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NUMÉRO
12 : JANVIER/FÉVRIER 2008
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§9. wilde ET SES INTERPRÈTES
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Par Danielle Guérin
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ROBERT MORLEY – LE PREMIER
« WILDE »
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Né le
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En 1936, le Gate Theatre Studio, situé dans
Villiers Street à Londres (entre le Strand et Charing Cross), affiche une
pièce écrite par deux frères, Leslie & Sewell Stoke ([1]) :
Oscar Wilde, basée sur la vie du
fameux écrivain irlandais. La pièce retrace les succès littéraires d’Oscar
Wilde, ses relations avec Lord Alfred Douglas, puis se transforme en
mélodrame avec l’épisode désastreux des procès, pour finir sur un Wilde
alcoolique, brisé par deux années de prison. La pièce n’avait pas obtenu
l’aval du Lord Chamberlain et ne put par conséquent être jouée en
Angleterre que dans un théâtre privé londonien où la qualité de membre
était requise. En effet, bien que
Wilde ait disparu trente-six ans plus tôt, et qu’un certain nombre de
biographies lui aient déjà été consacrées, une pièce de théâtre traitant d’une
relation homosexuelle avec Lord Alfred Douglas était encore considérée
comme un objet de scandale. La pièce, produite par Norman Marshall, avait
été écrite pour un acteur nommé Frank
Pettingell qui, engagé ailleurs, y renonça. Son remplaçant, Gerald Cooper,
ne se révéla pas à la hauteur, et ce fut finalement Robert Morley qui
décrocha le rôle de Wilde, en dépit des réticences de Marshall, qui
craignait qu’il ne fût pas assez bon. ([2]). La première eut lieu le 29 septembre et
tint l’affiche pendant six semaines, s’affirmant comme un grand succès
théâtral. Bien que la pièce ne fut pas jugée très bonne, les critiques, dans
leur ensemble, furent très favorables à l’interprétation de Morley. Desmond
McCarthy, du New Statesman jugea que le jeune acteur
avait admirablement personnifié Wilde, tandis que Goronwy Rees, alors
critique dramatique au journal The
Spectator, écrivit que Morley était assez habile pour « propager
le sens du génie de Wilde, son intelligence et sa bonté. Il réussit même à
communiquer l’extraordinaire pouvoir de Wilde de donner aux autres de la
joie”. Lord Alfred Douglas en personne vint à la première et rendit visite
à Morley en coulisses. Mais ce n’était plus le légendaire « garçon
doré » au visage d’ange, mais un homme au visage rougeoyant, qui
ressemblait à son père ([3]). La distribution était la suivante pour les principaux rôles :
Robert Morley (Oscar Wilde), John Bryning (Lord Alfred Douglas), Harry Hutchingson (Edward Carson), Andrew
Cruickshank (Sir Edward Clarke), Reginald Beckwith (Frank Harris), John
Carol (Charlie Parker), Michael Morice (Allen), Bradley Smith (M. Justice
Collins et M. Justice Wills), Charles Barrett (Le solicitor général).
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La pièce fut reprise en 1938 à New-York,
toujours avec Morley dans le rôle-titre (John Buckm aster incarnait Lord Alfred Douglas, Marc Dignam, Edward Carson,
J.W Austin, Edward Clarke, Harold Young, Frank Harris). La première se
déroula au Fulton Théâtre le
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Outre Morley, la distribution
se composait de John Buckmaster
(Lord Alfred Douglas), Mark Dignam (Carson), J. W. Austin (Clarke), Harold
Young (Frank Harris), John Carol (Charlie Parker), Arthur Gould-Porter
(Allen), Edward Trevor, Richard Charlton, Kenneth Treseder, Wyman Kane,
Reginald Malcolm, Colin Hunter, Frederick Graham, Lewis Dayton, Gordon
Richards, Oswald Yorke And Jean Del Val.
Les décors et les costumes
étaient signés Raymond Sovey. La mise en scène était de Norman
Marshall. La pièce fut hélas interrompue par la seconde guerre mondiale. |
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Pendant que Morley se produisait à Broadway,
la pièce était reprise à Londres avec Francis L. Sullivan dans le rôle de
Wilde. Produite par Ronald Adam, elle s’ouvrit aux Arts Theatre le |
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Le succès de la pièce devait trouver un
prolongement beaucoup plus tard avec le film « Oscar Wilde »,
tourné en 1960 et mis en scène par Gregory
Ratoff. Morley y tenait le rôle de Wilde, John Neville celui de Bosie
Douglas. Phyllis Calvert incarnait Constance Wilde, Ralph Richardson, sir
Edward Carson, Edward Chapman le marquis de Queensberry. Le film en noir et
blanc se concentre en fait sur le premier procès et sur le brillant
contre-interrogatoire mené par Edward Carson. |
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Sheridan Morley, le fils ainé de Robert Morley,
écrivain et critique bien connu, raconte dans son livre « Robert, my father »
une anecdote assez cocasse à propos de son père. En 1933, la compagnie
théâtrale Terence Gray devait jouer Salomé
au Cambridge Theatre Festival. La comédienne Beatrix Lehmann avait
rejoint la troupe pour une semaine en qualité de star invitée afin de tenir
le rôle-titre. Robert Morley avait hérité du rôle d’Hérode, mais il ne
disposait que d’une semaine pour apprendre son texte et répéter. Aussi
demanda-t-il à l’actrice qui jouait Hérodias de dissimuler le scénario dans
son volumineux costume afin qu’il puisse se livrer à quelques vérifications
derrière le trône. Tandis qu’il sortait de scène, soulagé d’être arrivé au
bout de son rôle sans incident, il fut accueilli par un regard glacial de
Miss Lehmann. « Ça a marché, n’est-ce pas ? » lui dit-il.
« Je le suppose », répondit-elle froidement, sauf que vous avez
coupé toute la scène de ma danse des sept voiles » ([4]) ! |
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Robert Morley mourut d’une attaque le |
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[1] Oscar Wilde, pièce en
trois actes, avec une préface de Lord Alfred Douglas, par Leslie & Sewell
Stokes, M. Secker & Warburg, Londres, 1937.
Leslie Stokes et l’acteur
Frank Pettingell devaient se produire dans la pièce de Maurice Rostand,
« Oscar Wilde », que Lord Douglas fit interdire sous prétexte qu’elle
travestissait la vérité. Leslie Stokes et son frère Sewell entreprirent alors
d’écrire leur propre pièce sur le même sujet.
[2] Cf Sheridan Morley, Robert, My Father, Weidenfeld & Nicolson, Londres, 1993.
[3] Dans son ouvrage Oscar
Wilde on Stage and Screen, Methuen, 1999, Robert Tanitch prétend au
contraire que Douglas n’a jamais vu la pièce sous prétexte que c’aurait été
pour lui une expérience trop pénible.
[4] Sheridan Morley, Robert,
my father, Weidenfeld & Nicolson, Londres, 1993, pp 36, 48.
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