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NUMÉRO 16 : SEPTEMBRE /OCTOBRE 2008 |
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§7. ARTICLES ET CONFÉRENCES |
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Reconnaissance et rejet : jeux de miroir dans ‘The
Birthday of the Infanta’, d’Oscar Wilde |
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Par Deborah Bridle |
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‘The Birthday of
the Infanta’ est l’un des quatre
contes figurant dans le recueil A House
of Pomegranates, publié en 1891, puis dans la seconde édition de The Happy Prince and Other Tales en
1892. |
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L’intrigue se
déroule à la cour Espagne, dirigée par un souverain fictif, à une époque
indéterminée mais qui a connu les guerres contre Elizabeth 1ère.
L’ensemble du récit repose sur l’intrusion d’un élément étranger dans cet
univers fastueux, rigide et impitoyable : un nain difforme et grotesque
que l’on fait venir pour l’anniversaire de l’Infante, et qui finit par mourir
de désespoir quand il découvre pour la première fois sa nature monstrueuse et
la cruauté du monde extérieur. Le conte s’articule sur une série
d’oppositions et de contrastes, de jeux de symétrie et d’échos symbolisés par
un objet central : le miroir. En effet, le miroir va littéralement
servir d’élément déclencheur dans la précipitation de l’intrigue, mais il est
aussi métaphoriquement et stylistiquement au cœur de la problématique du conte,
qui prépare le lecteur au dénouement tragique. Nous nous proposons donc de
montrer de quelle façon Oscar Wilde articule le conte autour de cette
thématique du miroir qui, par le biais d’oppositions et de contrastes, marque
clairement la frontière infranchissable entre deux mondes, et divise le sujet
en s’appuyant sur une dichotomie du beau et du laid mise à mal par un
manichéisme teinté d’ironie. Nous étudierons ainsi dans un premier temps
l’opposition nette de l’univers de l’Infante et de celui du Nain, marquée par
la mort du Nain. Nous verrons par la suite comment la frontière se trouve
tout de même menacée et comment les deux espaces s’interpénètrent, pour
finalement analyser le paradoxe central du conte : Wilde renverse les
rôles préétablis mais dans un cruel cynisme, refuse de faire tomber les
barrières. |
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Le conte s’ouvre
sur la présentation d’un univers ordonné, riche et empreint de grâce et de
beauté : «tall striped tulips »,
« roses », « butterflies […] with gold dust on their wings », « the wonderful sunlight », « sweet heavy perfume ».[1] Le décor des jardins du palais royal semble être le cadre idéal pour
une histoire de princesse, qui elle-même ne déroge pas à la règle. Parmi les
enfants aristocrates avec qui elle joue, c’est elle que l’on remarque :
« The Infanta was the most
graceful of all, and the most tastefully attired » (100).
Sa robe est faite de tissus précieux et brodée de perles, et c’est sa
chevelure dorée qui attire le regard : « in her hair, which like an aureole of faded gold stood out stiffly
round her pale little face, she had a beautiful white rose » (101). |
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Les autres
enfants se distinguent également par la richesse et la splendeur de leurs
atours, qui n’ont d’égales que celles du décor dans lequel ils
évoluent et qui a été spécialement conçu pour l’anniversaire de l’Infante :
« a long pavilion of purple silk »
(104), « a little gilt and ivory
chair that was placed on a raised daïs » (105). Le lecteur se
retrouve confronté à un univers clos, qui a été exceptionnellement ouvert aux
enfants de l’aristocratie, qui d’habitude ne sont pas autorisés à jouer avec
l’Infante. Il semble même que l’Infante ne quitte que très rarement le
palais, puisque nous apprenons par exemple que la famille royale ne fréquente
plus la cathédrale où a lieu la fête de |
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Mais cet
environnement bien réglé et bien fermé va se retrouver confronté à des
éléments qui ne lui appartiennent pas. Afin de divertir la petite princesse,
les organisateurs de la fête ont jugé bon de faire intervenir certains
artistes dans le cadre du spectacle : des marionnettistes inspirés de |
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Deux univers
vivent l’un près de l’autre, en parallèle, sans qu’ils parviennent jamais à
se mélanger. Même lors de la représentation, les enfants et l’Infante se
situent bien à l’abri, dans l’espace des spectateurs, hors de portée des
acteurs. |
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A cette
dichotomie spatiale, s’ajoute bien évidemment une dichotomie sociale, et
visuelle, qui atteint son paroxysme avec le dernier numéro présenté :
celui du Nain. Alors que les enfants étaient définis avant tout par leur
grâce et leur maintien (« stately
grace » (100), « noble
boys » (105), « a
wonderfully handsome lad […] with
all the grace of a born hidalgo and grandee of Spain » (105)), le
Nain semble être le revers de tout ce qu’il y a de beau autour de lui. Il est
difforme, monstrueux, grotesque. Aucune proportion ni équilibre n’existe dans
son corps, et aucune mesure ni dignité n’existe dans son comportement: |
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He
stumbled into the arena, waddling on his crooked legs and wagging his huge
misshapen head […] Even at the Spanish Court, always noted for its cultivated
passion for the horrible, so fantastic a little monster had never been seen. (110) |
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Le Nain est
ainsi caractérisé par l’excès, antithèse de l’harmonie. Sa description est ponctuée d’éléments
superlatifs: « so fantastic a little monster had
never been seen », « his
father was too well pleased to get rid of so ugly and useless a child » (110, je souligne). Le Nain semble être l’antithèse de tout ce qui l’entoure à ce
moment-là, physiquement bien évidemment, mais aussi socialement. Nous
apprenons qu’il a été acheté à son père, un pauvre charbonnier vivant dans la
forêt. Quand l’Infante grandissait dans un palais somptueux, le Nain vivait
dans une chaumière glaciale de la forêt et se nourrissait de pain noir les
jours d’hiver. Wilde se livre à une description de la forêt qui vient se
placer en opposition avec les pages d’ouverture du conte. La forêt apparaît
comme un espace sauvage et ouvert, alors que le palais était ordonné et
fermé. Tandis que les fleurs appartiennent au domaine de la culture et de
l’ordre, les oiseaux et les lézards sont des produits de la nature et sont
par conséquent proches du Nain : « Somehow the Birds liked him. […] They did not mind his being
ugly, a bit. […] The Lizards also
took an immense fancy to him» (114-115). La stricte
séparation des classes se reflète dans l’organisation d’une Nature dans
laquelle les éléments immobiles se sentent menacés par des forces
exubérantes, comme le montre la réaction des fleurs : |
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Well-bred people always stay
exactly in the same place, as we do. […] But birds and lizards have no sense
of repose, and indeed birds have not even a permanent address. They are mere
vagrants like the gypsies, and should be treated in exactly the same manner. (116) |
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Ironiquement, le
spectacle de l’Infante mettait en scène des musiciens égyptiens itinérants,
marquant les premières traces de porosité de la frontière. La forêt et ses
habitants deviennent ainsi le reflet maléfique du palais et de ses nobles
hôtes, et l’équilibre entre ces deux mondes se trouve fragilisé quand la
distance qui les sépare s’effrite par le mouvement incessant de ces éléments
vagabonds qui ne savent pas rester à leur place. |
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Premier élément
rapprochant l’Infante et le Nain malgré les apparences : leur nom, ou
plutôt leur absence de nom. Dans le conte, seuls quelques personnages
secondaires de |
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Dès les
premières pages, bien avant que le Nain, agent principal de l’incursion, ne
fasse son apparition, le narrateur parsème son récit d’éléments proleptiques
annonciateurs de la traversée du miroir : « the little lizards crept out of the crevices of the wall, and lay
basking in the white glare » (100). Les lézards, éléments mobiles
associés au Nain, sont déjà présents dans l’enceinte du palais dès la
deuxième page du récit, et leur mouvement rampant n’est pas sans rappeler la
démarche traînante, presque animale, du Nain. Tout comme le Nain se
retrouvera au centre de l’attention pendant quelques minutes, les lézards
passent de l’ombre des fissures à la lumière aveuglante du soleil, en pleine
exposition. Tout au long du conte, le Nain est constamment associé à l’ombre,
telle une créature que l’on doit cacher aux yeux de l’humanité. Son père est
charbonnier et le pain qu’il mange est noir, parmi ses amis les oiseaux se
trouve le Rossignol, associé à la nuit, et tous ceux qui s’opposent à lui
symbolisent la lumière : le vieux Cadran Solaire dans la forêt, le Paon
couleur de lait, et bien entendu l’Infante aux cheveux d’or qui l’auréolent
de lumière, ainsi que sa rose d’un blanc immaculé. |
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Mais de la même
façon que les lézards brisent le mur de séparation en s’offrant la lumière du
soleil, le Nain va bousculer l’équilibre et s’introduire dans le Palais.
L’incursion se fait en silence, par une petite porte laissée ouverte par
inadvertance: « He caught sight of
a little private door that was lying open. He slipped through» (119).
L’adjectif ‘private’ semble
souligner davantage que le Nain n’est pas le bienvenu, tandis que le verbe ‘slipped’ rappelle le mouvement des
lézards se glissant hors des fissures du mur. Cependant, alors que les
lézards se glissaient à l’extérieur, le Nain se glisse à l’intérieur du
palais, signalant un mouvement d’enfermement et non de libération. Il se retrouve seul dans la magnificence
des pièces qu’il traverse avec timidité, à la recherche de sa princesse. Tout
semble lui indiquer qu’il n’est pas à sa place, même les statues, blanches
une fois encore, semblent le regarder de haut : « some wonderful white statues that looked
down on him from their jasper pedestals, with sad blank eyes and strangely
smiling lips » (119). Le regard triste des statues et leur sourire
semble annoncer la mort du Nain et le dédain de l’Infante. Mais le Nain n’a
nulle conscience de sa différence. En réalité, il est trop bon et trop naïf
pour le monde dans lequel il vit. Il n’a pas compris que même son père l’a rejeté,
il n’a pas vu la moquerie dans les rires des enfants. Confronté à la cruauté
de l’Inquisition quand il croise des hérétiques en route vers le bûcher, il
est incapable de concevoir ce qui va réellement arriver : |
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Once too, he had seen a
beautiful procession winding up the long dusty road to |
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Lorsqu’il
imagine sa vie avec l’Infante dans la forêt, il est convaincu qu’il saura la
combler avec des bouquets de fleurs et des colliers faits de baies sauvages.
Ainsi, tandis qu’il s’enfonce dans le palais, il ne ressent à aucun moment le
sentiment d’exclusion que tout autour de lui semble pourtant lui indiquer. La
traversée de salons tous plus splendides les uns que les autres renforce le
contraste, jusqu’au climax du conte : la rencontre avec le miroir. Alors
que le Nain arrive au bout de cette enfilade de pièces, qu’il a pénétré au
plus profond de ce lieu interdit et qu’il croit toucher à son but (« at the extreme end of the room, he saw a
little figure watching him. His heart trembled, a cry of joy broke from his
lips » (123)), c’est à un miroir et à la lumière crue du soleil
qu’il est confronté (« he moved
into the sunlight » (123)). Le rôle révélateur du miroir n’apparaît
pas tout de suite. C’est dans ce rayon
de lumière, la rose blanche à la main, dans la plus somptueuse des pièces
qu’il a traversées, qu’il croit d’abord se fondre avec son
environnement : devant son reflet grotesque qu’il ne reconnaît pas, il
pense pouvoir sauver la princesse de ce monstre qui la guette, et lui prouver
son amour. C’est avec toute la violence du rejet de soi qu’il comprend enfin,
qu’il accède à son stade du miroir lacanien, et que toute la réalité dans sa
cruauté la plus absolue se fait jour dans son esprit. Le miroir devient
révélateur, instrument de la vérité crue et dure, limite infranchissable.
C’est devant cette ultime barrière, le miroir, que le Nain s’effondre,
que l’incursion dans ce monde étranger cesse et que l’illusion se brise. La
rose blanche qu’il tient encore dans ses mains symbolise cet univers qu’il a
voulu atteindre et qui s’est refusé à lui au dernier moment. Conscient du
rejet dont il fait l’objet, le Nain déchire cette rose, brisant le dernier
lien qui le rattachait à l’Infante. Pour mieux symboliser cet échec, le Nain
se retire, rampe tel un animal dans l’ombre à laquelle il appartient, tel un
lézard se retirant dans les fissures du mur : « He crawled, like some wounded thing, into
the shadow, and lay there moaning » (125). Même sa voix ne parvient plus
qu’à émettre des gémissements désarticulés, et son humanité semble à son tour
disparaître. Incapable de supporter la vision douloureuse de son propre
corps, et accablé par la réalité des sentiments de l’Infante qui s’est moquée
de son apparence, le Nain meurt de douleur et de tristesse, sous le regard
amusé de la princesse et de ses amis qui viennent de le trouver. La frontière
qui existait entre le monde du Beau et celui du Laid, entre le monde de |
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Mais il serait
erroné de penser que cette dichotomie claire et indubitable marque une
séparation aussi tranchée, et que Wilde, derrière un narrateur omniscient
apparemment plutôt effacé, ne fasse pas parler la voix de l’ironie et du
cynisme. |
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Dans l’ensemble
des contes du recueil, le narrateur en tant que personne est très peu
présent, ce qui différencie l’œuvre de Wilde des autres contes pour enfants
victoriens, dans lesquels le narrateur se confond avec la persona de l’auteur
et intervient en tant que tel assez fréquemment, s’adressant de façon plus ou
moins directe au lecteur, ou au narrataire. Wilde opte au contraire pour une
voix omnisciente, une narration à la troisième personne qui semble ne pas
prendre parti. Il serait cependant faux de ne pas aller au-delà de cet
aspect. Le narrateur dépasse en effet les limites de la narration omnisciente
et neutre, principalement par le biais de l’ironie, qu’il distille au fil du
récit et qui laisse entendre au lecteur que la symétrie nette opposant le
monde de l’Infante et celui du Nain ne se fonde pas seulement sur un
binarisme du Beau et du Laid, du Riche et du Pauvre. L’ironie se perçoit dans
un premier temps dans les commentaires essaimés ici et là sur la politique
étrangère et religieuse d’une Espagne qui a vécu les guerres élisabéthaines
et qui combat farouchement l’hérésie |
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[…] a
more than usually solemn auto-da-fé,
in which nearly three hundred heretics, amongst whom were many Englishmen,
had been delivered over to the secular arm to be burned. (102) |
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None of the royal family of
Spain had entered the great cathedral of Saragossa since a mad priest,
supposed by many to have been in the pay of Elizabeth of England, had tried
to administer a poisoned wafer to the Prince of Asturias. (107) |
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Cet univers
royal paré dans ses tissus soyeux et dont le Nain admire la splendeur et la
beauté se révèle en réalité dur et impitoyable, et emblématisé par le
personnage du Grand Inquisiteur, qui rôde dans l’ombre du Roi et de |
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The Grand Inquisitor himself
was so affected that he could not help saying to Don Pedro that it seemed to
him intolerable that things made simply out of wood and coloured wax, and
worked mechanically by wires, should be so unhappy and meet with such horrible
misfortunes. (106-107) |
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C’est ainsi que
derrière les tentures, les costumes et le décor fabuleux, un univers d’une
extrême violence se fait jour, un univers dans lequel les enfants réclament à
grands cris l’exécution d’un taureau factice, |
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The young Count of Tierra-Nueva
brought the bull to his knees, and having obtained permission from the
Infanta to give the coup de
grâce, he plunged his wooden sword into
the neck of the animal with such violence that the head came right off, and
disclosed the laughing face of little Monsieur de Lorraine, the son of the
French Ambassador at Madrid. (106) |
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et traitent
leurs inférieurs comme de vulgaires objets: le Nain n’est qu’un pantin qui
doit obéir aux ordres et divertir |
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Cependant, une
violence identique règne dans l’univers qui jouxte celui de l’Infante: le
Nain vit dans l’ignorance la plus totale du rejet dont il fait l’objet, lui
qui se retrouve au bout de la chaîne des êtres vivants. Son père, pauvre
charbonnier miséreux, est reconnaissant de pouvoir se débarrasser d’un rebut
dont il ne sait que faire. Condamné à être rejeté où qu’il aille, le Nain ne
parvient qu’à se convaincre lui-même de son appartenance au monde des hommes
et à celui de l’Infante. C’est
par un cruel et révélateur « as if »
que le narrateur nous révèle que les espoirs du Nain ne sont
qu’illusion : « smiling and
nodding at them just as if he was
really one of themselves, and not a little misshapen thing that Nature, in
some humorous mood, had fashioned for others to mock at » (110, je
souligne). Le narrateur semble vouloir montrer au
lecteur cette fin inéluctable, et dès les premières pages, le champ lexical
de la violence et de la mort sous-tend la description du palais et du
décor : les fleurs se dressent les unes face aux autres, en opposition
(« the tall striped tulips stood
straight upon their stalks, like long rows of soldiers, looking defiantly
across the grass at the roses » (99)), et les grenades éclatent sous
la chaleur intense du soleil (« the
pomegranates split and cracked with the heat, and showed their bleeding red
hearts » (100)). Nous remarquons d’ailleurs que l’opposition des tulipes
et des roses rappelle une fois de plus la confrontation entre l’Angleterre et
l’Espagne, la tulipe étant le symbole de la famille royale des Habsbourg, et
la rose celui de la maison d’Angleterre. |
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La cour
d’Espagne étouffe ses hôtes, qui n’ont pour seules possibilités d’adopter
rigidité et insensibilité, ou de se laisser mourir, comme le Nain, qui n’a
pas résisté à la vérité ni à la dureté de |
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Ainsi,
« The Birthday of the Infanta » se conclut sur cette dichotomie qui
sépare les cœurs purs des ‘sans-cœur’ et qui apparaît comme un motif
récurrent dans le recueil de contes, ainsi que l’image du bouc émissaire, qui
atteint le repos éternel et le royaume des cieux tandis que ceux qui lui
survivent s’enfoncent ironiquement dans leur ignorance (« The Happy prince »
-- La statue du Prince offre tous les joyaux qui l’ornent pour aider les
pauvres et dont le cœur se brise lorsque son compagnon l’Hirondelle meurt de
froid et d’épuisement, et les habitants de la ville font fondre la statue et
se débarrassent de son cœur de plomb, n’y voyant aucune valeur -- « The
Nightingale and the Rose » -- le Rossignol se sacrifie et offre sa vie
en saignant son cœur pour faire rougir une rose blanche et aider un étudiant
à conquérir sa belle, mais la jeune fille l’éconduit et l’étudiant se
débarrasse de la fleur). Le conte s’élabore sur un rythme binaire, qui oppose
et rapproche des éléments antagonistes, qui renverse des archétypes, et qui
finalement s’achève sur la séparation ultime de la vie et de la mort. Le Nain
devient bouc émissaire, comme de nombreux personnages du recueil
entier : les bons sont condamnés à mourir, incapables de s’intégrer dans
un monde trop vicieux et égoïste. |
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Deborah Bridle est professeur
agrégé d’anglais. Après
avoir travaillé en maîtrise sur Harold Pinter et en Master II sur Sylvie and
Bruno de Lewis Carroll, elle travaille
actuellement sur une thèse de doctorat provisoirement intitulée « Le
miroir dans les contes victoriens : portrait d’un agent
subversif », et qui s’attache à montrer comment l’Age d’Or du conte pour
enfant a révolutionné le genre et transporté le conte dans un domaine aux
frontières floues et aux limites mouvantes, bien au-delà du moralisme et de
l’utilitarisme victoriens. Elle s’appuie pour cette étude sur les œuvres de L.Carroll, O.Wilde,
Ch.Kingsley, et G.McDonald. |
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[1] Oscar Wilde, « The Birthday of the Infanta », in The Happy Prince and Other Stories (London: Penguin Books, 1994), pp. 99-100. Les références suivantes sont désormais indiquées entre parenthèses après la citation.