et 27 novembre 2010 à 18H
Laurette Théâtre, Paris
36 rue Bichat, 75010 Paris

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Salomé

Mise en Scène : Jérémie Le Louët
Scénographie & Costumes : Christophe Barthes De Ruyter

Lumières : Jean-Luc Chanonat
Avec : Jérémie Le Louët, Katarzyna Krotki, Noémie Guedj, Stéphane Mercoyrol, Julien Buchy, David Maison, Anthony Courret, Jonathan Frajenberg

13 et 14 Janvier 2011
Espace Culturel André Malraux – Le Kremlin Bicêtre

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On a manqué…

L’extravagant Mr. Wilde
de Raymond Gérôme
Mise en scène : Cyril Jarousseau
Avec : Pierre Coustere, Nathalie Ganem
Du 29 septembre au 17 octobre 2010
Théâtre Le Proscénium, Paris
170, rue de Charonne – 75011 Paris

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Critique de « Something Wilde » au Théâtre Artistic-Athévains

Par Danielle Guérin

Au théâtre Artistic Athévains de Paris, Anne Bisang met en scène une Salomé revisitée et plutôt inspirée sous le titre « Something Wilde ».

Une lune énorme domine la salle plongée dans le noir, comme un œil omniprésent, un miroir magique où passe le visage d’une femme. Un projecteur braqué sur elle, Salomé apparait dans ce décor nu, comme une petite Lolita vénéneuse et désemparée. Coiffée à la Louise Brooks, les jambes gainées de dentelle noire, juchée sur des bottines à haut talons, elle est provocante et touchante, imprévisible. Une coiffe hérissée de petites boules d’argent couvre ses cheveux noirs, coupés au carré, ressuscitant l’image d’Alla Nazimova, dans le célèbre film muet de Charles Bryant de 1923. Car ce Salomé est à la fois ancré dans l’histoire par ses références et ses symboles, et étrangement moderne. Par son dépouillement, d’abord. Pas de magnificences dans le Palais d’Hérode qui se réduit au plateau nu comme une piste de cirque tragique et dérisoire. Anne Bisang a balayé tout orientalisme de pacotille, à commencer par la simplicité des costumes et par cette fameuse danse des sept voiles qu’elle escamote sans façons. Certains, pour lesquels elle représente le morceau de bravoure de la pièce, le ressentiront sûrement comme une frustration, voire comme une trahison, mais après tout, Wilde ne dit rien de cette danse, ce qui laisse toute liberté à la mise en scène. Anne Bisang en profite pour la remplacer par une scène un peu surprenante, certes, mais tout aussi sensuelle. Salomé, devenue vierge blonde, vêtue de l’ample chemise blanche dont on revêtait les fous, d’abord cachée derrière un rideau de perles, chante. Elle chante en s’avançant vers Hérode, avec une gestuelle qui n’est nullement une soumission à son désir, mais un défi et une provocation. Elle chante, en anglais, des vers écrits par Wilde à sa sortie de prison [1] : « Each man kills the thing he loves » - chaque homme tue l’être qu’il aime’ – thème récurrent chez Wilde et que Salomé va mettre en pratique en demandant au roi affolé de désir la tête de Iokanaan.

Qu’il nous soit permis ici de déplorer l’absence de mysticisme, d’élan, d’illumination, chez l’acteur qui incarne le prophète. On attend de l’exaltation chez ce personnage habité qui fulmine sans cesse et jette ses imprécations comme des flèches, et Julien Magès n’a pas encore trouvé le feu sacré. En chemise blanche propre et repassée, sans marque physique de fatigue ni de mauvais traitements, il semble avoir été dorloté dans sa citerne ! De même, Narraboth (Juan Bilbeny) manque un peu de force et de conviction. Le fruit de grenade écrasé qui symbolise sa mort et son amour brisé est une idée aussi poétique que suggestive.

Le couple formé par George Bigot et Vanessa Larré est éblouissant. Hérodias, magnifique et sexy dans sa robe noire de courtisane chic, hautement fendue sur la cuisse, est une sorte de Cruella, fascinante et redoutable, sœur de Morticia, dans la famille Addams. Impitoyable, frémissante, et dangereusement séduisante. Une panthère noire qui apprête ses griffes. Hérode, presque gamin parfois, et qui se laisse aller à sauter à la corde avec sa couronne de roses défaite, à esquisser un pas de danse, à faire des claquettes – car c’est lui qui danse ici, et ce renversement est une heureuse trouvaille – d’une douceur pateline et sucrée qui se transforme soudain en lascivité, en brutalité, en hystérie violente et criminelle, Hérode est plus que jamais le pivot de la pièce. George Bigot est superbe dans la peau de ce roi vain, lâche et libidineux, qui parvient pourtant à nous toucher, jusque dans ses ridicules. Il forme avec Hérodias un duo infernal, indissolublement lié dans son vice. Face à eux, Salomé leur tient la dragée haute, à la fois leur complice, leur victime et leur ennemie. Elle est dure, inflexible, provocatrice et terriblement fragile dans sa solitude et son amour désespéré. Le jeu sensuel qu’elle mène avec Hérode, dont elle ne semble pas refuser le contact physique, à qui elle laisse croire qu’elle va mordre le raisin qu’il lui offre, avant de se dérober au tout dernier moment, est un jeu de chat et de souris insolent. Lolita Chammah est très bien dans ce rôle d’adolescente livrée à la concupiscence d’un roi et à la violence d’un amour interdit pour un homme de Dieu. Elle en sera condamnée et détruite.

Décidément, la pièce que Wilde écrivit en français en 1891, reste résolument moderne et subversive sur la scène des Artistic-Athévains, dont le spectacle est une vraie réussite.

Danielle Guérin

« Something Wilde » - Vanessa Larré (Hérodias) et Lolita Chammah (Salomé)
©Hélène Tobler

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[1] La Ballade de la Geôle de Reading