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PIERRE LOUŸS À LA
WILLIAM ANDREWS CLARK LIBRARY
Par
Bruce Whiteman, tr. Danielle Guérin

Quand Oscar Wilde publia
sa pièce Salomé en 1893, il la dédicaça à son ami Pierre Louÿs, jeune
poète et écrivain français, qui, par un étrange scrupule moral, regretterait
plus tard son amitié avec Wilde – étrange en effet, étant donné le caractère
risqué d’une grande partie des propres œuvres de Louÿs – et romprait ses
relations avec lui. Wilde se trouvait à Paris en 1891, et Louÿs faisait partie
de ces jeunes idolâtres qui partageaient souvent sa compagnie, au même titre
que Marcel Schwob et André Gide. Wilde adressa une copie de son recueil de
contes Une maison de Grenades à Louÿs, avec un envoi très élaboré :
“Au jeune homme qui adore
la Beauté
Au jeune homme que la
Beauté adore
Au jeune homme que
j’adore ».
Il se souciait assez de
l’opinion de Louÿs pour lui demander de corriger le texte français de Salomé
(La Clark acquit l’exemplaire personnel de Louÿs d’une édition rare des
épreuves en 1932)
Louÿs remporta un succès de scandale avec deux premiers livres qui lui permirent de figurer parmi les écrivains importants des années 1890 : sa collection « falsifiée » de poèmes, Les Chansons de Bilitis (1894), présentée comme étant les poèmes récemment découverts d’un poète grec demeuré inconnu jusqu’alors, et son premier roman Aphrodite (1896). La critique d’Aphrodite parue dans Le Journal sous la plume de François Coppée commence par l’aveu qu’il harcelait ses amis sans relâche pour leur demander s’ils avaient lu le livre et sinon, pourquoi ?). Deux autres livres suivirent, tout aussi populaires. La femme et le pantin (1898) et Les aventures du roi Pausole (1901) ; mais la carrière littéraire de Louÿs devait s’achever avec ces quatre œuvres. Sanguines (1903), un recueil de nouvelles, Archipel (1906), regroupant des articles de journaux, et Poétique (1916) sombrèrent plus ou moins sans laisser de traces, et seulement quelques œuvres érudites et bibliographiques parurent au cours des dix dernières années de sa vie. Sa dernière décade fut pleine de tristesse et de désespoir, comme le suggère une note découverte dans ses papiers après sa mort. Elle commence ainsi : « S’il m’arrivait un bonheur, c'est-à-dire si je mourais… » …” (“If something good should happen to me, i.e. if I were to die…”).
En raison de l’importance
de l’amitié de Louÿs avec Wilde (et malgré sa brièveté), la Clark a commencé à
collecter les livres de l’écrivain français. Les premières éditions de ses deux
premières œuvres, et une copie joliment présentée de La femme et le pantin, ont
d’ores et déjà été acquises, ainsi qu’un certain nombre de textes publiés à
titre posthume, et des éditions des premiers livres. C’est pendant la dernière
décade de sa vie que Louÿs écrivit plusieurs œuvres érotiques non destinées à
la publication, mais finalement plusieurs d’entre elles furent éditées plus ou
moins sous le manteau. Trois filles et leur mère est la plus connue
d’entre elles, et la Clarke a fait récemment l’acquisition d’une première
édition de ce texte assez somptueuse, imprimée sur papier filigrané « Syol
Erreip » - le nom de l’auteur épelé à l’envers – et publiée en 1926, peu
après la mort de Louÿs. Une extravagante édition illustrée d’Aphrodite, de
la fin des années 1940, a aussi été récemment ajoutée à la collection, dans un
exemplaire qui inclut quinze des aquarelles originales.
Bruce Whiteman
Bibliothécaire en chef
William Andrews Clark
Library
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