Numéro 10 : SEPTEMBRE/OCTOBRE 2007
§9. wilde ET SES INTERPRÈTES
Par Danielle
Guérin
IDA RUBINSTEIN ET LA DANSE DES SEPT VOILES
Costume de Salomé dessiné par Léon Bakst
Dans son ouvrage « Sisters
of Salomé », [1] Toni Bentley s’attache à
démontrer comment quatre femmes fatales : Mata Hari, Ida Rubinstein, Maud
Allan et Colette, sont devenues des symboles de la libération féminine en osant
interpréter Salomé et la fameuse
danse des sept voiles. Bentley considère Wilde comme le véritable créateur du
striptease, puisque si le mythe de Salomé était connu depuis la Bible, il est
l’inventeur de cette audacieuse danse des sept voiles qui n’a pas contribué pour rien au scandale créé par
la pièce et à la censure dont elle a été victime. Wilde a ainsi permis à la
femme de s’affirmer en la libérant des voiles dans lesquelles elle était ligotée.
Il fallut à Ida Rubinstein toute l’audace et la ténacité dont elle était
capable pour braver la morale et la pudibonderie bourgeoise. Née à Saint
Pétersbourg dans une famille juive aisée, orpheline très tôt, Lydia Lvovna
Rubinstein (mais elle se fit toujours appeler « Ida ») reçoit une
formation rudimentaire au ballet. C’est sa rencontre avec le designer de
théâtre Lev Rosenberg, plus connu sous le nom de Léon Bakst, qui va décider de
sa vocation artistique. C’est lui qui
lui permet de se produire en privé dans une version écourtée d’Antigone à laquelle assiste Serge
Diaghilev, qui va fonder les Ballets Russes. Léon Bakst va également dessiner
les costumes pour Salomé qu’Ida a
décidé d’interpréter sous l’égide du chorégraphe Mikail Fokine. L’ayant
convaincu, ainsi que Bakst et Glazounov, de monter la Salomé d’Oscar Wilde en création russe, elle suit Fokine en Suisse
où il est en vacances ave sa femme et sa famille pour travailler avec lui la
légendaire danse des sept voiles. Mais
avant la première représentation de la pièce à Saint Pétersbourg, le 16
novembre 1908, les autorités religieuses font interdire la représentation. Elle et Bakst ont alors l’idée lumineuse de
persuader les censeurs du Saint Synode que seule est choquante la parole de
Wilde et ils obtiennent finalement de jouer en pantomime tout en ayant
distribué le texte aux spectateurs. Ce qui ne fut peut-être pas une décision si
déplorable car on prétend que la voix d’Ida Rubinstein était peu harmonieuse et
sa diction assez mauvaise. Quelques heures avant le lever de rideau, le préfet
de police demanda que la tête de Saint Jean-Baptiste lui fût remise, et Ida dut
danser devant un plateau vide. Sa pantomime fut néanmoins assez éloquente pour
que Serge Diaghilev l’engage dans les Ballets Russes où elle allait jouer l’année
suivante à Paris le rôle-titre de
Cléopâtre. Elle devait toutefois rapidement s’émanciper des Ballets Russes
grâce à Robert de Montesquiou qui la présente à Gabriel d’Annunzio, lequel
écrit pour elle Le Martyre de Saint
Sébastien, sur une musique de Claude Debussy. En 1912, néanmoins, elle
reprend Salomé avec un succès mitigé. Il faudra attendre la fin de la guerre pour qu’en
1919, à l’invitation de l’Opéra de Paris, elle paraisse dans « La Tragédie
de Salomé » de Florent Schmitt.
Salomé – Traduction russe d’après la
pièce d’Oscar Wilde
Musique d’Alexander
Glazounov : Introduction et danse de Salomé pour le drame d’Oscar Wilde,
op. 90
Chorégraphie : Mikhail
Fokine
Costumes et production :
Léon Bakst
NOTE
1. Toni Bentley, Sisters of Salome,
Yale University Press, 2002
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