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Par Chantal
Beauvalot
Georges-Paul COLLET, Jacques-Emile Blanche, Le
peintre-écrivain, biographie, éditions Bartillat, 2006, 567 pages, 10
illustrations en noir et blanc, 33 illustrations en couleurs.
Monsieur Georges-Paul Collet a compris, depuis plusieurs décennies,
l'intérêt de l'œuvre pictural et des écrits multiformes de Jacques-Emile
Blanche (1861-1942) qui nous a laissé des souvenirs, des romans et une
correspondance impressionnante avec des noms prestigieux du monde des arts.
C'est ainsi qu'il a successivement étudié les rapports du peintre-épistolier avec
G. Moore, V. Woolf, J. Cocteau, A. Gide, M. Jacob, les Halévy, F. Mauriac, M.
Proust, P. Valéry et M. Denis. Afin de parfaire la connaissance de celui qu'il
nomme, à juste titre, le "peintre-écrivain", il a publié, en 2006,
aux éditions Bartillat, une biographie fort documentée qui servira de base à
des études futures sur l'artiste.
Dans le foisonnement de cet ouvrage qui s'appuie sur des sources publiées
et inédites du peintre, on saisit l'importance que ce fils du célèbre aliéniste
parisien, que ce bourgeois aisé, très introduit dans le monde, fin, cultivé,
anglophile, a pu avoir - notamment en ce qui concerne les échanges culturels
entre la France et la Grande-Bretagne. On perçoit le grand talent du
portraitiste qui fit poser devant son chevalet des personnages aussi célèbres
aujourd'hui que Bergson, Cocteau, Colette, Crevel, Gide, H. James, Joyce,
Mauriac, A. de Noailles, Proust, Radiguet, Rodin, Stravinsky… pour n'en citer
que quelques uns, pris au hasard. On entrevoit le caractère d'un homme compliqué,
torturé et faible, tant dans ses relations avec autrui qu'au sein même de sa
famille, lorsque, après son mariage ("un mariage blanc" nous est-il
affirmé à deux reprises), il supporta curieusement la présence et les
mesquineries de ses deux belles sœurs, jalouses de sa femme Rose. On aperçoit
de même le peu de confiance en soi d'un créateur qui n'a cessé de travailler,
ouvert aux nouveautés et aux paradoxes de son temps, passionné par l'écriture
comme par la peinture, musicologue averti. Bref, un être aux multiples
facettes.
Pour ce qui regarde plus précisément Oscar Wilde, les références ne sont
qu'esquissées. On ignore tout, par exemple, du portrait de Sir Coleridge
Kennard assis sur un sofa fleuri que Blanche exécuta en 1904, et qui, par
discrétion, et en raison de sa ressemblance avec le héros de Wilde, fut titré Portrait
de Dorian Gray par le rédacteur du catalogue de l'exposition des œuvres de
l'artiste, à la Galerie Charpentier, à Paris, en 1924. En revanche, Monsieur
Collet mentionne que, dans son roman quasi autobiographique, intitulé Aymeris,
le "peintre-écrivain" dit avoir été présenté à Whistler, lors d'une
réception en l'honneur du conférencier Wilde. Il signale le texte des Propos
du peintre consacré à l'écrivain irlandais, la visite de John Rothenstein à
Dieppe (où Jacques-Emile Blanche montra au critique d'art le café où se
réunissaient Beardsley, Conder, Sickert et Wilde), la jalousie de Gide à
l'égard de son confrère d'Outre-Manche, l'impertinence de Blanche comparable à
celle de Wilde. Il évoque également le style très recherché des lettres
envoyées par ce dernier à Blanche. La rencontre des deux protagonistes en 1879
est l'occasion pour le biographe de retranscrire un extrait de Dates où Blanche reconnaît que l'excellence du
conteur, la puissance de son esprit tranchent avec le physique du dandy. C'est
sans doute cette citation qui demeure la plus pertinente pour la compréhension
des rapports entre l'écrivain et le portraitiste.
Pourtant, il faut l'avouer, cet usage de citations, auquel le biographe
n'hésite pas à recourir systématiquement, égare le lecteur, qui peine ainsi à
cerner avec précision le contexte de toute une époque et le déroulement de la
vie particulièrement riche du peintre. Ce procédé redondant ne permet pas
l'analyse approfondie de la personnalité et de l'oeuvre d'un homme dont on
aimerait percer davantage les secrets, dont on désirerait apprécier
véritablement les qualités et les défauts, dont on voudrait plus encore
appréhender les amitiés, les sympathies et les antipathies. On devrait surtout
discerner avec plus de netteté l'évolution du style d'un artiste qui, au gré de
ses rencontres et des influences subies (celle de Manet n'étant pas la
moindre), modifia la vision de son art et sa technique.
Si l'on ne peut évidemment pas se passer de la littérature abondante du
"peintre-écrivain" pour aborder ce dernier, il convient toutefois
d'exercer un recul critique sur ses écrits, car, en dépit de l'acuité de nombre
de ses jugements, Blanche ne fut pas toujours objectif et ses souvenirs,
parfois erronés, auraient mérité quelques corrections.
Mais sommes-nous en droit de reprendre un auteur, qui, dans un souci
documentaire, emporté par l'étendue de son savoir, a voulu mettre en lumière
une figure capitale de l'histoire des arts, encore trop méconnue du grand
public aujourd'hui, en dépit de sa réhabilitation et malgré la reproduction
fréquente de plusieurs de ses portraits?
Chantal Beauvalot
Professeur de philosophie
honoraire
Docteur en histoire de l'art
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