rue des beaux arts

Numéro 7 : FÉVRIER / MARS 2007

§12.  THE CRITIC AS ARTIST

                                                Par Chantal Beauvalot

 

Georges-Paul COLLET, Jacques-Emile Blanche, Le peintre-écrivain, biographie, éditions Bartillat, 2006, 567 pages, 10 illustrations en noir et blanc, 33 illustrations en couleurs.

 

Monsieur Georges-Paul Collet a compris, depuis plusieurs décennies, l'intérêt de l'œuvre pictural et des écrits multiformes de Jacques-Emile Blanche (1861-1942) qui nous a laissé des souvenirs, des romans et une correspondance impressionnante avec des noms prestigieux du monde des arts. C'est ainsi qu'il a successivement étudié les rapports du peintre-épistolier avec G. Moore, V. Woolf, J. Cocteau, A. Gide, M. Jacob, les Halévy, F. Mauriac, M. Proust, P. Valéry et M. Denis. Afin de parfaire la connaissance de celui qu'il nomme, à juste titre, le "peintre-écrivain", il a publié, en 2006, aux éditions Bartillat, une biographie fort documentée qui servira de base à des études futures sur l'artiste.

 

Dans le foisonnement de cet ouvrage qui s'appuie sur des sources publiées et inédites du peintre, on saisit l'importance que ce fils du célèbre aliéniste parisien, que ce bourgeois aisé, très introduit dans le monde, fin, cultivé, anglophile, a pu avoir - notamment en ce qui concerne les échanges culturels entre la France et la Grande-Bretagne. On perçoit le grand talent du portraitiste qui fit poser devant son chevalet des personnages aussi célèbres aujourd'hui que Bergson, Cocteau, Colette, Crevel, Gide, H. James, Joyce, Mauriac, A. de Noailles, Proust, Radiguet, Rodin, Stravinsky… pour n'en citer que quelques uns, pris au hasard. On entrevoit le caractère d'un homme compliqué, torturé et faible, tant dans ses relations avec autrui qu'au sein même de sa famille, lorsque, après son mariage ("un mariage blanc" nous est-il affirmé à deux reprises), il supporta curieusement la présence et les mesquineries de ses deux belles sœurs, jalouses de sa femme Rose. On aperçoit de même le peu de confiance en soi d'un créateur qui n'a cessé de travailler, ouvert aux nouveautés et aux paradoxes de son temps, passionné par l'écriture comme par la peinture, musicologue averti. Bref, un être aux multiples facettes.

 

Pour ce qui regarde plus précisément Oscar Wilde, les références ne sont qu'esquissées. On ignore tout, par exemple, du portrait de Sir Coleridge Kennard assis sur un sofa fleuri que Blanche exécuta en 1904, et qui, par discrétion, et en raison de sa ressemblance avec le héros de Wilde, fut titré Portrait de Dorian Gray par le rédacteur du catalogue de l'exposition des œuvres de l'artiste, à la Galerie Charpentier, à Paris, en 1924. En revanche, Monsieur Collet mentionne que, dans son roman quasi autobiographique, intitulé Aymeris, le "peintre-écrivain" dit avoir été présenté à Whistler, lors d'une réception en l'honneur du conférencier Wilde. Il signale le texte des Propos du peintre consacré à l'écrivain irlandais, la visite de John Rothenstein à Dieppe (où Jacques-Emile Blanche montra au critique d'art le café où se réunissaient Beardsley, Conder, Sickert et Wilde), la jalousie de Gide à l'égard de son confrère d'Outre-Manche, l'impertinence de Blanche comparable à celle de Wilde. Il évoque également le style très recherché des lettres envoyées par ce dernier à Blanche. La rencontre des deux protagonistes en 1879 est l'occasion pour le biographe de retranscrire un extrait de Dates   Blanche reconnaît que l'excellence du conteur, la puissance de son esprit tranchent avec le physique du dandy. C'est sans doute cette citation qui demeure la plus pertinente pour la compréhension des rapports entre l'écrivain et le portraitiste.

 

Pourtant, il faut l'avouer, cet usage de citations, auquel le biographe n'hésite pas à recourir systématiquement, égare le lecteur, qui peine ainsi à cerner avec précision le contexte de toute une époque et le déroulement de la vie particulièrement riche du peintre. Ce procédé redondant ne permet pas l'analyse approfondie de la personnalité et de l'oeuvre d'un homme dont on aimerait percer davantage les secrets, dont on désirerait apprécier véritablement les qualités et les défauts, dont on voudrait plus encore appréhender les amitiés, les sympathies et les antipathies. On devrait surtout discerner avec plus de netteté l'évolution du style d'un artiste qui, au gré de ses rencontres et des influences subies (celle de Manet n'étant pas la moindre), modifia la vision de son art et sa technique.

 

Si l'on ne peut évidemment pas se passer de la littérature abondante du "peintre-écrivain" pour aborder ce dernier, il convient toutefois d'exercer un recul critique sur ses écrits, car, en dépit de l'acuité de nombre de ses jugements, Blanche ne fut pas toujours objectif et ses souvenirs, parfois erronés, auraient mérité quelques corrections.

 

Mais sommes-nous en droit de reprendre un auteur, qui, dans un souci documentaire, emporté par l'étendue de son savoir, a voulu mettre en lumière une figure capitale de l'histoire des arts, encore trop méconnue du grand public aujourd'hui, en dépit de sa réhabilitation et malgré la reproduction fréquente de plusieurs de ses portraits?

 

Chantal Beauvalot

Professeur de philosophie honoraire

Docteur en histoire de l'art

 

 

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