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Numéro 28 : SEPTEMBRE /OCTOBRE 2010
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§14. Préface à l’édition 1905 du
Crime de Lord Arthur Savile
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Par Albert Savine
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Né le 20 avril 1859, juriste de formation,
Albert Savine vit sa vocation d’homme de lettres s’affirmer très tôt. Il
collabore au Midi Littéraire et au Feu Follet dès 1883, avant de créer la
Nouvelle Librairie Littéraire en 1886. Acculé à la faillite dix ans plus
tard, Savine vend son fonds à la librairie Stock. C’est à cette époque qu’il
se lance dans la traduction (anglais et espagnol). Oscar Wilde, Robert-Louis
Stevenson, Rudyard Kipling, et Arthur Conan Doyle prendront place grâce à lui
dans la Bibliothèque Cosmopolite de Stock. |
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Albert Savine est le traducteur du Crime de Lord Arthur Savile, du Portrait de Mr. W.H et de La Maison de la Courtisane. |
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Nous reproduisons ici la préface composée
par Albert Savine pour la première édition française du Crime de Lord Arthur Savile, parue chez Stock en 1905. |
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« Le
Crime de lord Arthur Savile, ici traduit en français
pour la première fois, est, dans l'œuvre d'Oscar Wilde, une des pages les
plus curieuses. |
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Quand cette nouvelle parut, en 1891, dans le
sillage triomphal du Portrait de Dorian
Gray, la critique anglaise ne fut frappée que de son caractère paradoxal. C'est ainsi que la classèrent, alors,
beaucoup de revues et de journaux sur l'appréciation desquels pesait
l'apparence ironique du sous-titre appliqué à un projet d'assassinat: étude de devoir. |
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Quelques notes, volontairement semées par
Oscar Wilde dans son récit, achevèrent d'égarer les juges. |
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Puis, on chercha des parentés à l'idée
inspiratrice de ce récit. Il est évident,
se disait-on, qu'Oscar Wilde a lu le Bonheur
dans le crime de Barbey d'Aurevilly et il a également emprunté quelque
chose à A Rebours. |
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C'est possible, mais ces reflets, s'ils sont
sensibles, ne sont pas capitaux. |
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Aujourd'hui, les faits ont éclairé l'œuvre
et l'on peut dire que Le Crime de lord
Arthur Savile est pathologiquement le plus caractéristique des écrits
d'Oscar Wilde. |
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L'écrivain y intervertit les notices du Bien
et du Mal dans le cerveau de son héros, non en écrivain paradoxal mais en
véritable malade. |
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La distinction est aisée à faire. |
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Lisez plutôt le très curieux roman de
Georges Darien, Le Voleur, qui est
un long et amusant paradoxe, et vous verrez tout de suite la différence entre
les deux notes. Dans le volume de
Darien, Georges Randal, a choisi le vol comme profession: il se fait voleur
comme on se fait banquier, médecin ou avocat, et il a des idées de voleur sur
toutes choses. Il lutte contre la
société avec des armes qu'il a choisies et que Darien a fourbies logiquement
d'après la mentalité de son héros. Randal,
qui n'est pas un monstre, a exactement la sensibilité d'un outlaw. Lisez
plutôt le très curieux roman de Georges Darien, Le Voleur, qui est un long et amusant paradoxe, et vous verrez
tout de suite la différence entre les deux notes. Dans le volume de Darien, Georges Randal, a
choisi le vol comme profession: il se fait voleur comme on se fait banquier,
médecin ou avocat, et il a des idées de voleur sur toutes choses. Il lutte contre la société avec des armes
qu'il a choisies et que Darien a fourbies logiquement d'après la mentalité de
son héros. Randal, qui n'est pas un
monstre, a exactement la sensibilité d'un outlaw. |
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Il en est tout autrement de lord Arthur
Savile que de Georges Randal. Le point
excepté où ses idées déraillent et s'intervertissent, on ne saurait raisonner
plus normalement. |
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«En contemplant en ce moment le portrait
de Sybil, lord Arthur, écrit Wilde, fut rempli de cette terrible pitié qui
naît de l'amour. Il sentit que l'épouser
avec le fatum du meurtre suspendu sur sa tête serait une trahison pareille à
celle de Judas, un crime pire que tous ceux qu'ont jamais rêvé les Borgia.
«Quel bonheur y aurait-il pour eux, quand à tout moment il pourrait être
appelé à accoupler l'épouvantable prophétie écrite dans sa main? |
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«A tout prix il fallait reculer le
mariage... |
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«Bien qu'il aimât ardemment cette jeune
fille, bien que le seul contact de ses doigts quand ils étaient assis l'un
près de l'autre, fît tressaillir tous les nerfs de son corps d'une joie
exquise, il n'en reconnut pas moins clairement où était son devoir et eut
pleine conscience de ce fait qu'il n'avait pas le droit de l'épouser jusqu'à
ce qu'il eût commis le meurtre. |
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«Cela fait, il pourrait se présenter
devant les autels avec Sybil Merton et remettre sa vie aux mains de la femme
qu'il aimait, sans crainte de mal agir. |
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«Cela fait, il pourrait la prendre dans
ses bras, sachant qu'elle n'aurait jamais à courber sa tête sous la honte. |
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«Mais avant, il fallait faire cela et le
plus tôt serait le meilleur pour tous deux». |
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Le héros de Wilde, en vertu de cet étrange raisonnement, commet donc son crime par devoir. Or, si l'on lit avec soin les ouvrages que de savants médecins ont consacrés au cas du romancier, on verra quelle illustration cette nouvelle apporte aux théories les plus récentes. |
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Les contes qui complètent ce volume sont, tout au contraire, de pures fantaisies littéraires, des pages de l'exquis dilettante que fut Wilde. Il y a là quelques traits de cette ironie que les critiques d'Outre-Manche appelaient des Wildismes. |
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Le lecteur aura ainsi un point de comparaison qui lui permettra de rejeter ou d'admettre les considérations présentées plus haut. » |
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Le Traducteur (Albert Savine) |
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matières |
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