NUMÉRO 12 : JANVIER/FEVRIER 2008

 

§6.  ThéÂtre

 

 

[Pour les pièces de Wilde et ses contemporains jouées à l’étranger, merci de vous reporter au THE OSCHOLARS sous les rubriques ‘Going Wilde’ et ‘The Critic as Critic’.]

 

The Importance of being earnest

 

Adaptation Andrew Loudon et Emma Reeves

Mise en scène de  Lucille O'Flanagan

Avec Gala Besson, Ginnie Watson, Sophie Nahmias, Barnaby Apps, Michael Rickwood.

Reprise de la pièce donnée au Théâtre Sylvia Montfort du 30 au 10 février 2007 (voir critique dans le numéro 8 de Rue des Beaux-Arts). La troupe revient dans les mêmes lieux avec son spectacle en anglais (sur-titré français) coloré et jubilatoire.

 

du 5 au 16 février 2008

Théâtre Sylvia Montfort

106, rue Brancion,   75015  Paris

 

Photo : Philippe Guérillot

 

 

La Ballade de la Geôle de Reading

 

Ó Thierry Cohen

 

Traduction Henry-D Davray, parue au Mercure de France, 1898

Mise en scène : Céline Pouillon

Musique : Siegfried Canto

Lumière : Philippe Berthomé

Avec Stanislas Nordey et Julie Pouillon

 

« Homme marié, écrivain déjà célèbre en Europe comme en Amérique, Oscar Wilde est condamné à deux ans de travaux forcés le 25 mai 1895, après un procès où des intérêts de classe concordent avec la répression de l’homosexualité. Il purge sa peine dans la prison de Reading, dont le régime est réputé dur. Il y écrit le De Profundis, longue lettre adressée à son amant Lord Alfred Douglas. Il y est le témoin des derniers jours sur la terre de Charles Thomas Wooldridge, âgé de trente ans, condamné à la pendaison pour avoir tué sa femme, et exécuté dans cette même prison.

A sa sortie, il compose son œuvre ultime, The Ballad of Reading Gaol, qui est publiée en 1898 sous son numéro matricule de prisonnier C.3.3., et dédiée au condamné : « In Memoriam C.T.W., un certain temps soldat au Royal Horse Guards ».

L’intérêt et le succès - en témoigne la traduction de Davray - sont immédiats, alors même que l’auteur dramatique, le romancier - et l’auteur d’une Salomé écrite directement en français -, est devenu, après sa sortie de prison, un exilé peu ou prou parasite de ses amis continentaux. Il meurt en 1900, à quarante-six ans, est enterré à Paris, au cimetière du Père-Lachaise. Une déclaration signe à sa façon une sorte de conversion de l’esthète Wilde : « J’étais heureux en prison parce que j’y avais trouvé mon âme… Ce que j’ai écrit avant n’était rien auprès de ce que j’ai écrit guidé par mon âme ».

On n’écoute pas impunément La Ballade de la Geôle de Reading. Elle m’a bouleversée adolescente alors que mon père la lisait simplement à voix haute dans la prose rythmée de la première traduction française, approuvée par Wilde lui-même. J’y entendais au moins la véhémence et la pitié, j’en comprends mieux aujourd’hui la part de plaidoyer en faveur d’une réforme pénitentiaire et la réflexion sur la peine de mort dans l’Angleterre victorienne. Si la seconde est abolie, la prison demeure un lieu de malheur. Le poème de Wilde est plus encore : une méditation, très circonstanciée et actuelle à la fois, sur la vie, la mort, l’amour, une Passion, et, comme le dit Henry Davray, une « sombre rêverie entrecoupée et furieuse qui met en scène un drame, le vrai drame de la Ballade : non pas l’histoire, en tant que récit, du soldat ivre qui fut pendu pour avoir tué sa femme, mais celle, d’entre les âmes en peine qui tournent autour de la cour de la prison, pour qui la pendaison d’un homme a le plus de signification ».

 

Céline Pouillon

 

du 1er au 17 février 2008

Du 01/02/08 au 17/02/08 à 15:00 : Dimanche

Du 01/02/08 au 17/02/08 à 19:00 : Du Mercredi au Samedi

Relâche lundi et mardi

Maison de la Poésie

Grande Salle

Passage Molière
157, rue Saint Martin  - 75003 Paris
Téléphone : 01 44 54 53 00

Métro : Rambuteau
RER : Châtelet-Les Halles

Renseignements et location :

01 44 54 53 00 (du mardi au samedi de 14h à 18h) www.maisondelapoesieparis.com

 

Ó Thierry Cohen

 

Les représentations du mercredi 13 février à 19h et du samedi 16 février à 19h sont remplacées par une lecture d’extraits du De Profundis d’Oscar Wilde

par Christian et Céline Pouillon

 

 

L'Importance d'être Constant (tournée)

 

Version nouvelle et mise en scène de Pierre Laville.

avec Loránt Deutsch (Algernon Moncrieff), Fréderic Diefenthal (Jack Worthing ), Macha Merill (Lady Bracknell), Gwendoline Hamon (Gwendoline Fairfax), Marie Julie Baup (Cecily Cardew), Yves Gasc (Révérend Chasuble), Claire Magnin (Miss Prism), Patrick Delage (Lane).

Décors de Pace Costumes d’Emmanuel Peduzzi

 

 12 janvier 2008 – Nancy                                                

Ensemble Poirel

15 janvier 2008 – Neuilly-sur-Seine

Théâtre Le Village

4, rue de Chézy

92200 Neuilly-sur-Seine

24 janvier 2008 – Cholet

Théâtre municipal

81, place Travot, à Cholet

29 et 30 janvier 2008 – Massy

Opéra de Massy

3 février 2008 – Saint Cloud

Les trois Pierrots

6, rue du Mont-Valérien – Saint-Cloud

5  au 9 février 2008 – Carquefou (Loire-Atlantique)

Théâtre de la Fleuriaye 

15 février 2008Ploemeur

L'Océanis

Bd Francois Mitterand

56270 Ploemeur

18 février 2008- Estavayer-le-Lac (Suisse)

Théâtre de la Prillaz

21 février 2008 – Crochetan (Suisse)

Théâtre du Crochetan
Rue du Théâtre 6
CH-1870 Monthey 1

23 février 2008 – Bulle-La-Tour (Suisse)

Salle CO2

Route de la Ronclina

2 1635 Bulle-La Tour Suisse

27 février 2008 – Béthune

Théâtre de Béthune

 

L'importance d'être Constant

 

L’éventail de Lady Windermere (tournée)

 

Mise en scène : Sébastien Azzopardi

Adaptation de Pierre Laville

Avec : Geneviève Casile(Mrs Erlynne), Elisa Sergent (Lady Windermere), Jean-Philippe Bêche (Lord Windermere), Jean-François Guilliet (Lord Augustus), Marie-France Santon ou Marie-Christine Danède,  (duchesse de Berwick), Sébastien Azzopardi ou Grégoire Bourbier (Lord Darlington), Franck Desmedt (Cecil Graham), Frederic Imberty (Parker), Anaïs Harté (Lady Agatha).

12 janvier – Beaune - 15 janvier Le Vésinet - 19 janvier Fontainebleau – 24 et 25  janvier Saint Germain en Laye -  26 janvier Le Grand Quevilly (Théâtre Charles Dullin) – 27 janvier Enghien les Bains – 29 janvier Chatou - 31 janvier – 1, 2 et 3 février Monaco (Théâtre Princesse Grâce) – 5 et 6 février Roanne – 9 février Gagny – 12 février Biarritz (Gare du Midi) – 13 février Talence (espace Médoquine) - 21 février Neuilly – 28 février Romorantin –

 

 

Salomé

 

Mise en scène Anne Bisang

avec Lolita Chammah (Salomé), Daniel Martin (Hérode Antipas), Céline Goormaghtigh (Hérodias),  Juan Bilbeny (Iokanaan), Elidan Arzoni (Tigellin, jeune romain), Florian Sapey (soldat 1), Léonard Bertholet (Soldat 2), Olivia Csiky Trnka (la cappadocienne), ,Khaled Khouri (le « Prince), Philippe Panizzon (le page d’Hérodias)

Dramaturgie: Stéphanie Janin ; Assistante à la mise en scène: Stéphanie Leclercq ; Scénographie: Anna Popek ; Chorégraphie: Cisco Aznar ; Costumes: Anna Van Brée, assistée de Grégory Bourrilly ; Réalisation vidéo: Alex Baechler ; Lumière : Laurent Junod ; Musique : Michel Wintsch ; Son: Michel Zurcher ; Maquillage et coiffure: Arnaud Buchs ; Régie générale: Edwige Dallemagne

Dans cette interprétation de l'épisode biblique,  Anne Bisang se propose de revisiter ce texte surprenant à l'aune d'une époque, la nôtre, qui voit surgir de manière inattendue de nouvelles formes d'intégrismes. Avec une jeune actrice de caractère, Lolita Chammah, et la subtile insolence d’Oscar Wilde, la scène promet de s'embraser.

La Salomé d’Oscar Wilde

 

Ma Salomé est une mystique, une sœur de Salammbô, une Sainte Thérèse qui adore la lune

                                                                                              Oscar Wilde

 

Parmi les innombrables portraits de Salomé, celle de Wilde détonne par sa vocation quasi spirituelle. Étrange destin que celui d’une jeune femme qui exige l’exécution de l’homme qu’elle aime et qui se refuse à elle. On la croyait damnée. Pourtant Wilde ne la dépeint pas comme une femme fatale. À la fois clairvoyante et innocente, sa Salomé n’est jamais ingénue ni perverse. Elle cherche l’union mystique à travers le corps de Iokanaan, et méprise sa religion. Même lorsqu’elle monnaie son corps et son âme, elle parvient à ne pas se corrompre. Elle apparaît plutôt comme une initiatrice de l’amour et de la spiritualité féminine, à laquelle le prophète se refuse. Salomé alors se bat pour arracher Iokanaan à la prison de ses mots et de son Dieu. Contrairement à ses diverses sources bibliques, la Salomé de Wilde agit selon son propre désir et non pas sur l’instigation de sa mère.

La danse des sept voiles, motif faisant référence au mythe du retour à la vie de la déesse orientale Ishtar, est aussi une innovation de Wilde, tout comme la mise à mort de Salomé à la fin de la pièce. Elle devient le personnage central de la tragédie, incarnant une figure d’une liberté et d’une force déroutante, et douée d’un pouvoir transgressif extrême qui la mène à la mort.

                                                                                  Stéphanie Janin, dramaturge

 

NOTE D’INTENTION

 

Dans mes recherches autour de cette œuvre singulière d’Oscar Wilde, une référence s’impose. Le film muet de Charles Bryant réalisé en 1923 à Hollywood avec la ruse Alla Nazimova dans le rôle de Salomé. Le film connaît à l’époque un échec public. Pourtant Nazimova est une star du moment à l’égale de la Duse ou de Sarah Bernhardt.

Le décor théâtral sous l’influence de l’Art Nouveau, réalisé par l’adaptatrice de la pièce de Wilde, Natacha Rambova, l’excentrisme des costumes et coiffures, le jeu des acteurs délicieusement ambigus, confèrent à cette version de la pièce une fraîcheur et un humour inattendus qui n’enlèvent rien ni à la cruauté du mythe ni à l’étrange inconfort de la pièce de Wilde.

Le poème très concentré de Wilde inspiré de Flaubert et de Maeterlinck offre un champ de jeux multiples entre symbolisme, humour noir et décalages burlesques sans renoncer à la brutalité des confrontations entre Salomé et Hérode, figure de pouvoir malicieusement contemporaine, et le redoutable prophète Iokanaan qui n’a rien à envier aux sinistres intégristes de notre époque.

Truffé d’oxymores aux emboitements vertigineux, la pièce de Wilde traduit l’insolente virtuosité d’un artiste précurseur d’un « art de la catastrophe », à l’instar d’un de ses brillants compatriotes actuel, Howard Barker, dont j’ai eu le bonheur de monter les œuvres à deux reprises.

C’est dans cette continuité que s’inscrit le désir de ce projet, celui d’un théâtre soucieux d’une démarche formelle contemporaine qui provoque plus de division que de consensus, plus de rage que d’autosatisfaction.

Mon attachement depuis toujours au silence au théâtre fait pencher aujourd’hui ma curiosité vers ce cinéma muet peuplé d’une faune inconsciente et de forces souterraines, les mêmes peut-être qui semblent sourdre de la volcanique Salomé de Wilde.

Mon enfance, bercée par les cabrioles tragiques de Charlot, Laurel et Hardy ou encore Buster Keaton, revient me donner le goût de ces mythes contemporains où l’innocence triomphe du pouvoir et se moque avec un orgueilleux panache de sa propre vulnérabilité.

N’est-ce pas d’ailleurs ce même paradoxe de l’enfance toute puissante dans laquelle se projette Wilde sous les traits de son héroïne princière à quelques heures de se faire écraser par la machine judiciaire lors du sordide procès pour homosexualité, qu’ironie du sort, il aurait évité s’il n’avait pas préjugé de ses forces de dandy flamboyant en attaquant le père de son jeune amant.

Wilde/Salomé ne cesseront jamais de  cohabiter dans cette figure violemment charnelle. Le silence enveloppera cet univers où la parole jaillit comme une lave impossible à contenir, entraînant chaque protagoniste vers des excès aussi enivrants que destructeurs.

 

Un pouvoir défié par la jeunesse en éveil

 

La pièce de Wilde est un mille-feuilles gourmand élaboré à partir du mythe lacunaire de Salomé. Histoire ancestrale, naissance du christianisme, provocation du plus faible envers le plus fort, Wilde se délecte d’une trame à peine évoquée dans la Bible pour y tisser ses projections biographiques et ses coups de griffe envers la société victorienne.

Mais son trait léger d’esthète insolent exacerbe son talent de poète et révèle une profondeur shakespearienne dans une œuvre à laquelle la figure de Salomé doit sa persistance à travers les décennies.

De toutes les résistances, celle dont le pouvoir a de tout temps eu du mal à triompher dignement, c’est de celle de la jeunesse quand celle-ci se montre lucide, indocile, mue par désir de vivre inextinguible.

La Salomé de Wilde tord le cou à l’image caricaturale de la femme fatale pour en finir avec elle. Ici, Salomé est son propre sujet et, à l’instar des jeunes révoltés des banlieues où des tribus de « émos » revendiquant une sensibilité à fleur de peau, elle préfigure, indomptable et sans concession, la pierre d’achoppement contre laquelle bute le pouvoir réduit à l’exercice d’une vaine répression.

Wilde célèbre l’éveil du désir, sa subversion dans des corps jeunes et vierges de tout calcul. Avec son allure solide et entière, sa voix chaude et passionnée, la jeune Lolita Chammah sera cette adolescente fauve et fragile, prête à tout plutôt que de renoncer à l’appel puissant de l’inconnu. Telle Juliette, c’est avec la mort en définitive qu’elle danse ses épousailles avec elle-même.

 

                                                                                              Anne Bisang, mise en scène.

 

du 22 janvier au 10 février 2008

Mardi, vendredi et samedi à 20h  - Mercredi et jeudi à 19h - Matinée dimanche à 17h.

Relâche le lundi ainsi que dimanche 27

Comédie de Genève

6, bd des Philosophes - 1205 Genève - T +41 22 320 50 01 –

 

En tournée :

du 19 au 27 février 2008

Mardi, mercredi, jeudi à 19H00 – Vendredi et samedi à 20H30 – dimanche à 17H30

Théâtre Kléber-Méleau - Lausanne

Ch. de l'Usine-à-Gaz 9

1020 Renen

t. 021 625 84 29

 

15 et 16 mars 2008

Théâtre du Passage – Neuchâtel

 

AUTOUR DU SPECTACLE :

 

22 janvier au 10 février 2008

Salomé, journal d’images d’une création

Exposition de la photographe Hélène Tobler

Vernissage le 22 janvier à 18H00

Galerie de la Comédie – entrée libre

 

Jeudi 31 janvier 2008

Du texte à la scène : passage à l’acte

Entretien d’Arielle Meyer MacLeod avec Anne Bisang

12H30 – Studio – petite restauration sur place

 

Dimanche 10 février 2008

Brunch

Animé par Laure Adler

Avec Anne Bisang, Mireille Dottin Orsini, agrégée de Lettres Modernes, et toute l’équipe de Salomé

Dès 11H30 – Brunch au Café du Théâtre

De 12H30 à 14H00 – Débat et discussion avec le public

 

  

 

Critique Théâtrale :

 

More lives than One

 

Sudden Theatre – Paris

Spectacle en anglais avec Les Clack

Du 27 novembre au  9 décembre 2007

La pièce sera reprise au Sudden Théâtre pour trois semaines à partir du 23 janvier.

 

 

More Lives than One, au Sudden Theâtre

 

Par Emily Eells

 

En présentant un nouveau spectacle basé sur la vie d’Oscar Wilde, Les Clack a relevé un défi. Et s’en est montré à la hauteur, dans sa pièce More Lives than One, qui était à l’affiche du  Sudden Theatre à Paris au début du mois de décembre 2007.

 

C’est un spectacle étincelant et intense d’une heure et quart, écrit et joué par Les Clack, dans une mise en scène de Trish Kessler.  Le scénario mélange récits biographiques et citations de l’œuvre de Wilde selon une recette bien connue – et déjà utilisée notamment dans la pièce The Importance of Being Oscar de Micheál MacLiammóir, créée au Gate Theatre de Dublin en 1960. Le cocktail pétillant que Les Clack propose à ses spectateurs réussit parfaitement à doser les différents ingrédients d’esprit, d’humour et de pathos dont il est composé. Son spectacle sait mélanger la légèreté des bulles au sérieux des circonstances, pour trouver le ton juste – un ton savamment wildéen.

 

Cette mise en scène de More Lives than One s’est jouée dans un petit théâtre, ce qui donnait au spectateur l’impression d’être convié dans l’intimité d’un salon. Le décor était minimaliste : une chaise, un divan, un bureau, sans oublier le vase en porcelaine bleue remplie de lys et d’œillets verts. Juste ce qu’il fallait pour mettre Les Clack en vedette et pour le laisser dominer l’espace par sa présence et par le jeu de sa voix. Son one-man show aurait pu s’intituler More Voices than One tant Les Clack brille par sa façon d’imiter les voix aussi bien des différents personnages créés par Wilde que celles des différentes personnes qui ont joué un rôle dans sa vie. La compilation de textes qu’il récite, les réunissant dans une narration bien rythmée de la vie de Wilde, est ornée de ses aphorismes et de ses bons mots. Une de ses premières déceptions en amour – causée par Lillie Langtry – donne lieu à une belle citation du poème ‘Roses and Rue’. Le succès de Wilde sur la scène londonienne est illustrée par un extrait du dialogue d’Un mari idéal dans lequel Les Clack joue aussi bien Lord Goring que son majordome Phipps, en dotant le premier d’un zézaiement qui caractérise le personnage. Il est encore plus inoubliable dans son incarnation de Lady Bracknell au cours de laquelle il excelle non seulement à imiter la démarche déhanchée d’une femme d’un âge et d’un rang certains, mais aussi le timbre de la voix de la future belle-mère qui interroge son gendre éventuel. Son interprétation de cet entretien si connu est illuminée par la modulation de sa voix qui impose par le ton hautain propre à Lady Bracknell avant de résonner d’hébétude lorsque cette dernière apprend que l’héritage familial du prétendant à la main de sa fille se réduit à un simple sac à main. Les Clack est tout aussi fort dans la scène correspondant à l’interrogatoire du procès, où il joue à la fois le procureur Edward Carson avec son fort accent irlandais, et Wilde, qui riposte du tic au tac. Grâce à son talent, Les Clack donne le ton de la scène, que l’éclairage vient souligner. Ainsi, la lumière crée l’ambiance passionnelle de Salomé en baignant la scène dans un rouge sanguinaire. De même, tout le mal de Dorian Gray est symbolisé par le noir dans lequel la scène est plongée lors de sa mort. La lumière baisse en signe de deuil au cours de la dernière scène, alors que Les Clack récite quelques strophes émouvantes de La Ballade de la Geôle de Reading, y compris celle dont la fin sert de titre de sa pièce : « For he who lives more lives than one /More deaths than one must die.»[1]  Le rideau tombe sur un tableau évoquant la mort de Wilde, car Les Clack reste étendu sur le divan tel un gisant sur la tombe.

Le talent de Les Clack aurait suffi pour garantir la réussite de cette pièce. Sa parfaite maîtrise du français lui a permis de se surpasser en en faisant un spectacle bilingue qui se distingue de toutes les autres versions de la vie de Wilde par sa façon d’en situer le récit dans un cadre parisien : dès le lever du rideau, la musique du Cancan d’Offenbach plonge le spectateur dans l’ambiance du ‘gai Paris’ que Wilde avait découvert alors qu’il était encore jeune poète. Comme Paris est également le lieu où Wilde est mort et enterré, le scénario procède par un retour en arrière pour raconter les événements qui ont eu lieu entre la gaieté de son début parisien et le pathos de la fin de sa vie.  Le texte, rédigé en anglais, est ponctué de touches françaises, notamment lors d’une longue scène extraite de Salomé, jouée entièrement en français par Les Clack. Sa pièce va jusqu’à surenchérir sur la façon dont Wilde parsème son texte de mots français, car il emploie un anglicisme anachronique pour désigner le succès du jeune Wilde, qui est reçu – et adulé - à Paris comme ‘un people’. Cet audacieux néologisme, qui consiste à mettre au singulier le mot collectif ‘people’, est une autre façon d’illustrer le titre de la pièce, en disant que Wilde possédait plusieurs visages, et qu’il a vécu plus qu’une seule vie. Espérons que cette pièce aura ‘more lives than one’, et que le projet de la rejouer à Paris au printemps se concrétisera. A ne pas manquer

  • Emily Eells est maître de conférences à l’U.F.R d’études anglo-américaines de l’Université de Paris X-Nanterre. Elle a publié plusieurs articles sur Proust concernant les pastiches, l’intertextualité anglaise et la peinture. Elle est l’auteur de Proust’s cup of Tea – Homoeroticism and Victorian Culture

 



[1]  « Qui a vécu plus d’une vie, / Plus d’une mort doit éprouver. » La Ballade de la geôle de Reading, traduction de Jean Guiloineau, 2005.

 



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