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NUMÉRO 16 :
SEPTEMBRE/OCTOBRE 2008
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§9.
wilde ET SES INTERPRÈTES
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RUPERT
EVERETT |
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Henry,
Arthur, Algy : Portrait de l’acteur en dandy |
Par Danielle Guérin
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Il porte comme personne le gardénia à la
boutonnière, et qui sait mieux que lui se délecter de muffins et de
sandwiches au concombre dans une maison de campagne anglaise ? On
pourrait presque croire que Rupert Everett a passé la moitié de sa vie dans
la peau des personnages d’Oscar Wilde. Il en a le charme ravageur, l’ironie
distanciée, et cette nonchalance, cette élégance lassée des dandies désabusés
qui peuplent le monde Wildien. Sa première vraie rencontre avec Wilde a lieu
en 1993, alors qu’il a été propulsé vers la célébrité presque dix ans plus
tôt par son rôle de Guy Bennett dans le film de Marek
Kanievska, « Another Country » (scénario de
Julian Mitchell, qui devait plus tard écrire celui du « Oscar
Wilde » tourné par Brian Gilbert en 1998). Au Glasgow Citizen Theatre,
Philip Prowse, qui met en scène « Le Portrait de Dorian Gray » lui
propose – non le rôle de Dorian auquel sa beauté troublante pourrait assez
facilement le destiner – mais celui de Lord Henry Wotton, le brillant
corrupteur de Dorian, interprété par Henry Ian Cusick. Le reste de la
distribution réunit Gerrard McArthur (Basil Hallward), Andrea Hart (Sibyl Vane), Andrew Joseph (James Vane), Ellen Sheean (Mrs Vane), Matthew Whittle (Alan Campbell).
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Les critiques dans leur
ensemble furent élogieuses, à la fois pour la mise-en-scène de Philip Prowse
qui enchâsse le portait dans un triptyque d’imposants miroirs mobiles, et
matérialise la fuite du Temps en faisant passer sur scène des chariots
peuplés de squelettes, que pour l’interprétation du jeune Rupert qui, selon L’Observer du 28 février 93, domina la
soirée [1]. Victime de sa propre décadence, son personnage dégénère lentement, et
l’insolent dandy enveloppé de fourrures du début se métamorphose à la fin en
un invalide au visage crayeux, en douairière clouée à son fauteuil roulant,
dont le maquillage livide plaque sur sa face un masque de mort.[2]
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Une autre expérience
théâtrale réussie fut celle qu’il tenta au Théâtre National de Chaillot, à
Paris, où Jerôme Savary montait L’Importance
d’être Constant. Everett tenta la gageure de jouer Algernon Montcrieff en
français, et ce fut un succès. Il faut dire que l’acteur britannique vécut
plusieurs années à Paris et qu’il parle bien le français, ce qui n’enlève
rien à sa performance. « Jérôme
Savary a trouvé la juste note, une petite musique de chambre, malicieuse,
délicate, drôle et légère », écrit Odile Quirot dans Le Nouvel Observateur [3] […] Everett se coule dans la peau du
nonchalant et pétillant Algernon, avec sa pointe d'accent british, ses
manières d'original, sa jeunesse insolente, cynisme en bandoulière. Qu'il
attrape au vol une tasse de thé ou un paradoxe, c'est toujours élégant et
léger, avec une sorte de solitude, d'étrangeté au monde qu'on sent tapie en
lui. »
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La pièce se joua à
guichets fermés pendant plusieurs semaines (du 6 janvier au mars 1996), avec une distribution
brillante et très homogène : Rupert Everett (Algernon Moncrieff),
Samuel Labarthe (John Worthing), Danièle Lebrun (Lady Bracknell), Clotilde
Coureau (Cecily Cardew), Claire Keim (Gwendolen Fairfax), Nanou Garcia (Miss
Prism), Yves Jacques (Le Chanoine Chasuble et Lane), François Borysse
(Merriman et Moulton), Jacques Herlin (Mr.Gribsby). |
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Algernon (Rupert Everett) et Cecily
(Clotilde Coureau) |
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Ce rôle d’Algernon, Everett devait le retrouver
au cinéma sous la direction d’Oliver Parker qui tourna « The Importance
of being Earnest » en 2002. Colin Firth (qui avait été son partenaire
dans le film de ses débuts « Another Country »), lui donnait la
réplique dans le rôle de Jack Worthing. Judi Dench était Lady Bracknell.
Frances O’Connor, Gwendolen Faixfax, Reese Witherspoon, Cecily Cardew, Anna
Massey, Miss Prism, et Tom Hollander (qui incarnait Lord Queensberry dans
“Oscar Wilde”) le révérend Chasuble. On pourrait malheureusement déplorer la
sagesse d’une mise en scène un peu plate, un défaut de folie et d’imagination
qui ne rend pas tout à fait justice au magnifique délire verbal de la pièce,
dont Jérôme Savary avait su saisir l’essence au théâtre de Chaillot, dans une
mise en scène à la légèreté poétique et farfelue. |
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Algernon
Moncrieff (Rupert Everett) et Jack Worthing (Colin Firth) |
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Algernon est l’image même du dandy wildien :
séduisant, oisif, amoral, égoïste, spirituel, irrésistiblement insupportable
et charmant. Le héros d’« An Ideal Husband », Lord Arthur Goring
lui ressemble comme un frère. C’était donc un rôle tout trouvé pour Everett
qui s’y glissa avec aisance quand Parker lui offrit le rôle en 1999. Peut-on
dire que la version d’« Un Mari Idéal » dirigée par Parker est plus
réussie que sa version de « L’Importance » ? C’est en tout cas
un film élégant, non dépourvu d’humour, qui constitue un plaisant
divertissement. La distribution se tient bien. Rupert Everett, en dandy
désinvolte et désœuvré, promène un air d’ennui distingué, mais dévoile peu à
peu sa loyauté, apportant ainsi un cinglant démenti à son père qui s’entête à
affirmer qu’il n’a pas de cœur. Ses partenaires sont Jeremy Northam - Sir Robert Chiltern - Julianne Moore - Mrs. Laura Cheveley - Cate Blanchett - Lady Gertrude Chiltern - Minnie Driver - Miss Mabel Chiltern - John Wood - Lord
Caversham. Everett donne
parfois un peu trop l’impression de surveiller son meilleur profil, mais
après-tout ce narcissisme convient assez au personnage, à sa décontraction
dédaigneuse et à son contentement de soi. C’est une interprétation que Wilde
n’aurait pas condamnée. |
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Cate
Blanchett (lady Chiltern) – Minnie Driver (Mabel Chiltern) – Rupert Everett
(Lord Goring) |
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Décidément, Wilde appartient intimement à la vie
de Rupert Everett. La meilleure preuve est qu’il travaille actuellement sur
un scénario consacré aux dernières années de la vie d’Oscar Wilde, sujet
pratiquement ignoré par le cinéma qui ne s’est jusqu’alors intéressé qu’aux
années de gloire et de désastre, s’arrêtant en général à la sortie de prison,
comme si la vie de Wilde s’achevait au moment où il quitte Reading et
l’Angleterre. Everett souhaite reconstituer cette période ignorée, celle de
l’errance entre Naples et Paris, celle de la déchéance d’un homme qui a tout
perdu. Il ne lui reste plus qu’à trouver des fonds pour mener à bien un
projet qui lui tient à cœur. Souhaitons-lui de généreux donateurs ! |
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