rue des beaux arts

 

 

 

Bulletin Bimestriel de la Société

 

Oscar Wilde

                                

Paris

 

melmoth@aliceadsl.fr

 

 

 

Numéro 3 : Juin /Juillet 2006

 

 

 

 

01g

 

Image extraite du film « Oscar Wilde » de Brian Gilbert

(1997), avec Stephen Fry dans le rôle d’Oscar Wilde

 

 

 

 

On peut trouver les autres numéros de ce bulletin à l’adresse www.irishdiaspora.net

sous la rubrique THE OSCHOLARS ; puis suivre le lien Société Oscar Wilde.

 

Groupe fondateur : Lou Ferreira, Danielle Guérin, D.C. Rose, Emmanuel Vernadakis.

 

 

TABLE

Pour un accès direct, cliquer sur les numéros

 

1.  Éditorial : Derniers étés

 

2  Publications

·                           Dino et Laura Battaglia – Contes et Légendes – Volume 1, Le Géant Égoïste

·                           Joris-Karl Huysmans – Chartres : promenade symbolique au cœur de la ville et de sa cathédrale

·                           Henry Gidel – Sarah Bernhardt

·                           Edmond et Jules de Goncourt – Histoire de Marie-Antoinette

·                           Edmond et Jules de Goncourt – Florence

·                           Jean Lorrain – Âmes d’automne

·                           Jean Lorrain – Poussières de Paris

·                           Lucette Finas – Mallarmé, le col, la coupe

 

3.  The Critic as Artist

·                           Isaure de Saint-Pierre – Bosie and Wilde (critique D. Guérin)

 

4.  Conférences

 

5.  Théâtre

·                           L’éventail de Lady de Winter

·                           L’Importance d’être Constant (Espace La Comédia – Paris Xie)

·                           Salomé (en cinéconcert à Bordeaux)

·                           Le Fantôme de Canterville (Festival d’humour de Québec)

·                           Les Aveugles, sur un livret de Maeterlinck, au Théâtre de Saint-Denis

 

6.  Oscar Wilde et le bande dessinée

     Histoires de l’Art » par Patrick Chambon

 

7.  Rencontres parisiennes : Marcel Schwob et Oscar Wilde

     par Bernard Gauthier

 

8.   Wilde – Les influences françaises

      J.K Huysmans : « À rebours », par Lou Ferreira

 

9.  Bibliographie du mois, par D.C. Rose

 

10. Télévision, Cinéma

·                                       Les Visages du génie, de Annie Paul.  Critique de Lou Ferreira

 

11.  The Wildean / Intentions

 

 

 

 

1.  Editorial

 

Derniers ÉtÉs

 

Il restait à Wilde quatre étés à traverser quand il quitta l’Angleterre pour n’y plus revenir.

 

Quatre étés bien différents de ceux qu’il avait pu connaître auparavant. Ceux d’Irlande, à Moytura, dans la maison de campagne  familiale, où il allait à la pêche au bord des lacs. L’été italien de 1875, à Florence, à Venise, à Padoue, à Milan. Ceux de Bray et de Dungarvan, dans le comté de Waterford, où, petit garçon, il bâtit, dit-on, des châteaux de sable avec Edward Carson. Plus tard, il se livra à d’autres jeux, dans des villégiatures où son jeune amant le rejoignait – à Worthing, à Goring – là où il séjournait avec Constance et les enfants.

 

Puis vinrent les derniers étés français. Le premier été d’exil, celui de Dieppe et de Berneval en 1897. Wilde venait de sortir de prison, et Dieppe foisonnait d’artistes, de sorte qu’il débarquait en pays de connaissance. Les liaisons transmanche, rapides et nombreuses, plaçaient Dieppe au centre de l’axe Londres-Paris, et la colonie anglaise était nombreuse et choisie. Wilde s’installa à l’hôtel Sandwich (que l’historienne Simona Pakenham désigne sous le nom de « Hôtel Pension Richmond » dans son livre « Quand Dieppe était anglais »). Au Café Suisse ou aux Tribunaux, il regardait passer ses anciens amis – Jacques-Émile Blanche, Charles Conder, Aubrey Beardsley, Ernest Dowson – dont la plupart faisaient mine de l’ignorer. Blanche le snobait. Beardsley choisit de gagner Boulogne, pour ne plus avoir à le croiser.

 

Wilde était arrivé à Dieppe le cœur ivre. Cette fin de printemps où il retrouvait la liberté lui laissait espérer un été de renaissance, tant sociale qu’artistique. La vie de bains de mer à Dieppe était agréable, et les premiers jours entretinrent l’illusion d’une vie nouvelle. Mais très vite, il fut rattrapé par sa mauvaise réputation. Les commerçants, les restaurateurs, commencèrent à lui signifier qu’il n’était pas le bienvenu. Une histoire courait selon laquelle, Wilde, s’apprêtant à déjeuner à quatre, vit le propriétaire lui déclarer qu’il ne pouvait le servir, n’ayant de  nourriture en quantité suffisante que pour trois des convives. Une autre fois, un groupe de jeunes poètes parisiens étant venus le rejoindre au café des Tribunaux, Wilde reçut du sous-préfet une menace d’expulsion si de telles scènes venaient à se renouveler. Bien que d’autres personnes, comme le peintre Frits Thaulow, se montrassent plus hospitaliers,Wilde se résigna à quitter Dieppe pour s’installer à Berneval-sur-Mer, à quelques kilomètres de là. Le voyage entre Dieppe et Berneval prenait alors plus de deux heures (quinze minutes environ aujourd’hui). Une fois encore, Wilde y était arrivé plein d’enthousiasme, mais il lui fallut déchanter assez vite. Tant que l’été dura, il se promena, prit des bains de mer, fit des projets d’avenir. Mais les visites étaient rares, et il se sentait seul, coupé de toute vie artistique. Bien qu’il eût recommencé à écrire, l’été s’achevait dans la grisaille. J’ai

 

passé mon dernier mois à Berneval dans un tel esseulement que je fus sur le point de me tuer, écrivit-il à Robbie Ross le 21 septembre 1897. Des lettres de Bosie arrivaient, instillant leur chant de sirène, l’incitant à fuir l’automne normand pour l’éternel été de cette baie de Naples qu’il imaginait faite pour un nouveau bonheur avec Bosie. Mais sur cette colline enchantée du Pausilippe, c’est l’hiver qui s’installa au contraire, contraignant un Sébastien Melmoth abandonné à reprendre sa vie errante, et à se réfugier à Paris.

 

Les trois derniers étés ne sont plus guère que des caricatures.

 

1898 se travestit en un été de guinguettes à la gaîté factice et un peu louche. En juin, Wilde a rejoint lord Alfred Douglas à Nogent sur Marne où celui-ci s’encanaille avec un petit marchand de fleurs, aux allures de brigand, appelé Florifer. Wilde est en compagnie de Maurice Gilbert, mi-anglais, mi-français, qui, selon Oscar, « a le profil de Bonaparte ». Il y a quelque chose de frelaté et d’un peu misérable dans ces jours de canotiers où Wilde, se grisant d’absinthe et de la compagnie de jeunes garçons, regarde sombrer les restes de son brillant destin dans les eaux vertes de la Marne. Le 8 juillet, Lord Alfred Douglas quitte Nogent pour rejoindre sa mère à Trouville.  Une fois de plus, Wilde est seul. Il ne lui reste plus qu’à rentrer à Paris où il s’installe à l’hôtel d’Alsace, 13, rue des Beaux Arts.

 

L’été suivant, il se rend à Trouville et au Havre (du 23 au 26 juin 1899), et séjourne à Chennevières-sur-Marne. On sait assez peu de choses de cet avant-dernier été mélancolique où il ne reste plus à Oscar qu’un peu plus d’un an à vivre.

 

En juillet 1900, il souffre d’une grave infection de l’oreille. Sa maladie lui accorde encore d’assez longs moments de répit pour lui permettre une dernière distraction : à l’Exposition Universelle, il rencontre Rodin qui lui fait admirer en personne sa « Porte de l’Enfer ». La rémission durera jusqu’en septembre où il s’alitera pour ne plus se relever. Le soleil s’éteint pour Wilde à la toute fin du mois de novembre. Mais il y avait déjà longtemps que ne pénetrait plus rue des beaux-arts qu’une lumière désolée. La lumière blafarde du désastre qui s’était abattu sur lui au cœur rayonnant de sa gloire. Les beaux jours s’étaient enfuis à jamais.

 

                                                           Danielle Guérin                   

 

 

 

2.  PUBLICATIONS

 

Dino et Laura BattagliaContes et Légendes – Volume 1, Le Géant Égoïste –

Texte original d’Oscar Wilde, adapté par Dino et Laura Battaglia – Traduit de l’italien par Michel Jans et Amélie Lenel –

Éditions Mosquito, Saint-Egrève (Isère)

ISBN 2 – 908551 – 85 – 3

 

Il s’agit ici du premier volume d’une série de bandes dessinées adaptées des contes d’Andersen, des frères Grimm ou d’Oscar Wilde. Ce premier album est consacré au Géant Égoïste et à d’autres contes (Djamil le malchanceux, d’après Les Mille et une nuits, L’Oiseau de Feu, Le Roi du fleuve d’or, d’après John Ruskin, Le Briquet, d’après Andersen, Tintamarre, d’après les frères Grimm, Cendrar et Barbe Grise.). Cette adaptation illustrée du Géant Égoïste a été publiée pour la première fois dans Il Messagero dei Ragazzi en 1982. L’ensemble des contes a été republié en Italie par les Edizioni Di sous le titre Fiabe, en 2001.

 

*

 

Joris-Karl HuysmansChartres : promenade symbolique au cœur de la ville et de sa cathédrale  Editions de Paris, Versailles, 2006.

ISBN 2-85162-117-3

 

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Henry GidelSarah Bernhardt  

Editions Flammarion, Paris, 2006 – Collection Grandes Biographies.

ISBN 2-08 – 068531 – 7

 

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Edmond et Jules de GoncourtHistoire de Marie-Antoinette

Editions Grand Caractère, Paris, 2006

ISBN 2-7444-0658-9

 

Edmond et Jules de GoncourtFlorence

Editions Grand Caractère, Paris, 2006

ISBN 2 – 7444-0662-7

 

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Jean Lorrain Âmes d’automne

Editions Alteredit, Paris, 2006 – Collection “Les auteurs français 1900”

ISBN 2-84633-097-2

 

 

Recueil de nouvelles ayant pour arrière-plan une ballade à travers les rues de Paris. Chacune d’entre elles, traçant le portrait d’une Parisienne de la Belle Époque, est dédiée à un auteur admiré par Lorrain : Baudelaire, Edmond de Goncourt, Anatole France...

 

Jean LorrainPoussières de Paris

Editions Klincksieck, Paris, 2006 –

ISBN 2-252-03471-8

 

Anthologie de chroniques parisiennes regroupant des articles parus dans « L’Écho de Paris » (1894-1895) et dans « Le Journal » (1899-1900). Paul Morand disait de Lorrain : «personne n’a su mieux peindre en trois cents lignes».

 

*

 

Lucette FinasMallarmé, le col, la coupe

Éditions Belin, Paris, 2006

ISBN 2 – 7011 – 4355 – 1

 

Une étude sur deux poèmes de Mallarmé : « Le Cygne » et « Le Cantique de Saint-Jean ».

Un article signé Odile Hunoult est paru sur cet ouvrage dans La Quinzaine Littéraire n° 922, 1er au 15 mai 2006.

 

                     

 

 

 

 


 

3.  THE CRITIC AS ARTIST

 

ISAURE DE SAINT-PIERRE – Bosie and Wilde – La vie après la mort d’Oscar Wilde.

Editions du Rocher, 2005 – ISBN 2-268-05634-1

 

 

“Posing as a biographer”

 

Marie Stopes, H. Montgomery Hyde, Rupert Croft-Cooke, William Freeman, Trevor Fisher, Douglas Murray et Caspar Wintermans[1] sont les principaux auteurs qui se sont consacrés à raconter l’histoire intense et tragique qui réunit et parfois opposa Oscar Wilde et Lord Alfred Douglas. La plupart d’entre eux s’attachèrent à redorer l’image ternie par le scandale d’un Bosie à leurs yeux beaucoup plus malheureux que coupable.  S’ils le firent avec un enthousiasme passionné, ils surent ne pas sacrifier à leur sympathie franchement affichée la rigueur et l’honnêteté nécessaires à tout biographe digne de ce nom. Madame Isaure de Saint-Pierre, qui n’est pas un auteur débutant puisqu’elle a déjà signé une vingtaine d’ouvrages, souvent à sujet historique (elle écrivit entre autres sur Raspoutine, l’impératrice Tseu-hi et l’épouse de Soliman Le Magnifique) est la dernière en date à avoir voulu ajouter sa pierre à l’édification de la statue restaurée de Bosie Douglas, dans un ouvrage paru aux éditions du Rocher, Monaco, et intitulé Bosie and Wilde. L’ordre des mots composant le titre et le flagrant décalage entre le petit surnom tendre de « Bosie » uni au nom de famille, plus abrupt et plus formel, de « Wilde » ne sont pas entièrement innocents, loin s’en faut. L’emploi du mot anglais « and » plutôt que de la conjonction de coordination “et”, qu’on s’attendrait à trouver tout naturellement ici, renforce encore cette impression d’inégalité de traitement. Les deux hommes ne sont pas placés au même niveau, comme si l’auteur répugnait à utiliser les outils de sa propre langue au profit d’un terme anglais qui marque mieux la différence entre les deux protagonistes.  Ce choix révèle d’emblée bien des arrières pensées qui ne cesseront de se vérifier dans le corps du texte. Il ne s’agit pas ici de « Bosie and Oscar » ni de « Wilde and Douglas, mais d’un titre qui annonce clairement ses couleurs, celles qui vont être hissées tout au long de l’ouvrage à la gloire quasi exclusive de Lord Alfred Douglas, si injustement outragé par la découverte, lors du procès de 1913 contre Arthur Ransome, du texte intégral du De Profundis, l’abominable lettre que Wilde osa lui écrire à Reading, « curieux mélange de haine, d’exaspération et de règlement de compte sordide, ponctué d’une mégalomanie frisant parfois la folie » (p194), dont, selon l’auteur, pas un seul mot ne serait vrai. Dès la page 33, Isaure de Saint-Pierre attribue d’ailleurs la publication du texte intégral à Robbie Ross, comme si elle était seule à ignorer qu’il n’en révéla qu’une version raccourcie et très expurgée, laquelle fut complétée en 1948 par l’édition de Vyvyan Holland, et naturellement par celle de Hart-Davies qui publia l’intégrale en 1962, quarante-quatre ans après la mort de Ross.

 

L’ouvrage s’ouvre sur une scène extravagante et presque surréaliste représentant Bosie dans les rues de Londres,  planté derrière un étal où sont exposés ses libelles vengeurs contre Churchill, « vendu aux intérêts juifs ». Il bat le pavé de Londres sous la pluie en compagnie de sa mère, la marquise de Queensberry, alors âgée de 80 ans, juste avant que ne surgisse la police venue se saisir de sa personne pour l’envoyer en prison. On imagine aisément la noble dame, si soucieuse de sa réputation et de sa dignité, faisant le pied de grue derrière un étal en plein vent pour soutenir son fils adoré transformé en vulgaire camelot ! Quoi qu’il en soit,  les circonstances relativement floues de l’arrestation de Bosie Douglas après ses attaques portées contre Churchill peuvent après tout autoriser un romancier à laisser libre cours à son imagination fertile. Alexandre Dumas prétendait qu’on pouvait violer l’Histoire à condition de lui faire de beaux enfants. L’ennui, c’est que ce livre ne se définit jamais comme un « roman » ; il laisse au contraire supposer qu’il nourrit toutes les ambitions d’une biographie[2], même si l’on n’y trouve qu’une bibliographie très succincte et très peu de notes de bas de pages susceptibles d’authentifier les surprenantes assertions de l’auteur.

 

Il s’agit d’un récit à deux voix, où s’expriment tour à tour l’auteur lui-même et Bosie Douglas, enfermé à Wormwood Scrubbs où il purge six mois d’emprisonnement. Du lit d’infirmerie où il gît, faible et malade, veillé par un médecin compatissant qui prend parfois le visage d’Oscar, il repense à sa vie passée, s’adressant par moments à son ancien amour, puis cédant plus ou moins abruptement la parole à l’auteur qui expose alors sa propre version des faits. On peut dire qu’il y a dans cet ouvrage des choses nouvelles et des choses vraies. Le malheur est que les choses vraies ne sont pas nouvelles et que les choses nouvelles ne sont pas vraies.

 

Il serait trop long de répertorier ici les erreurs innombrables qui truffent le texte presque à chaque page. Contentons-nous des plus flagrantes comme celle qui consiste à présenter le maître chanteur Alfred Wood comme « étudiant de Magdalen » (p.91), à affirmer par deux fois que Jeanne-Marie, la fille illégitime de Lillie Langtry était le fruit de sa liaison avec le Prince de Galles (alors qu’elle était certainement la fille du Prince Louis de Battenberg), et d’inscrire Pierre Louÿs au nombre des invités du prétendu mariage d’Alfred Taylor et de son compagnon Charles Mason, lui qui avait une sainte horreur de l’homosexualité masculine. Plus grave encore, Isaure de Saint-Pierre prétend sans sourciller que Constance mourut peu après s’être trouvée mal dans une rue de Gênes, quand elle décéda à l’hôpital où elle venait de subir une opération de la colonne vertébrale, sa chute dans l’escalier de Tite Street quelques années plus tôt l’ayant condamnée à une lente paralysie. Elle décrit aussi, à la fin du chapitre 4, Oscar, Bosie et Robbie assistant à la dernière d’Une femme sans importance « coiffés de couronnes de feuilles de vigne » (p. 133), tableau parfait de dépravés décadents, quand cette image, également faussement évoquée par Douglas Murray, est en réalité une simple métaphore inspirée de l’œuvre d’Ibsen, Hedda Gabler, pour décrire un état d’ivresse tel qu’Hedda le souhaite pour Lovborg.[3]

 

Arrêtons-là cette longue énumération, même s’il y aurait encore beaucoup à dire, car Madame de Saint-Pierre ne se contente pas de donner une version erronée de nombreux faits, elle y ajoute une distorsion sournoise des évènements et des caractères pour les couler dans son propre moule, fut-ce au détriment d’une part de vérité. Son parti pris forcené en faveur de Bosie (qui ne l’empêche pas d’user de manière inappropriée des termes « Lord Douglas ») l’amène à dénigrer les autres acteurs du drame, en particulier Robbie Ross, qui est ici scandaleusement maltraité, et même Oscar Wilde, qu’elle n’hésite pas à abaisser occasionnellement, dans sa vie et dans ses œuvres, pour laisser le devant de la scène à Lord Alfred Douglas, littéralement présenté ici sous les traits d’un héros injustement calomnié.

 

Sans doute la postérité fut-elle excessivement sévère avec Bosie, adoptant à son égard une attitude trop manichéenne qui le désignait comme le mauvais ange, voire comme le bourreau de Wilde. La réalité est sans doute plus nuancée, et on ne peut que se féliciter de la tentative de certains auteurs de rétablir entre les principaux protagonistes du drame un plus juste équilibre. Encore convenait-il de le faire en s’appuyant sur des documents fiables et non à travers une fantaisie qui se présente sous le masque fallacieux d’un ouvrage argumenté et sérieux.

 

 

 

Cette critique, publiée en anglais dans The Wildean de janvier 2006, est reproduite ici en version française avec l’aimable autorisation de Donald Mead.

 

Danielle Guérin 

 

 

4. CONFERENCES

 

Du 3 au 5 juillet, trois jours de conférences internationales se dérouleront à Cambridge, Magdalene College, sur le thème « Internationalisme and the arts : Anglo-european Cultural Exchange at the Fin de Siècle. »

 

Le 4 juillet, le Professeur Emily Eells, Professeur de littérature anglaise à l’Université de Paris-X Nanterre, interviendra de 14H00 à 15H30 sur le sujet suivant : « Performance in French : Wilde, Cocteau and The Picture of Dorian Gray »

 

*

 

La conférence de la Society for the Study of French History,  aura lieu du 2 au 4 juillet 2006 à L’Université du Sussex (Brighton), Royaume-Uni. Le programme complet peut être obtenu via la Société :

http://www.frenchhistorysociety.ac.uk/conference/2006.htm

 

Des opportunités d’intervention existent encore sur les sujets suivants :

-          Immigration, Exil, Mémoire (XXe siècle)

-          Image, Langage et pouvoir pendant la IIIe République

-          Intellectuels, politiques et pouvoir

-          Pouvoir local et politique entre les deux guerres

-          La propagation d’une image de pouvoir (XVIe – XVIIIe siècle)

 

Si vous souhaitez proposer un article sur un de ces thèmes, merci de contacter Chris Warne, c.m.warne@sussex.ac.uk ou Peter Campbell p.r.campbell@sussex.ac.uk  dès que possible.

 

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5. THEATRE

 

Productions récentes

 

·              L’Éventail de Lady de Winter, d’après « L’éventail de lady Windermere » d’Oscar Wilde

Mise en scène de Bernard Novet

 

La Compagnie des Deux Masques

 

–avec Florence Favez (Margaret de Winter), Raymond Vernez (Peter) ; Gaspard Amiet (Darling), Danielle Martin (Duchesse de Berwick) , Anne-Valérie Ebinger (Cathy Carlisle), François Langer (Arthur de Winter), Samuel Ebinger (Richard Dumby), Claudio Gueissaz (Annabelle Sutton), Georges Pittet (James Royston), Catherine Novet (Jackie Cooper), Lucienne Dematraz (Caroline Jedburgh), Elisario Souza Netto (Louis Berkeley), Joerg Hau (James Hopper), Edmond Périsset (Taxi), Robert

 

Chavaillaz (Edouard Lorton) , Cédric Rigoli (Bob Graham), Nicole Arnaud (Laura Morgan), Eliane Barbey (Madame Erlynne), Sophie-Caroline Cottier (Patricia)

 

4, 5, 6, 10, 11, 12 et 13 Mai 2006 – Cheseaux sur Lausanne

 

 

 

 

La Compagnie des Deux Masques est née en 1981 à Cheseaux-sur-Marne, en Suisse. Elle a été reprise en 1995 par Bernard Novet, cinéaste, metteur en scène et réalisateur, qui y a dirigé une dizaine de spectacles. Celui-ci explique : « l’idée était pour la troupe, d’approcher, de commencer la reconnaissance de Wilde, en travaillant d’ailleurs sur une légère transposition temporelle, vu que la pièce se déroule  cette fois-ci dans les années 30. C’est la raison du glissement des patronymes […] Par ailleurs, autant j’ai toujours cherché à respecter les auteurs dans leurs intentions (en tout cas telles que je les perçois) dramatiques, artistiques et littéraires, autant, au niveau des comédiens amateurs, j’ai toujours cherché à offrir à tous les membres un rôle, voire un tout petit rôle, ajoutant ça et là quelques répliques […] Avec « L’Éventail », quelques personnages annoncés par le personnel de service dans l’acte 2 (la scène du bal sur le balcon…), mais restés sans dialogue dans le texte, trouvent chez nous quelques répliques inédites à leur mesure, un peu « à la manière de »… [ …] Je fais confiance aux auteurs, par delà les mondes, pour ne  pas trop m’en tenir rigueur. Au pire, je m’expliquerai avec eux… »

 

Le prochain spectacle, prévu en septembre 2008, verra la naissance d’une nouvelle adaptation du « Portrait de Dorian Gray », un spectacle mêlant le théâtre à la musique, au chant et à la danse. Le metteur en scène le définit comme « un vrai projet de création, complexe et approfondi, avec un grand nombre d’artistes de niveau professionnel […] dans un théâtre exceptionnel et surprenant ! »

 

 

 

  • L’Importance d’être Constant                              

Mise en scène de Jean-Rémi Girard

Dernière le 24 Mai 2006                                     

Espace La Comedia, Paris XIe

 

Productions en cours

 

  • Bordeaux clôt la dernière semaine de son « Printemps des Cinéconcerts » (qui s’attache à montrer des classiques du cinéma muet dans des lieux insolites revisités par des artistes du monde musical jouant en live)  avec la projection sur fond de musique classique du fameux film muet « Salomé ». Considéré comme l’un des rares  films expérimentaux produit par Hollywood dans les années 1920 à l’initiative de la comédienne russe Alia Nazimova et de son amie Winifred Shaughnessy (scénographe du film), cette adaptation de l’œuvre de Wilde est mise en scène par Charles Bryant.

Direction musicale : Marc-Olivier Dupin

 

Le samedi 10 juin, au Grand Théâtre de Bordeaux.

 

 

  • Du 22 juin au 2 juillet prochain, se déroulera le Festival d’humour de Québec « Le Grand Rire » qui, pour la première fois cette année, ajoute un volet théâtral à sa programmation avec deux pièces : « Hollywood » de David Mamet, et  « Le Fantôme de Canterville », adaptation de la nouvelle d’Oscar Wilde.

 

La pièce sera donnée les 22 et 23 juin au Théâtre Petit Champlain.

Avec Véronique Daudelin, Jean-François Hamel, Olivier Normand et Klervi Thienpont .

 

 

  • Les 19, 20 et 21 juin le Théâtre Gérard Philippe de Saint-Denis présente en création mondiale un opéra de Xavier Dayer, « Les Aveugles », livret du compositeur d’après la pièce de Maurice Maeterlinck.

 

Avec l’ensemble Cairn, direction musicale Guillaume Tournière

Mise en scène Marc Paquien

Avec les Solistes de l’Atelier Lyrique de l’Opéra national de Paris

 


 

 

6. OSCAR WILDE ET LA BANDE DESSINÉE

 

 

« Histoires de l’Art » - I – Oscar Wilde »

 

par Patrick Chambon

 

 

 

Voici un travail sur l’Esthétique d’Oscar Wilde.

 

Je l’ai conçu de manière à ce qu’à l’Esthétique Wildienne répondent certaines théories sur l’Art Contemporain, sous la forme incarnée et biographique d’Oscar Wilde lui-même rencontrant des situations et des personnages qui vont lui permettrent d’affiner sa théorie comme quoi " la vie imite l’Art bien plus que l’Art n’imite la vie".

 

C’est en partant de ce principe, qu’il m’a fallu suivre certaines lignes biographiques d’Oscar; négligeant parfois, par nécessité esthétique, la vérité biographique; de manière à montrer cette espèce de sculpture de soi que fut sa vie.

 

J’ai travaillé en ayant toujours à l’esprit la force de la ligne de l’Art Nouveau, de l’estampe et d’un effet de flou propre à la photographie pictorialiste contemporaine de l’époque d’Oscar Wilde. Pour cela j’ai employé la plume et l’encre, le crayon conté et beaucoup de coups de gomme pour laisser à mon dessin cette incertitude chère à Wilde...

 

 

patrickchamb@free.fr

 

 

 

 

 

 

 

 

À suivre


 

 

 

7.  RENCONTRES PARISIENNES

Marcel Schwob et Oscar Wilde

Par Bernard Gauthier

 

« Grand, glabre, gras de face, sanguin de joues, l’oeil ironique, les dents mauvaises et avancées, une bouche vicieuse d’enfant aux lèvres molles de lait, prêtes à sucer encore. L’arc des sourcils et la lèvre est menteur ; la négligence affectée. Il a une longue redingote brune, un gilet singulier et un haut jonc à pomme d’or. En mangeant, et c’est très peu, il ne cesse de fumer à demi des cigarettes d’Egypte trempées d’opium. Terrible buveur d’absinthe, qui lui donne les visions de ses désirs — des tulipes rouges et jaunes écloses sur le parquet du Café royal à Londres, sous les pas d’un garçon mélancolique qui arrose en 8 comme un jardinier qui arroserait un jardin sans fleurs... Il a l’art du mensonge... Il s’arrête dans la rue devant une maison en construction, où travaillent des maçons, et dit: “Aussitôt que je vois des gens qui font une chose utile (il rit), il me semble sur-le-champ qu’ils font une chose tout à fait inutile...” Je ne sais plus que faire, me dit-il à déjeuner chez Durand. Les idées me viennent en français, et très courtes, deux lignes à peine. Je ne peux pourtant pas vendre une guinée un conte de deux phrases... »

 

Dans son journal entrepris au début de l’année 1892, et vite abandonné, Marcel Schwob brosse le portrait saisissant, sans concession, d’un écrivain pour lequel il éprouve néanmoins une immense admiration. Quelques mois plus tôt, Oscar Wilde a été le « great event » des salons parisiens, comme le signale l’Echo de Paris du 19 décembre 1891. Marcel Schwob dirige le supplément littéraire du journal, aux côtés de Catulle Mendès ; malgré sa jeunesse, il occupe une place en vue dans le milieu littéraire parisien, qui a largement salué son premier recueil de contes, Cœur double. Selon Jean Lorrain, Schwob est le principal guide (le « cornac ») d’Oscar Wilde dans les salons parisiens. Polyglotte et parfait angliciste, il contribue à faire connaître l’œuvre de Wilde,  traduisant en français le « Géant égoïste », que l’Echo publie le 27 décembre. Il lui dédie l’un de ses contes, Le pays bleu, repris dans son deuxième recueil, Le Roi au masque d’or, qui paraît en 1892. L’envoi du recueil, conservé par Merlin Holland, porte la mention suivante : A Oscar Wilde, The prince with the splendid mask. En retour, Wilde dédiera à Schwob « La Sphinge ».

 

Léon Daudet, dans ses mémoires, relève ce qui rapproche les deux écrivains : leur commune admiration pour François Villon,  leur attrait pour les classes dangereuses, le pittoresque des malfaiteurs et leur langage ; Wilde et Schwob, affirme-t-il, connaissent à fond le « slang », l’argot londonien. Une anecdote fameuse nous apprend qu’un jour, alors que Schwob passe prendre Wilde à son hôtel, celui-ci s’écrie : « Ma canne à pommeau d’or a disparu. J’étais hier soir avec les plus terribles créatures: bandits, voleurs, meurtriers — la compagnie que fréquentait Villon. Ils m’ont volé ma canne à pommeau d’or…» Mais Schwob retrouve la canne dans un coin de la pièce, ce qui agace Wilde: « C’est effectivement ma canne à pommeau d’or. Que c’est habile à vous de l’avoir trouvée. »

 

Jules Renard remarque chez Schwob, sur la cheminée, une photographie de Wilde. Il s’agit très probablement de la photographie dédicacée qui a été redécouverte récemment et présentée lors de l’exposition de la bibliothèque municipale de Nantes consacrée à Marcel Schwob (1). En cette fin d’année 1891, Oscar Wilde travaille à sa pièce Salomé, et met à contribution son entourage français, en particulier Pierre Louÿs et Schwob. Un soir, alors qu’il se trouve chez Lorrain en compagnie (notamment) de Schwob, il demande à voir le buste d’une femme décapitée, dont on lui a parlé, et qui lui évoque une Salomé se faisant trancher la tête par désespoir (« c’est la vengeance de Jean Le Baptiste »). La pièce paraît en 1893, imprimée à Paris. Schwob a relu les épreuves, en corrigeant quelques coquilles, mais en se refusant à amender le français de Wilde, dont il apprécie la saveur. La ferveur de Schwob est telle qu’il n’hésite pas, un jour, à faire un rapprochement entre Wilde et Shakespeare, note dans son journal Jules Renard ; le venimeux diariste présentant comme une confusion ce qui constitue plutôt un excès d’enthousiasme. Marcel Schwob se délecte aussi de la conversation de Wilde ; dans une « lettre parisienne » datée du 14 mai 1892 (éditorial adressé au journal de son père, le Phare de La Loire), il rapporte les propos suivants sur les attentats anarchistes: « M. Oscar Wilde... disait naguère dans un salon que les explosions des anarchistes n’étaient que les conséquences de [l’]instinct de détruire. Et, ajoutait-il, on peut comprendre cet instinct. L’homme se sent environné de tant de choses fabriquées et civilisées, qu’il éprouve le besoin de simplifier, et il en annule une partie. »

 

En mai 1893, Louÿs rompt brutalement avec son ami, lui reprochant d’abandonner femme et enfants au profit de Lord Alfred Douglas. Oscar Wilde demande à Marcel Schwob d’apaiser Louÿs, en vain. Les relations entre Wilde et Schwob ne furent pas non plus sans orage : Léon Daudet affirme qu’ils se seraient brouillés une douzaine de fois en six ans. Cela semble impliquer que les relations entre les deux écrivains aient continué au moment des procès et l’incarcération de Wilde. Or, nous n’avons guère d’éléments sur cette période. En avril 1895, tandis que le scandale bat son plein et que parait en France le Portrait de Dorian Gray, le journaliste du Figaro Jules Huret s’en prend à Wilde et désigne ses amis parisiens : Jean Lorrain, Catulle Mendès et Marcel Schwob. Ce dernier envoie ses témoins ; à sa grande colère, ils se satisfont des explications du journaliste. Selon Daudet, qu’on peut supposer bien informé, Marcel Schwob et Robert Sherard auraient alors fait de nombreuses démarches pour tirer d’affaire Wilde, puis pour obtenir une atténuation de sa peine. De fait, le journaliste Sherard, fidèle à son amitié pour Wilde, fut l’un des tout premiers à le visiter en prison. Mais dans Twenty years in Paris, Robert Sherard se borne à indiquer que Schwob avait été l’ami de Wilde avant son infortune. Malheureusement, les lettres de Sherard à Schwob, qui auraient peut-être pu nous éclairer, demeurent inaccessibles. Marcel Schwob ne semble pas s’être associé à la pétition lancée par la revue La Plume en faveur de Wilde, pétition qui tourna d’ailleurs vite court. Et la correspondance entre Schwob et Wilde a disparu.

 

Marcel Schwob a-t-il revu Oscar Wilde après sa libération ? Il n’est pas présent à son inhumation en décembre1900. En 1903, dans une lettre adressée à André Gide, il le remercie pour l’envoi de Prétextes, et tout particulièrement pour le texte qui évoque la mémoire d’Oscar Wilde : « J’y ai trouvé Oscar Wilde tel que je l’ai connu et tous ceux qui l’ont aimé et admiré vous auront de la reconnaissance. » Gide avait fait partie du petit cercle des amis français de Wilde au temps de sa splendeur ; dans son texte, il raconte sa visite émouvante, à Berneval, de l’ancien prisonnier. Mais il affirme aussi qu’Oscar Wilde n’était pas un grand écrivain… Jugement qui a dû faire sursauter Marcel Schwob. L’année suivante, en 1904, peu avant sa mort, il évoque avec son ami Byvanck cette époque révolue et prometteuse, « quand on découvrait Ibsen, Whitman, Oscar Wilde et Nietzsche… ». Phrase qui montre combien l’admiration de l’écrivain était restée intacte, quelles qu’aient été les vicissitudes de la relation entre les deux hommes.

 

Bernard Gauthier

 

(1) Je l’ai publiée dans le catalogue de l’exposition : Marcel Schwob : l’homme au masque d’or, Le Promeneur/Gallimard, 2006, page 59.


 

 

8.  WILDE : LES INFLUENCES FRANÇAISES

 

J.K HUYSMANS – « A REBOURS »

Par Lou Ferreira

 

1)  Brèves précisions introductives

2) De la Mélancolie chez Wilde et Huysmans (au travers des personnalités de Dorian Gray et  Des Esseintes)

3)  Des Esseintes et Dorian Gray : variantes et similitudes

4) Aperçu des influences philosophiques et littéraires de Huysmans et Wilde

 

                                                      ***************

 

1) Brèves précisions introductives

 

Tout d’abord, si nous choisissons d’aborder (succinctement) le thème de la mélancolie, c’est parce que Des Esseintes semble être gagné par ce deuil sans objet qui se glisse dans ses extravagances culinaires, ses lectures de Baudelaire ou d’Edgar Poe, sans parler de ses souvenirs intimes comme tenus en laisse pour accentuer ses souffrances physiques et ses interminables spleens. La mort le contemple parce qu’elle le fascine.

 

Ensuite, nous tenons à préciser que la personnalité de Huysmans lui-même ne nous est pas suffisamment familière pour nous permettre de faire un rapprochement honnête avec celle de Wilde. Cependant, nous chercherons à l’entrevoir au travers de Des Esseintes, ce qui constituera une agréable introduction à la connaissance de cet auteur qui a rédigé « A Rebours » six années avant que Wilde ne publie « Dorian Gray ».

 

Enfin, parce qu’étrangement, nous ne songeons pas spontanément à Oscar Wilde dès qu’il s’agit de la mélancolie, mais plutôt de Décadence (en tant que moment historique où s’éteint –ici- une période esthétique donnée, et en tant que dépérissement des mœurs ou de l’âme humaine). Pourtant, certains rapprochements dans les personnalités de Dorian Gray et Des Esseintes nous renseignent –ou nous renvoient – à des miroirs mélancoliques d’Oscar Wilde lui-même.

 

2) De la mélancolie chez Wilde et Huysmans (au travers des personnalités de Dorian Gray et Des Esseintes :

 

Si Wilde se complaisait dans des orgies gastronomiques (moins au travers de ses œuvres), Huysmans installe Des Esseintes dans des souvenirs culinaires jusqu’à l’obsession. Pour tromper son ennui il réinvente le goût, les parfums, au mieux il les imagine et s’enferme en eux. Puis lorsque Des Esseintes se violente et humilie tous les auteurs précieux de sa bibliothèque  afin de rappeler que s’il a jadis éprouvé une quelconque émotion à leur contact, la mélancolie qui le dévore corrompt désormais le moindre de ses désirs en imposant une sorte d’oblomoverie destructrice. Sa diète médicale et culinaire se conjugue à une chasteté qui le ronge et accentue son mal de vivre et ses somatisations.

 

Alors pourquoi sommes-nous en mesure de supposer qu’il s’agit là d’une mélancolie dans son acception la plus large ? (Psychologique, esthétique, éthique) 

 

Parce que tous les fantômes du désespoir sont conviés au festin d’une âme humaine en perdition et Huysmans ne laissera aucune issue à Des Esseintes.

 

Quels sont ces fantômes : certes l’ennui, mais aussi la misanthropie (dont une misogynie assumée), la religion et ses dépravés : point de salut Pascalien, et l’enfermement dans l’inversion habituelle de la veille et du sommeil permet que la solitude soit reine.  Dorian Gray, lui-même, indifférent au sort de ses semblables (autre caractéristique de la mélancolie), échouera contre cette lutte faustienne de la beauté, de la luxure et de la mort qui accompagnera son désespoir déjà-là  parce que tous les plaisirs du monde avaient peu à peu, comme Des Esseintes quitté son âme sensible mais pervertie…

 

Si Oscar Wilde a été influencé par Des Esseintes et/ou Huysmans c’est pour se les réapproprier dans un Univers qu’il fréquentait assidûment et que la lucidité (amie sournoise de la mélancolie) va conduire son personnage Dorian Gray, dans les rets du désespoir, mais dans une toute autre approche de la mort parce que Wilde était homme de théâtre !…

 

Huysmans abandonne Des Esseintes dans un no man’s land physique et émotionnel qui n’est pas la mort, mais encore moins la vie. La conciliation entre le Divin et le Terrestre, le Charnel et le Spirituel n’a pas sa voie. Son agonie sera prévisible et émouvante tandis que chez Dorian Gray, le châtiment final sera imprévisible et brutal.

 

Oscar Wilde, pour fuir l’ennui (source empoisonnée de la mélancolie), se gorgera de mets fins, de vin, de sexe jusqu’à plus soif, d’écriture, de livres dévorés (pour éviter la peur de ce vide intérieur que tout humain cherche à combler), fera des enfants, inventera de splendides mythologies et pour s’assurer de l’originalité de son existence (c’est une des nombreuses raisons de l’origine de son procès, mais on ne peut la sous-estimer), acceptera le sort violent des conditions pénitentiaires. « Mes amis me conseillent la prudence ! (…) ce serait revenir en arrière. Il faut que j’aille le plus loin possible » –annonçait-il à Gide lors d’une rencontre près d’Alger en Février 1895 (deux mois avant son procès)- Henry James nommait cela, « l’imagination du désastre »…

 

Pourquoi ne serions-nous pas en mesure de supposer que Wilde, fortement séduit par les décadents français, mieux, par les nihilistes russes des années 1860 (qui lui inspirèrent la pièce de théâtre : Vera et les Nihilistes), aurait retrouvé en prison ce qu’il portait déjà en lui malgré ses triomphes dans le tout Londres ; c’est-à-dire un dédoublement de sa propre individualité ? Celle qui dégrade l’estime de soi dans une dépravation physique et morale, et celle qui le réhabilite devant les Dieux et la postérité. (Il ne laissera pas plus de chance à Dorian Gray).

 

La mélancolie aidera Wilde à mourir, tout comme Des Esseintes s’éteint à petit feu parce que le monde le dégoûte autant qu’il se méprise lui-même et constate que l’hiver a envahi ses sensations ; il ne lui reste plus que le cri.

 

Volontairement, nous ne citons « Le Portrait de Dorian Gray » qu’en cette fin de partie parce qu’à la différence de Des Esseintes qui s’enferme dans l’inventaire d’une vie de luxe, d’écriture et de dépravation, Dorian Gray, encouragé par Lord Henry (et Wilde), va nous enivrer de ses péchés, convoquer notre propre angoisse face au dénouement inévitable et pourtant inattendu de son sort. C’est à la dernière page que l’on peut donc lire :

 

 « Le terreur s’emparait de lui à l’idée que d’autres yeux que les siens pussent le voir (son portrait). Il avait teinté ses passions de mélancolie. Son souvenir avait suffi à gâter bien des moments de joie (…) ».  

 

Et c’est bien ce qui s’impose ici comme une première évidence : si la mélancolie est un mal, ce mal peut être aussi fécond que dangereux. Qu’aurions-nous lu sans le désespoir des autres et leur hédonisme individuel…

 

3) Des Esseintes et Dorian Gray : Variantes et similitudes : 

 

Il est difficile d’évoquer « Le portrait de Dorian Gray » en évitant les personnalités de Basil Hallward et de Lord Henry. C’est une différence de taille entre les deux romans : à lui seul, Des Esseintes est Dorian et Lord Henry, et l’on découvre un long monologue intérieur dont le cynisme et les souvenirs jouissifs de l’Art pour l’Art  évoquent une fatigue morale intense que Des Esseintes ne contrôle plus.

 

Paradoxalement, Oscar Wilde va donner vie aux sentiments les plus nihilisants que portent en eux ses personnages : Tout d’abord, si, chez Des Esseintes, la luxure n’est plus qu’un souvenir qu’il moque, chez Dorian Gray, aucun détail intime n’est explicite, et pourtant sa sensualité est évidente tout au long du roman de Wilde. Dorian Gray, bien que découvrant ce que Des Esseintes connaissait déjà, va animer ses journées : il est le Présent du plaisir, Des Esseintes est le Passé de la volupté.

 

Certes, il y a Lord Henry. Mais s’il initie et influence Dorian Gray, c’est pour convier une sorte de pacte faustien et une jouissance par procuration : Wilde est dans le présent et le futur mortel du désir, tandis que Huysmans ressasse au bord du vide un passé qu’il réduit au fur et à mesure…

 

Quand il s’agit de la place accordée aux souvenirs de leurs aimées, autant Des Esseintes que Dorian Gray les subliment dans un premier élan pour très vite leur rappeler que rien n’est au-dessus de l’Art sous toutes ses formes et que l’idéalisation d’un être au corps voluptueux doit se parer et se taire. Seules leurs émotions devant l’éternel féminin compte, le reste n’est même plus littérature ! Puis il faut effacer les souvenirs et diminuer l’importance de l’amour d’une femme au profit combien transcendant de l’amour de l’Art, même lorsqu’il se tend vers la mort.

 

Dans la préface rédigée vingt ans après la première publication d’Á Rebours, Huysmans se souvient : « (…) lorsqu’il m’arrive d’ouvrir un livre et que j’y aperçois l’éternelle séduction et le non moins éternel adultère, je m’empresse de le fermer, n’étant nullement désireux de connaître comment l’idylle annoncée finira. Le volume où il n’ y a pas de documents avérés, le livre qui ne m’apprend rien ne m’intéresse plus. » 

 

Oscar Wilde, avec plus de compassion, voire d’altruisme, avait éprouvé une émotion similaire à l’égard de quelques êtres aimés. Seul, Lord Alfred Douglas ne lui semblait jamais acquis, sa violence, ses départs brusques, ses lettres sulfureuses empêchaient certes Wilde de reprendre régulièrement ses esprits, mais dans un même mouvement, Bosie constituait d’un point de vue sentimental, les risques de la démesure qui éloignent de l’ennui (la plupart du temps).

Lord Alfred Douglas était pour lui l’Art vivant, ses propres œuvres pouvaient attendre…

 

Par ailleurs, dans Le portrait de Dorian Gray, Sybil Vane, en tant qu’être sublimé par Dorian Gray, idéalisée, va commettre l’erreur absolue (autant selon Huysmans, davantage chez Wilde), de descendre de son piédestal pour que Dorian admire sa réalité, sa nature et non ce qu’il divinise en elle. N’étant plus un rêve pour ce dernier, elle se suicidera. L’ex-amoureux transi s’en remettra assez vite : après tout, l’absence d’imagination est un crime sans pardon. Wilde sera toute sa vie intransigeant à ce sujet, même en prison.

 

Là où nous n’avons nullement perçu d’influence, c’est dans l’art du mensonge chez Oscar Wilde. Il fallait l’authenticité d’un Basil Hallward pour mieux percevoir la force du mensonge encouragée par Lord Henry et mis en pratique par Dorian Gray. Certes, des Esseintes a vécu tout cela, mais quelle jouissance de lire et imaginer le pouvoir créateur du mensonge se faisant ! Wilde s’en amuse encore et nous le fait partager dans un luxe toujours décrit majestueusement quand Des Esseintes, lui, en éprouve surtout la Vanité…

 

 

3.       Aperçu des influences philosophiques et littéraires chez Wilde et Huysmans :

 

 

Si Huysmans a été influencé par le réalisme de Zola, il souligne clairement dans sa préface tardive : « Au moment où parut  A Rebours, la situation était donc celle-ci : le naturalisme s’essoufflait à tourner la meule dans le même cercle.(…) Zola était un beau décorateur de théâtre, s’en tirait en brossant des toiles plus ou moins précises, (…) Il célébrait de la sorte les halles, les magasins de nouveautés, les chemins de fer, les mines et les êtres égarés dans ces milieux n’y jouaient plus que le rôle d’utilités et de figurants ; mais Zola était Zola, c’est-à-dire un artiste un peu massif, mais doué de puissants poumons et de gros poings. »  La rupture entre les deux écrivains était consommée.

 

Wilde, n’avait pas eu besoin de faire ce constat, le naturalisme avait toujours été un combat esthétique prioritaire. Platonicien dès sa plus jeune enfance, les arts imitatifs détournaient selon lui de la Vérité. Et chercher la Vérité selon Platon, c’est d’abord avoir la capacité de se transformer pour favoriser de nouveaux jugements sur les choses données, cela signifie : voir les choses par rapport à ce qu’elles sont pour Nous et les contempler telles qu’elles sont en soi.

 

C’est à partir de cette transformation que Wilde va re-connaître Huysmans et son génie du discours pessimiste. Et davantage lorsque ses peintures sociales décriées touchent la Foi et ses ambiguïtés éthiques. Wilde, lui-même constamment perturbé par l’hypocrisie de la chrétienté, s’en remettra à ce qu’elle produit de plus luxuriant : l’Art.

 

Mais ces deux auteurs se retrouvent évidemment en Baudelaire. Un Maître.

 

Juste avant de l’évoquer, nous ne pouvons pas sous-estimer le chemin balisé que leur offrait Goethe, celui qui subordonnait la Nature à l’Art, et distinguait nettement la Vie de la Beauté : en effet, si la Nature produit des organismes vivants, l’art produit des œuvres belles. Et tout aussi fondamentale était la philosophie du désintéressement de Schopenhauer. Elle était au cœur de sa philosophie de l’art, et Huysmans / Des Esseintes en font un des apôtres fondateurs de la vie comme souffrance et ennui. Seul l’Art est délivrance (crucial chez Wilde), parce qu’il arrache l’homme à sa condition misérable de sujet pratique et scientifique.

 

Pour Schopenhauer, nul ne peut devenir Génie, s’il ne délaisse cette quête stérile à l’égard de l’Utile ou la Reproduction de l’espèce. Il faut s’affranchir du principe de raison, rompre avec le Tout pour que le retour vers le monde des Idées puissent illuminer l’art du Génie.

 

Avec Schopenhauer, Oscar Wilde et J-K Huysmans se saluent.

 

Mais Baudelaire… (Même sans Pascal et Nietzsche). Baudelaire leur donne envie de transformer la boue en or, il leur révèle la beauté du laid, permet à Wilde de développer sa thématique des masques après Walter Pater et Ruskin et fascine Huysmans parce qu’il ose affirmer que l’Artiste s’égale au Dieu Créateur lorsqu’il vante les mérites des sujets d’épouvante psychologique et de laideur esthétique. Quand l’Homme crée cela, il s’égale à Dieu, affirme son autonomie artistique et installe définitivement sa révolte métaphysique.

 

Wilde et son Portrait de Dorian Gray, J-K Huysmans et À Rebours confirment le génie romantique de Baudelaire : ils pouvaient créer un nouveau Monde…

 

 

Lou Ferreira 

 

 

 

 

9.  BIBLIOGRAPHIE DU MOIS

 

Nous sommes heureux de reproduire cette liste d’articles parus dans le journal Nineteenth Century French Studies.  Le rédacteur de ce journal est actuellement le Professor Marshall Olds, Université de Nebraska.

 

 

AUTHOR

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1985-86 Fall-Winter; 14(1-2): 153-61

Bart, Benjamin F. 

World Views into Style: The Goncourt Brothers and Proust at the Opéra

1986-87 Fall-Winter; 15(1-2): 173-90

Bascelli, Anthony

Flaubert and the Brothers Goncourt

1977 Spring-Summer; 5(3-4): 277-95

Beaudan, Colette Juilliard

Delacroix et Proust: une métaphysique de la création

Fall-Winter 1995-96; 24(1-2): 217-221

Black, Lynette

Baudelaire as Dandy: Artifice and the Search for Beauty

1988-89 Fall-Winter; 17(1-2): 186-95

Boucharenc, Myriam D. 

L’Artiste et le silence: Stendhal et Proust

1987 Spring; 15(3): 239-51

Braun, Sidney D. 

Lilith: Her Literary Portrait, Symbolism, and Significance

 1982-83 Fall-Winter; 11(1-1): 135-53

Catel, Mylène and Lloyd

Letters of Stuart Merrill

1997 Spring-Summer; 25(3-4): 386-414

Comfort, Kathleen Ann 

Divine Images of Hysteria in Emile Zola’s Lourdes

2002, 30 (3-4): 329-345

Coste, Didier

Robert de Montesquiou, poète critique: La cristallisation du décoratif

1983 Spring-Summer; 11(3-4): 334-49

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Mythes et contes populaires dans La Princesse Maleine

1994 Spring-Summer; 22(3-4): 517-528

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Renée Vivien and the Ladies of the Lake

2002, 30 (3-4): 362-378

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Y a-t-il impressionnisme littéraire? Le Cas Verlaine

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The Decadent Side of Aestheticism: Heredia’s Antony and Cleopatra Triptych

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La Basilique’ de Théophile Gautier, un voyage psychologique et esthétique

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Redon’s Debt to the Critical Essays of Baudelaire

1986-87 Fall-Winter; 15(1-2): 141-61

Kaminsky, Alice

The Literary Concept of Decadence in Fin de siècle Aestheticism

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King, Russell S. 

Verlaine’s Romances sans paroles: The Inscription of Gender

1998-99 Fall-Winter; 27 (1-2): 117-131

Knapp, Bettina

Herodias/Salome: Mother/Daughter Identification

1996-97 Fall-Winter; 25 (1-2): 179-202

Lillie, Elisabeth

Approaches to Symbolism in the Work of Ernest Renan

1985-86 Fall-Winter; 14(1-2): 110-29

Loomis, Jeffrey B. 

Of Pride and the Fall: The Allegorical À rebours

1984 Summer-Fall; 12(4)-13(1): 147-61

Lukacher, Maryline

Mademoiselle Baudelaire: Rachilde ou le féminin au masculin

1992 Spring-Summer; 20(3-4): 452-65

McLendon, Will L. 

La Signification du masque chez Jean Lorrain

1978-79 Fall-Winter; 7(1-2): 104-14

Newton, Joy L and Fol, Monique E.  

Robert de Montesquiou et Edmond de Goncourt: une amitié littéraire

1978-79 Fall-Winter; 7(1-2): 85-103

Parks, Lloyd

The Influence of Villiers de l’Isle-Adam on W. B. Yeats

1978 Spring-Summer; 6(3-4): 258-76

Ploye, Catherine

`Questions brûlantes:’ Rachilde, l’affaire Douglas and les mouvements féministes

1993-94 Fall-Winter; 22 (1-2): 195-207

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The Occulted Jew: Symbolism and Anti-Semitism in Villiers de l’Isle-Adam’s Axël

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"Becoming Political: Symbolist Literature and the Third Republic"

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Les Noces d’Hérodiade

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Le Luxe et l’horreur. Sur quelques objets précieux de la littérature fin de siècle

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Unpacking His Library: Robert de Montesquiou and the Esthetics of the Book in Fin-de-siècle France.

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Jacob Wrestling with the Angel: A Theme in Symbolist Art.

2004, 32 (3-4): 298-315


Smeets, Marc 

La Proie et l’ombre. Durtal et la confusion gastro-sexuelle

 2001-02, 30 (1-2): 121-130

Strauss, Walter

Nonrecognition and Recognition in Proust

1975-76 Fall-Winter; 4(1-2): 105-123

Wright, Alfred J. 

"Paroles et musique" - Verlaine’s Composers

1977 Spring-Summer; 5(3-4): 308-327

Ziegler, Robert

Hunting the Peacock: The Pursuit of Non-reflective Experience in Mirbeau’s Le Jardin des supplices

1984 Summer-Fall; 12-13(4-1): 162-74

Ziegler, Robert

Interpretation as Mirage in Rachilde’s ‘Le Château hermétique’

1997-98 Fall-Winter 26 (1-2): 182-192

Ziegler, Robert 

Object Loss, Fetishism and Creativity in Octave Mirbeau

1999 Spring-Summer; 27(3-4): 402-415

Ziegler, Robert 

The Season of the Soul in J.-K. Huysmans’s La Cathédrale

2001-02, 30 (1-2): 148-160

Ziegler, Robert

Escaping the Mortal Web of Time in Marcel Schwob’sArachné

1996 Spring-Summer; 24 (3-4): 440-446

 

D.C. Rose

 

 

10.   TELEVISION, CINEMA

 

  • On a pu voir « Le Portrait de Dorian Gray », d’Albert Lewin (avec Hurd Hatfield et Georges Sanders) le 31 mai dernier à 20H45 sur la chaîne TCM, qui le rediffusera le mercredi 14 juin à 22H45. En outre, TPS Cinétoile et TPS Cineclub diffusent « Le Fantôme de Canterville », de Jules Dassin, avec Charles Laughton dans le rôle de Sir Simon Canterville (respectivementle jeudi 8 juin à 22H20 et le lundi 12 juin à 20H30)

 

  • En mars 2006, la chaîne « Histoire » a diffusé un documentaire de Annie Paul, intitulé « Les visages du génie», qui avait déjà été diffusé sur ARTE sous le titre « Une vie, un scandale ». En voici la critique, signée Lou Ferreira.

 

Décidément, les films et les documentaires réalisés sur l’œuvre d’ Oscar Wilde, ont ceci en commun : ils renseignent davantage sur les curiosités libidinales wildiennes et celles des téléspectateurs, ils ressassent inlassablement l’excentricité du personnage et son lynchage politico- juridique, mais pour ce qui est de découvrir « les visages d’un génie » (titre de l’émission d’ARTE), procurez-vous ses œuvres complètes en Livre de Poche, vous vous ennuierez moins.

 

Le documentaire d’Annie Paul, (réalisé en 2000), mis à part deux ou trois points originaux que nous soulèverons, n’échappe pas à la règle : Wilde sent le souffre et le commun des mortels en redemande : il veut savoir pourquoi Lord Alfred Douglas et Wilde se sont aimés et perdus, et si le sort de Wilde était justifié. Sur une heure de documentaire : près de quarante minutes sont consacrées à leur relation sulfureuse. Passionnant.

 

Evoquons donc tout de même l’originalité de ce documentaire, cela consolera.

 

Tout d’abord, le parallélisme entre la douleur – en tant que responsabilité – de l’arrière petite-nièce de lord Alfred Douglas, et la douleur  – en tant que victime d’un désastre familial – de Merlin Holland, petit-fils d’Oscar Wilde est tout à fait intéressant, voire émouvant.

 

Cette descendante des Douglas porte en elle une faute qui incombait à ses ancêtres : celle d’avoir ruiné et entraîné la mort de Wilde. Pour cela, elle cachera son identité le plus longtemps possible comme une honte, et la maturité aidant, il lui semblera essentiel d’expier cette faute (qui ne lui appartient pas certes, mais qui lui a été transmise parce que « non-réparée »), en se dévouant aux œuvres de Wilde au travers de l’univers carcéral.

 

Ce passage est intéressant parce qu’il permet de mesurer l’impact de l’œuvre wildienne sur des êtres privés de liberté : l’émotion des prisonniers est perceptible dans ce documentaire, et une communion évidente se mesure entre les lettres et poèmes de l’auteur et la re-connaissance de chaque prisonnier face à l’expression écrite des douleurs d’Oscar Wilde. Ses poèmes étaient d’ailleurs récités comme des prières. Un transfert s’effectuait, une catharsis était possible parce que Wilde avait exprimé de façon universelle une expérience toute particulière.

 

Ensuite, il va sans dire que les témoignages de Merlin Holland sont essentiels pour essayer d’envisager les conséquences du procès d’Oscar Wilde sur l’héritage psychologique et intellectuel de ses descendants. Merlin Holland se montre prudent. Discret. Réfléchi. Il précise en substance : « je n’aurais pas su dire, il y a dix ans, si j’étais fier d’être le petit-fils d’Oscar Wilde (…). J’ai préféré conserver le nom de Holland parce que j’étais fier de mon père. »

 

Ce passage est important parce que la question identitaire du petit-fils d’Oscar, les conséquences dramatiques que la liberté d’expression et l’originalité de l’écrivain ont pu avoir sur tous les membres de sa propre famille se posent de façon évidente. Seul Vyvyan, le second fils de Wilde a survécu (physiquement) à une tragédie sans nom. Le témoignage de ce dernier, et le travail de son fils Merlin Holland depuis de nombreuses années tendent à mettre en lumière le fait que le jugement impitoyable à l’égard de l’auteur de Dorian Gray s’est étendu sur plusieurs générations et que deux années de travaux forcés pour une affaire de mœurs ont été suffisantes pour que, plus d’un siècle après, Merlin Holland se pose le problème du nom du Père.

 

Ce sont ces deux points qu’il faut retenir. Tout le reste est vague, inconsistant.

 

Qu’en est-il des œuvres et du fameux « génie »de Wilde ? On nous propose une allusion au « Mari idéal », pour mieux servir l’histoire de ses démêlés conjugaux, quelques bribes du « Portrait de Dorian Gray » pour y voir l’éternelle allusion à la propre personnalité de Lord Alfred Douglas ou celle de Wilde lui-même, on entend deux ou trois sonnets de la « Ballade de la geôle de Reading », et on doit se rassasier avec un passage de « L’Importance d’être Constant », comme si la vie privée d’Oscar Wilde avait à elle seule nourri la force de son verbe !

 

On ne sait rien de ce qui fait sa particularité esthétique, peu de choses sur ses inspirations artistiques et poétiques, presque rien sur ce qui fonde ou oriente sa sensibilité politique (superbement nuancée dans ses pièces de théâtre, ou affichée dans ses critiques sociales).

 

Et, si la personnalité de la belle épouse d’Oscar Wilde , Constance, est respectée, c’est pour mieux insister sur le fait que le poète n’avait pas été qu’homosexuel et que ces deux êtres s’étaient profondément aimés. Certes, nous n’en doutons pas, et la morale est sauve.

 

C’est heureux.

 

Mais le génie de Wilde ? Nous parlons « des visages du génie de Wilde » C’est-à-dire, pourquoi Wilde est un des auteurs dont les pièces sont les plus jouées au monde ? De quelle façon il s’est approprié la culture gréco-latine, les philosophes antiques et les artistes de son siècle pour s’en démarquer de façon évidente ? Pourquoi Wilde fascine toujours autant les jeunesses décontenancées ? Qu’est-ce qui fait de Wilde un modèle de subversion éthique et artistique ?

 

Nous n’ignorons pas que toutes ces questions ne pouvaient nullement être approfondies le temps d’un documentaire. Mais si l’on avait consacré moins de temps aux tribulations amoureuses et sexuelles du poète, il y aurait eu un peu plus de place pour l’Art d’Oscar Wilde.

 

Il est donc à constater que beaucoup de lumière reste à faire sur ce qui fonde l’essence de ses passions esthétiques. Patience.

 

Lou F.

*

 

  • Nous rappelons par ailleurs que le cinéma Accatone, 20, rue Cujas, Paris 5e,  projette la version originale du film de Brian Gilbert, avec Stephen Fry et Jude Law, tous les lundis à 15H50.

 

 

11.  THE WILDEAN – INTENTIONS

 

Nous vous informons que The Oscar Wilde Society, Londres, publiera en juillet le numéro 29 de The Wildean et qu’en juin, paraîtra le numéro 50 du bulletin Intentions. Si vous souhaitez recevoir ces publications, vous pouvez contacter Vanessa@oscarwildesociety.co.uk

 

*

I watched the day, still marked with wounds of flame

The turquoise sky to burnished gold was turned.

The pine-trees waved as waves a woman’s hair;

And in the orchards every twining spray

Was breaking into flakes of blossoming foam.

Sonnet on Approaching Italy

 

Je contemplai le jour marqué de feu cruel.

Le ciel, de turquoise, vira à l’or brûlé.

Les pins ondulèrent comme chevelure de femme

Et, dans les vergers, chaque rameau tordu

Eclata en fleurs, tels des flocons d’écume.

En vue de l’Italie ( Poèmes)

(traduction de Bernard Delvaille)

 

 

 

 

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[1] Marie Stopes : Lord Alfred Douglas, His Poetry and His Personality, 1949 – H. Montgomery Hyde : Lord Alfred Douglas : A Biography – 1984 – Rupert Croft-Cooke : Bosie : The Story of Lord Alfred Douglas, His Friends and Enemies – 1963 – William Freeman : The Life of Lord Alfred Douglas : Spoilt Child of Genius – 1948 – Trevor Fisher : “Oscar and Bosie “ – A Fatal Passion – 2002 – Douglas Murray : Bosie : The man, The poet, the lover of Oscar Wilde – 2000 – Caspar Wintermans : Alfred Douglas: De Boezemvriend van Oscar Wilde – 1999.

[2] Référence prise auprès de l’éditeur, il s’avère que l’intention de l’auteur était bien d’écrire une biographie, comme en témoignent les photos et la courte bibliographie figurant dans le livre.

[3] Cf Merlin Holland, Complete Letters, n° 1 page 901 : Hedda Gabler : “I can just see him. With vine leaves in his hair. Flushed and confident”. Merlin Holland et Rupert Hart Davis, 2000.