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NUMÉRO 16 :
SEPTEMBRE/OCTOBRE 2008
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§8. THE CRITIC AS
ARTIST
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1 Brigitte Le Juez – L’esthétique de
Gustave Flaubert et d’Oscar Wilde, par Christine Queffelec |
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2.
Lou Ferreira – L’amour qui n’ose pas dire son nom, de François Porché |
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Christine Queffélec : L’Esthétique de Gustave
Flaubert et d’Oscar Wilde. |
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Les
rapports de l’art et de la vie. |
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Paris : Honoré Champion. 2008. 360p |
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Par Brigitte Le Juez |
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Tout comme les titre et sous-titre de cet
ouvrage l’indiquent, l’étude que présente l’ouvrage de Christine Queffélec,
professeur de littérature comparée à l’université de Lyon 2, n’aborde pas un
sujet très original ni même très bien défini : va-t-il s’agir d’une
comparaison entre les deux auteurs sur la base d’une étude sur les rapports
de l’art et de la vie dans leurs œuvres respectives ? ou du rapport
entre les deux auteurs sur la base d’intérêts artistiques similaires ?
Avons-nous affaire à simple rapprochement ou à une étude de réception ? |
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La désignation du sujet, en effet, n’établit pas
de lien précis entre Flaubert et Wilde. Les lecteurs sont-ils censés
connaître le rapport de maître à disciple établi par Wilde lui-même ?
C’est dans le préambule que Queffélec cite la correspondance de Wilde et
confirme cette filiation entre les deux auteurs. Mais le lecteur n’aura accès
à rien de bien plus tangible dans le reste du livre, dont le titre illustre
donc parfaitement la démarche, celle d’un parallèle qui prend différentes
formes, sans suivre de fil directeur précis. |
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Dans son introduction, Queffélec annonce
pourtant ses objectifs : 1) comprendre l’évolution de l’esthétique de
Flaubert et de Wilde, et leurs différences, 2) examiner leurs jugements
critiques (qui doivent « éclairer » leurs conceptions littéraires
et représenter l’accomplissement de l’œuvre) – mais sans préciser en quoi les
résultats de ces recherches présentent un quelconque intérêt, que ce soit
pour les études concernant les auteurs ou la théorie de la création
littéraire en général. |
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Quant au lien Flaubert-Wilde, il disparaît dans
plusieurs chapitres (II et III en particulier) dans lesquels les auteurs sont
étudiés séparément ou associés à d’autres auteurs (les Goncourt dans III et
Zola dans IV, par exemple), choisis de façon apparemment aléatoire. Plus de
la moitié de cet ouvrage s’applique davantage à démontrer les préoccupations
d’une génération (celle de Flaubert) et
leur impact sur la génération suivante (en particulier, Wilde) qu’à
véritablement analyser l’influence de l’esthétique flaubertienne sur
l’esthétique wildienne. |
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En ce qui concerne l’argument dominant sur l’art
et la vie, on ne peut que regretter que, dès le premier chapitre, « La
Tour d’ivoire », Queffélec se réfère plus aux aspects personnels de la
vie des écrivains qu’à leur œuvre, ce qui entraîne un amalgame entre auteurs
et personnages. Dans la reprise de situations et de dialogues tirés de romans
et censés refléter les idées des auteurs et leur mépris pour divers aspects
de leurs époques respectives, l’interprétation littéraire disparaît et
beaucoup de généralités s’immiscent dans le commentaire. |
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Certaines remarques sont parfois difficiles à
attribuer, comme celle-ci, d’ailleurs ironique : « La confusion de
la littérature et de la vie constitue une erreur indéniable, qui ne peut
pourtant être blâmée, puisqu’elle traduit un besoin de dépassement, toujours
respectable, même s’il se conclut inéluctablement par l’échec » (116) –
et les lecteurs se demandent qui s’exprime ainsi : est-ce Flaubert ou
Queffélec ? Cette dernière va jusqu’à affirmer plus loin que « ni
Flaubert ni Wilde n’ont pu créer en marge de la vie […] au point que
l’on pourrait parfois penser que l’art a pour fin d’exprimer la haine de la
vie » (conclusion du chapitre IV, 184). Une analyse plus rigoureuse de la
recherche du Beau (sans parler du principe d’impersonnalité) commune aux deux
auteurs aurait permis d’éviter ce genre de dramatisation. |
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Naturellement, le travail de Queffélec présente
des aspects louables : le Préambule synthétise bien l’évolution des
idées de la période examinée, de Flaubert à Wilde, en passant par Zola,
Morris, Ruskin et Pater. Il constitue aussi une bonne introduction aux
similarités et différences entre Flaubert et Wilde, notamment en rappelant
que les auteurs en matière de critique sont tous deux d’accord sur
l’importance de la maîtrise de la forme et du rejet de la morale. Le chapitre
II présente aussi quelques aspects
originaux, comme la partie sur l’art des jardins qui démontre, d’une part, le
lien, cher aux deux auteurs, entre écriture et peinture, et, d’autre part, la
différence de leurs perceptions de ce que l’homme peut/croit atteindre en
domestiquant la nature : désordre et absurdité du monde pour Flaubert,
restitution du naturel perdu pour Wilde. Le chapitre V offre une comparaison
intéressante d’un conte de Wilde, « L’Enfant de l’étoile », et de
« La Légende de saint Julien l’Hospitalier » de Flaubert, même si
les arguments sont davantage basés sur les différences que sur les
similarités (peut-être parce qu’aucune réflexion sur la nature même du conte
n’est envisagée). Paradoxalement, cette partie se conclut sur le pessimisme
et le questionnement quant au rôle de l’écrivain similaires chez Flaubert et
Wilde. |
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Dans l’ensemble, le propos est fluide et bien
structuré. L’ouvrage se lit aisément, et constituera une bonne introduction
sur les rapports entre Flaubert et Wilde pour les lecteurs désireux de
commencer à explorer ce sujet. Cependant, si l’étude est bien informée, elle
n’offre rien de vraiment nouveau pour le lecteur averti (en particulier le
dernier chapitre sur « Littérature et Langage »). |
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Il faut malheureusement aussi mentionner
d’autres défauts concernant cette étude qui, d’une part, s’appuie, en dehors
de la fiction, sur la correspondance de Flaubert (guère sur les notes de
voyage, pourtant très utiles) et sur les essais de Wilde – ces sources
sont-elles vraiment comparables ? – et, d’autre part, met les deux
auteurs sur un pied d’égalité dans bien des commentaires, sans que cela soit
justifié. La démonstration de l’auteure se base, en outre, sur un grand
nombre de citations, souvent assez longues, et de passages paraphrasés,
plutôt que sur une analyse convaincante. |
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Les traductions personnelles de l’anglais par
Queffélec sont, par endroits, également discutables, par leurs maladresses et
leurs oublis. La présentation des documents manque de constance – parfois les
originaux de poèmes sont offerts en notes, parfois pas. Et les sources
peuvent aussi surprendre (telle celle concernant Bourget, le seul psychologue
mentionné, publié chez Lemerre en 1895 – ou est-ce Plon, 1919, comme
l’établit la bibliographie ?) qui sert, non pas de témoin de son temps,
mais de référence, afin d’illustrer le rapprochement (assez douteux) entre
Flaubert et ses personnages. |
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Enfin, la relecture de l’ensemble ne semble pas
avoir été accomplie de façon très scrupuleuse : des coquilles, des
fautes (ou oublis) de ponctuation et d’espacement se retrouvent à divers
endroits, par exemple. |
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L’ouvrage étant paru aux éditions Champion, on
pouvait s’attendre au type d’étude comparatiste novatrice auquel cet éditeur
nous a habitués. Ici, au contraire, la comparaison n’est jamais abordée de
manière convaincante, tant les nombreuses preuves de la réception de Flaubert
chez Wilde sont laissées de côté. |
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· Brigitte Le Juez est Professeur de littérature
française et comparée à Dublin City University. Sa recherche porte
essentiellement sur les relations littéraires entre la France et l’Irlande
(particulièrement sur Flaubert et ses récepteurs irlandais : George Moore,
Oscar Wilde, James Joyce, W.B.Yeats, Elizabeth Bowen et Samuel Beckett).
Jusqu’en 2000 elle a été Présidente de l’Association des Etudes Françaises et
Francophones d’Irlande (ADEFFI), et rédactrice du Irish Journal of French Studies jusqu’en 2005. Son dernier
ouvrage, Beckett avant la lettre (Grasset, 2007) est paru chez
Souvenir Press en 2008 sous le titre Beckett Before Beckett. |
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Ed° Grasset, Paris 1927 |
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Par Lou Ferreira |
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Le
poète et écrivain François Porché (né en 1877 à Cognac) aurait dû prendre une
semaine de vacances avant la rédaction de son court essai intitulé ‘La fatalité d'Oscar Wilde’.
Ne serait-ce que pour calmer les indignations qu'a provoqué l'homosexualité
(trop) assumée de l'irlandais. Ce texte fait partie d'un ensemble d'études
sur les mœurs érotiques de quelques écrivains tels que Gide, et des
considérations plus générales sur les invertis et autres ‘déviants sexuels’.
Ils sont regroupés sous le titre : ‘L'amour qui n'ose pas dire son nom’,
emprunté à Lord Alfred Douglas dans son poème ‘Two loves’, paru en
1896 dans ‘The Chameleon’, et dont le vers le plus célèbre est : ‘ I am
the Love that dare not speak its name’. Et c'est au procès de Wilde que
le juge Gill, faisant référence au poème d'Alfred Douglas, lui demande :
‘Qu'est-ce que l'amour qui n'ose dire son nom ?’. |
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Mais
sur Wilde, nous ne saurons rien de précis. Si ce n'est l'ostentation du
dégoût que les mœurs de l'auteur du ‘Portrait de Dorian Gray’
inspirent à Porché. |
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Nous
sommes habitués à lire des pamphlets sur la personnalité et l'écriture
d'Oscar Wilde, des approximations à propos de sa vie intime et des
pudibonderies qui se mêlent à ses essais critiques; mais jamais nous n'avions
eu entre les mains un ouvrage aussi courageux, aussi sincère à propos des
‘pathologies’ wildiennes. Jamais un auteur français fin-de-siècle, n'avait (à
notre connaissance), exprimé aussi clairement le mépris et l'aversion
qu'Oscar Wilde lui inspirait. Et rarement un texte n'aura dévoilé de façon
aussi franche, la colère et la déception que lui a inspiré le ‘De
profundis’ en particulier... |
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Nous
sommes copieusement servis dès les premières lignes. François Porché évoque
la passion de Wilde pour l'amour uranien et insiste sur le caractère noble
qu'il attribuait à ses ‘dérèglements’ sexuels. Il répond avec force : ‘ Plus
noble -dit Wilde-....Vous reconnaissez dans ces deux mots l'antique péché
d'orgueil, celui dont les théologiens ont fait, non sans profondeur, la
caractéristique suprême de Satan ‘ |
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Le
ton est donné, et il faut choisir vite : le rire, la colère ou la
condescendance. Nécessairement on se rassure, Nietzsche est toujours là et l'
‘Antéchrist’ soulage parce qu'ici se justifie l'idée que le christianisme
impose sa moralité éreintante. Porché est obsédé par l'utilité du ‘De
profundis’ de Wilde; en plus clair, il éructe sur des dizaines pages pour
savoir qu'est-ce qui a bien pu justifier sa publication ? Pourquoi Oscar
Wilde a osé le dédier à son ‘cher Bosie’ ? On peut rire parce qu'il n'y a
aucune retenue dans les propos de Porché. Ils sont simplistes d'ailleurs, par
exemple : Passe encore que Wilde ait forniqué avec des galopins, mais qu'il
s'empresse de continuer en sortant de prison, cela est effarant ! Porché ne
s'en remet pas. La prison n'aura servi à rien. Or, cela n'est pas concevable.
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Il
rêvait, Porché. Et il le dit clairement : lorsque Robert Ross a publié la
première version du ‘De profundis’, il s'était plu à savourer ces
instants de rédemption et Oscar Wilde avait un profil de sainteté. |
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Et
puis tout s'est effondré avec la version complète de cette longue missive;
Porché dit de certaines phrases de Wilde : ‘ nous les supposions inspirées
par le sentiment très orthodoxe que, sans péché, il n'y a point de contrition
et, par suite, que le péché, qu'il faut maudire en tant qu'offense au
Seigneur, doit être béni en tant qu'il ouvre la porte à l'expiation, qui
humilie la créature.’ p. 166 |
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S'agenouiller
est tout à fait respectable si le bonheur d'un seul être en dépend, mais
ramper n'est pas nécessaire. Et Porché rampe. |
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Il
distille sa haine aussi. Wilde en avait déjà fait les frais en 1895, et il
faut croire que sa mort ne calme pas davantage. |
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Quel
est l'amour que conçoit François Porché ? Dans la conception nietzschéenne,
nous le savons, l'amour n'est rien s'il ne consacre tous ses efforts à
préserver et augmenter celui qui porte l'aimé; et Wilde est sorti grandi dans
une certaine mesure de cet amour puisqu'il a offert au monde De profundis
justement, sans parler de ‘La Ballade...’. Tout comme Schiller qui
voyait en l'amour cette sublime occasion
d'envelopper l'être adulé et le préserver de la dureté de la vie.
C'est ce qu'a choisi Oscar Wilde tant l'amour et la beauté du jeune Alfred
lui inspiraient la protection absolue et la nécessité d'en meurtrir son corps
et son âme comme s'il avait posé Douglas dans un donjon avant de gravir
les meurtrières. |
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Mais
s'il s'agit de s'appuyer sur des préceptes bibliques qui feraient jouir
Porché, ils pulullent ! Ne serait-ce que la beauté de la proposition de Saint
Paul qui prévient : nous sommes tous faillibles et méritons condamnation pour
nos fautes, mais seul l'amour est capable de ce don inouï, incompréhensible
et gracieux, accordé à chacun d'entre nous, lors même qu'il ne le mérite pas
: Le Pardon. (Saint Paul; Première épitre aux corinthiens, chap. XIII.
versets 1 à 13). |
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Alors
Porché ? Admettons que Wilde ait été un vil pêcheur, admettons que justice
ait été rendue avec impartialité (l'écriture d'une telle proposition nous
écorche), mais admettons. Pourquoi vomir encore ? Le pardon - extrême
sollicitude faite aux philistins -, n'a t-il donc aucune fonction apaisante ? |
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Non.
François Porché est en enfer. Il déguste en bon voyeur, le mal que se font
les invertis quand la nuit tombe. Et il s'auto-flagelle. |
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Le
péché suprême est celui de l'homosexualité. Au-delà de la mort, au-delà des
textes Saints, cette perversion salit Porché. Et l'on mesure alors les
propres défaillances psychiques de ce poète oublié, pour être capable d'
écrire en 1927 ceci : |
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‘
A l'époque où Bosie rencontrait Wilde, celui-ci avait déjà trente cinq ans.
De l'embonpoint et les dents gâtées (...) Quelle que soit la consigne
d'objectivité que je me suis imposé d'observer dans ce livre, à force de
cacher les réactions de mon instinct personnel, j'en viendrais à manquer de
sincérité et ferais du désir de rester impartial, une autre hypocrisie. Je
n'essaierai pas, à cette place de réprimer mon dégoût.’ p.169 |
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Répulsion
d'hétérosexuel. Il le dit plus loin : s'il lui est possible de composer avec
l'anomalie, de philosopher avec elle; la mise en présence de réalités
brutales le torture... Et de tout son ouvrage, qui pourtant fait allusion à
de nombreux homosexuels, seule la mémoire d'Oscar Wilde lui donne la nausée
(ce sont ses termes). |
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Certes,
nous sommes en 1927. Mais il fallait le suggérer ce texte, il fallait le
proposer parce que, ce qui est inquiétant, ce sont tous ces mots juxtaposés :
Dégoût, nausée, aversion, (sur une
seule demie-page!). Et il ne s'en remet pas. |
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Imposer
une telle haine par écrit, cela n'a interrogé personne. Normal, Porché fait
l'amour propre. |
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Oscar
Wilde est mort depuis bien longtemps déjà, et il n'est nullement question
pour ce poète français, d'insérer la question de l'uranisme au sein des
milliers de pages que constitue l'Œuvre de Wilde. Certainement pas !
L'irlandais s'est tout juste pavané entre deux bons mots, il a nourrit
quelques théâtreux avec son unique qualité, la culture du paradoxe jointe à
la mode des œillets verts. |
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Avec
François Porché, nous touchons le fond. Il ne sera pas nécessaire de proposer
à nos lecteurs des textes similaires dits fin-de-siècle, pour montrer dans
quel climat de haine, le travail de Wilde a été envisagé. Tout est dit avec
Porché; il faut avancer. |
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Et
Porché le sait puisqu'il étudie longuement Freud dans son pamphlet
(d'ailleurs, la psychanalyse n'est efficace, selon lui, que pour les invertis
névrosés). Il ne peut donc ignorer que les obsessions (comme la sienne), sont
les symptômes de processus inconscients, qui laissent toujours le moi, en
proie à des conflits qui le dépassent. Ces conflits sont pris au piège des
sublimations ou des terreurs régressives (par exemple), mais à ce stade,
François Porché se vautre dans le refoulement jusque dans la conclusion de sa
diatribe : |
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‘Mais
c'est la fatalité d'Oscar Wilde que la pire catastrophe ne l'a point guéri.
(...) Ici, nous surmontons nos répugnances, ou plutôt nous n'avons nul besoin
de faire cet effort, car un autre sentiment les remplace : celui d'une pitié
profonde. |
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Il ne faut pas grandir les pervers mais il faut plaindre les suppliciés.’ p.171 |
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Porché
se réfugie à l'abri de sa vertu personnelle et en homme de devoir, il ne se
rend pas compte qu'il exécute les ordres du diable en personne. Il nous
propose une sorte de fanatisme éthique; celui qui croit pouvoir s'opposer à
la puissance du mal par la pureté de sa volonté et de ses principes. Mais la
dimension des conflits qu'il doit trancher lorsqu'il se pose en juge,
l'écrase. Il termine donc son texte par un constat qui ne souffre aucune
contradiction et ne l'épuise plus : c'est la fatalité de Wilde. Tout est de
sa faute. |
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Il
aurait dû finir sa phrase par : ‘Recevez, seigneur, l'âme de votre
serviteur dans le lieu de salut qu'il a espéré de votre miséricorde. Ainsi
soit-il. Délivrez, seigneur, l'âme
d'Oscar Wilde votre serviteur de tous les périls de l'enfer...’ |
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(Oraisons
de prières anciennes de Benjamin Manassé, Ed° Bussières, 1996) |
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Il
ne manquait plus qu'à allumer le bûcher. |
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(Et
dire qu'au mois de Janvier 1940, François Porché entrait à l'académie
Française....) |
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Lou FERREIRA |
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retour à la table de
matières |
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