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Numéro 34 :
SEPTEMBRE/OCTOBRE 2011
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§7. ARTICLES ET CONFÉRENCES
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Oscar Wilde et Alfred Jarry
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Par Jill Fell |
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Oscar Wilde et Alfred Jarry (1873-1907),
auteur d’Ubu Roi, se sont
rencontrés le 19 mai 1898, le jour anniversaire de la libération de Wilde de
la prison de Reading. Henry Davray, ami de Jarry et angliciste du Mercure de France, avait organisé le
rendez-vous à l’avance. Jarry connaissait déjà Alfred Douglas et l’artiste
Eric Forbes-Robertson, frère de Frances Forbes-Robertson, la grande amie de
Wilde. En 1894 à Pont-Aven, Eric Forbes-Robertson avait dessiné le portrait
de Jarry et avait collaboré au premier numéro de son journal, L’Ymagier de la même année.[1] Même si Wilde et Jarry ne se rencontrèrent pas une deuxième fois
pendant les dix-huit mois qu’il restait à vivre à Oscar Wilde, Jarry ne l’oublia
pas et continua de lui envoyer ses livres. Il respectait Wilde pour le
courage dont il avait fait preuve en affrontant tout seul la loi anglaise, en
défense de l’homosexualité. Toujours méfiant de ce qu’il appelait
‘l’incohérence de la Justice’,[2] Jarry aurait considéré Wilde, ainsi il le ferait plus tard pour
l’écrivain Jacques d’Adelswärd-Fersen, comme une victime des législateurs. |
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Wilde était encore en prison quand Aurélien
Lugné-Poe, directeur du Théâtre de l’Œuvre entreprit une représentation
secrète de Salomé en février 1896 à
l’encontre de l’interdiction anglaise. Depuis la fin de son service militaire
en décembre 1895 Jarry assistait à
toutes les représentations du Théâtre de l’Œuvre. Il assista à
l’unique représentation de Salomé
et il n’est pas impossible qu’il ait joué lui-même dans la pièce. Dans ses
mémoires, Lugné-Poe rappelle ses premiers contacts avec Jarry au moment où il
dut remplacer son secrétaire: |
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« Ma pensée tomba sur un être singulier
entrevu parfois avec A.-F. Hérold, qui m’était apparu très intéressé par
L’Œuvre en même temps que par mes efforts en faveur de Wilde … »[3] |
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Bien que Jarry ait été un jeune auteur
presque inconnu et que Lugné-Poe ait avoué ne savoir par quel bout prendre Ubu Roi, ce dernier tint sa promesse
de représenter sa pièce en récompense des efforts multiples de Jarry en
faveur de l’Œuvre et surtout du rôle qu’il avait joué en assurant le succès
de la pièce Peer Gynt d’Ibsen en
novembre 1896. Ainsi Wilde et Jarry, pour des raisons différentes, étaient à
l’origine des deux représentations théâtrales les plus scandaleuses de la fin
du siècle : celle de Wilde en février 1896 et celle de Jarry dix mois
plus tard, en décembre 1896. |
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The
Ballad of Reading Gaol de Wilde parut à Londres le 9
février 1898 et jouit d’un succès immédiat. Davray écrivit à Wilde pour lui
proposer de traduire le poème, lui disant qu’il pourrait éventuellement viser
une lecture publique à l’Odéon. Wilde répondit avec enthousiasme. À son grand
plaisir, le poème parut dans le Mercure
de France du 1er mai avec la version en prose de Davray en
regard. |
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Suite à la publication anglaise de son
poème, Wilde avait décidé de revenir à Paris, où il pouvait, mieux qu’à
Naples, suivre les nouvelles de sa réception et en faire la publicité. Jarry
avait déjà quitté Paris. À la fin de l’hiver, il déménageait pour aller vivre
au bord de la Seine à Corbeil. Ici, il
gardait son propre canot et faisait de la pêche, soit seul, soit avec
l’écrivain belge, Eugène Demolder, ou avec Alfred Vallette, éditeur du Mercure de France, qui venait le
week-end avec sa femme Rachilde et leur fille. |
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Jarry et Davray, tous les deux nés en 1873
et habitués des salons du mardi de Rachilde au Mercure de France, se connaissaient très bien. En traduisant The Ballad of Reading Gaol, il est
très possible que Davray ait consulté Jarry, qui avait déjà traduit The Rime of the Ancient Mariner, de Coleridge.[4] Quand Davray pensait traduire Anticipations
de H. G. Wells en 1902, il avait écrit à Wells, l’informant qu’il voulait
commencer la traduction avec l’aide de Jarry « who is the sort of man
with scientific training, quite able not to miss anything of your
meanings. »[5] |
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Comme preuve de la rencontre de Wilde et de
l’auteur d’Ubu Roi nous avons une
lettre de Davray du 18 mai 1898 invitant Jarry au rendez-vous du lendemain.
Au contraire de son séjour de 1891, quand L’Écho
de Paris avait proclamé Wilde « le great event des salons littéraires » personne n’osait
l’inviter. Lié à Wilde par son rôle de traducteur, Davray se sentait obligé
soit d’accompagner l’écrivain lui-même, soit de lui trouver des compagnons
littéraires. Il ne fallait pas laisser Wilde boire seul ce soir important du
19 mai. Jarry a sauvé la situation. |
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Lisons la note de Davray : |
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Le ton de la lettre laisse supposer un
accord préalable entre Jarry et Davray. Le traducteur ne demande aucune
confirmation de son ami. Il est impossible de vérifier si l’initiative
provenait de Jarry, ou si Davray avait proposé la rencontre. Seule
question : qui des deux écrivains appauvris paierait l’absinthe? |
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Le choix de Jarry comme compagnon de Wilde
en cette soirée importante n’est pas mystérieux. À l’âge de dix-neuf, il
avait écrit un drame, Haldernablou,
qui célébrait l’amour entre deux jeunes amis, en fait Léon-Paul Fargue et
lui- même. Plus discret depuis qu’il devait gagner sa vie par sa seule plume,
il était cependant prêt à soutenir d’autres artistes et écrivains
homosexuels. En 1900 il sera parmi ceux qui signeront le document de
protestation contre la censure du roman Escal
Vigor de son ami belge, Georges Eekhoud, qui mettait en scène des héros
homosexuels. |
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Après sa rencontre avec Jarry, Wilde avait
écrit une lettre enthousiaste à son ami, Reggie Turner, présentant le jeune
écrivain comme « la nouvelle étoile du Quartier Latin ». |
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« Alfred Jarry vient de m’envoyer la
collection de ses œuvres complètes. C’est un jeune homme tout à fait
extraordinaire, très corrompu, et ses écrits ont parfois l’obscénité de
Rabelais, parfois l’esprit de Molière, et toujours quelque chose de curieux
et qui lui est propre. Il a fait ses débuts avec une pièce intitulée Ubu Roi au Théâtre de l’Œuvre.
L’essentiel de la pièce consistait en ce que tous les personnages se disaient
« Merde », pendant les cinq actes, apparemment sans raison. La
pièce a été tellement sifflée que Jarry est devenu célèbre, et le Mercure de
France vient de publier Ubu Roi en
édition de luxe. Jarry est actuellement la nouvelle étoile du Quartier Latin.
Très attirant de sa personne, il a l’air exactement d’un gentil truqueur.[7] » |
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Dans cette lettre, postée six jours après
leur rencontre, Wilde semble mêler ses propres impressions de Jarry et celles
de quelqu’un d’autre. En ce qui concerne l’œuvre de Jarry, l’analyse de Wilde
est exacte, fournie peut-être par Davray, mais la description sarcastique
qu’il donne de la représentation Ubu
Roi indique qu’il n’avait pas encore lu la pièce. Entend-t-on Alfred
Douglas chuchoter, jaloux d’un succès hors de sa portée? Son aîné de trois
ans seulement, Douglas connaissait Jarry depuis quelques années. Jarry
l’avait même incorporé, sous le nom déguisé de ‘Bondroit’, dans une scène de
son roman Les Jours et les Nuits
(1897), où un groupe d’amis avait fait un concours de nu.[8] Lugné-Poe n’avait pas caché son mécontentement quand il avait appris
que Jarry, qui gérait ses affaires à l’Œuvre pendant son absence, avait
emmené le lord à son bureau, « accompagné de deux autres jeunes bons
hommes ».[9] |
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Amical pendant que Jarry vivait boulevard
Saint-Germain, jouissant de son modeste héritage, Douglas devint dédaigneux à
partir du moment où l’écrivain se trouva sans le sou. Dans une lettre à
Rachilde du 26 juillet 1897, la remerciant de son livre Les Hors Nature, il se plaint de rencontrer chez elle des gens
qui lui sont hostiles, tel Jarry, qui lui font « un effet de
répulsion physique ».[10] Que Wilde eût jugé Jarry « très corrompu » après une seule
conversation était une conclusion un peu
rapide. Compliment ou insulte, ce jugement semble beaucoup plus
probable venant des lèvres de Douglas. |
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Il paraît que Douglas avait appris la
nouvelle du rendez-vous de Wilde et Jarry. À ses yeux, si quelqu’un avait le
droit de célébrer l’anniversaire de la libération de Wilde de la prison de
Reading, c’était bien lui. Il se présenta au Café de Rohan avec un petit ami.
L’arrivée inattendue de Douglas gâcha la soirée, selon une lettre de Wilde
écrite le lendemain. Il ne mentionne pas Jarry par son nom, mais écrit que
Davray l’avait invité au café pour voir « un poète qui désirait me
rencontrer ». Wilde aurait employé le terme « poète » au sens
large. Jarry était, après tout,
l’auteur d’un volume de poésie et prose, Les
Minutes de Sable Mémorial (1894) que Wilde venait de recevoir. Wilde
accusa Douglas d’avoir agi « sans le moindre iota de tact social »
en introduisant son ami Gaston, qu’il appelle « Giton, le
pédéraste, » à une réunion littéraire.[11] |
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On ne sait pas si Wilde et Jarry se sont
revus après leur première rencontre. Noël Arnaud, biographe de Jarry, prétend
qu’on les avait vus « ensuite » au Bar Calisaya,[12] mais ne précise pas si c’était plus tard le même soir, un autre
soir, ou même plusieurs soirs. Vincent O’Sullivan écrit que Wilde fréquentait
le Bar Calisaya « parce qu’il y trouvait toujours quelqu’un avec qui
parler, ne soit-il que le garçon de comptoir. »[13] En effet, le bar, fameux pour son répertoire de 132 cocktails,
attirait de jeunes écrivains de toutes nationalités. |
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Pour d’autres rapports entre Jarry et Wilde,
il faut chercher des signes cachés. Commençons par la liste des acteurs à la
représentation illégale de Salomé par
le Théâtre de l’Œuvre en février 1896. Pour se protéger, beaucoup d’acteurs
avaient employé des pseudonymes. Des amis de Lugné-Poe prenaient souvent des
rôles moins importants. Le nom mystérieux de J. Hemgé paraît plusieurs fois
dans les distributions des rôles dans les pièces de 1895-6. Arnaud suggère
qu’il pourrait s’agir d’un pseudonyme composé des initiales, J, M et G,
recouvrant l’identité de trois personnes, dont le ‘J’ pourrait représenter
Jarry. La distribution de Salomé
imprimée sur l’affiche dessinée par Toulouse-Lautrec indique J. Hemgé comme
titulaire du rôle du Nazaréen en février 1896. Il est séduisant à penser
qu’il pourrait s’agir de Jarry. En novembre 1896 son nom réel paraîtrait sur
l’affiche de Peer Gynt par Edvard
Munch dans le rôle du 1er Troll de la Cour, bien que Lugné-Poe relate qu’il avait
joué le vieux Dovré et ajoute « Il y fut énaurme ! »[14] Selon Lugné-Poe, dès son arrivée à l’Œuvre, Jarry « fait feu de
quatre pattes comme nous … acteur … secrétaire … régisseur.[15] » |
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Un mois après la représentation de Salomé Jarry a fini d’écrire sa pièce,
Le Vieux de la Montagne. Patrick
Besnier y voit une référence à Salomé, aussi voulue qu’elle est discrète,
dans une exclamation très semblable aux mots qui ouvrent la pièce de
Wilde: « Que la princesse Salomé est belle ce soir ! » Dans la
pièce de Jarry, l’Astrologue chrétien s’exclame « Qu’elle est belle, la
princesse Belor ! » et, comme le jeune Syrien de Salomé, il répète la phrase un peu
plus loin, pour souligner que ce n’est pas une coïncidence, selon Besnier.[16] |
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Il se peut que Le Vieux de la Montagne ne soit pas le seul texte de Jarry qui
recèle des références à Wilde ; il faut en scruter deux autres :
son hommage à Aubrey Beardsley, intitulé ‘Du Pays de Dentelles,’ qui a paru
dans le Mercure de France du mois
de mai 1898, et un poème dans son roman, Messaline,
roman de l’ancienne Rome, publié en
six livraisons dans les numéros de La Revue blanche du 1er juillet et du
15 septembre 1900. |
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Les noms de Wilde et Beardsley étaient
inextricablement liés par l’édition anglaise de Salomé (1894) de John Lane.
On sait que Beardsley fut forcé de retirer ses dessins érotiques et de
les remplacer par des dessins moins évidemment obscènes. ‘Du Pays de Dentelles,’ est difficile à
interpréter sans admettre une allusion au dilemme de Beardsley, qui, pour
vendre ses dessins, accepta de compromettre son talent naturel pour la satire
et de dévier sa voie artistique. |
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La première moitié du chapitre intitulé ‘Du
Pays de Dentelles’, qui fait partie du roman Gestes et opinions du Docteur Faustroll, pataphysicien, prend la
forme d’un hommage respectueux, louant la technique de Beardsley, nommé roi
des Dentelles; mais Jarry répète deux fois le mot rétrograde dans sa narration. Doit-on comprendre un reproche
indirect à un artiste qu’il avait respecté pour ses dessins audacieux, mais
qui avait accepté de les changer ou de les retirer ? Le roi des
Dentelles étire la lumière comme un
cordier persuade sa ligne rétrograde, écrit Jarry. En outre il décrit
aussi le mouvement du narrateur comme un glissement
rétrograde,[17] ce qui pose la question de savoir si l’auteur lui-même perçoit son
propre courage artistique comme se rétrécissant, se plaçant ainsi dans la
même catégorie rétrograde que l’artiste. |
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Tout d’abord dans son texte Jarry choisit
des personnages et des objets faciles à reconnaître pour orner le ‘Pays de
Dentelles’ : une madone et son bambin, carte de Noël de
Beardsley, et ‘Les Beaux et les Belles’, illustration pour The Rape of the Lock par Alexander Pope. Voici des dessins de
Beardsley qui sont connus. Mais soudain, en mi-phrase, la syntaxe et le
vocabulaire de Jarry se compliquent sans raison apparente. Les Beaux et les
Belles s’effarent et lancent un cri. L’ambiance du Pays de Dentelles devient
en même temps menaçante. Fausseté, confusion et discordance
règnent : |
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« Les Beaux et les Belles se pavanèrent
et se ruèrent à l’imitation des
éventails, jusqu’à ce que leur foule patiente se déconcerta [sic] dans un cri. De même que les junoniens blancs,
juchés dans un parc, réclament avec discordance
quand la menteuse intrusion
d’un flambeau leur singe prématurément
l’aube leur miroir, une forme candide s’arrondit dans la futaie de poix
égratignée; et comme Pierrot chante au brouillamini
du pelotonnement de la lune, le paradoxe de jour mineur se levait d'Ali-Baba
hurlant dans l'huile impitoyable et l'opacité
de la jarre.[18] » |
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Le lecteur se trouve dans un marais linguistique. Pourquoi ? C’est que l’univers littéraire du Salomé d’Oscar Wilde arrive pour troubler l’atmosphère calme et claire des dessins de Beardsley mentionnés d’abord. Quels sont « les junoniens blancs » qui crient? Le paon est l’oiseau de la déesse Juno. Dans Salomé Hérode essaie de persuader Salomé d’accepter toute sa précieuse bande de paons blancs en échange de la tête de Iokanaan. |
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« Salomé, vous connaissez mes paons
blancs, mes beaux paons blancs, qui se promènent dans le jardin entre les
myrtes et les grands cyprès. Leurs becs sont dorés, et les grains qu’ils
mangent sont dorés aussi, et leurs pieds sont teints de pourpre. La pluie
vient quand ils crient, et quand ils se pavanent la lune se montre au ciel. .
. . Et bien je vous donnerai cinquante de mes paons. Ils vous suivront
partout, et au milieu d’eux vous serez comme la lune dans un grand nuage
blanc . . . Je vous les donnerai
tous.[19] |
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La longue phrase tourmentée qui clôt ‘Du
Pays de Dentelles’ n’évoque aucun dessin attribuable à Beardsley. Bien qu’on
reconnaisse des personnages d’Ali Baba et de Pierrot, chers à l’artiste, ils
n’agissent pas comme il les avait dessinés, muets et immobiles. Il est
surtout important de remarquer que
Jarry intervertit la fin de l’histoire d’Ali Baba. Il nous donne un Ali Baba
« hurlant dans l’huile impitoyable et l’opacité de la jarre ». Dans
la vraie histoire, comme racontée dans Mille
nuits et une nuit, ce sont les brigands qui se cachent dans les jarres
vides et la servante d’Ali Baba qui verse de l’huile bouillante sur eux. Bien
que Beardsley ait eu à illustrer un volume d’Ali Baba en 1896, il n’a achevé qu’un seul dessin, à part la
couverture, qu’il a signée A. B.
pour marquer la coïncidence des lettres initiales de leurs noms.[20] Son intention n’a pas échappé l’œil de Jarry, qui complète la
transposition de l’artiste et son sujet. |
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C’était rare que Jarry livre un jugement
moral sur un artiste. ‘Du Pays de Dentelles’ porte les signes d’un tel
jugement. Beardsley avait trahi ses propres principes artistiques et s’était
conformé à la pudeur du public anglais ; il avait aussi rejeté son ami
en art. |
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Après la libération de Wilde, les deux
hommes se trouvaient à Dieppe en même temps. Beardsley, qui voyait les livres
mêmes de Wilde comme des objets de mauvais augure, avait offusqué son ancien
ami en quittant la ville et en fuyant le dîner auquel Wilde l’avait invité.
Wilde, qui croyait que Beardsley lui devait une grande partie de son succès,
ne lui pardonnait pas. ‘Si c’était un homme de ma classe, je l’aurais
peut-être compris,’ éclata-t-il plus tard, ‘mais un garçon comme ça que j’ai
fait moi-même … non, c’était trop lâche d’Aubrey.’[21] |
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Beardsley décéda le 16 mars 1898. Sa mort
fut annoncée dans le Mercure de France
du mois d’avril. Le numéro du Mercure
de France de mai portait la pré-originale du roman Gestes et opinions du Docteur Faustroll, pataphysicien de Jarry, dont le chapitre 5, intitulé ‘Du Pays de
Dentelles,’ était dédié à Beardsley. Il est frappant que la traduction de The Ballad of Reading Gaol par Wilde fit l’ouverture du même numéro
du journal. La parution simultanée du texte de Jarry et du poème de Wilde
dans le Mercure de France n’est pas
sans importance. Le voisinage des deux textes était-il convenu par Jarry, en
consultation avec Vallette? On pourrait raisonner qu’il voulait signaler sa solidarité
avec Wilde. Quant au chapitre dédié à Beardsley, son caractère est très
ambigu. Sous le masque d’Ali Baba, l’artiste se trouve plongé dans
« l’huile impitoyable ». De l’avis de Jarry, Beardsley devrait-il
souffrir une punition éternelle pour avoir trahi ses principes artistiques et
avoir repoussé son ami en art, qui avait dû souffrir les travaux forcés
pour défendre les siens? |
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Pour Jarry, la loyauté envers ses amis
artistes était de la plus haute importance. Il semble qu’il ait imaginé un
enfer pour artistes à la place de l’Enfer catholique, que Beardsley
redoutait, et qu’il ait condamné Beardsley, alias Ali Baba, à une
punition pareille à celle que Dante avait inventée pour les ecclésiastiques
corrompus. |
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Un paradis pour artistes avait été imaginé
par Richard Wagner. Paul Gauguin et ses amis souscrivaient à sa proposition
que les artistes se groupent comme des disciples d’une religion nouvelle, qui
« se fortifiaient en leur foi par une mutuelle affection. »[22] En juillet 1894 Jarry a copié trois poèmes dédiés à Gauguin dans le Livre d’or de la pension Gloanec à
Pont-Aven. Ici il aurait lu le manifeste récent de Gauguin, Forbes-Robertson,
Roderic O’Conor et Armand Seguin, les quatre artistes qu’il inviterait à
collaborer à L’Ymagier, et qui se
sont voués à une fraternité telle que Wagner l’avait conçue. Le manifeste
déclarait que le livre recueillerait les pensées, dessins et signatures de
tous ceux qui s’associeraient à leur œuvre « pour se retrouver un jour à
la divine source de toute forme. »[23] Wagner croyait à un jugement dernier pour les artistes et avait
prévenu que ceux qui se pliaient à
une nécessité extérieure au lieu d’obéir à leur nécessité intérieure seraient
condamnés à des peines terribles. Suivant son idée, « l’huile
impitoyable » évoquée par Jarry reflèterait la peine éternelle que
Beardsley devrait souffrir pour avoir
renié son indépendance intellectuelle et trahi son ami en art. Par contre,
Wilde avait eu le courage de « ne pas mentir à soi-même, » selon
les mots de Wagner, et de parler publiquement en faveur de « l’amour qui
n’ose pas prononcer son nom ». |
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Il est certain que Jarry éprouvait un grand
respect pour l’écrivain exilé. En mai 1899, le nom de Melmoth, pseudonyme de
Wilde, paraît parmi les noms des dix amis de Jarry qui devraient recevoir des
exemplaires de presse de son roman L’amour
absolu, publié sous forme de fac-simile autographique.[24] Ces dons coûtaient cher à Jarry, puisqu’il avait dû payer la
publication lui-même. Il avait aussi ajouté le nom de Melmoth en dessous de
la liste de service de son roman L’Amour
en Visites, qui venait de paraître lors de sa rencontre avec Wilde. L’exemplaire fac-simile de L’amour absolu signé par Jarry et
dédié à Melmoth/Wilde peut encore se découvrir. On peut aussi dénicher les
exemplaires signés des « œuvres complètes » de Jarry, envoyés à
Wilde en mai 1898, un paquet de cinq volumes, si Wilde n’exagérait pas. |
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Pour connaître les sentiments de Jarry
envers la loi et l’homosexualité il faut
se reporter à son article, ‘L’Âme ouverte à l’art antique,’ publié
dans Le Canard sauvage en août
1903. Dans cet article Jarry attaque les méthodes employées par la loi pour
déterminer le viol sur les mineurs. Pour donner le contexte il cite l’affaire
Wilde-Douglas, mais c’est du cas semblable de Jacques d’Adelswärd-Fersen qu’il
parle plus en détail : |
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« Les magistrats et médecins légistes –
œil pour œil, dent pour dent – ont examiné M. Jacques d’Adelsward de beaucoup
plus près que celui-ci n’a, à coup sûr, exploré aucune de ses
« victimes » … |
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Les sympathies de Jarry sont évidentes. Il
ne cherchait pas à les cacher. |
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J’ai proposé ailleurs que Jarry ait caché
des références à Wilde sous les traits
de Caligula dans un poème sans titre qu’il a inséré dans son roman, Messaline, roman de l’ancienne Rome, très analogue en thème à Salomé. Pendant son séjour à Paris en
1883, Wilde se coiffait en empereur romain. Il avait emmené son coiffeur au
Louvre pour lui montrer le buste de l’empereur auquel il voulait ressembler.
Nous n’avons pas de certitude quant à l’empereur dont il s’agit. Classiciste
accompli, Jarry puisait dans des sources antiques pour écrire son roman. Il
passa l’hiver de 1899-1900 à faire des recherches et à écrire à la
Bibliothèque Nationale. Son poème, qui prend la forme d’un hymne d’éloge, se
fonde sur les exploits extraordinaires de l’empereur Caligula comme relatés
par Dion Cassius et Suétone.[26] Dion relate que des garçons de noble famille chantaient de tels
hymnes en l’honneur de Caligula. Dans la version de Jarry, l’hymne est chanté
par le mime, Mnester, amant de feu l’empereur, qui prend le rôle de la lune.
Il faut savoir que, les nuits de pleine lune, l’empereur fou se faisait une
habitude d’inviter la lune à son lit.[27] Est-ce une coïncidence que les seules fois où Jarry emploie le terme
spécial à Lucrèce pélotonnement de la
lune soient dans les deux textes où des références à Wilde sont à
soupçonner? Dans ‘Du Pays de Dentelles,’ Pierrot chante au brouillamani du pelotonnement de la lune ; dans Messaline à la fin de la danse de
Mnester, pareillement personnage lunaire, celui-ci roule comme « une
boule aussi parfaitement ronde que le disque d’une planète chue, le
corps inextricablement pelotonné ».[28] Il y a sans doute une parenté délibérée entre les deux textes. |
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À la fin du chapitre opaque dédié à
Beardsley, Jarry écrit que Bosse-de-Nage, le singe papion qui accompagnait
les voyageurs au Pays de Dentelles « comprenait peu de choses à ces
prodiges. » Le commentaire à Faustroll
fourni par Le Collège de ’Pataphysique exclame ‘Quelle leçon pour le lecteur
qui ne peut guère prétendre mieux!’[29] Pareillement, dans Messaline,
après six strophes du chant de Mnester, Jarry annonce : ‘On ne comprend
plus le chant qui rampe au ras de terre moins haut qu’un râle de fauve.’ Il
semble qu’il ne veuille pas que le lecteur le comprenne. |
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Nous avons vu que dans son roman Les Jours et les Nuits Jarry a changé
le nom de Douglas en Bondroit, qui se traduit par good law en anglais. Il change
good law en dooglaw, qui donne douglas. Les mots bon droit paraissent sans raison apparente dans un vers du chant
de Mnester à Caligula : Et à
bon droit tu élevas la Tour ardente de douze étages en ta mémoire …[30] |
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Ces mots ne correspondent ni au texte de
Suétone, ni enrichissent le sens du poème de Jarry. Il faut souligner deux
insertions de plus de Jarry. Dans sa Vie
des douze Césars, Suétone relate que Caligula avait bien construit une
tour, mais le détail de ses douze étages et la description de la tour comme ardente, épithète qui remplace le très haute de Suétone, sont des
insertions délibérées de Jarry.[31] |
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S’agit-il d’une métaphore pour un
poème ardent de douze strophes – ou des derniers douze vers du poème
« Two Loves » par Douglas, souvent cités indépendamment,
et qui finissent par le vers « I am the Love that dare not speak
its name »? Parce que Wilde avait cité « the Love that dare not
speak its name » pendant son premier procès, et le poème finalement scella
le cas contre lui au second, beaucoup de monde crut qu’il en était l’auteur. |
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Retournons à
la phrase « ‘On ne comprend plus le chant qui rampe au ras de
terre moins haut qu’un râle de fauve. » Il faut noter que le mot fauve se traduit wild beast en anglais – serait-ce une allusion à Wilde ?
Remarquons que dans le récit compliqué qui sépare les strophes du chant de
Mnester, Jarry écrit que la tête de l’empereur Claude « tremble … d’une oscillation de canicule » et que les noms propres de Saturne, Capitolin, Orphée et Auguste, dont les lettres initiales forment l’anagramme OSCA, se
suivent de près dans le texte. Directement après ceci Jarry écrit « On
ne comprend plus le chant … » En commémorant Caligula, le chant de
Mnester défiait Claude qui avait interdit la mention de son nom. Si Jarry entendait
rendre un hommage secret à Wilde par son poème, il se serait réjoui d’un acte
subversif aussi moderne qu’ancien.[32] |
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Wilde est tombé malade pendant l’été de
1900. A-t-il reçu et lu les numéros de La
Revue blanche de juillet et de septembre ? À en croire les
précédents envois de ces livres, Jarry n’aurait pas négligé de lui envoyer
également ces deux numéros du journal. ‘Le Chant de Mnester’ parut dans celui
de juillet. |
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Pour résumer : quelles sont les preuves
des rapports de Wilde et Jarry ? – rien de concret du côté de chez
Jarry, puisqu’on n’a trouvé ni des lettres de lui à Wilde, ni les exemplaires
de ses livres parmi ceux que Wilde avait gardés. La présence possible de
Wilde dans les deux textes de Jarry que j’ai mentionnés se manifeste par une
perturbation soudaine du sens, qui voile le vrai sujet. Elle paraît comme une
image négative dans le texte dédié à Aubrey Beardsley, son ami; dans Messaline il ne faut pas chercher une
identification exacte, Caligula/Wilde. On peut noter cependant des mots
superflus au cours naturel du narratif, qui pourraient indiquer le nom
d’Oscar Wilde. La répétition d’os
par exemple : Il n’est pas naturel
qu’un homme fasse tant de choses
avec ses os, sans se rompre les os. On remarque ces anomalies de
style dans le chapitre qui traite précisément de l’acceptation de la sodomie
au temps des Romains. L’innovation de Messaline,
roman de l’ancienne Rome de Jarry n’était pas le récit des exploits
sexuels de l’impératrice prostituée, c’était le rôle important qu’il donnait
à un personnage homosexuel. Mnester, mime homosexuel fameux, opposé à
Messaline, et comme Iokanaan repousse Salomé, refuse de faire l’amour avec
elle. Même si Wilde ne l’a pas lu, le fictif chant illégal de Mnester composé
par Jarry, constituait un geste de solidarité avec un écrivain qu’il
respectait pour son défi courageux et solitaire des mœurs de la société de
son époque. Le trajet à Paris que Jarry a fait pour rencontrer Wilde en mai
1898 était aussi un geste de solidarité. |
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BIBLIOGRAPHIE : |
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BIOGRAPHIE |
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Jill Fell
is an Associate Research Fellow of the Department of European Cultures and
Languages, Birkbeck, University of London. Her specialist interest is French
avant-garde literature, art and performance of the 1890s and early 1900s,
especially in the circle of the Nabis and Gauguin. Her critical biography of
Alfred Jarry was published by Reaktion Books in 2010. She is also the author
of Alfred Jarry: An Imagination in
Revolt (2005). She is currently working on a biography of the artist,
Sophie Taeuber-Arp, on whom she has already published shorter studies. |
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Fellow de Birkbeck, Université de Londres,
Jill Fell a publié de nombreuses études sur l’œuvre d’Alfred Jarry, notamment
Alfred Jarry. A Critical Biography (Reaktion Books 2010) et Alfred
Jarry: An Imagination in Revolt (Fairleigh Dickinson University Press
2005). Ses thèmes de recherche portent sur la
littérature, l'art et le théâtre d'avant-garde de la fin de siècle, surtout
dans le cercle des Nabis et de Gauguin. Ses travaux de recherche portent également
sur le mouvement Dada à Zurich. Elle travaille à présent sur une biographie
de l'artiste, Sophie Taeuber-Arp. |
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[1] Jill Fell, Alfred Jarry. A Critical Life, London, Reaktion Books, 2010, p. 44.
[2] Alfred Jarry, ‘De quelques viols légaux’ La Revue blanche, 1er juillet 1902 in Alfred Jarry, Œuvres complètes. éds. Michel Arrivé, Henri Bordillon, Patrick Besnier et Bernard Le Doze, Paris, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1972-1988, t. 2, pp. 362-3.
[3] Aurélien Lugné-Poe, ‘Le Père Ubu, secrétaire-régisseur,’ in La Parade, t. 2, Acrobaties: Souvenirs et impressions de théâtre, 1894-1902, Paris, Gallimard, 1930, pp. 159-95.
[4] ‘La Ballade du Vieux Marin’, in Jarry, Œuvres completes, t. 2, pp. 3-26.
[5] Annie Escuret, ‘Henry-D. Davray and the Mercure de France’ in The Reception of H.G. Wells in Europe, eds. Patrick Porrinder & John S. Partington, London & New York, Thoemmes Continuum, 2005, p. 36.
[6] Cf. Patrick Besnier, Alfred Jarry, Paris, Fayard, 2005, p. 363.
[7] Lettre portant le cachet du 25 mai 1898. The complete Letters of Oscar Wilde, éds Merlin Holland et Rupert Hart-Davis, London, The Fourth Estate, 2000, p. 1075. La traduction se trouve dans Noël Arnaud, Alfred Jarry, d’Ubu roi au docteur Faustroll, Paris, La Table ronde, 1974, p .418. Le mot “truqueur” signifie “renter” pour Wilde, la même chose que “rent boy”.
[8] Sur un exemplaire de la seconde édition du roman Les Jours et les Nuits ayant appartenu à Édouard Julia on lit une note au crayon signée A. J. : (Bondroit = lord Alfred Douglas, l’ami d’Oscar Wilde.) Les éditeurs de l’édition de la Pléiade observent que la note n’est pas de la main de Jarry mais insistent que l’identification n’est pas moins certaine. La note déchiffre aussi les noms de deux autres personnages, Ernest La Jeunesse et Léonard Sarluis. Jarry, Œuvres complètes, t. 1, pp. 1241-2, n. 1.
[9] Lugné-Poe, op. cit. p. 163.
[10] Arnaud, op.cit. p. 345.
[11] The Complete Letters of Oscar Wilde, p. 1070.
[12] Arnaud, op. cit. p. 418.
[13] Vincent O’Sullivan, Aspects of Wilde, London Constable & Co, Toronto, Macmillan & Co., 1936, p. 180.
[14] La distribution donnée par Jacques Robichez met le nom de J. Hemgé pour le rôle du Vieux de Dovré. Jacques Robichez, Le Symbolisme au théâtre: Lugné-Poe et les débuts de l’Œuvre, L’Arche, 1957, p. 530.
[15] Lugné-Poe, op. cit. p. 170.
[16] Besnier, op. cit., p. 214.
[17] Jarry, Œuvres complètes, t. 1, p. 677.
[18] Ibid., t. 1, p. 678. L’accentuation est la mienne.
[19] Oscar Wilde, Salomé, Paris, Editions du Crès, 1922, p. 71.
[20] Cf. Brigid Brophy, Beardsley and His World, London, Thames & Hudson, 1976, p. 99.
[21] O’Sullivan, op. cit., p. 87.
[22] Cf. Paul Gauguin, Diverses Choses, Louvre ms., c. 1896-7, p. 218.
[23] Estelle Fresneau, ‘Hommage à Gauguin: trois poèmes de Jarry offerts au musée de Pont-Aven’, 303, 95, 2007, p. 52
[24] Cahiers du Collège de ’Pataphysique, 8-9, p. 75.
[25] Jarry, Œuvres complètes, t. 2, pp. 488-91.
[26] Dion Cassius, LIX, 17 et Suétone, Vie des douze Césars, Livre IV, XLVI.
[27] Les éditeurs de l’édition de la Pléiade des Œuvres complètes de Jarry commentent « on peut y lire un hymne à la sodomie où Caligula, le soleil, est l’élément actif, et Mnester, la lune, l’élément passif. »
[28] Jarry, Œuvres complètes, t. 2, p. 114.
[29] Jarry, Gestes et opinions du Docteur Faustroll, pataphysicien, Paris, Éditions de la Différence, 2010, p. 200.
[30] Jarry, Œuvres complètes, t. 2, p. 110.
[31] ‘Et in indicium victoriae altissimam turrem excitavit, ex qua ut Pharo noctibus ad regendos navium cursus ignes emicarent;’ Suétone, Vie des douze Césars, Livre IV, XLVI.
[32] Cf. Jill Fell, Alfred Jarry. An Imagination in Revolt, Madison & Teaneck, Fairleigh Dickinson University Press, 2005, pp. 180-1.