Numéro 24 : Janvier/Février 2010

§7. ARTICLES ET CONFÉRENCES

 

L’expression de l’indicible : les procès d’Oscar Wilde dans la presse
new-yorkaise et montréalaise.

Par Greg Robinson
Traduction : Karine Laplante

The National Police Gazette (1845-1906); May 4, 1895; VOLUME LXVI., No. 922

En février 1895, Oscar Wilde, dramaturge d’origine irlandaise et homme d’esprit à l’apogée de sa renommée, reçoit à son club de Londres une carte laissée par le Marquis de Queensberry et adressée «à Oscar Wilde, qui prend la pose d’un somdomite [sic]».  Pour Wilde, cette carte marque le sommet d’une longue campagne de harcèlement de la part du Marquis, un homme au caractère douteux, peut-être mentalement déséquilibré et célèbre surtout pour sa conception des règles Queensberry à la boxe.  Le Marquis est irrité par une longue histoire d’amour, devenue relativement publique, entre Wilde et son propre fils, Lord Alfred Douglas.  Offensé par la carte et encouragé par Douglas, qui déteste son père, Wilde décide alors de poursuivre Queensberry pour diffamation.[1]

Le procès en diffamation de Queensberry s’ouvre le 3 avril 1895.  La défense y cite des passages tirés des écrits de Wilde, en particulier de son roman Le portrait de Dorian Gray, comme preuves de son «immoralité».  Ils exhibent également une lettre homo-érotique que Wilde a écrite pour Douglas, laquelle avait été volée par le domestique de Douglas, puis vendue à Queensberry :

« Mon Cher Garçon - Ton sonnet est fort agréable.  Tes lèvres de rose semblent faites  pour la musique d’une chanson, comme pour la folie d’un baiser.  Ton âme fragile et dorée vagabonde entre la poésie et la passion.  Je sais que Hyacinthe, qui était aimé d’Apollon, était toi à l’époque des Grecs. »

Wilde se défend en invoquant l’expression artistique derrière ces écrits.  Il admet apprécier la compagnie des jeunes hommes, leur offrir des présents, mais conteste toute immoralité.  Toutefois, lorsqu’en contre-interrogatoire l’avocat de la défense lui demande s’il a jamais embrassé Douglas ou son domestique, Wilde répond avec désinvolture : «Oh, parbleu non… [le domestique], malheureusement, était affreusement laid».  Par la suite, l’interrogatoire gagne en intensité.  Finalement, lorsque l’avocat de Queensberry annonce son intention de présenter le témoignage de jeunes hommes ayant eu des relations sexuelles avec Wilde, celui-ci abandonne la cause et le jury se prononce en faveur de Queensberry.[2] 

Certains indices laissent entendre que Wilde aurait été convaincu d’abandonner la cause par une promesse privée, faite à son avocat, et en vertu de laquelle il ne serait plus importuné s’il se désistait.  Certes, le gouvernement se montre réticent à le mettre en accusation – Lord Alfred Douglas, qui a pourtant commis les mêmes actes, n’en a jamais été accusé.  Toutefois, l’historien Neil McKenna a solidement démontré que Queensberry fait chanter le gouvernement du Premier Ministre Lord Rosebury pour qu’il entame des poursuites contre Wilde, à défaut de quoi il menace de révéler la propre liaison entre Rosebury et le frère de Lord Douglas, soit le Vicomte Drumlanrig, fils aîné du Marquis.[3]

Après une courte période de relâche (sans doute pour offrir à Wilde le temps de quitter l’Angleterre, ce qu’il se refuse à faire), Wilde et Alfred Taylor, son proxénète présumé, sont arrêtés, puis accusés en vertu d’allégations de conspiration (ensuite abandonnées) et de «grossière indécence».  La Couronne fait témoigner deux jeunes hommes, qui jurent avoir eu des relations sexuelles avec Wilde en échange d’argent et de cadeaux.  Malgré cela, Sir Edward Clarke, l’avocat de Wilde, parvient à semer le doute sur la crédibilité et la moralité des deux hommes – l’un se révèle être un maître-chanteur, l’autre un parjure.  Wilde affirme sous serment qu’il ne fait qu’apprécier la compagnie de jeunes hommes.  Lorsqu’on l’interroge au sujet d’une phrase d’un poème de Douglas, «l’amour qui n’ose pas dire son nom», il répond :

«L’amour qui n’ose pas dire son nom» est en ce siècle l’affection portée par un homme mûr à un jeune homme, telle l’affection entre David et Jonathan, telle celle qui sous-tend la philosophie de Platon ou encore celle que l’on retrouve dans les sonnets de Michel-Ange et de Shakespeare.  Il s’agit d’une affection profonde et spirituelle, aussi pure que parfaite…Elle est mal comprise en ce siècle, à un tel point qu’elle doit être décrite comme «l’amour qui n’ose pas dire son nom», et pour cette raison je me retrouve où je suis en ce moment.  Il s’agit de quelque chose de beau, de bien, de la plus noble forme d’affection qui soit.  Il n’y a là rien de contre-nature.  C’est intellectuel et ça existe en plusieurs occasions entre un homme mûr et un jeune homme, le plus âgé ayant l’intelligence et le plus jeune ayant la joie, l’espoir et le charme de la vie devant lui…  Le monde s’en moque et va même parfois jusqu’à clouer un homme au pilori pour cette affection. »

L’éloquence de Wilde soulève les applaudissements des spectateurs et le sauve sans doute d’un verdict de culpabilité, car le jury se montre incapable de rendre un jugement.  En conséquence, Wilde est soumis à un second procès le 22 mai, à la suite de  la condamnation  de Taylor dans un procès séparé.  Ce nouveau procès rejoue plusieurs des éléments du premier, incluant le témoignage de jeunes hommes.  Cette fois, cependant, les procédures ne débouchent pas sur le même dénouement et Wilde est condamné.  Le 28 mai 1895, il reçoit sa sentence : deux années de travaux forcés.  Sa réputation est détruite par cette condamnation et les rigueurs de l’emprisonnement ruinent sa santé.  Relâché de prison en 1897, il cherche exil en France, où il meurt trois ans plus tard.

Le public britannique a été intensément excité par l’affaire Wilde.  En fait, cette affaire marque la société britannique du tournant du siècle de la même manière que l’affaire Dreyfus le fait pour la société française[4].  Wilde est écorché par les journalistes anglais et par les leaders sociaux, qui le dépeignent comme la figure centrale d’une large conspiration qui aurait pour but de saper de l’intérieur la force de la nation – exactement la même accusation que les antisémites français invoquent à l’encontre des Juifs.  Comme les opposants à Dreyfus qui mettent en garde le public contre un complot de trahison organisé par la coterie de la «juiverie internationale», les rumeurs et les rapports de presse véhiculent l’existence d’un réseau secret supposé s’activer pour la défense de Wilde – ce qui apparaît d’autant plus ironique à l’aune des efforts secrets déployés par Queensberry pour forcer le gouvernement à poursuivre Wilde.

D’une certaine manière, ce n’est pas pour son homosexualité que Wilde a été condamné, mais plutôt pour ses idées et sa personnalité.  En tant que figure clé du mouvement des «esthètes», Wilde proclame que les arts et les artistes n’ont pas à être jugés en fonction des standards moraux communs; lui-même s’habille de manière excentrique et se conduit d’une manière théâtrale.  Néanmoins, la sexualité de Wilde reste centrale dans l’hostilité qu’il inspire, dans la mesure où ses pratiques homosexuelles sont le signe visible, la preuve de sa «décadence» et de la menace qu’il représente pour l’ordre social.  En recherchant la compagnie, et  qui plus est, sur une base égalitaire, de jeunes hommes appartenant à la classe ouvrière, Wilde met à nu le double standard de la moralité sexuelle anglaise.  En effet, alors que les prostituées appartenant à la classe ouvrière sont poursuivies et humiliées par la police, les hommes bourgeois qui achètent leurs services restent impunis.  Il n’y a aucun bruit pour réclamer l’emprisonnement ni de Lord Alfred Douglas ni des jeunes hommes ayant admis avoir couché avec Wilde.  Au contraire, ils sont publiquement dépeints comme des innocents dont Wilde aurait su prendre avantage.  Ce même Wilde qui dans son œuvre a si bien su user de la satire pour dénoncer l’hypocrisie sociale et le double standard sexuel, devient la cible parfaite pour canaliser les anxiétés sociales et sexuelles de la classe moyenne.[5]

Les rapportages journalistiques de son procès remplissent chaque jour les pages de la presse britannique et sont à la fois le reflet et la source des attitudes du public envers Wilde.  Les journaux «populaires» consacrent une vaste couverture à l’affaire et de cette façon ils contribuent à maintenir un courant d’infamie contre Wilde, en particulier suite à sa condamnation.  La Westminster Gazette encense le verdict et proclame : «Il ferait le plus grand bien non seulement de punir les criminels reconnus et d’inspirer la crainte de la loi aux autres, mais également d’avoir à l’œil les tendances malsaines en art et en littérature».  La St. James Gazette s’aventure encore plus loin.  Traitant Wilde de «criminel pervers», le journal réclame un retour à la «bigoterie saine» dans les arts et la société[6].

Les publics américain et canadien se montrent aussi intéressés par l’affaire Wilde; ses procès font l’objet de commentaires abondants.  Le clergé et une bonne partie de la presse dénoncent Wilde. Le Phoenix Republican proclame : « Oscar Wilde a finalement démontré au monde qu’il existe des conditions où le suicide n’est pas un péché. »[7] Plusieurs caricatures de lui apparaissent dans The Police Gazette. (voir dessin en annexe). La chef de file radicale du mouvement anarchiste, Emma Goldman, le défend publiquement dans ses conférences, de même que l’éditeur libertaire « Lucifer »[8].  Ceci dit, ce litige d’outre-mer n’attire évidemment pas l’intérêt de tous.  Bertrand Russell notera par la suite que lors de sa visite en Amérique en 1896, aucune des personnes avec lesquelles il discute ne semble savoir quoi que ce soit à propos de l’affaire.[9] 

Pourquoi cet intérêt? Wilde est déjà un personnage connu en Amérique du Nord, grâce à une tournée de conférences qu’il y a fait en 1882. À son arrivée à New York, on lui demande aux douanes s’il a quelque chose à déclarer et il répond « Je n’ai rien à déclarer sauf ma propre génie. » Il fait sensation à New York en faisant conférence tout  en portant les cheveux longs, une veste de velours, et des culottes. En particulier, un de ces auditeurs, le célèbre poète et militant cubain José Marti, chante les louanges de ce « jeune homme intrépide » avec ses « mots nobles et pensifs. » [10] Wilde visite Montréal à la mi-mars. La Patrie (14 mai 1882) invite « tous les cerveaux brulés, les femmes hystériques et les gommeux décavés à aller entendre et applaudir le seul véritable, original et superlativement incroyable Oscar. » Ses conférences sur «Les arts ornementaux» y suscitent un enthousiasme général, mais qui sera quelque peu terni ensuite par des propos que les habitants de Montréal jugeront «offensants»…En effet, après une ballade en carriole tout autour du Mont-Royal, Wilde décrit celui-ci comme étant une «colline» au lieu d’une montagne.[11] Son œuvre est aussi célèbre que son caractère en Amérique du Nord.  Plusieurs de ses pièces sont jouées dans les théâtres et Lippincott, une maison d’édition américaine, publie l’unique (et célèbre) roman de Wilde intitulé Le portrait de Dorian Gray.  Dans plusieurs de ses œuvres, le conte The Canterville Ghost  et la pièce A Woman of No Importance  par exemple, Wilde se sert de protagonistes américains.

S’il est vrai que les journaux d’Amérique donnent moins de place aux procès de Wilde que ne le font ceux de Londres, la part qu’ils y consacrent est néanmoins suffisante pour permettre une analyse révélatrice des attitudes de l’époque concernant l’homosexualité.  La difficulté majeure de toute recherche historique qui se penche sur la sexualité est l’absence de discussion du sujet dans les documents historiques. Lorsque surviennent des scandales comme celui provoqué par le procès Wilde, les rapportages qu’en font les journaux nous éclairent sur les attitudes populaires à l’égard des minorités sexuelles, mais par contre leur exposition des faits reste profondément biaisée par le sensationnalisme.  Mais ici,  les journaux nord-américains, contrairement à la presse anglaise, s’adressent à un public plus distant et donc moins enragé, ce qui nous permet de présumer que leur exposé des faits sera plus révélateur du degré de connaissances et du genre de discussions que le public nord-américain peut entretenir au sujet de la sexualité, et particulièrement de l’homosexualité à l’époque.

C’est pour cette raison que je veux me concentrer sur la couverture médiatique dans la presse de New York et de Montréal.  En 1895, ces villes sont non seulement les plus grandes et les plus cosmopolites de leur pays respectifs, avec plusieurs journaux quotidiens et hebdomadaires, mais elles sont fortement divisées par des clivages ethniques, linguistiques et sociaux. Les journaux et magazines qui s’adressent à des clientèles sociales distinctes reflètent les divisions.  Ces journaux divergent dans leur façon de traiter le sujet – la fréquence et l’emplacement de leurs articles, la position exprimée au sujet de Wilde – mais aussi la manière dont sont décrites ou expliquées les charges retenues contre lui. Ainsi, sans faire une étude exhaustive, on peut toujours dégager l’existence d’énormes différences parmi le public de l’époque sur ce sujet «indicible» ou « innommable » qu’est l’homosexualité.

Je me permets d’abord d’examiner la presse de New York. Sa couverture journalistique se divise en fonction surtout de fractures de classe. Ici, une première catégorie de journaux est constituée par la «presse d’élite», représentée par des quotidiens tels le New York Times et le New York Tribune et qui vise une clientèle essentiellement bourgeoise.  La couverture des événements qu’offre la  presse institutionnelle est la plus complète, mais aussi la plus réticente quand l’analyse touche la sexualité.  Le second groupe de journaux représente la presse dite «jaune», ceux qu’on appelle les «journaux à deux sous», tels le New York Sun et le New York Herald.  Ces journaux, dont la clientèle se trouve principalement chez la classe ouvrière et les individus moins scolarisés, issus de différentes origines ethniques, raillent le snobisme des classes moyennes et adoptent une position généralement favorable aux travailleurs, mais ils peuvent aussi se montrer chauvins et, à l’occasion, ouvertement racistes.

La presse d’élite

Le Times et le Tribune offrent une couverture intensive du procès Wilde, souvent reprise de la presse anglaise; pourtant, l’élément le plus marquant de cette couverture - d’autant plus marquant que la devise du Times est «toutes les nouvelles dignes à imprimer» - est leur incapacité à définir clairement les charges retenues contre Wilde ou à établir la nature de la conduite illégale mise en cause.  Ils se limitent plutôt à offrir de vagues allusions.  Dans son ouvrage Gay/Lesbian Almanac, Jonathan Katz a étudié la couverture du Times; il soutient que cette discrétion «ou bien laisse les lecteurs dans le noir quant à la transgression de Wilde, ou alors les oblige à user de leur imagination pour lire entre les lignes de ces articles»[12].  Un certain nombre de lecteurs restent sans doute mystifiés, mais  l’utilisation de langage codé et des mots en apparence innocents, permet à un public plus éclairé de saisir la véritable nature du sujet en question.

Dans la presse institutionnelle, la première mention de l’affaire Wilde remonte à un court article qui paraît le 3 mars 1895, en page 12 du Tribune.  L’entrefilet explique qu’Oscar Wilde entame une poursuite contre le Marquis de Queensberry après avoir reçu une carte «à l’arrière de laquelle était inscrite une épithète vile et disgracieuse», si disgracieuse qu’aussitôt après avoir lu la carte en question, le portier du club s’est empressé de la dissimuler dans une enveloppe, de façon à ce que personne d’autre que M. Wilde ne la lise.  Le Tribune se refuse à révéler l’épithète inscrite sur la carte et se refuse encore plus à mentionner l’allégation de Queensberry concernant l’homosexualité de Wilde; le quotidien note au contraire qu’ «en présentant la plainte, l’avocat de M. Wilde a pris soin de souligner que celui-ci entretient des rapports des plus affectueux avec sa femmes et leurs deux fils».  Le jour suivant, le Tribune ajoute que Wilde admet avoir, en 1893, écrit «une lettre extravagante» à Douglas, mais que «le jury doit tenir compte du cercle artistique au sein duquel évoluait M. Wilde».

De son côté, c’est le 10 mars que le New York Times entame la couverture de l’affaire Wilde, avec une nouvelle rédigée par son correspondant à Londres.  Celui-ci écrit qu’ «il est impossible de ne pas mentionner l’affaire survenue entre Oscar Wilde et Queensberry…  Au sein du Londres bohémien, une des diversions les plus en vogue est d’établir une liste des célébrités littéraires, artistiques et sociales dont les engagements les conduiront probablement vers Bruxelles à la fin du mois».

L’emploi des mots «artistique» et «bohémien» représente un recours à un langage codé, délibérément employé pour dévoiler une moralité sexuelle peu conventionnelle. À l’utilisation fort révélatrice de ces termes, s’ajoute l’affirmation qu’un cercle de célébrités «artistiques» est sur le point de quitter le pays, carrément pour échapper aux poursuites, ce qui permet au lecteur avisé de deviner de quoi il s’agit.

Les journaux continuent à utiliser ce langage codé pour décrire la poursuite en diffamation intentée par Wilde, puis pour décrire le contre-interrogatoire qui le contraint à abandonner la cause.  Le 5 avril, dans un article qui résume le témoignage de Wilde,  le Times rapporte que celui-ci a admis avoir dîné avec de «pauvres» jeunes hommes et leur avoir offert des présents, parce qu’il appréciait la compagnie des gens «jeunes, heureux et sans soucis».  Tous les journaux se refusent à décrire la lettre «extravagante» écrite par Wilde ou encore ses commentaires à propos d’embrasser des garçons, mais le Times se permet une référence voilée à l’élément sexuel de l’affaire : «Le contre-interrogatoire de Mr. Carson…  visait à prouver que M. Wilde est en réalité aussi mauvais qu’il affecte de l’être»[13].  Le jour suivant, le Times annonce l’arrestation de Wilde.  Le journal souligne que Carson, l’avocat de la poursuite, a l’intention d’appeler de jeunes hommes à la barre, afin qu’ils témoignent de leur relation avec Wilde.  «L’âge de ces jeunes hommes varie entre dix-huit et vingt-cinq ans.  Ils ne sont pas du rang social de M. Wilde, mais sont issus de la classe des serviteurs et des valets; ils ne sont intéressés ni par la littérature ni par l’art, et pourtant ils s’adressent au distingué dramaturge par son prénom.  M. Carson prétend  qu’il produira une preuve accablante de l’immoralité de cet homme, Wilde».

C’est avec un manque flagrant de précision que le Times décrit le crime commis par Wilde, mais il s’attend à ce que les lecteurs fassent le lien entre des relations intimes entre individus appartenant à des classes différentes et l’immoralité[14].  Dans un court article basé sur une dépêche londonienne, le Times constate que «bien qu’Oscar Wilde languit en ce moment en prison…  pour un crime odieux, il y a encore autour de lui un réseau d’amis influents qui travaillent avec zèle à sa défense, et ce en dépit du fait qu’ils sont suffisamment intimes avec lui pour connaître les moindres secrets de sa vie personnelle.»  Parmi ces amis se trouve le frère aîné de Lord Alfred Douglas, Lord Percy Douglas, «certainement le plus masculin de la famille… [qui] se distingue catégoriquement de Lord Alfred Douglas, son efféminé jeune frère».  La référence à la «vie privée» de Wilde, associée à la référence péjorative à l’«efféminé»  Douglas, indique clairement qu’il s’agit d’une affaire liée à la sexualité.

Ainsi, dans la presse d’élite, la seule indication ouverte de la nature des charges retenues contre Wilde se retrouve dans la conclusion d’un article qui paraît dans le Tribune du 7 avril.  Il y est écrit que «Wilde est poursuivi en vertu d’un amendement à la loi criminelle, lequel considère cette offense comme une crime et pour lequel la peine maximale prévue est de deux ans d’emprisonnement pour chacune des charges retenues».  La plupart des lecteurs du Tribune ne sont certes pas des experts du code pénal britannique, mais la nature de l’offense peut se deviner par le fait que le Tribune cite les propos de Charles Parker.  Le témoin y «rapporte d’amples détails sur la façon dont il a été présenté à Wilde par l’entremise du [co-défendeur Alfred] Taylor et soutient que celui-ci lui a assuré que Wilde était «bon à payer de l’argent».  Si l’histoire racontée par Parker se révèle véridique, alors elle prouve l’accusation du trésor [sic] à l’encontre de Wilde».

Le 8 avril, le Times publie un article intitulé «La disgrâce d’Oscar Wilde».  En dépit de son titre évocateur, l’article ne contient aucune analyse précise de l’offense commise par Wilde (encore moins le mot homosexualité).  Selon le journal, une telle discussion n’amènerait rien de bon; s’y prêter ne serait qu’une façon de tirer profit d’un scandale.  Le journal prétend même que les détails qu’il consent à donner sur l’affaire n’ont pour seul but que de satisfaire la curiosité des Irlandais (qui, affirme le journal, pourraient être impliqués dans l’affaire en raison de leur lutte nationale) et de ceux qui ont personnellement rencontré Wilde : «Mise à part la dépravation qu’il nous a été nécessaire de rendre publique concernant la déchéance de Wilde, les gens qui l’ont rencontré lors de son passage, ceux qui, grâce à ses lettres de présentation, l’ont accepté en tant que gentleman anglais, sont curieux de connaître quelque chose de sa famille».

Bien peu d’informations émergent au cours des semaines suivantes, pendant que Wilde subit son premier procès criminel.  Le 2 mai, un court article dans les dernières pages du Times fait le résumé des témoignages et des résultats du procès.  L’article reproduit en entier le discours de Wilde sur «L’amour qui n’ose pas dire son nom» (qui est désigné comme «la partie la plus éloquente de sa défense»).  Dans une dépêche du 12 mai, le correspondant à Londres expose l’existence d’«un véritable regret lorsqu’on comprend qu’Oscar Wilde a choisi de demeurer au pays, où il devra faire face à un second procès…  Le sentiment général veut que l’homme ait suffisamment souffert et qu’une sentence de dix-huit mois ou d’un an de terreurs dans une prison britannique ne servira qu’à faire de lui un martyr aux yeux de nombreux jeunes gens impressionnables; de cette condamnation, il ressortira donc plus de mal que de bien».

Malgré la sympathie ambivalente qu’affiche Le Times pour Wilde, il rapporte le 26 mai le verdict final de culpabilité rendu lors du deuxième procès.  S’il s’abstient de mentionner la liste des charges, il se fait quand même l’écho du ton de conspiration qui s’impose alors dans les journaux londoniens :

« L’imposition d’une sentence maximale permet d’établir l’attitude à adopter par les policiers concernant un sujet sur lequel ils attendaient avis.  Des sources sûres indiquent que la police détient une liste de 400 gentlemen anglais – dont certains sont des pairs, un au moins appartient au gouvernement et plusieurs sont des personnages bien connues de l’opposition – et que ceux-ci se verront notifier de renoncer à tout comportement susceptible de suggérer un tel méfait, incluant la fréquentation de gens connus de la police, sans quoi ils se verront dans l’obligation de quitter l’Angleterre dans les trois mois. »

La presse populaire

Deux journaux populaires, le New York Herald et le New York Sun, publient aussi de longs articles sur l’affaire Wilde.  Ces articles sont constitués d’une part des mêmes dépêches qui sont publiées dans la presse institutionnelle, mais d’autre part s’y ajoutent les comptes-rendus de correspondants spéciaux.  Les analyses de la presse populaire s’autorisent une réflexion plus libre des moments les plus délicats (ou sensationnels) des témoignages au procès.  Autre élément significatif, ces articles adoptent un ton franchement moraliste, quoique cette ferveur morale relève sans doute d’une bonne dose de sensationnalisme délibéré et calculé.  

C’est le 4 avril que le Herald commence sa couverture du procès en diffamation de Queensberry.  À la lecture des généreux extraits de témoignages qui y sont cités, aucun doute ne peut subsister quand à la nature des accusations portées par le Marquis.  L’article cite même en entier le texte du «sonnet en prose» de Wilde à Douglas, puis cite les propos tenus par l’avocat de Wilde au sujet de la fameuse carte diffamatoire, lorsqu’il affirme que cette carte «allègue que M. Wilde fait preuve d’une attitude immorale».  Selon lui, le Marquis aurait à plusieurs reprises accusé Wilde «d’avoir incité nombre de jeunes hommes à participer avec lui à une série d’actes délictueux».

Le 5 avril, le Herald et le Sun publient des articles plus ou moins semblables, qui reprennent quasiment mot pour mot le contre-interrogatoire de Wilde. Dans ces articles se retrouvent des détails sans équivoque quant à la nature des agissements de Wilde.  Par exemple, les textes reproduisent les extraits où Wilde prétend ignorer qu’Alfred Taylor, celui qui l’avait introduit auprès de cinq jeunes hommes, «s’était rendu fameux par sa propension à présenter de jeunes hommes à des hommes plus âgés».  De plus, le Herald rapporte que «M. Wilde a affirmé que le masseur l’a accompagné à l’hôtel Savoy, mais a nié avoir été aperçu dans quelque position compromettante que ce soit par cette personne.  Tous les jeunes hommes l’ayant visité dans ses appartements l’ont fait à titre de visiteurs».

Le jour suivant, le Herald et le Sun publient tous deux une dépêche de l’agence United Press, qui fournit les détails sur l’arrestation de Wilde.  Cette dépêche détaille explicitement la nature de la diffamation en cause : «viz., que Wilde avait l’attitude d’un dévot de pratiques contre la nature».  Un article du Sun intitulé «La carrière de Wilde est terminée» fait référence à Wilde comme à un «exquis gâté» et regrette que «la pauvre créature ne soit pas pourvue de suffisamment de cran pour se faire sauter la cervelle» avant d’être arrêté, ce que ses «amis» estiment «le seul dénouement possible suite à la révélation de son immoralité».  Tout en dévoilant ce passage, le journal conclut :

Les conséquences de cette révélation et de la punition exemplaire qui ne peut que d’être imposée à Wilde auront des conséquences considérables.  Et cela n’arrive pas trop tôt.  L’accroissement de la dépravation au sein de certaines classes de cette société est tout simplement épouvantable.  La police et bien d’autres se tiennent prêts à produire des révélations terrifiantes dès qu’il sera devenu évident qu’aucun autre moyen ne peut suffire à éradiquer ce vice qui a détruit l’ancienne civilisation de Rome.

Cet article du Sun en dévoile beaucoup sur la nature du discours populaire public.  L’homosexualité y est vue comme une grave menace non pas parce qu’elle constitue un péché, mais plutôt parce qu’elle est la «corruption» qui a «détruit» la civilisation (l’idée calomnieuse selon laquelle l’homosexualité serait la cause de la chute de la civilisation romaine remonte à Edward Gibbon, sinon avant).  L’allusion qui est faite au sujet de la décadence de «certaines classes», c’est à dire les classes ouvrières, tente clairement de dresser le parallèle entre une hiérarchie sexuelle et une hiérarchie de classe et, de ce fait, souligne le danger inhérent aux relations entre classes.  Le style quasi pornographique du texte excite la titillation par ses évocations de l’existence de réseaux secrets et de «révélations terrifiantes» et, de ce fait, tend à investir la transgression sexuelle d’autorité et de pouvoir[15].  Il se permet de rappeler la définition que Wilde a lui-même donnée d’un scandale en tant que «le commérage que la moralité rend ennuyeux».

Un article qui paraît le même jour dans le Herald partage ce même mélange d’esprit de classe et d’émoustillement.  Il rapporte que Wilde est désormais sous arrêts en vertu d’une «accusation qui, aux yeux du plus honnête des hommes, paraît encore plus odieuse que le meurtre».  L’auteur exprime aussi son soulagement à l’annonce de cette arrestation, car les «rumeurs et insinuations malveillantes» commençaient à pointer vers des hommes en vue.  «Les choses étaient rendues au point où aucune réputation n’était tout à fait intouchable».

Le 7 avril, le Sun publie un article (qui, sans ironie, s’intitule «Toute l’Angleterre excitée») qui décrit le scandale causé par Wilde et par les «reptiles humains» qui ont jeté la honte sur l’Angleterre et sont donc punis en toute justice.  L’article reproduit des passages des articles les plus virulents parus dans la presse londonienne.  Le même jour, le Herald publie dans sa section du dimanche un long article (en cinq colonnes) intitulé «L’étrange carrière d’Oscar Wilde».  Celui-ci présente un survol plus profond et plutôt sympathique de la carrière et des idées de Wilde, attirant l’attention sur son voyage en Amérique et sa vie domestique.  Il souligne l’«hommage mérité et flatteur» professé par une «intime amie américaine», Mme Frank Leslie (qui en fait n’est autre que l’ancienne femme du frère aîné de Wilde, Willie, quoique l’article s’abstienne d’en faire mention).  Mme Leslie – elle-même la veuve d’un célèbre journaliste américain – vante le talent de Wilde et «l’immense pureté et l’affection qui caractérisent sa vie privée», incluant la profonde dévotion que Wilde voue à sa mère, de même que «l’adoration» qu’il a pour sa femme et ses fils (qui apparaissent d’ailleurs sur la photo accompagnant l’article).  Mme Leslie soutient qu’il lui est impossible de croire à l’immoralité de Wilde et réduit l’importance de sa sexualité, par exemple lorsqu’elle déclare : «peut-être a-t-il, hélas! acquis cette mauvaise habitude, s’il en est effectivement trouvé coupable, à l’Université.  Le malheur dans tout cela est que, malheureusement, de telles médisances sont fort répandues à Londres.  Lors de mes séjours là-bas, j’ai entendu de telles insinuations à la suite de presque tous les divorces célèbres.»

Dans sa dernière partie, l’article rapporte l’impression du journaliste, qui estime que «Wilde est tombé si bas qu’à présent aucune main ne peut chercher à le relever sans être elle-même souillée par son infamie…»  Même les réformateurs sociaux doivent lui tourner le dos pour éviter d’être totalement discrédités.  «Dans la chute d’Oscar Wilde, les arts et la littérature ont innocemment souffert.  Mais il vaut encore mieux n’avoir plus aucun art ni aucune littérature que d’approuver Wilde.»

Il apparaît donc que, malgré son ton relativement bienveillant, l’auteur de cet article du Herald partage l’hostilité générale pour la faute commise par Wilde, et ce pour la même raison – son lien avec le non-conformisme social.  La seule différence est que cet auteur supporte la dissidence sociale; il ne la désapprouve pas.  Il semble accepter l’affirmation de Mme. Leslie que l’homosexualité est une «mauvaise habitude» (par ailleurs fort répandue parmi les gens éduqués!). Or la véritable offense commise par Wilde serait d’avoir donné une arme aux défenseurs de la moralité conventionnelle et aux «bourgeois respectables», en leur fournissant les munitions susceptibles de discréditer tous ceux qui critiquent ces normes.  Le scandale entourant Wilde leur aurait ainsi permis d’associer les opposants à l’ordre social à des criminels.[16]

La couverture de l’affaire Wilde dans le Sun atteint son point culminant avec deux éditoriaux publiés le 8 et le 9 avril 1895 – la seule existence de commentaires éditoriaux que j’ai pu retrouver dans toute la presse new yorkaise--qui démontrent toute l’importance prise par cette affaire.  Le premier éditorial, intitulé «Un cas de déchéance», prétend analyser «l’anomalie et la déchéance à la fois morale et intellectuelle» de Wilde.  Le Sun considère que Wilde est malade -- «Ce genre de maladie est abondamment décrit dans la littérature médicale; les symptômes, tels qu’ils se manifestent dans ce cas particulier, ne diffèrent pas de ceux généralement reconnus par les aliénistes»[17] -- et recommande qu’on l’enferme dans un asile pour les fous, afin qu’il y soit «isolé de la société comme on le ferait d’un incurable lépreux».  L’éditorial poursuit en déclarant que sa maladie  résulte de son état «morbide et hystérique» de réformateur social.  Selon les affirmations du Sun, ces élans réformateurs «tirent leur origine d’un mécontentement malsain envers des situations, passions et ambitions qui pourtant sont inséparables d’une vie sociale saine et révélatrices d’une nature humaine normale.  Les instincts naturels et les frustes vertus du peuple; l’esprit vivifiant et la vigueur des sentiments, tous nécessaires à la préservation et à la force de la race, sont alors considérés comme preuves d’un développement inférieur.»

L’éditorial qui paraît le jour suivant revient sur des thèmes identiques.  Pour analyser le cas de Wilde, il fait cette fois référence à un ouvrage alors fort populaire sur « la dégénérescence » écrit par l’écrivain allemand Max Nordau.  L’éditorial évoque les «instincts pervers» de Wilde, qui se reconnaissent par exemple dans sa propension à se vêtir de manière scandaleuse.  «Selon le diagnostic posé [par Nordau], son inclination pour les costumes étranges est un égarement pathologique qui l’éloigne des instincts naturels de la race».  Puisque le costume d’une personne devrait avoir pour but de susciter l’attirance des autres, particulièrement de ceux du sexe opposé, celle de Wilde témoigne d’une manque de considération envers les autres, «et l’on pourrait même dire, envers la race».

Dans leur ensemble, ces deux éditoriaux du Sun visent à démontrer que la non-conformité ou l’insatisfaction envers les normes sociales, que ce soit au niveau des idées, de la façon de se vêtir ou encore dans une tendance au «raffinement», représentent non seulement une maladie, mais aussi un danger pour les fondements mêmes de la race.  C’est en ce sens que Wilde fait figure de menace non pas tant à cause de ses activités sexuelles «décadentes», qui témoignent d’un problème mental (comme l’indique l’article, cet état n’est pas inhabituel et est bien connu des cercles médicaux), mais plutôt par son caractère de dégénérescence.   La maladie de Wilde n’est en fait pas autre chose qu’un manque de cette «vigueur» propre au caractère masculin, combinée à un manque d’intérêt pour le sexe opposé.  Ces arguments qui relèvent du darwinisme social sont monnaie courante à l’époque.  Par contre, l’idée des éditoriaux selon laquelle il y a un genre de caractère homosexuel distinct, et que le choix de l’objet sexuel, en rapport avec la non-conformité en termes de rôles sexuels, constitue l’essence du «caractère moral», est une conception décidément moderne. 

Une note sur les autres journaux

Il me faut mentionner en passant qu’à New York certains organes de la presse ethnique et de langue étrangère couvrent aussi les procès Wilde (pas la presse yiddish, peu répandue avant la création du Forwarts/Jewish Daily Forward en 1897, ni la presse italienne).  J’aurai plus tard l’occasion de mentionner un article tiré d’un journal francophone.  Mais la presse des immigrants germanophones – telle que représentée par son plus ancien quotidien, soit le New Yorker Staats-Zeitnug und Herold, et par un quotidien aux penchants socialistes, le New York Volkszeitung – considère l’affaire comme digne de faire la une[18].  Les Allemands sont à la fois ceux qui se montrent les plus francs quant à la nature du délit commis par Wilde, et les plus explicites quant aux implications de l’affaire sur le futur de son œuvre.  Dans son édition du 8 avril, le Staats-Zeitung cite les allégations de Queensberry, selon lequel Wilde «attire de jeunes hommes vers ce vice contre-nature».  Dans son édition du 7 avril, le Volkszeitung conclut avec clairvoyance que «Jusqu’à assez dernièrement, la peine de mort était infligée pour ce crime.  Toutefois, peu importe quelle sera la décision judiciaire adoptée à l’encontre de Wilde, il est de toutes façons un homme mort et est mort avec lui le Wildisme, le mouvement littéraire qu’il représentait.»  Quant au journal irlandais hebdomadaire l’Irish World and American Industrial Liberator, elle boude l’affaire Wilde - qui est sans doute bien trop honteuse - mais réimprime un hommage rendu à Wilde pour son support à l’Irlande, de même que la poésie à saveur nationaliste écrite par la mère de Wilde.

La presse montréalaise

Dans la presse de New York, c’est une fracture de classes et de couches sociales qui marque la couverture médiatique entourant les procès d’Oscar Wilde.  La couverture médiatique de Montréal s’organise plutôt en fonction de facteurs linguistiques et nationaux.  Il n’est sans doute pas surprenant de constater que la presse anglophone accorde bien plus d’attention aux détails des procès que ne le fait la presse francophone, qui s’en rapporte surtout aux dépêches en provenance de Londres.  Par contre, les très catholiques Canadiens français réagissent à l’affaire d’une manière plus personnalisée, non dépourvue d’une certaine ambigüité.  D’un côté, ils sont outrés par Wilde et par les charges retenues contre lui; d’un autre côté, ils ressentent une certaine sympathie pour Wilde en tant que victime de l’hypocrisie de la société britannique.  Il n’est pas impossible qu’ils aient été influencés par la réputation de francophile de Wilde – il a écrit en français sa pièce Salomé, tandis que dans son roman Le Portrait de Dorian Gray, les influences de Huysmans et de Flaubert sont si évidentes que, selon un bon mot de l’époque, Wilde aurait publié le premier roman français écrit en anglais.

Dans la presse anglophone, la couverture la plus importante des procès Wilde se retrouve dans le Montreal Daily Star et dans le Quebec Daily Mercury, qui s’adressent à une clientèle appartenant à l’élite.  Tous deux publient à de nombreuses reprises les mêmes dépêches (pour quelque raison que ce soit, économique ou morale, la Montreal Gazette se contente de publier seulement deux ou trois brefs comptes-rendus sur l’affaire).  Ils se limitent toutefois aux dépêches, sans consacrer un seul éditorial au sujet – de toute évidence, le scandale leur paraît un événement fort lointain.  Le 27 avril, un article du Mercury intitulé «L’étrange carrière de Wilde» se penche sur le dramaturge «dont la chute est le sujet de conversation des deux continents».  Il analyse en détails son voyage en Amérique et sa famille, incluant un passage sur son fils charmant  Cyril.  Il n’y est fait que brièvement mention du «procès Queensberry et de tous ses détails indicibles».  L’article cite les propos d’une vieille amie et protégée de Wilde, l’actrice Lily Langtry, qui (un peu à l’instar de Mme. Frank Leslie) affirme que tout cela relève des «manies et caprices» de Wilde, mais qu’il ne faut en aucun cas les prendre au sérieux.  La réticence de la presse anglophone à se pencher sur la faute commise par Wilde apparaît clairement dans un article publié dans le Star du 30 avril 1895.  Intitulé «Oscar nie tout», il est accompagné du sous-titre «Il déclare ne s’être rendu coupable d’aucune des actions immorales dont il est accusé».  Dans son compte-rendu du traité de Wilde sur «L’amour qui n’ose pas dire son nom», le Star rapporte que «Wilde dit croire qu’il s’agit d’un amour spirituel, aussi pur que parfait», puis ajoute que Wilde s’étend ensuite sur le sujet, son éloquence suscitant les applaudissements de la foule.  Le 1er mai, le Star rapporte le jury sans majorité dans ce procès.  Il revient sur les paroles du juge résumant les faits au jury et qui affirme que les lettres de Wilde «sont rédigées dans le LANGAGE DE L’AMOUR PASSIONNÉ» [en majuscules dans le texte original] mais que Wilde a nié qu’elles contiennent quoi que ce soit de honteux.  Finalement, le juge dit que «le jury doit user de son propre jugement pour décider si oui ou non une passion contre-nature transparaît dans les lettres de Wilde à Douglas».  Le 25 mai, les deux journaux publient une dépêche concernant le second procès de Wilde, notant que, dans son témoignage, Wilde prétend que ses lettres «ne font pas référence à l’amour entre hommes, mais à une idée poétique ancienne, plutôt qu’à un amour sensuel et odieux».

Le dernier article du Star sur le sujet paraît le 27 mai et décrit le verdict de culpabilité de Wilde, ainsi que sa sentence. Le journal imprime un reportage, tiré d’une dépêche londonienne parue dans le New York Sun et qui décrit la tirade du juge s’adressant au co-accusé, Alfred Taylor, comme à un «tenancier de bordel pour hommes» et à Wilde comme à un «débaucheur de jeunes hommes».  Reprenant à leur compte le ton de conspiration de la presse londonienne, le Star et la Gazette soulignent avec surprise que Wilde a pu être déclaré coupable malgré son «abominable méfait».  Et s’ils affichent ce ton de surprise, c’est qu’ils s’attendaient à ce que «l’influence qui entoure cet ami éhonté des princes et des nobles» lui permette de renverser la procédure judiciaire à son profit.  La police avait remis au gouvernement les noms d’hommes de rang, de fortune et de distinction qui avaient à n’en pas douter pris part aux orgies de Wilde».

Les journaux de langue française, principalement La Patrie, La Minerve et La Presse, sont alors de taille beaucoup plus modeste que les journaux de langue anglaise – leurs éditions comptent généralement de 4 à 6 pages, 5 jours par semaine, incluant les publicités et les romans feuilletons – et leur couverture de l’affaire Wilde se fait encore plus rare que celle du Montreal Daily Star.  Curieusement, cette rarissime couverture révèle un intérêt plus immédiat pour le procès.  Dans l’édition du 20 avril du journal nationaliste La Patrie, le poète canadien français Louis Fréchette se fait l’écho de la presse populaire de New York, en consacrant un de ses éditoriaux réguliers du samedi à une attaque virulente contre Wilde, accusé d’être un imposteur et un parvenu : «Voici un personnage qui, après avoir vécu en charlatan et en fumiste, s’effondre dans le crime monstrueux et sale, au grand ébahissement de ceux dont il a su exploiter le snobisme et la badauderie naïve».  Fréchette rapporte dans tous ses détails la visite de Wilde à Montréal en 1882, de même que le spectacle bizarre et efféminé qu’il y a offert – Fréchette prétend que la conférence donnée alors par Wilde était tellement ennuyante qu’il est tombé endormi.  Fréchette conclut son article en écrivant qu’il a éprouvé alors une telle aversion pour Wilde que lorsqu’il a vu celui-ci se pavaner devant sa porte, il a pressé sa bonne d’aller lui dire qu’il était absent.  (En réalité, comme le révèle Kevin O’Brien dans son savoureux ouvrage Oscar Wilde in Canada, ce qu’écrit Fréchette est bien loin de la vérité – en fait, il a reçu Wilde ce fameux jour et lui aurait même dédicacé une copie de son livre.)[19]  Au fond, l’éditorial de Fréchette qui transpire l’envie et la rancune, ne se veut pas une évaluation des crimes perpétrés par Wilde, mais se veut plutôt une manière d’illustrer l’observation de ce dernier selon laquelle la moralité est simplement l’attitude que nous adoptons à l’égard de ceux qui ne nous plaisent pas.

Cette même journée, une attaque encore plus virulente à l’endroit de Wilde apparaît dans la revue bimensuelle de spectacles Le Passe Temps.  Sous le pseudonyme «Sylvio», le critique dénonce Wilde sur toute la ligne, pour ses «turpitudes» et son manque de virilité :

«C’est lui qui a tenté un peu partout, sous le nom d’écectisme (sic), une réforme dans les modes masculins. Il ne voulait que des hommes efféminés. On a cru longtemps que cette manie ne couvrait qu’un ridicule, mais on s’est vite aperçu qu’elle résultait d’une passion honteuse. Débauché à l’égal des habitants de l’antique Sôdom, Oscar Wilde flétrissait la jeunesse dorée de Londres avec laquelle il était en rapports.»

Le compte-rendu que ««Sylvio» fait du procès, bien que biaisé et peu instruit sur les faits du procès et sur « l’esthétisme », laisse clairement voir son objectif principal, qui est en fait d’utiliser l’affaire Wilde comme un bâton pour battre les Anglais :

«Les révélations faites à l’audience étaient tellement odieuses qu’elles ont nécessité le huis-clos. Elles ont mis à jour, une fois de plus, la corruption effrénée qui ronge les classes élevées en Angleterre…Il est inutile de songer que cette affaire aura une influence sur les mœurs anglaises. Les Anglais d’Angleterre sont pourris jusqu’aux moelles (je parle des viveurs), et ne comptent que sur l’hypocrisie pour donner le change à la partie saine de la nation et aux autres pays. Lorsqu’on ne défend sa vertu qu’à l’aide d’un vice semblable, on mérite le mépris et le dégoût de tout ce qui est honnête au monde.».

Si la plupart de journalistes refusent en fin du compte d’expliquer de quoi Wilde est accusé, l’analogie entre la criminalité de Wilde et l’hypocrisie du puritanisme britannique se répandent à travers la presse francophone.  Dans l’édition du 8 avril 1895 du quotidien La Presse, on commente, « Les détails du procès Wilde-Queensberry, qui ont fait connaître sous leur vrai jour les mœurs d’une certaine partie de la haute société de la pudibonde Angleterre ont produit là-bas une profonde impression.  On sent qu’il est impossible maintenant de cacher complètement les turpitudes innommables et innombrables qui se commettent chaque jour dans la Grande-Bretagne… »Au début mai, après le premier procès de Wilde La Minerve demande si le «procès scandaleux» sera rouvert. Quand Wilde est relâché sous caution, après qu’un pasteur anglican s’en soit porté garant, La Minerve y voit un complot (assez peu probable): «Des efforts inouis sont faits auprès du gouvernement par l’église anglicane pour empêcher la reprise de cette sale cause, sous prétexte qu’elle peut faire un grand mal dans la scrupuleuse et pudique population londonienne.».  Les éditeurs de La Patrie ajoutent : «Décidément la pudique Albion voit de tristes spectacles. Mais que dire de ceux qui ont relâché ce sale personnage? Et-il donc vrai que le scandale pourrait rejaillir jusqu’à la tête de l’Angleterre?»  Le 27 mai, lorsqu’ils rapportent la condamnation de Wilde, La Patrie ironise «Le jury a enfin reconnu qu’il était impossible de conserver dans le sein publique de la très pudibonde Albion un individu aussi compromettant. » Le quotidien, se fiant aux affirmations d’un journal français, rapporte allègrement qu’en plein été plusieurs personnes sont restées coincées à Londres, afin de ne pas laisser croire qu’elles quittaient la ville dans le seul but de fuir les accusations.

L’insistance de la presse francophone à faire ressortir la pudibonderie britannique se révèle une arme à double tranchant.  Si, comme nous l’avons vu, les comptes-rendus en français mettent l’accent sur la nature scandaleuse (mais jamais expliquée) de l’offense de Wilde, ils le dépeignent également comme une espèce de victime de l’hypocrisie anglaise sur le «vice anglais» (comme nous le rappellent l’écrivain américain A.J. Liebling, dans l’imagerie française, les Anglais «ne sont qu’accidentellement et de temps en temps hétérosexuels» -- idée reprise il y a quelques ans par Édith Cresson!).  Le 29 avril, dans un éditorial reproduit à partir d’un journal de New York, Le Courrier des États-Unis, La Patrie met à nu les divers stéréotypes nationaux qui conditionnent les attitudes des francophones envers Wilde :

«C’est certainement un procès qui n’a rien que de très vulgaire, de très banal et de très grossier, car les vices qu’on reproche ce brillant écrivain anglais n’ont plus de public que dans les bas fonds de la société et dans les bagnes. Si donc l’attention publique s’y porte, des côtes du Pacifique à celles de l’Océan indien, en passant par l’Atlantique, c’est que précisément il vise un people dont les affectations pudiques sont caractéristiques et légendaires. Si l’hypocrisie est un hommage rendu à la vertu, il n’y a pas de pays au monde où on y rende un culte plus ardent, car il n’y en a pas non plus où l’hypocrisie occupe une plus grande place dans le langage, dans les mœurs, dans la littérature, et dans les arts…Du reste, il ne faut pas croire que les mœurs impures et païennes dont ce littérateur quintessencié se targuait, étaient très commune en Angleterre, bien qu’elles y soient plus fréquentes que dans l’Europe continentale. Elles y constituent probablement une exception, avec cette circonstance aggravante qu’elles y sont le plus souvent pratiquée par des gens que leur instruction et leur haute position dans le monde semblent devoir mettre à l’abri ce cette ignoble dépravation et de cet asservissement à des instincts de brute.»

Qu’importent les vices qui peuvent exister dans la société française, l’article conclut qu’à tout le moins la France a réussi à se protéger de «toute perversion dégradante et de préserver son libertinage élégant de la contamination des vices honteux de l’orient».  On note que la grande tradition homosexuelle dans la société française de l’époque de Paul Verlaine à Camille Saint-Saëns, d’André Gide à Marcel Proust, est passée évidemment sous silence, car le but est de dénoncer les maudits anglais plutôt que de saisir la nature de la sexualité. Ironie du sort, Wilde prend refuge en France une fois libéré du prison, ou il vit une vie plutôt solitaire mais il n’est pas écarté de la société en raison de ses choix sexuels.

Conclusion

L’analyse de la couverture médiatique des procès Wilde se révèle un processus complexe.  Les attitudes à l’égard de Wilde sont le reflet de préjudices de classe, sociaux et nationaux, de même que d’idéaux moraux.  On note que les anglais le traite en irlandais et les français en anglais, que les élites déplorent sa fraternisation avec les jeunes hommes de la classe ouvrière tandis que la presse populaire le présente comme le symbole même de la haute société. Même après une telle analyse, nous ne pouvons que tenter de deviner par indirection la véritable compréhension populaire de l’homosexualité en 1895, puisque aucun des journaux new yorkais ou montréalais consultés n’a jamais abordé le sujet en tant que tel, ni même utilisé le mot «homosexualité» ou un synonyme contemporain.  En ce qui concerne le discours populaire, en 1895 «l’homosexuel» n’existe pas.  Pourtant, le crime commis par Wilde a été décrit à travers ses caractéristiques déviantes, «artistiques» et «efféminées», plutôt qu’en termes de comportement sexuel immoral, ce qui laisse penser que les idées populaires sur «l’homosexuel» comme faisant partie d’un groupe social distinct et familier, avaient déjà commencé à se former à cette époque.  L’existence dans les comptes-rendus de raisons diverses (et mutuellement contradictoires) pour justifier la condamnation des gestes de Wilde leur donne une teinte distinctement moderne : les explications s’étendent des motifs d’ordre historique (par exemple, «le vice qui détruisit l’ancienne civilisation romaine»), à des raisons «scientifiques» (la déviation pathologique d’un instinct racial sain – i.e. reproductif), en passant par les facteurs psychologiques (les descriptions de Wilde comme étant mentalement malade).  Prises dans leur ensemble, les réticences évoquées par ces journaux montrent que le véritable crime de Wilde n’est pas vraiment d’avoir commis des gestes qui restent «indicibles» pour la majorité des lecteurs,  mais plutôt le discrédit que sa perversion jette sur les réformes sociales.  Ce sont ses crimes contre la société qui apparaissent de loin plus importants que toute transgression d’ordre personnel.

Greg Robinson

v      Greg Robinson, originaire de New York, est professeur d'Histoire à l'Université du Québec à Montréal. Sa spécialisation est l'histoire des États-Unis au XXe siècle et l’histoire des minorités visibles. Il est l'auteur de BY ORDER OF THE PRESIDENT: FDR AND THE INTERNMENT OF JAPANESE AMERICANS (Harvard University Press, 2001) et A TRAGEDY OF DEMOCRACY: JAPANESE CONFINEMENT IN NORTH AMERICA (Columbia University Press, 2009). Le Professeur Robinson est aussi co-éditeur de THE ENCYCLOPEDIA OF AFRICAN AMERICAN CULTURE AND HISTORY (Gale/Macmillan,1995-2000) et ses suppléments.

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[1]Pour la vie de Wilde, voir pour exemple Richard Ellmann, Oscar Wilde, New York, 1988.  Les détails des procès d’Oscar Wilde, de même que des réactions britanniques, sont disponibles dans H. Montgomery Hyde, The Trials of Oscar Wilde, London, 1962

[2] Ibid. Pour les PVs complets des proces, voir Merlin Holland, The Real Trial of Oscar Wilde New York, HarperCollins, 2004 

[3] Neil McKenna, The Secret Life of Oscar Wilde, New York, Basic Books, 2006

[4] Philippe Julien, Oscar Wilde (traduit par Violet Wyndham), New York, 1969, p.324.

[5]  Sur la presse et la  « menace » de Wilde, à voir par exemple Peter Gay,  The Bourgeois Experience : The Tender Passion  New York, Oxford University Press, 1986, pp. 202-204, et plus généralement, Peter Gay,  Modernism : The Lure of Heresy, New York, Norton, 2007

[6] Philippe Julian, Oscar Wilde, p. 231.

[7] « Pith of the Coast Press, » Los Angeles Times, 21 avril 1895, p. 17

[8] Emma Goldman, “L’Épopée d’une Anarchiste, Bruxelles, Éditions Complexes, 2002; Lucifer, “The Criminal Jailers of Oscar Wilde”, Liberty (Not the Daughter but the Mother of Order)., 15 juillet 1895;

[9] Bertrand Russell, Autobiography, cité dans Jonathan Ned Katz, Gay American History, New York, 1976, p. 577.

[10] « Oscar Wilde,” dans The America of José Martí : selected writings of José Martí / translated from the Spanish by Juan de Onís, with an Introduction by Federico de Onís. New York : Noonday Press, 1953

[11]  Kevin O’Brien, Oscar Wilde in Canada: An Apostle for the Arts, Toronto, Personal Library, 1982

[12] Jonathan Ned Katz, Gay/Lesbian Almanac, New York, 1983, p.258.

[13] Les lecteurs de la Tribune peuvent trouver un autre indice concernant la nature de la faute commise dans le communiqué selon lequel la St. James Gazette a décidé de suspendre la couverture de l’affaire, «en raison de la nature du témoignage en cours».

[14] Plus loin dans l’article, le Times dépeint l’ampleur du scandale en écrivant que le nom de Wilde a été retiré des affiches de ses pièces, mais que malgré cela très peu de nouveaux billets ont été vendus.  Le directeur de «The Importance of Being Earnest» (L’Importance d’être Constant ») affirme qu’il déploiera tous les efforts nécessaires pour que la pièce survive.  Il assure le public qu’ «elle ne contient pas une seule ligne risquant de heurter les sensibilités».  La production d’une autre pièce a dû être abandonnée, car dans ce cas le contrat empêchait qu’on retire le nom de Wilde des affiches.

[15] L’excitation suscitée par l’article est gonflée par ce que les auteurs disent ne pas pouvoir publier : «Mr Carson…. a raconté aux journalistes, après le rendu du verdict aujourd’hui même, certaines découvertes troublantes.  Il affirme agir ainsi par devoir civique; les détails ne doivent pas être publiés – il l’a catégoriquement interdit – mais il importe tout de même d’attirer l’attention du public sur ces monstrueux dangers qui minent la société anglaise».

[16] Le Herald publie deux autres nouvelles sur l’affaire Wilde.  Le 21 avril, il rapporte que les rumeurs selon lesquelles Mme Wilde aurait entamé des procédures de divorce sont «à tout le moins prématurées, sinon totalement dénuées de fondement».  Le 26 mai, il annonce la condamnation de Wilde et cite les propos du juge déclarant cette sentence insuffisante.  Dans ce même article se retrouve l’image d’une bête préhistorique, tirée d’une édition précédente du Herald.  Dans une entrevue, Queensberry affirme que cette image lui rappelle Wilde.

[17] Cette mention du terme «aliénistes» (i.e. psychiatres), apparaît environ cinq ans avant la publication en anglais des premiers ouvrages de Freud; il s’agit d’un des exemples les plus anciens recensés dans une tribune publique de ce qui deviendra plus tard une association quasi-universelle entre psychiatrie et homosexualité, de même que des tentatives faites tout au long du vingtième siècle par les psychiatres libéraux pour que l’homosexualité soit définie comme maladie mentale (plutôt que comme un crime).  La description que fait l’article d’un Wilde «morbide et hystérique» rejoint aussi les descriptions contemporaines sur les femmes éduquées et autres non-conformistes sociaux.

[18] J’ai lu l’abrégé hebdomadaire du Staats-Zeitung und Herold  et le quotidien Volkszeitung des mois d’avril et mai 1895. 

[19]   Kevin O’Brien, Oscar Wilde in Canada,