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Numéro 28 : Septembre/Octobre 2010

 

§10.  L’affaire Oscar Wilde [1]

Par Marc-André Raffalovich

(1ere partie)


Les sociétés ont les criminels qu'elles méritent.  (Lacassagne)

A la fin des longues journées attristées par l'émoi de l'affaire Oscar Wilde, je tentais de me consoler en lisant les conversations  du grand Goethe. J'essayais, de me hausser jusqu'à sa sérénité et je m'inspirais de sa sagesse claire et profonde. Lui aussi, me disais- je, se serait assombri en voyant tant d'ignominie et une telle ignorance. L'attitude du public l'aurait révolté comme la pose des  accusés et des impliqués, et il aurait rejeté loin de lui les journaux  anglais ou étrangers avec leurs appréciations saugrenues ou apprises par cœur. L'histoire parle dans ce procès et il est temps d'abandonner bien des clichés.

« Tout homme, a dit Goethe, a droit à une philosophie qui ne détruit pas son individualité. C'est là l'origine psychologique des philosophies. » Et il était aussi persuadé que ces Forces, ces. Décisions, qu'il nommait das doemonische ne laissent pas trop longtemps une individualité outrager les autres individualités. Ce qui rend si justes les vengeances comme celle-ci (car il y a des occasions qu'on se sent presque le droit de personnifier) c'est leur lenteur même : ce n'est plus une question de culpabilité mais de criminalité. Si Oscar Wilde, par exemple, avait été frappé il y a quelques années, sa culpabilité au point de vue d'une haute morale n'aurait pas atteint la criminalité.

Quand je l'accuse de criminalité, je ne m'occupe plus des actes sexuels qu'on lui a reprochés, mais du rôle qu'il a joué, de l'influence qu'il a prise et si mal employée, des jeunes vanités qu'il a  faussées, des vices qu'il a tant encouragés. La société anglaise est coupable également. Quant à lui, qu'avec tous « ces galopins aux yeux de tribade » il ait ou n'ait pas été « pareil à la grande  Sapho », la morale la plus indulgente et la plus lâche le condamne maintenant sous d'autres rapports de même que l'opinion publique. Seulement l'opinion publique m'inspire peu d'estime à ce sujet ; elle l'a supporté, soutenu, entretenu, elle l'a subi, ce malheureux prêtre de Priape, malade de la manie des réclames ; l'opinion publique lui a. passé bien des mauvaises paroles qui  étaient de mauvaises actions, et aujourd'hui c'est sa culpabilité qu'elle attaque plus que sa criminalité. Et qui sait comment elle virera un jour : en sa faveur peut-être ?  Ce serait un bonheur (et pas un bonheur d'utopie) si ce procès aidait à éclaircir la question de l'inversion sexuelle, une des plus importantes du présent et de l'avenir. Ce procès encore plus historique, selon moi, que scandaleux, contribuera à cet éclaircissement nécessaire qui viendra — seulement pourquoi viendrait-il, obscurci par la licence des mœurs ?

[…]

Après avoir passionné les curieux, les oisifs, les désoeuvrés — après avoir occupé les gens sérieux, les coupables ouïes imprudents, l'affaire Oscar Wilde appartient maintenant à la science et à l'histoire. Les historiens de la morale sociale ne pourront la négliger. Aucune affaire de moeurs de ce temps n'a été d'une pareille portée. Les scandales de Cleveland Street rendus populaires en France par les plaisanteries sur les petits télégraphistes, et suivis du départ forcé de lord Arthur Somerset, n'attestaient que des vices individuels se servant de l'organisation connue du vice. Aucun des malheureux impliqués dans cette affaire ne s'était élevé ouvertement contre l'opinion publique. Us cachaient leurs habitudes. Ils avaient peur, ils avaient honte. Leur hypocrisie touchait à la décence et leur prudence étaient un hommage à la pudeur. On ne pouvait accuser la société de tolérance indue, ni les coupables d'avoir voulu célébrer ouvertement Sodome.

Partout il existe des établissements comme ceux de Cleveland - Street, des clients, des prostitués, des entremetteurs. Sodome existe, vénale et menaçante, la ville invisible.

Mais la tragédie qui a Oscar Wilde pour titre est d'une autre nature. Oscar Wilde a été encouragé, toléré par la société anglaise. On l'appelait une institution. Il s'est détraqué de plus en plus, et sous l'empire de la vanité et de l'impunité il en était arrivé à la vie la plus audacieuse et la plus dangereuse pour la salubrité publique comme pour lui.

Il a été victime de lui-même, de la société et de ses amis. Si on le plaint dans sa grande infortune, on se souvient aussi qu'il a été un danger national; sans cela, s'il avait uniquement été un perverti cérébral soupçonné de perversions sexuelles et attrapé par la police, son cas ne mériterait pas une étude aussi approfondie. L'affaire Oscar Wilde considérée gravement est d'une importance capitale. Comment a-t-on permis à un homme pareil de tenir un cours d'égoïsme mutuel avec l'assentiment de la société anglaise ? Et comment, par quelles imprudences inconcevables, une impunité aussi solide s'est-elle effondrée tout à coup ?

Oscar Wilde (fils d'un médecin irlandais bien connu et d'une mère qui vit encore et qui, sous le nom de Speranza, écrivait des poésies irlandaises), a toujours été très Irlandais, pouvant parler  plusieurs heures sans se fatiguer, aimant le son de sa voix lente, riant violemment à ses plaisanteries incessantes, faisant souvent l'effet de mâcher ses mots comme s'ils étaient des bonbons. On ne pouvait le voir parler sans remarquer ses lèvres sensuelles, ses dents décolorées et sa langue qui semblait lécher ses paroles. Cette comparaison triviale est d'une frappante justesse. C'était un parleur dont on voyait fonctionner l'appareil. Mes lecteurs l'ont probable- ment vu : de haute taille, un nègre blanchi ou rougi, imberbe, coiffé avec mauvais goût.

Quand il parut à Londres il se conquit une célébrité d'excentricité et de talent bouffon. A Oxford il s'était distingué par les études sérieuses. Patronné par M. Whistler (qui l'a bien regretté depuis et qui lui avait fourni bien de l'esprit et bien de l'originalité), il s'introduisit dans le monde, surtout occupé d'étonner, d'amuser, de faire parler de lui, ne dédaignant aucune sottise, à l'affût de n'importe quel mot spirituel ou impudent, content d'être hué, s'imposant peu à peu.

La société anglaise eut son bouffon comme elle avait sa beauté, Mme Langtry ; la carrière de la plus belle des femmes et celle du plus vaniteux des hommes se commentent, mais comme elle vit encore, elle aussi faisant partie de l'histoire, mais de l'histoire anecdotique, je ne parlerai que sous toutes réserves de l'opinion de la « nouvelle Hélène » sur son poète et ami. Un journal américain l'a consultée, et suivant le journaliste américain, elle a répondu qu'elle avait connu Oscar Wilde depuis qu'on l'avait renvoyé d'Oxford, qu'il avait toujours eu ces idées, que c'était un homme charmant, dont tout le monde riait dans le meilleur monde, et qu'on aimait sans le prendre au sérieux.

Authentique ou non, cette réponse du Lys de Jersey, de la Belle pour qui l'on inventa le titre de professionnal beauty, est l'excuse de la société de Londres, la pire des excuses. Oscar Wilde faisait rire, il amusait les ignorants surtout, les jeunes qui n'ont pas lu grand'chose, les femmes qui ont lu encore moins, et même quelques hommes graves trop occupés pour rien approfondir d'aussi frivole que l'influence d'un homme qui fait rire.

Les peintres disaient de lui : il comprend tout sauf la peinture. Les littérateurs au-dessus de 23 ans : tout sauf les lettres. Les musiciens : tout sauf la musique. Et ainsi de suite. En Angleterre  la notoriété et la célébrité sont contiguës. Dans le monde les femmes et les jeunes garçons veulent être amusés à tout prix ; la bourgeoisie imite ces mœurs de son mieux : et les moqueries des  classes moyennes et inférieures augmentent la notoriété. Le prince de Galles désira faire la connaissance d'Oscar Wilde. Oscar Wilde devint l'homme le plus recherché et le plus bafoué. Il se vantait  de son égoïsme, de sa paresse, de sa vanité, de son inconstance, de tous les vices avouables. C'était bien l'aventurier qui se repaît de choses chères ou rares. Il avait vingt-huit ans. Il alla faire des conférences en Amérique. On s'y moqua joliment de lui : mais exciter les moqueries faisait partie de son programme.il revint se plaignant de l'Océan qui l'avait désappointé. Il se maria avec une charmante Irlandaise qui avait quelque fortune. Deux garçons sont nés de ce mariage[2]. Oscar Wilde aurait pu être heureux  sans sa dévorante vanité et dans une société qui ne lui aurait pas fourni tant de. pâture. Mais il était alors bien loin des aventures d'aujourd'hui. Son égoïsme, il est vrai, était imperturbable. Il s'adressait au plus jeune et tâchait de lui tourner la tête avec des flatteries et de s'en faire un disciple. Il causait, causait intarissablement, et fumait des cigarettes.

Il s'intéressait alors à toutes les perversions sexuelles, il les craignait, les redoutait pour lui. Il aimait à en parler. Il connaissait les historiettes/le tout Londres. Les grandes tribades le fascinaient comme les sodomites courageux ou amoureux. Il rôdait à l'alentour, Il était innocent, disait-il, mais il poursuivait la piste des autres.

« Je ne crois pas, disait-il à ses jeunes amis, que les gens qui font ces choses puissent y prendre autant de plaisir que moi à en parler [3]. »

Il fut saisi d'un véritable accès de fièvre cérébrale après avoir lu Monsieur Vénus et en racontait le sujet avec une ardeur poétique admirable. Il était intarissable. Pour lui, quant à lui, il avait peur. Il se savait si bien connu, son extérieur si reconnaissable, qu'il n'aurait pas osé, dans un endroit public, causer avec des inconnus compromettants. On verra le chemin qu'il a parcouru depuis.

Il se souvenait alors de toutes ces règles de prudence et de cence qui aident un honnête homme, même s'il est inverti, à vivre le front haut et sans crainte. S'il disait aux jeunes hommes de son
monde : « Vous seul sauriez me donner un frisson nouveau, vous sauriez mélanger le romanesque et l'ironique, romance and cynicism » ; s'il rejetait Mon Frère Yves comme trop fade, trop innocent, si la lecture d’À Rebours, de la rencontre du jeune homme et de des Esseintes, lui donnait un peu de la fièvre de Monsieur Vénus, il était surtout curieux, rôdeur, craintif, jouant avec l'idée du danger plus qu'avec le mal même.

« Je ne peux pas vous laisser connaître M. Un Tel ou M. Un Tel, disait-il à ses jeunes amis, ils pourraient vous compromettre. »

Quand on lui demandait d'expliquer la situation psychologique des unisexuels du monde, de ceux qui vont partout mais qui font bande à part, il assurait qu'ils commençaient par la joie, le délire de leur originalité, de leur indépendance, mais qu'à mesure qu'ils s'isolaient de plus en plus, à mesure qu'ils étaient pour ainsi dire marqués au visage, ils souffraient beaucoup. Selon lui ils commençaient par l'exaltation et l'orgueil et finissaient par se sentir damnés...

On regimba un peu quand il écrivit Dorian Gray, roman peu original (Oscar Wilde n'a jamais été bien original), artificiel, superficiel, efféminé. L'unisexualité y régnait, mais sans vigueur, dans le clair-obscur, dans l'affectation et la crainte.

Je ne vois pas d'argument sérieux contre l'étude de l'unisexualité dans l'art. Les maîtres n'en ont pas peur, depuis Eschyle jusqu'à Swinburne. En Angleterre, le théâtre, le roman, la poésie s'en sont emparé ou servi, mais toujours franchement, héroïquement, ou satiriquement, ou passionnément.

Oscar Wilde n'ayant ni le sens de la vie, ni un talent à lui, n'a pu traiter l'inversion ou la perversion sexuelle que faiblement, sournoisement, languissamment.

Ceux qui avaient compris et détesté la pente à laquelle il s'abandonnait l'avaient délaissé ou écarté avant Dorian Gray. Son entourage ne s'en rendait pas compte, on s'amusait de lui, on partageait ses goûts, on le comprenait [4]. Ce n'est qu'Oscar, disait-on ; tout le monde le connaît, il peut faire ce qu'il veut. Ses amis et les amis de ses amis aimaient à répéter : « Il aime à en parler, mais il ne le fait pas. »

Ses cours d'égoïsme, de fausseté, de mensonge, de clinquant, de pauvres paradoxes écartelés, ne suffisaient pas pour le discréditer. On permettait à ses fils de l'aduler et d'en être adulé, de se laisser appeler le nouveau boy d'Oscar.

Il s'était mis à travailler et on parlait moins de lui quand sa pièce L'Eventail de Lady Windermere fut jouée à un des meilleurs théâtres de Londres. Je me souviens de cette première. La pièce répondit à ce que j'attendais de son talent et de son assurance : rien de si vieux que la pièce, rien d'aussi personnel que l'assaisonnement.

La nouveauté de ce genre, de plagiat, les interprètes, la mode, la fameuse cigarette que l'auteur fumait en goûtant son apothéose après le dernier acte, en présence du public qui l'acclamait, et le fameux œillet vert à sa boutonnière[5], lui firent un succès étonnant. Le public anglais aime les vieilles ficelles ; et Oscar Wilde, en plus, lui offrait les nouvelles rengaines « artistiques » et tout « l'esprit » de son existence et de son monde.

Oscar Wilde gagnait maintenant de l'argent. Il demeurait peu chez lui, tantôt dans un hôtel,tantôt dans un autre. Il renonçait la plupart du temps à la vie domestique, mais son succès aurait pu le rattacher à la vie respectable. Même sans mener une vie exempte de soupçons, même en prêchant la corruption, même entouré des jeunes hommes les plus voyants, les plus chatoyants de Londres, il aurait pu ne pas dégringoler. Voici un des points curieux de l'affaire, une de ces nombreuses leçons commentées sans doute à Sodome comme à Londres.

Même acquitté, il serait toujours resté le modèle de ce qu'il ne faut pas faire. L'indulgence qu'on lui accordait, le succès de sa pièce, sa vanité insensée, sa cour de jeunes gens de plus en plus jeunes comme cela arrive à toute célébrité sur le retour, son énorme indulgence pour ses propres caprices l'avait gâté et il pourrissait tout ce qui était près de lui ou en lui, même ses qualités,
mêmes ses amitiés.

Ce que Goethe nomme «'das daemonische » lui fit faire la connaissance de lord Alfred Douglas, fils du marquis de Queensberry. Lord Queensberry dont les deux femmes ont divorcé a toujours été fameux pour son emportement, son opiniâtreté, ses opinions antireligieuses professées ou plutôt proclamées à une première de Tennyson. Son père, son frère et son fils aîné sont morts tragiquement et tués par une arme à feu. Un autre frère est mort sur une montagne. Une soeur a épousé un jeune boulanger. Une autre soeur n'a jamais craint la publicité et protège à présent les animaux que sa passion du sport poursuivait autrefois.

Lord Queensberry avait été profondément ulcéré par l'élévation de son fils aîné, lord Drumlawig secrétaire de lord Roseberry, à la pairie, tandis que lui ne siégeait pas à la chambre des lords.

Ses fils avaient tous pris le parti de leur mère, et les rapports n'avaient rien de cordial.

Lord Alfred, un jeune homme pâle et artificiel, toujours prêt à toutes les imprudences et à toutes les exagérations, écrivant des vers sur « les deux amours » et sur « la louange de la honte [6]», traduisant du français en anglais la Salomé [7] qui lui est diée, aussi emporté que son père, entraîna Oscar Wilde à sa perte. Il le précipita au milieu d'une haine de famille comparable à celle de la race d'Atrée. Un fils a rarement haï son père aussi ouvertement que lord Alfred a haï lord Queensberry. Je ne pense pas devoir m'en étonner outre mesure. Il y a des sentiments plus regrettables que bizarres. Absolument indifférent non seulement au qu'en dira-t-on, mais au qu'en dit-on, ou peut-être ne dédaignant pas d'être célèbre, habitué à voir dans sa famille les théories mises en pratique, choisissant ses amis ou ses connaissances bon lui semblait, ne dédaignant de dîner ni avec des entremetteurs ni avec des petits Jésus, ni avec des amateurs notoires de chair mâle tarifée, sa curiosité, son défi, ont charmer Oscar Wilde, le curieux timide et impertinent. Wilde avait répété à satiété que l’on ne pouvait aimer le même individu plus de six semaines, mais son enthousiasme pour lord Alfred dure depuis 1891. La naissance de lord Alfred, sa jeunesse hasardée et fourvoyée dont il aurait avoir pitié, son air à la fois artificiel et
indifférent, fatigué et infatigable, une loyauté émouvante, émotionnante, digne d'une meilleure cause, le charmèrent et le retinrent. Il faut savoir qu'en Angleterre le cadet d'une famille noble possède un prestige fantastique aux yeux de nombreux bourgeois. Ainsi on a vu ces dernières années une femme habillée en homme se faire passer pour lord A. Pelham Clinton (le héros défunt du procès Bolton et Park, procès de pédérastes) et empocher l'argent des bourgeois. A mesure que Wilde s'embourbait, le prestige du jeune lord Alfred brillait plus clairement aux yeux de l'Irlandais.

A suivre…

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Né à Paris en 1864, Marc-André Raffalovich, essayiste, journaliste et poète, fut d’abord un ami d’Oscar Wilde avant d’entretenir avec lui des rapports compliqués oscillant entre l’amour et la haine. Fils  d’une riche famille de banquiers juifs d’Odessa ; il partageait sa vie entre les cercles intellectuels de Paris et de Londres. En 1882, il partit pour étudier à Oxford, mais s’installa finalement à Londres où il ouvrit un salon en 1890. On connait le mot impitoyable de Wilde à ce propos : « Pauvre Marc, il était venu à Londres ouvrir un salon et tout ce qu'il a réussi à faire c'est ouvrir un saloon ». C’est là que Raffalovich devait rencontrer le grand amour de sa vie, John Gray, dont s’inspira Wilde pour son Portrait de Dorian Gray. Tous deux convertis à la religion catholique (Raffalovich entrant dans l’ordre des dominicains et John Gray se faisant prêtre), ils moururent la même année (1934) et furent enterrés l’un à côté de l’autre.

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[1] Extrait de « Uranisme et unisexualité : étude sur différentes manifestations de l’instinct sexuel – Bibliothèque de la criminologie – publiée sous la direction du Dc A Lacassagne – Lyon, A. Storck, éditeur – Paris, Masson et Compagnie éditeurs, 1896. 

L’originale est ici reproduit en l’état.

[2] Notons la supériorité du journalisme anglais (malgré ses grands défauts) sur le journalisme américain. Tous les journaux anglais ont respecté la tragique situation de Madame Wilde et des enfants. En Amérique on a publié leur biographie avec photographies.

[3] Rapprochons de ce point de vue que tous les jeunes hommes qui ont témoigné contre lui ont raconté la même histoire : le coït buccal pratiqué sur eux et ensuite sa satisfaction inter eorum femora. Même en n'ajoutant pas foi à ces témoignages on voit le rapport logique entre ces actes et ses paroles.

[4] Il y aura un jour une étude à faire sur l'influence des femmes anglaises et américaines en faveur de la pédérastie.

[5] On se rappelle l'affaire Abadie, dite des cravates vertes. Voici quelques mots  sur les oeillets verts. Ces oeillets, venus de France, artificiellement colorés, parurent  chez quelques fleuristes élégants. Par-ci, par-là, on en acheta pour sa boutonnière  sans trop savoir pourquoi. Je sais que le premier acheteur se trouva (au théâtre)  très gêné par les regards curieux attachés à sa boutonnière, et se jura de ne plus  se fleurir de vert. Oscar "Wilde adopta cette « fleur des poètes » et ses disciples,  dont beaucoup étaient fardés ou en avaient l'air (il y a une façon de se coiffer  et de se dandiner qui va avec le bistre artificiel, le rose des lèvres, etc.) se crurent  obligés de l'imiter. Les journaux publièrent des articles d'une violence inouïe; on  accusait les « chevaliers de l'oeillet vert » de faire partie d'une bande de pédérastes.  C'était le signe de ralliement. On brûla la fleur sur la scène et la salle retentit d'applaudissements. Après des menaces de procès contre des journalistes, on cessa de  porter des oeillets verts et d'en parler, jusqu'à l'année dernière quand un roman,  l'Œillet vert, parodia Oscar Wilde et Alfred Douglas.

[6] Oscar Wilde attesta que honte voulait dire modestie, pudeur — une explication qui vaut encore plus que l'épluchage dès sonnets des « jeunes. »

[7] M. Aubrey Beardsley, un jeune artiste du plus grand talent, eu la malencontreuse chance d'illustrer cette Salomé. médiocre de douze dessins que je déplore en les admirant. Mais il n'a pas été dupe de cette publication