Moulage et sculpture
en plâtre d’Odile Le Berre.
Costumes de Patrick Cavalié.
du 28 novembre au
tous les jours à
Théâtre Les Enfants Terribles
157
rue Pelleport, Paris 20e (M° Télégraphe).
Réservations au
Crédit
photo : Antoine Martin Charles
Di Meglio (photo : Antoine Martin)
Le décor est assez sommaire, d’une part parce que le budget est limité pour favoriser la qualité des costumes, et d’autre part parce que la pièce en elle-même ne nécessite pas spécialement de décors, même si Wilde demande des splendeurs de carton-pâte irréalisables... Nous avons fait le pari d’avoir un plateau nu, en boîte noire : la terrasse du palais, et, en fond de scène, un banquet séparé du reste par une grande tenture jaune au travers de laquelle on peut distinguer des formes, des silhouettes. Les costumes, eux, sont dignes de la cour du roi Hérode ! Cela dit, pour les quinze personnes, nous - le costumier Patrick Cavalié et moi - avons plus essayé de créer avec les costumes une certaine atmosphère qui selon moi se dégage de la pièce, qu’évoquer l’époque d’Hérode. C’est un mélange de costumes fastueux à la Sarah Bernhardt, d’orientalisme, de bijoux fabuleux (et véritables !), mais aussi avec des éléments de la Renaissance et des objets tribaux, païens. Nous voulions qu’ils soient chargés de quelque chose de mystique, de mystérieux, d’une sacralité archaïque, mais qu’ils puissent aussi transmettre au moins une part de la puissance érotique de chacun des acteurs, acteurs qui sont par ailleurs constamment présents sur scène, même quand le public entre dans la salle, un peu comme si l’on entrait pendant une cérémonie religieuse ; un peu comme si la pièce avait déjà commencé avant l’arrivée du public.
Interview
de Charles di Meglio
par Antoine Martin, webzine Discordance
Avis critique
Par Danielle Guérin
(avec l’aimable participation d’Emmanuel Vernadakis)
Par la Compagnie OGHMA
Mise en scène Charles Di Meglio
Avec : Mathieu Huot (Hérode Antipas,
tétrarque de Judée), Patrice Riera (Iokanaan, le prophète), Antoine Bibiloni
(Narraboth, le jeune syrien), Aurélien Saget (un Cappadocien), Didier Laval (premier soldat),
Jean-Antoine Marciel (deuxième soldat), Mathieu
Barbet (le page d’Hérodias), Karl von Besten, Stanislas Briche, Pierre Derégnaucourt
(les Juifs, Nazaréens, Sadducéens et Pharisiens), Alexandre Mau blanc (un esclave), Céline Clergé
(Hérodias, femme du Tétrarque), Laurène Cheilan
(Salomé)
Théatre des
Enfants Terribles -
Dans sa majeure
partie, le grand public ne connaît Salomé qu’à travers l’opéra de Richard
Strauss, l’œuvre de Wilde se trouvant pour ainsi dire oblitérée en même temps
que sublimée par la musique. La pièce écrite par Wilde en français, au moment
où il séjournait à Paris en 1891, et revue par Louÿs, Retté,
Schwob et Merrill (dont il ne garda finalement qu’un
petit nombre de corrections) n’est souvent jouée dans sa version originale que
par de jeunes troupes et dans de petits théâtres. C’est ici le cas avec la
compagnie Oghma, dirigée par Charles Di Meglio, qui nous offre au Théâtre des Enfants Terribles une
version fidèle et intégrale de la pièce Wildienne. La
moyenne d’âge des acteurs ne doit guère dépasser 25 ans, et c’est donc une
représentation très fraîche, presque candide, qui nous est présentée ici.
D’aucuns pourraient faire la fine bouche devant cette spontanéité juvénile qui
enlève un peu de cruauté à la noirceur décadente de l’intrigue, à sa violence
sous-jacente. N’oublions pas cependant
que, dans la pièce de Wilde, Salomé est en effet une toute jeune fille, une
vierge à l’hérédité lourde, que la passion amoureuse conduit au meurtre et à sa
propre mort. Pâle et belle comme « une petite fleur blanche »,
Laurène Cheilan incarne cette Salomé qui s’identifie
à la lune sans cesse évoquée dans une incantation récurrente et magique.
Regardez la lune.
La lune a l’air très étrange. On dirait une femme qui sort d’un tombeau. Elle
ressemble à une femme morte. On dirait qu’elle cherche des morts […] Elle a
l’air très étrange. Elle ressemble à une petite princesse qui porte un voile
jaune, et a des pieds d’argent. Elle ressemble à une princesse qui a des pieds
comme des petites colombes blanches… On dirait qu’elle danse ».
Et en effet,
petite princesse au voile jaune, Salomé va danser. Telle une flamme aux pieds
d’almée, elle dansera devant les yeux d’Hérodias (Céline Clergé), une mère Ubu
effrayante et grotesque qui allège l’atmosphère sombre de la pièce pour mieux
en préparer la chute tragique. Elle dansera surtout sous le regard concupiscent
du roi Hérode, son beau-père « incestueux ». Danse sauvage, rituelle,
incantatoire, cérémonie barbare, conjurant le mauvais sort ou au contraire
appelant la malédiction, qui se transforme soudain en une chorégraphie
ondoyante, lascive et voluptueuse qui jette Salomé à terre, aux pieds du roi
énamouré, comme un oiseau blessé abattu en plein vol. Blonde et pâle, Laurène Cheilan brûle et glace à la fois dans sa fragilité
inflexible. Quand elle entreprend de séduire Iokanaan
(Patrice Riera), qu’elle le frôle et l’envoûte, on le
sent révulsé, bien sûr, mais aussi attiré à son corps-défendant par la
lancinante litanie d’amour et de désir.
Iokanaan, je suis amoureuse de ton corps. Ton corps est blanc comme le lys d’un pré
que le faucheur n’a jamais fauché […] les roses du jardin de la reine d’Arabie
ne sont pas aussi blanches que ton corps […] Tes cheveux ressemblent à des grappes
de raisins […] Ta bouche est comme une bande d’écarlate sur une tour d’ivoire.
Hantée par la musique du Cantique des Cantiques, la déclaration de Salomé
est hypnotique, fascinante et dangereuse. Imperceptiblement, Iohanaan oscille vers cette magnifique jeune fille vêtue
d’une robe pourpre à la Rubens, qui lui offre sa passion indécente, impossible.
C’est justement parce qu’il est pur et inaccessible, comme elle-même, qu’elle
le désire si fort, elle, qui rejette les avances des hommes et des rois, elle qu’aucun
homme n’a jamais souillée Il suffirait d’un infime moment d’humaine faiblesse
pour que leurs lèvres se touchent. Mais il faut que la prophétie s’accomplisse
et Iokanaan, le prisonnier de la citerne, le saint,
l’annonciateur sacré de la venue du Messie ne peut que la maudire en la
repoussant violemment:
Soyez maudite, fille d’une mère incestueuse, soyez
maudite.
Eh bien, elle
dansera donc, la petite princesse dédaignée, insultée, puisque le roi Hérode a promis de lui donner
tout ce qu’elle désirerait, et que la tête de Iokanaan
sera son prix. Mathieu Huot confère au tétrarque de
Judée une personnalité originale et complètement décalée. Couronné de
guirlandes de roses comme un personnage des toiles d’Archimboldo,
le visage fardé de blanc, les yeux cerclés de rouge, enveloppé dans un
manteau aux larges manches violettes dont il se drape
comme d’une protection dérisoire, il semble porté par une folie douce qui le
rend inquiétant et pathétique. Jamais il n’éructe, ni ne s’emporte, tâchant de
se gagner les bonnes grâces de Salomé d’une voix pateline, parfois presque
tendre et suppliante. Pantin gémissant, velléitaire, Martin Huot
infuse à son personnage une certaine dose de cocasserie grotesque, qui n’en met
que plus en valeur l’aspect sombrement tragique. Dépassé par les évènements,
Hérode est le jouet d’une fatalité à laquelle il ne peut échapper, et qui
réussirait par éclairs à devenir presque touchant si on ne connaissait son
passé de tyran sanguinaire. Quand cette sentence terrible, à peine murmurée,
s’échappe de ses lèvres à la fin de pièce : « Tuez cette
femme », ce n’est pas dans sa bouche une condamnation soufflée par la
haine ou la vengeance, c’est le soupir désabusé d’un homme égaré qui ne sait
plus où il en est, d’un homme lassé, qui se résigne et baisse les bras devant un destin trop
inexorable pour lui. Parce qu’il est arrivé à un point de non retour et
qu’il a entendu un battement d’ailes
gigantesque envahir son palais. Parce qu’il a glissé dans le sang, et que tout
lui échappe. Parce que la peur habite désormais chez lui avec la mort, sa
fidèle compagne.
Entouré par une
troupe sympathique, avec un décor minimal mais cependant évocateur, Charles di Meglio nous offre pour sa première mise-en-scène
professionnelle, un spectacle coloré, d’inspiration orientale, esthétiquement
beau et plein d’élan, qui mérite nos
encouragements pour un avenir que nous lui souhaitons particulièrement fertile.
Danielle Guérin
L’Eventail de Lady
Windermere
D’Oscar Wilde
Après le succès remporté au Théâtre 14, L’Eventail de Lady Windermere, mis en
scène par Sébastien Azzopardi, avec Geneviève Casile dans le rôle de Mrs Erlynnne,
sera repris dès le 16 janvier au Théâtre des Bouffes Parisiens.
Photos : Philippe Guérillot
De et avec Véronique Daudelin,
Jean-François Hamel,
Olivier Normand et Klervi Thienpont
Le Théâtre des 4 coins
D’ici au
1er décembre
: Baie-Comeau
5-6 décembre : Matane
7-8 décembre : Lévis
9 et 11 décembre : Montmagny
12 décembre : Lévis
The Importance Of Being Earnest
d’Oscar Wilde
Photos © Gilles Bureau
Post-Stage
Le Centre
Culturel Robert Desnos de Ris-Orangis a donné une représentation de Salomé par la Compagnie Seraph, le 15 Octobre dernier. Avec Anne-Dominique Boulle (Hérode) – Benoîte
Vandesmet (Herodias) –
Olivia Luciani (Salomé) – Laeticia
Luciani, Anne-Laure Luciani
Hiroko – Yuko Masuki Moka, Sayori Okada, (les succubes),
Joël Delsaut (Iokanaan)
Lou Ferreira a assisté à ce spectacle et nous en fait la critique :
« Salomé est belle. Indéniablement. Son port de tête, son regard noir
volontaire et sa voix assoient définitivement le personnage. Elle s’adresse à Yokaanan avec autorité et pourtant elle conserve toute sa
puissance sensuelle que le spectateur va croire et admirer. Le choix de Salomé
est une réussite, la comédienne devient sous nos yeux la jeune femme cruelle et
capricieuse que Wilde se plaisait à imaginer sous les traits de Sarah Bernhardt
et on ne s’ennuie jamais quand elle supplie le prophète de lui donner sa
bouche.
Le décor est minimaliste mais sept voiles de différentes couleurs
ingénieusement entrecroisés nous laissent rêveurs ; Salomé sera envoûtante
lorsqu’elle dansera.
Elle l’a été. Sa gestuelle n’était pas saccadée, le rythme était soutenu et
la musique orientale nous invitait tous à suivre sa démarche féline et
rejoindre quelques instants les danseuses japonaises aussi fines et dénudées
que Salomé. Mais justement, les succubes nés de l’imagination du metteur en
scène, représentés par ces sept jolies jeunes femmes n’en demeuraient pas moins
irritants avec leurs gémissements inconvenants. Elles ont envahi la scène
durant tout le spectacle en créant chez le spectateur une saturation
émotionnelle, celle qui empiétait sur le plaisir de voir Salomé danser.
Et puis Hérode… Ses plaintes gutturales et interminables ont fini par être
grotesques et son masque mortuaire dont la signification exacte nous échappe
encore, nous empêchait de saisir toute l’importance de son discours. Pauvre
Hérodias qui elle, s’est contentée d’un murmure, celui qui suppliait Hérodias
de ne pas approcher sa fille. Cette femme maquillée outrageusement n’a jamais
trouvé sa place durant tout le spectacle et le vide est devenu tout aussi
encombrant.
Mais surtout, comment concevoir ce drame biblique en quarante cinq
minutes ? Montre en main c’est le temps qu’aura duré ce spectacle
insignifiant et nécessairement insuffisant. On est alors soulagés de rentrer
chez soi pour se rappeler la beauté du texte de Wilde. »
Lou Ferreira
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