
Oscar Wilde
De Profundis
Par
Pascale Amiot
What lies
before me is my past. I have got to make myself look on that with different
eyes, to make the world look on it with different eyes, to make God look on it
with different eyes.[1]
Oscar Wilde in phase 19[2]
Entre janvier 1897 et mars 1897, Oscar Wilde incarcéré à
la Prison de Reading écrit une longue lettre adressée à son ami Lord Alfred
Douglas. Le Poète Forçat[3] y dresse une rétrospective de leurs relations tumultueuses et
destructrices de l’automne 1892 à l’hiver 1897 et une chronique des
circonstances ayant mené à son inéluctable procès en mai 1895. Oscar Wilde
ayant en effet attaqué pour diffamation le père d’Alfred Douglas, le Marquis de
Queensberry, ce dernier est acquitté tandis que l’écrivain, alors à l’apogée de
sa gloire, est arrêté, jugé et condamné à deux années de travaux forcés pour
crime d'homosexualité. “ I thought life was going to be a brilliant comedy […] I found it to be a revolting and repellent tragedy ”, écrit-il du fond
de sa cellule. De Profundis est sa tentative pour transmuter cette
tragédie en œuvre d’art.
La genèse et l’histoire du texte s’avèrent suffisamment
peu communes pour mériter d’être brièvement retracées, car elles imposent des
contraintes d’écriture (et par conséquent de lecture) tout à fait particulières
: selon le directeur de la prison chacun des feuillets vierges successivement
remis à l’écrivain — vingt feuillets de quatre pages au total — aurait été
soigneusement numéroté, puis repris chaque soir, les feuillets terminés étant
retirés et placés sous bonne garde. “ I cannot reconstruct my letter, nor
rewrite it ”[4], explique ainsi l’écrivain au terme de sa lettre, ce qui justifie les
défaillances structurelles d’une œuvre qui pâtit parfois de boucles ou de
redites. Rupert Hart-Davis, qui entreprit de publier les lettres de l’écrivain,
observe néanmoins que celui-ci avait dû jouir d’une relative clémence : trois
feuillets semblent en effet avoir été recopiés, car ils ne comportent,
contrairement aux autres, ni rature ni correction ; en outre, dans sa
lettre du 1er avril 1897 à Robert Ross, Wilde cite (soit-disant de mémoire)
certains passages de De Profundis, ce qui semble peu crédible compte
tenu de l’exactitude et de la précision des citations. Dans cette lettre, il
exprime son intention d’envoyer le manuscrit à Ross, afin que ce dernier le
lise puis le copie avant de le transmettre à son destinataire, Alfred Douglas,
et le fasse lire à certains amis désignés par l’auteur[5]. Or, Wilde ne fut pas autorisé à envoyer son manuscrit qui lui fut remis à
sa sortie de prison, le 18 mai 1897. C’est alors qu’il le confie alors à Robert
Ross, le chargeant de le faire copier en deux exemplaires. Contrairement aux
instructions de Wilde, celui-ci transmet ensuite non pas l’original mais une
des copies à Lord Alfred Douglas, chargé à son tour de faire lire la lettre à
sa mère et à son frère Percy. Lord Alfred Douglas nia par la suite avoir jamais
reçu le document.
De Profundis jouit ainsi d’un statut ambigu,
dans la mesure où cet écrit initialement intime et confidentiel, car destiné au
seul Alfred Douglas, devient un document destiné à la publication. “ My
long letter to Douglas ” se transforme au fil des pages en manuscrit,
“ the great manuscript about which you know ”[6], , qui doit être porté à la connaissance du
Monde, comme le suggère non sans humour son maître d’œuvre :
If the copying is done at Hornton Street the lady type-writer might be fed through a lattice in the door like the cardinals when they elect a Pope, till she comes out on the balcony and can say to the world “Habet Mundus Epistolam”; for indeed it is an Encyclical letter, and as the Bulls of the Holy Father are named from their opening words, it may be spoken of as the Epistola : In Carcere et Vinculis. [7]
La lettre composée dans la solitude du cachot devient
Lettre Encyclique, telles les missives solennelles envoyée par le Pape
aux évèques et aux fidèles du monde entier. La simple lettre est devenue œuvre,
comme l’indiquent son titre posthume, suggéré par E.V. Lucas et emprunté
au premier verset du Psaume 130 (“ Out of the depths I have cried unto
thou, O Lord ”), et son sous-titre conforme aux suggestions de l’auteur
lui-même. Pouvait-il en aller autrement, alors que Wilde expose dans De
Profundis sa conception de l’écriture comme “ production d’une œuvre
artistique ”[8] ?
Cinq ans après la mort de Wilde, Robert Ross, fidèle à sa
promesse, publie des extraits du manuscrit sous le titre De Profundis, version
abrégée expurgée de toute référence à Alfred Douglas ainsi qu’à sa famille.
Trois années plus tard, une version plus complète paraît dans The Collected
Edition. L’année suivante, Robert Ross fait don de l’original au British
Museum en exigeant cinquante années de secret, et lègue à Vyvyan Holland (le
fils cadet d’Oscar Wilde) la seconde copie qui sert de référence pour la
version de 1949. Or il s’avère que cette version pourtant plus fidèle diffère
considérablement du texte original, du fait des incompréhensions, des fautes de
copie, ou des nombreux passages enjolivés ou redistribués par Robert Ross. Le
texte sera finalement publié dans son intégralité par Rupert Hart Davis en 1962
dans The Letters of Oscar Wilde [9].
Considérée comme “ œuvre majeure ”[10], De Profundis s’avère paradoxalement ignoré par la critique, et
souvent exclu des anthologies Wildiennes[11]. Peut-être cela tient-il au caractère composite d’une œuvre déroutante de
par sa nature et son statut, et par conséquent difficilement classable.
Une autobiographie ?
On peut s’interroger sur la légitimité d’inclure De
Profundis dans une étude sur l’autobiographie et sur la mesure dans
laquelle cette œuvre peut être considérée comme une autobiographie stricto
sensu. Philippe Lejeune fonde sa célèbre définition du genre
autobiographique sur quatre critères fondamentaux : forme du langage, sujet
traité, situation de l’auteur, et position du narrateur. L’autobiographie est
ainsi un “ récit rétrospectif en prose qu’une personne réelle fait de sa
propre existence, lorsqu’elle met l’accent sur sa vie individuelle, en
particulier sur l’histoire de sa personnalité. ”[12] Si l’on reconnaît la validité d’une telle définition, De Profundis s’inscrit
tout à fait dans le cadre de l’autobiographie. En effet l’œuvre est avant tout
un long récit, rétrospective d’une liaison de plusieurs mois entre son auteur
et son destinataire et de deux années de souffrances en prison. Si partout l’on
décèle entre les lignes la plume de Wilde poète, critique, et dramaturge, c’est
en outre pour le médium de la prose que l’écrivain a opté ici, contrairement à The
Ballad of the Reading Gaol, son dernier poème, publié quelques mois
plus tard.
Le sujet traité est incontestablement, mais non
limitativement, la vie individuelle de l’auteur : sa vie avant puis avec Lord
Alfred Douglas, sa vie passée et présente en prison, et, sotto voce, son
existence à venir au terme de cette épreuve affective, artistique, et morale.
L’œuvre retrace en outre “ l’histoire d’une personnalité”, préoccupation
explicite de l’auteur, comme il le souligne a posteriori dans sa lettre
à Robert Ross :
There are in the letter certain passages which deal with my mental development in prison and the inevitable evolution of character and intellectual attitude towards life that has taken place. [...] I know both these sweet women [the Lady of Wimbledon and Frankie Forbes-Robertson] will be interested to know something of what is happening to my soul — not in the theological sense, but merely in the sense of the spiritual consciousness that is separate from the actual occupations of the body.[13]
Le troisième critère retenu par Lejeune est celui de
l’identité de l’auteur et du narrateur. Dans un paragraphe intitulé “ Je
soussigné ”, il s’interroge sur les manifestations de cette identité :
Pour un
autobiographe, il est naturel de se demander tout simplement : “ Qui
suis-je ? ”. Mais puisque je suis lecteur, il est non moins naturel que je
pose d’abord la question autrement : “ Qui est “ je ”, c’est à
dire : qui est-ce qui dit “ Qui suis-je ? ”[14]
Lejeune fonde sa démonstration sur l’importance du nom
propre dans l’autobiographie,arguant que “ c’est dans le nom propre, que
personne et discours s’articulent avant même de s’articuler dans la première
personne ”, que “ toutes les identifications […] aboutissent
fatalement à monnayer la première personne en un nom propre ”[15], et concluant que “ le sujet profond de l’autobiographie, c’est le
nom propre. Le désir de gloire et d’éternité si cruellement démystifié par
Sartre dans Les Mots, repose tout entier sur le nom propre devenu
nom d’auteur ”[16]. La question est tout à fait centrale dans De Profundis :
l’écrivain y affirme la fierté du nom, son sens d’un héritage social,
artistique et moral, sa honte d’avoir souillé cet héritage. “ I inherited from my
father and my mother a name of high distinction in literature and art, and I
cannot, for eternity, allow that name to be the shield and catspaw of the Queenberrys ”[17], écrit Oscar Wilde à Robert
Ross. Dans la prison de Reading, le poète est privé de son nom : “ I
myself at the time had no name at all. I was merely the figure and letter of a
little cell in a long gallery, one of a thousand lifeless numbers. ”[18] A la mort de sa mère, il
exprime ses remords : “ She and my father had bequeathed me a name they
had made noble and honoured […] I had disgraced that name eternally. I had made
it a low byword among low people. I had dragged it through the very mire. ”[19] Enfin, dans une diatribe
contre la Société, il écrit :
But for me “the world is shrivelled to a
handbreath ”, and everywhere I turn my name is written on the rocks in
lead. For I have come, not from obscurity to the notoriety of crime, but from a
sort of eternity of fame to a sort of eternity of infamy, and sometimes seem to
myself to have shown, if indeed it required showing, that between the famous
and infamous there is but one step, if so much as one.[20]
De Profundis est un hymne à la gloire
passée et perdue du nom propre (“ I had genius, a distinguished
name ”[21] ; “ My name, once so
musical in the mouth of Fame, will have to be abandoned by me, in turn ”[22]), autant qu’une tentative de
réhabilitation du Nom par l’écriture.
“ Pour qu’il y ait autobiographie […] il faut qu’il
y ait identité de l’auteur, du narrateur, et du personnage ”[23] poursuit Lejeune, définissant la position du narrateur en termes
d’identité du narrateur et du personnage principal, marquée (le plus souvent)
par l’emploi de la première personne. Récit autodiégétique, De Profundis se
décline sur le mode personnel, la récurrence de “ I ”,
“ my ”, et “ myself ” étant parfois poussée jusqu’au
narcissisme. Enfin, comme le précise Lejeune, si le “ je ” ne se
conçoit pas sans un “ tu ” qui reste en général implicite[24], il n’en va pas de même ici, dans la mesure où le nom du destinataire est
le premier élément d’information rencontré par le lecteur : Dear Bosie[25]. Dans la conversation à sens unique qui constitue De Profundis, “ I ”
et “ you ” se confrontent en un constant va et vient. Comme le souligne Richard
Ellmann, “ De Profundis is a kind of dramatic monologue, which
constantly questions and takes into account the silent recipient’s supposed
responses ”[26]. On
constate toutefois au fil des pages la disparition progressive du
“ tu ” au profit du “ je ”, effacement correspondant à la
progression de la réflexion et à l’approfondissement de la perspective.
Vérité et
profondeur
Out
of the depths I have cried unto Thee, O Lord.
Lord
hear my voice: let Thine ears be attentive to the voice of my supplications.
If
Thou, Lord, should mark iniquities, O Lord, who shall stand ?[27]
Comme nous l’avons signalé, “ De Profundis ”
sont les deux premiers mots de la version latine du Psaume 130. Des Profondeurs
de la prison, de la solitude et de l’opprobre, s’élève une voix qui réclame
l’attention et clame la vérité : “ the truth will have to be
known ”[28], affirme l’écrivain. La vérité est ici plurielle, car la dualité
propre au statut de l’œuvre (lettre personnelle — lettre encyclique) se
retrouve bien entendu au niveau de son contenu : lettre privée, intime,
destinée à l’édification du seul Alfred Douglas, à qui elle donne à lire la
vérité sur sa nature et sur sa conduite, elle est aussi, et surtout, lettre
publique destinée à l’édification du monde auquel elle vient livrer la vérité
sur la tragédie dont l’écrivain fut victime, et sur l’évolution intellectuelle,
morale et spirituelle de ce dernier — les deux aspects, privé et public, étant
indissociables.
“ Catching
Lord Alfred Douglas’s consciousness ”[29]
Dans les premières lignes de sa lettre, Wilde expose ses
raisons d’écrire et explique à “ Bosie ” comment il doit lire ce
document, et ce qu’il doit en faire. Déçu par le silence et l’ingratitude de
son ami, Wilde entreprend de lui révéler la vérité sur sa nature profonde
(“ It is the first time anyone has ever told him the truth about
himself ”[30] écrit-il rétrospectivement à Robert Ross), sur son comportement passé et
sur leur relation, “ our ill-fated and most lamentable friendship ”. “ I earnestly hope the
letter will do him good ”, confie-t-il à Ross.
Invitant
Alfred Douglas à se tourner vers le passé (“ If you look back... ”),
il s’efforce de lui ouvrir les yeux sur sa conduite (“ some day you’ll
have to think of your conduct ”) et sur son caractère : “ I felt that
at last the time had come when you should be made to see, to recognise, to
realise a little of what you had done. ”[31] Le texte est ponctué de
questions, relatives à la vision et à la compréhension : “ don’t you
see... ”, “ don’t you feel... ”, “ don’t you
understand... ”, l’objectif de l’écrivain étant de provoquer chez son
interlocuteur une salutaire prise de conscience : “ In order that you
should realize what you were […] : what you have been... ”[32] ; “ You see that I have
to write your life to you, and you have to realise it. ”[33]
Pour Richard Ellmann De Profundis est une
confession détournée, “ a vicarious confession ”. Comme l’observe en
effet le critique : “ more than half of De Profundis is taken up by
his confession, not of his own sins, but of Bosie’s. ” Les quarante
premières pages de la lettre sont une condamnation impitoyable d’Alfred Douglas
et de sa famille, tout à la fois un réglement de comptes de l’amant déshonoré,
ruiné, trahi et abandonné, un récit émaillé des récriminations les plus
triviales[34], et une leçon de savoir vivre et de morale non dénuée de grandeur et de
noblesse. Retraçant dans le détail les événements majeurs et mineurs des mois
passés en commun, Wilde dénonce à loisir la qualité destructrice de ses
relations avec son amant (“ the appalling results of my friendship with
you ”[35]) sur le plan intellectuel, artistique,
(“ you were the absolute ruin of my art ”), financier (“ I blame
myself again for having allowed you to bring me to utter and discreditable
financial ruin ”) et éthique (“ I blame myself for the entire ethical
degradation I allowed you to bring on me ”). Il dresse un catalogue
implacable des défauts de Douglas, responsable, selon lui, de la mise à sac de
son génie, de sa fortune, de sa nature, et de son existence même. Il dénonce ainsi tour à tour,
“ your incapacity of being alone ”, “ your nature so
exigent ”, “ your lack of any power ”, “ your desires and
interests in Life not in Art ”, “ your appetites and reckless
profusion ”, “ common profligacy ”, “ distorted mind and
body ”, “ dreadful mania ”, “ meanest motives ”,
“ lowest appetite ”, “ most common passion ”. La condamnation est sans appel, la thématique récurrente étant celle de
l’aveuglement, lié au manque d’imagination, lui-même fruit de la haine :
But you […] have had a terrible tragedy in your life. In you Hate was always stronger than love […]. Love can read the writing on the remotest star. But hate blinded you so that you could see no further than the narrow, walled-in, and already lust-withered garden of your common desires. Your terrible lack of imagination, the one really fatal defect of your character, was entirely the result of that Hate that lived in you.[36]
Wilde est conscient de l’impact de telles accusations, et
de leur caractère impitoyable : “ You will let the
reading of this terrible letter prove to you as important a crisis and turning
point of your life as the writing of it is to me ”, écrit-il à Bosie — qui
détruira la lettre sans dépasser la deuxième page. Fort
heureusement, l’objectif de Wilde en composant De Profundis n’était pas
la seule édification intellectuelle et morale de son amant. Au-delà du domaine
purement personnel et privé, il s’agit en effet pour l’écrivain de composer une
apologie.
“ Putting
himself right with the world ”
“ Some
day the truth will have to be known : not necessarily in my lifetime or in
Douglas’s : but I am not prepared to sit in the grotesque pillory they put me
into, for all time. ”[37] Comme l’explique Wilde à
Robert Ross, De Profundis est aussi une apologie,
the only document that really gives any explanation of my extraordinary behaviour with regard to Queensberry and Alfred Douglas. When you have read the letter you will see the psychological explanation of a course of conduct that from the outside seems a combination of absolute idiocy and silly bravado […] I don’t defend my conduct. I explain it.[38]
Spectateur de sa propre tragédie — le thème est
récurrent — Wilde retrace par le détail son expérience de la rupture et de la
faillite amoureuses, familiales, sociales, financières, intellectuelles et
artistiques. Il
se présente en victime du destin, “ not Destiny merely, but Doom ”,
dénonçant le piège qui lui fut tendu, “ the hideous trap in which I had
allowed myself to be caught ”, et démontant l’engrenage implacable de la
haine dont il se trouva être l’enjeu : “ In your hideous game of hate
together, you had both thrown dice for my soul, and you happened to have
lost. ”[39] Il
reconnaît pour sa part avoir commis une funeste erreur psychologique, et
attribue ses errements à quatre de ses défauts — simples revers d’autant de
qualités : “ deep if misplaced affection ”, “ good nature and
celtic laziness ”, “ pity for you defects ”, “ artistic
aversion to coarse scenes ”. Par moments l’apologie devient une élégie, un
hymne à la grandeur passée. Comme Richard Ellmann l’observe avec humour,
“ elegy generates eulogy ”. Le passage le plus célèbre de l’œuvre en
témoigne :
I was a man who stood in symbolic relations to the art
and culture of my age. I had realised this for myself at the very dawn of my
manhood, and had forced my age to realise it afterwards. […] Byron was a
symbolic figure, but his relations were to the passion of his age and its
weariness of passion. Mine were to something more noble, more permanent, of
more vital issue, of larger scope.[…] I awoke the imagination of my century so
that it created myth and legend around me : I summed up all system in a phrase,
and all existence in an epigram.[40]
Du summum de la gloire à la déchéance et à l’infamie, la
chute est d’autant plus impitoyable. Wilde ne s’attarde pas sur les
circonstances matérielles de sa vie en prison (“ grotesque ” est un
adjectif récurrent), mais plutôt sur les souffrances morales engendrées par son
emprisonnement dans ce qu’il dénomme “ The House of Pain ”[41] :
After my terrible sentence, when the prison-dress was on
me, and the prison-house closed, I sat amidst the ruins of my wonderful life,
crushed by anguish, bewildered with terror, dazed through pain. But I would not
hate you.[42]
De Profundis
se veut
avant tout un hymne à la souffrance, “ a Symphony of Sorrow ”, fruit
d’une expérience initiatique : “ The Mystical in Art, the Mystical in
Life, the Mystical in Nature — this is what I am looking for, and […] in the
initiation of Sorrow […] I may find it ”[43] écrit Wilde, qui affirme, dans la dernière phrase de sa lettre, vouloir à
son tour inculquer à Alfred Douglas le sens et la beauté de la Souffrance.
“ The
meaning of Sorrow, and its beauty ”[44]
“ Pain ”,
“ Suffering ” et “ Sorrow ” sont incontestablement les leitmotivs
de De Profundis :
But we who live in prison, and in whose life there is no
event but sorrow, have to measure time by throbs of pain, and the record of
bitter moments. We have nothing else to think of. […] So much in this place do
men live by pain that my friendship with you […] appears always to me a prelude
consonant with those varying modes of anguish which each day I have to
realise.[…]
Suffering is one long moment. We cannot divide it by
seasons […] With us time does not progress. It revolves. It seems to circle
round one centre of pain. […] For us there is only one season, the season of
Sorrow. […]
I have lain in prison for nearly two years. Out of my nature has come wild despair; an abandonment to grief that was piteous even to look at; terrible and impotent rage: bitterness and scorn: anguish that wept aloud: misery that could find no voice: sorrow that was dumb. I have passed through every possible mood of suffering. Better than Wordsworth himself I know what Wordsworth meant when he said:
Suffering is
permanent, obscure and dark
And has
the nature of Infinity.[45]
Wilde
réaffirme alors le lien entre souffrance et spiritualité : “ Where there
is Sorrow, there is holy ground”[46]; “ Each of these things
I have to transform into a spiritual experience. […] There is not a
single degradation of the body which I must not try and make into a
spiritualising of the soul ”[47], explique-t-il, entreprenant
de décrire la transmutation de son expérience de la souffrance en expérience
spirituelle. Il cite ainsi (en anglais cette fois) Le
Purgatoire de Dante : “ Sorrow remarries us to God. ”[48]
L’âme est une
préocupation constante dans De Profundis : “ What will happen to my
Soul ? ”[49]; “ I was no longer the
Captain of my Soul ”[50] ; “ At all costs I must
keep love in my heart. If I go into prison without Love what will become of my
Soul ?”[51] ; “ It was of course my
soul in its ultimate essence that I had reached ”[52]. Pour Wilde, préserver son
âme suppose l’expérience de l’acceptation, car, explique-t-il, “ the mood
of rebellion closes up the channels of the Soul ”[53] :
What lies before me is my past. I have got to make myself look on that with different eyes, to make the world look on it with different eyes, to make God look on it with different eyes. This I cannot do by ignoring it, or slighting it, or praising it, or denying it. It is only to be done by accepting it as an inevitable part of the evolution of my life and character: by bowing my head to everything that I have suffered.[54]
Wilde conjugue
alors les trois grandes notions Chrétiennes de l’humilité (“ There
is only one thing for me now, absolute Humility ” — or, comme le signale
R. Ellmann, “ Humility is a slippery term in De Profundis ”[55]), de l’amour (“ You
know already what Hate is. Is it beginning to dawn on you what Love is, and
what is the nature of Love? ”[56]) et du pardon (“ And
the end of it all is that I have got to forgive you […] For my own sake I must
forgive you. ”[57]). Ainsi Wilde écrit-il :
It is the last thing left in me, and the best: the ultimate discovery at which I have arrived: the starting point for a fresh development. It has come to me right out of myself. […] It is the one thing that has in it the elements of life, of a new life, a Vita Nuova for me. […] My nature is seeking a fresh mode of self-realisation.[58]
Cependant, quelques pages plus loin, il réalise que ce
nouveau départ s’inscrit en réalité dans la continuité :
This new life, as through my love of Dante I like sometimes to call it, is, of course, no new life at all, but simply the continuance, by means of development, and evolution, of my former life.[59]
“ Christ’s
place indeed is with the poets ”[60]
Dans la partie centrale de De Profundis, le ton et
le style intimistes se modifient, la perspective se transforme tandis
que Wilde expose sa conception du Christ et de sa Passion. Comme le signale Richard
Ellmann, “ De Profundis moves from the discovery of pain to the
discovery of consolation. Its climax, doubtless premeditated from the start,
was the section dealing with Wilde’s discovery in prison of Christ. ”[61] Adoptant
un point de vue essentiellement artistique, Wilde renoue avec sa plume d’esthète.
Il rapproche
tout d’abord le destin de Jésus Christ de celui de l’artiste (“ I see a
far more intimate and immediate connection between the true life of Christ and
the true life of the artist ”[62]), ainsi que leur nature,
(“ the very basis of his nature was the same as that of the nature of the
artist, an intense and flamelike imagination ”[63]). Il voit en lui le
précurseur du Romantisme, “ the true precursor of the romantic movement in
life ”, dans la mesure où il unit personnalité et perfection : “ the
close union of personality with perfection which forms the real distinction
between classical and romantic Art ”. Pour
Wilde, il est l’Individualiste par excellence. Comme l’observe fort justement
Ellmann :
This too is less humble than it seems, since Wilde not only describes Christ without recognizing his divinity, but blends Christianity with aestheticism, as long ago he told André Gide he would do. Christ appears here as the supreme individualist […] saying beautiful things, making of his life the most wonderful of poems by creating himself out of his own imagination. […] Christ is a precursor of the Romantic movement, a supreme artist, a master of paradox, a type of Wilde in the ancient world.[64]
Wilde ne résiste pas en effet à la tentation de l’identification.
Destinée tragique, calvaire, martyre : il identifie son parcours personnel à
celui de Jésus Christ. Comme lui, il se conçoit comme Individualiste par
essence. On ne peut manquer d’être frappé à ce stade par la réduction de la
dimension spirituelle de la figure Christique, “ this palpitating centre
of romance ”, “ this fascinating personality ”, et par le
phénomène d’appropriation (et d’auto-justification) qui sous-tend les pages
centrales de l’œuvre. Le doute s’insinue, à ce stade, quant à la sincérité de
l’écrivain.
“ A sort of possible
goal towards which through art, I may progress ”[65]
Quoiqu’il
en soit, la réflexion débouche sur un projet artistique : “ I see new
developments in Art and Life, each of which is a new mode of perfection. I long
to live so that I can explore what is no less than new world to me. […] It is
the world in which I have been living. ”[66], explique Oscar Wilde. Il aspire, à sa sortie de prison à retrouver sa créativité d’artiste,
“ recrate my creative faculty ”, “ assert myself as an
artist ”. Son
projet est double :
If I ever write again, in the sense of producing artistic
work, there are just two subjects on which and through which I desire to
express myself: one is “Christ as the precursor of the Romantic movement in
life”; the other is “the Artistic life considered in its relation to Conduct”.[67]
Sans pour autant remettre ici en cause la sincérité de
l’artiste, on sait malheureusement le peu de suite qui sera donné à ce
double projet, puisque seul paraîtra The Ballad of the Reading Gaol. De
Profundis demeure l’œuvre ultime de l’écrivain, profession de foi et
testament littéraire.
Artifice ou sincérité ?
Le 2 juillet 1896, Oscar Wilde avait adressé au directeur
de la Prison de Reading une demande de rémission de peine, prétextant sa peur
de devenir fou. Malheureusement, comme le signale P. Jullian, sa demande était
si lucide et si bien écrite qu’elle ne fut pas prise en considération. On peut
se demander si De Profundis ne souffre pas de même d’une trop grande
recherche de perfection formelle. Son auteur se défend pourtant de ce type
d’accusation, arguant de sa sincérité et de son souci d’authenticité, et en
appelant à son lecteur — privé comme public :
You must take my letter as it stands, blotted in many places with tears, in some with the signs of passion or pain, and make it out as best as you can […]. As for the corrections and errata, I have made them in order that my words should be an absolute expression of my thoughts, and err neither through surplusage nor through being inadequate. Language requires to be tuned, like a violin: and just as too many or too few vibrations in the voice of the singer or the trembing of the string will make the note false, so too much or too little in words will spoil the message. As it stands, at any rate, my letter has its definite meaning beyond every phrase. There is in it nothing of rhetoric. Wherever there is erasion or substitution, however slight, however elaborate, it is because I am seeking to render my real impression, to find for my moods its exact equivalent. Whatever is first in feeling comes always last in form.[68]
Lecteurs et critiques s’avèrent pourtant très divisés
quant à leur réception de l’œuvre. Pour d’aucuns, l’œuvre est révoltante de sentimentalité :
“ an obsessive piece of writing, a quicksand of self-pity and
recrimination in which the reader is soon up to the neck. ”[69] Pour
d’autres, elle est le coup-de-maître de Wilde, un chef d’œuvre de sincérité et
de profondeur. Pour d’autres enfin, elle n’est qu’artifice et poudre aux
yeux :
For some readers, De Profundis is his greatest work because it is the one in which he realised for the first time in his life the vital importance of being earnest. For other readers De Profundis is “the artist essay of an artist […] still playing with ideas, playing with emotions.”[70]
L’accusation la plus souvent portée est celle
de théâtralité, de mise en scène, de simulation. Dans un article consacré aux
pièces de Wilde, Richard Allen Cave fait siens les arguments de Frank Mc Guinness
:
What saves Wilde’s apologia for his life from self-pity and over-sentimentalism is the sense that it is all performance, consumate play acting by Wilde for a single spectator. He changes masks with such rapidity and skill that (for all the evident pain) one is not sure where the truth lies; or what the heart is of Wilde’s mystery. The key to McGuinness’s Reading of Oscar Wilde lies in the subtle revision Wilde made at the letter’s beginning where he had written “an artist as I was”. This he altered to “an artist as I am.” Wilde acknowledges that he never ceases to be the artist and performer”.[71]
Sincérité, ou artifice ? De Profundis se prête
parfaitement à semblable débat, le “ je ” se trouvant mis en scène dans
une succession de rôles, de versions du “ Moi ” : du “ je ”
repentant (“ I blame myself ”, “ I blame myself again ”),
au “ je ” moraliste, en passant par le “ je ” inquisiteur,
ou philosophe, ou encore victime. “ De Profundis is one of the great roles of a
repertoire now out-of-date, the interminable plaint of a man condemned to
silence for two years ”[72] écrit P. Jullian, tandis
qu’Ellmann observe : “ Wilde offers himself as a penitent, but within
this guise begins to turn into a martyr, to be released, and reborn, and
justified. ”[73] L’humeur varie au gré des
pages, comme le souligne l’auteur dans les dernières lignes de sa lettre :
“ How far I am away from the true temper of soul, this letter in its
changing, uncertain moods, its scorn and bitterness, its aspirations and its
failures to realise these aspirations, shows you quite clearly. ”[74] Le
lecteur est alors libre de s’impliquer — ou non — dans les émotions — ou les
rôles successifs — de l’écrivain.
À notre sens, De Profundis est un texte
incontestablement émouvant, paradoxalement sauvé du pathétique par le
narcissisme dont il fait souvent montre. Un subtil va et vient s’établit ainsi
entre identification et distanciation, permettant au lecteur de mettre en
perspective les versions du “ Moi ” successives et complémentaires
données à lire au fil des pages.
Or cette “ mise en scène ” du moi n’est pas
l’apanage de De Profundis : n’est-elle pas, en effet, inhérente à
toute forme d’autobiographie ? “ La situation théâtrale peut certes
remplir la fonction des guillemets, signalant le caractère fictif de la
personne qui dit ‘je’ ”, écrit P. Lejeune, poursuivant :
Ce que nous
frôlons ici [...] ce sont les problèmes de la différence du roman
autobiographique et de l’autobiographie. Mais aussi, pour l’autobiographie
elle-même, l’évidence que la première personne est un rôle.[75]
La question n’est pas ici celle de l’objectivité
dans la production d’une image de soi — il est clair, en effet, que toute
autobiographie, en tant que discours de la subjectivité, contribue à la
construction et à l’expression d’un mythe du Moi, avec “ les erreurs, les
déformations, les interprétations consubstantielles à l’élaboration du mythe
personnel ”[76], observées par Lejeune :
La formule en serait non plus “ Je soussigné ”,
mais “ Je jure de dire la vérité, toute la vérité, rien que la
vérité ”. Le serment prend rarement une forme aussi abrupte et totale :
c’est une preuve supplémentaire d’honnêteté que de la restreindre au possible
(la vérité telle qu’elle m’apparaît, dans la mesure où je puis la
connaître, etc., faisant la part des inévitables oublis, erreurs, déformations
involontaires, etc.), et que de signaler explicitement le champ auquel
ce serment s’applique.[77]
Il apparaît donc à ce stade que le problème posé par De
Profundis n’est pas celui de l’objectivité, mais celui de la complexité
du mythe ici posé, avec ses flagrantes contradictions, son apparente
artificialité, sa problématique sincérité — son impossible vérité.
“ A truth
in art is that whose contrary is also true ”, écrivait Wilde dans “
Phrases and Philosophies for the use of the Young ” — Wilde qui affirmait
aussi : “ In all matters, style,
not sincerity is the essential. ” Même si, comme l’avancent certains
critiques, son séjour en prison aurait pu remettre en question certains des
présupposés esthétiques de l’artiste, le style de De Profundis constitue
une autre pierre d’achoppement pour un lecteur en quête d’authenticité.
L’exigence de sincérité propre à l’autobiographie fait en effet mauvais ménage
avec la préciosité, la recherche, l’éloquence de l’écriture : “ as an
apologia De Profundis suffers from the adulteration of simplicity by
eloquence ”[78] , déplore Richard Ellmann. L’œuvre souffrirait ainsi d’un “ trop
écrire ”, pâtirait du trop grand savoir-faire de son créateur. Commentant
le style “ trop précieux, trop conscient ” de Gide (selon ses propres
dires), Lejeune conclut : “ Quand l’art se voit trop, il paraît artifice;
et l’artifice, dissimulation, ou comédie. Entre l’art et la
“ sincérité ”, le lecteur finit par croire qu’il y a
antinomie. ”[79] Mais il précise ensuite fort justement :
La lecture de
l’autobiographie suppose au contraire que l’on abandonne cette recherche
réductrice d’un contenu caché pour s’attacher à tout ce qui est patent dans
l’énonciation : le style, la belle écriture, […] les fioritures, les effets de
voix — tout cela devient alors l’essentiel.[80]
De Profundis
met incontestablement en œuvre cette “ belle écriture ”. Le texte abonde d’images et
de métaphores : “ One cannot always keep an adder in one’s breast to feed
on one, nor rise up every night to sow thorns in the garden of one’s
soul. ”[81] ; “ If hate blinded your
eyes, Vanity sewed your eyelids with threads of iron. ” [82] Evoquant sa vie de
dissipation, Wilde écrit :
The danger was half the excitement. I used to feel as the snake charmer must feel when he lures te cobra to stir from the painted cloth or reed basket that holds it, and makes it spread its hood at his bidding, and sway to and fro in the air as a plant sways restfully in a stream. They were to me the brightest of gilded snakes. […] I did not know that when they were to strike me it was to be at your piping and for your father’s pay.[83]
L’écrivain
manie les couleurs avec la dextérité du peintre, marquant sa prédilection pour
la pourpre (“ Were my body in purple and fine linen, and the soul within
it sick with hate ”[84] ; “ To wear gloom as a
King wears purple ”[85] ; “ A purple pall and a
mask of noble sorrow ”[86] ; “ In the note of Doom
that like a purple thread runs through the gold cloth of Dorian Gray ”[87]), et l’écarlate (“ the
scarlet figure of history ”[88] ; “ weaving into one
scarlet pattern the threads of our divided lives ”[89]), dans une écriture d’une
tonalité plus dramatique. Comme on l’a vu, sa prose se teinte souvent de poésie
: “ In the small chances, the slight accidents […] the dust that dances in
a beam, the leaf that flutters from a tree, ruin followed. ”[90]
Citations et références culturelles, littéraires et
philosophiques se multiplient à l’envi, dans un kaleïdoscope de citations
grecques et latines, allemandes, italiennes et françaises, Wilde citant
(probablement de mémoire) La Divine Comédie de Dante, Wilhelm Meister
de Goethe, Les Fleurs du Mal de Baudelaire, Renaissance et Marius
the Epicurean de Pater, Il Penseroso de Milton, Poems and Balads
de Swinburne, Literature and Dogma de Matthew Arnold, sans oublier
Aristote, Platon, Eschyle, Virgile, Shakespeare, Wordsworth, Keats, Balzac,
Gautier, Bacon, Renan, Emerson, et, bien entendu, les Evangiles, “ the
four prose-poems about Christ ”, dont il fait une lecture quotidienne.
S’il se définit avec nostalgie comme “ Once a Lord
of language ”, l’écrivain montre qu’il n’a rien perdu de sa virtuosité, de son art de la
rhétorique (même si, comme on l’a vu, il s’en défend) : “ If I have
brought this pitiless indictment against you, think what an indictment I bring
without pity against myself. ”[91] ; “ My business as
an artist was with Ariel. You set me to wrestle with Caliban ”[92] ; “ What was there in
you […] that I could influence ? Your brain ? It was underdeveloped. Your imagination
? It was dead. Your heart ? It was not yet born ”[93]. Son talent pour l’épigramme
se fait partout sentir : “ The supreme vice is shallowness. Whatever is
realised is right ”[94] (vérité assénée à quatre
reprises) ; “ Sins of the flesh are nothing. Sins of the soul alone
are shameful. ”[95] ; “ What is said of a
man is nothing. The point is, who says it. ”[96] ; “ A sentimentalist is
simply one who desires to have the luxury of an emotion without paying for
it. ”[97]
Devant un tel feu d’artifice intellectuel et verbal, la
question de la vérité se trouve finalement reléguée au second plan, tant et si
bien que, comme le souligne P. Lejeune, “ le terme ultime de vérité (si l’on
raisonne en terme de ressemblance) ne peut plus être l’être-en-soi du passé (si
tant est qu’une telle chose existe), mais l’être-pour-soi, manifesté dans le
présent de l’énonciation. ”[98] Et d’ajouter :
Le discours ne
masque pas [la vérité], mais la produit à sa manière : c’est-à-dire autant
comme effet de l’énonciation que comme contenu d’énoncé. Le style est peut-être
masque, mais le masque est la personne, son authentique visage, sous lequel
il n’y a rien.[99]
Pourrait-on rendre plus bel hommage au texte
autobiographique d’un écrivain qui quelques années avant De Profundis prônait
“ La Vérité des Masques ”[100], et qui réaffirme ici, une dernière fois, la relativité de toute Vérité :
Whatever I touched I made beautiful in a new mode of beauty: to truth itself I gave what is false no less than what is true as its rightful province, and showed that the false and the true are merely forms of intellectual existence.[101]
Bibliographie
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RABY, Peter,
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Edouard, Oscar Wilde, Norfolk, New Directions Books, 1947.
SANDULESCU, George, ed., Rediscovering Oscar Wilde, Gerrards
Cross, Colin Smythe, 1994.
[1] De Profundis, Selected Letters of Oscar Wilde,
ed. Rupert Hart-Davis, Oxford, O.U.P., 1979, p. 239
[2] “Wilde in phase 19” est le titre d’un article publié par Richard
Ellmann dans A Selection of Critical Essays, Englewood Cliffs, Prentice
Hall, 1969. Il
s’agit d’un extrait de A Vision, de William Butler Yeats, dans lequel
Yeats analyse les types humains en termes des phases de la lune, la phase 19
correspondant à ce qu’il appelle “ a fall from united selfhood ”.
[3] C’est ainsi que l’écrivain
signe une lettre adressée à Alfred Douglas le 6 juin 1897.
[4] De Profundis, p. 230.
[5] Lettre à Robert Ross, datée
du 1er avril 1897, Selected Letters,
pp. 240-241.
[6] Selected Letters,
p. 266.
[7] Ibid., p
242.
[8] “ to write [...] in the sense of producing
artistic work ”, Ibid., p. 213.
[9] R. Hart-Davis, The Letters of Oscar Wilde, New
York, Harcourt Brace and World, 1962. Hart-Davis précise : “ The longest
and the most important of all Wilde’s letters was finally printed exactly as he
wrote it [...] except that I broke it up in rather more paragraphs than his
scanty ration of paper allowed him. ” p. 152. L’édition utilisée ici, plus
accessible, est la suivante : Rupert Hart-Davis, Selected Letters of Oscar Wilde, Oxford, O.U.P., 1979.
[10] On peut citer, par exemple, le jugement de Regenia Gagnier
: “ Wilde’s experience of solitary confinement in prison had concrete effects
on what is perhaps his greatest work of art, De Profundis — at once his own autobiography, a biography of Alfred
Douglas and, to adopt his phrase, a symbolic representation of the art and
culture of his age. ” Regenia Gagnier, The Cambridge Companion to Oscar
Wilde, Cambridge, C.U.P., 1996, p. 27.
[11] Ainsi Isobel Murray n’inclut
pas le texte de De Profundis dans The
Writings of Oscar Wilde, Oxford, O.U.P., 1989, renvoyant le lecteur aux Selected Letters de Rupert Hart-Davis.
[12] P. Lejeune, Le Pacte Autobiographique, Paris, Seuil,
1975, p. 14.
[13] Selected Letters, p. 241.
[14] P. Lejeune, Le Pacte Autobiographique, p. 19.
[15] Ibid. , p. 22.
[16] Ibid., p. 33.
[17] Selected Letters,
p. 240.
[18] De Profundis p. 182.
[19] Ibid., p. 186.
[20] Ibid., p. 198.
[21] Ibid., p. 194.
[22] Ibid., p. 238.
[23] P. Lejeune, Le Pacte Autobiographique, p. 15.
[24] Ibid., p. 18.
[25] “ Bosie ” est le
surnom de Lord Alfred Douglas.
[26] R. Ellmann, Oscar Wilde, p. 482. Pour l’histoire,
signalons qu’Alfred Douglas use de son droit de réponse en publiant Oscar Wilde
and myself en 1914, (“ a defensive account of his relation with
Wilde ”), puis sa propre Autobiographie en 1928 et enfin Oscar
Wilde, A Summing Up, en 1940.
[27] Premier verset du Psaume 130.
[28] Selected Letters,
p. 230.
[29] L’expression est employée par Wilde en référence au
“ mousetrap ” de Hamlet : “ By means of the play within the play
[…] Hamlet ‘catches the conscience’ of the King”, De Profundis, p. 233.
[30] Selected Letters,
p. 242.
[31] De Produndis, p. 189.
[32] Ibid.,p. 230.
[33] Ibid., p. 177.
[34] “ Each detail I am forced to recall ” écrit
Wilde, “there is nothing that happened in those ill-fated years that I cannot
recreate in that chamber of the brain which is set apart for grief or
despair. ” De Profundis, p. 173.
[35] Ibid., p. 155.
[36] Ibid., pp. 173-74
[37] Selected Letters,
p. 240.
[38] Ibid.
[39] De Profundis, p.
176.
[40] Ibid., p. 194
[41] Ibid., p. 183.
[42] Ibid., p. 181.
[43] Ibid., p. 238.
[44] Ibid., p. 240.
[45] Ibid., pp. 165, 185, 195.
[46] Ibid., p. 188.
[47] Ibid., p. 187.
[48] Ibid., p. 199.
[49] Ibid., p. 180.
[50] Ibid., p. 195.
[51] Ibid., p. 180.
[52] Ibid., p. 207.
[53] Ibid., p. 203.
[54] Ibid., p. 239.
[55] R. Ellmann, Oscar Wilde, p. 483.
[56] De Profundis, p. 181.
[57] Ibid., p. 193.
[58]Ibid., p. 195.
[59] Ibid., p. 203.
[60] Ibid., p. 205.
[61] R. Ellmann, Oscar Wilde, p. 493.
[62] De Profundis, p. 204.
[63] Ibid., p. 205.
[64] R. Ellmann, Oscar Wilde, p. 493.
[65] Selected Letters, p. 241.
[66] De Profundis, p. 200.
[67] Ibid., p. 213. Wilde fait
état de ce même projet dans une lettre adressée à Robert Ross le 30 mai 1897 :
“ I could do three articles on Prison Life. Of course much will be psychological and introspective : and one will be
on Christ as the Precursor of the Romantic Movement in Life, that lovely
subject which was revealed to me when I found myself in the company of the same
sort of people Christ liked, outcasts and beggars. ” Letters, p.
282.
[68] Ibid., p. 231.
[69] C. Connolly, cité par Philippe Jullian, Oscar Wilde,
London, Granada, 1971, p. 293.
[70] P. Raby, The Cambridge Companion to Oscar Wilde,
Cambridge, C.U.P., 1997, pp. 92-93 ; la citation est extraite de “ A Lord
of Language ”, de Max Beerbohm (1905).
[71] F. Mc Guinness, “ The spirit of play in Oscar Wilde’s
De Profundis ”, cité par Richard
Allen Cave, “ Wilde’s plays : some lines of influence ”, in Peter
Raby, ed., The Cambridge Companion to Oscar Wilde, Cambridge, C.U.P.,
1997, p. 195.
[72] P. Jullian, Oscar Wilde, p. 294.
[73] R. Ellmann, Oscar Wilde, p. 96
[74] De Profundis, p. 239
[75] P. Lejeune, Le Pacte Autobiographique, pp. 20-21.
[76] Ibid., p. 340.
[77] Ibid., p. 36.
[78] R. Ellmann, Oscar Wilde, p. 484.
[79] P. Lejeune, Le Pacte Autobiographique, p. 189.
[80] Philippe Lejeune, p. 190.
[81] De Profundis, p. 193.
[82] Ibid., p. 185.
[83] Ibid., p. 221.
[84] Ibid., p.196.
[85] Ibid., p. 200.
[86] Ibid., p. 218.
[87] Ibid., p. 204.
[88] Ibid., p. 206.
[89] Ibid., p. 173.
[90] Ibid., p. 169.
[91] Ibid., p. 194.
[92] Ibid., p. 221.
[93] Ibid., p. 228.
[94] Ibid., p. 177 & 180.
[95] Ibid., p. 180.
[96] Ibid., p. 230.
[97] Ibid., p. 229.
[98] P. Lejeune, p. 39.
[99] P. Lejeune, p. 139.
[100] Oscar Wilde, “The Truth of Masks”, Intentions,
1891, Complete Works of Oscar Wilde, ed. Vyvyan Holland, London,
Collins, 1980, p. 1060.
[101] De Profundis, p.
194.
Ce texte est publié avec l'aimable autorisation des
éditions Ellipses (Robert Ferrieux (ed.), La Littérature autobiographique en Grande Bretagne
et en Irlande, Paris, Ellipses, 20O1)
Pascale AMIOT-JOUENNE est Maître de Conférences à l'Université de Perpignan-Via Domitia où elle
enseigne la littérature anglaise et irlandaise du dix-neuvième et du vingtième
siècles. Auteur d'une thèse consacrée à la poésie d'Austin Clarke, elle a
publié des articles sur Oscar Wilde, Seumas O'Kelly, Austin Clarke, Seamus
Deane, John McGahern et Flann O'Brien. Elle s'intéresse actuellement à la
poésie féminine irlandaise, tout particulièrement aux ¦uvres d'Eavan Boland,
Eilean Ni Chuilleanain, Paula Meehan et Medbh McGuckian. Outre Irlande :
Insularité, Singularité ?, elle a récemment publié deux ouvrages
collectifs, Déclinaisons de la Voie : Avoiement, Fourvoiement,
Dévoiement (Presses Universitaires de Perpignan, 2006) et
L'Autobiographie irlandaise : voix communes, voix singulières (Presses
Universitaires de Caen, 2004). Elle est vice présidente de la Société Française
d'Etudes Irlandaises et membre du Comité de Rédaction de la revue Études
Irlandaises.
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