Bulletin Bimestriel de la Société
Voici le premier numéro de la rue des beaux-arts, bulletin de la Société Oscar Wilde, branche
française. Tous les deux mois, il vous sera possible d’y trouver des
informations sur les expositions, spectacles,
lectures, concerts, publications et autres évènements qui se rattachent
à des degrés différents à Oscar Wilde, son époque, son cercle littéraire et
artistique. Nous souhaitons que ce bulletin reflète l’actualité Wildienne en
France mais aussi dans les autres pays francophones, et cela par le biais de
textes, photos, interviews et études critiques qui permettent à chacun de nous
de participer selon son domaine, ses intérêts, etc… J’invite donc tous ceux qui
le souhaitent à nous fournir des informations, des nouvelles de leurs travaux,
et le cas échéant, des ouvrages sur lesquels ils travaillent ou des livres
qu’ils sont en train d’écrire.
Nous sollicitons votre indulgence pour ce premier
numéro qui n’est qu’un coup d’essai à défaut d’être un coup de maître ! Il
ne demande qu’à évoluer et à s’améliorer…
Danielle Guérin
***
It is an odd
fact that Oscar Wilde was one of the last great Victorian writers to have
a serious literary society devoted to his life and work; the English 'Oscar
Wilde Society' only came in to existence in 1990. I am never quite sure
whether this is because his self-publicism was
so effective during his life that it has survived him long after his death,
making, in a sense, a 'Society' unnecessary; or whether it is because he really
only became a subject for serious study in the last twenty-five years. Whatever
the explanation, the founding of a French branch of the Society is to
be welcomed very warmly.
Perhaps the
most important role it will have to play is in getting English and French
scholars and researchers to exchange information. In the past there has been, I
am sorry to say, a woeful lack of communication between the two countries over
matters Oscarian: the French perpetuating 'canards'
long since discredited in Anglo-Saxon research and the English largely ignoring
the very considerable French element both physically and intellectually in
Oscar's life. Healthy linguistic rivalry must partly be held responsible for
this state of affairs, but it has no place in the study of a man who loved both
cultures in equal and different ways and felt at home (in as far as an Irishman
could) in both.
I feel sure
that the creation of the Société Oscar Wilde will prove of enormous
benefit as a forum for the better Cross-Channel study (in both
directions) of Oscar Wilde and that much new and valuable research will be
published as a result of its existence. I wish the undertaking every success.
Il est assez singulier de constater qu’Oscar Wilde
est l’un des derniers grands écrivains Victoriens à avoir suscité la création
d’une société littéraire digne de ce nom, consacrée à sa vie et à son œuvre.
Car en Angleterre, la Oscar Wilde Society n’a
vu le jour qu’en 1990. Je me demande toujours si cela est dû au fait que Wilde,
de son vivant, sut si bien faire parler de lui que son nom passa à la postérité
sans qu’il fût, en un sens, besoin d’une Société Savante ; ou bien s’il a
fallu attendre ces vingt-cinq dernières années pour qu’il soit reconnu comme un
sérieux sujet d’étude. Quoi qu’il en soit, on ne peut que se réjouir de la
naissance d’une branche française de la Oscar Wilde Society.
Sans doute son rôle essentiel sera-t-il d’offrir
un terrain de rencontre et d’échange entre spécialistes et chercheurs anglais
et français pour tout ce qui touche à Oscar Wilde. Il y eut dans le passé, je
suis désolé de le dire, un déplorable manque de communication en la matière
entre les deux pays; les Français s’évertuant à exploiter de vieux poncifs
depuis longtemps discrédités par la critique anglo-saxonne, tandis que du côté
Anglais, on ignorait superbement l’influence française – tant sur l’homme que
sur l’intellectuel – dans la vie d’Oscar Wilde. La puissante rivalité
linguistique entre les deux pays – si saine soit-elle – explique en partie cet
état de choses. Mais elle n’a pas sa place dans l’étude d’un homme qui, à sa
façon, chérissait également les deux cultures et qui se sentait dans son
élément (autant qu’un irlandais peut l’être) dans l’une comme dans l’autre.
Je ne doute pas que la création d’une Société
Oscar Wilde servira de forum à tous ceux qui s’attachent des deux côtés de
la Manche à étudier de façon toujours plus approfondie l’oeuvre d’Oscar Wilde,
et qu’elle saura générer des travaux à la fois novateurs et d’importance. C’est
là une noble entreprise, que j’accompagne de tous mes vœux.
***
PUBLICATIONS
Patrick
Besnier, Sophie Lucet et Nathalie Prince (dir) – Catulle Mendès : L’énigme d’une disparition (La Licorne), Presses
Universitaires de Rennes, 2006 – ISBN 2-7535-0214 -5
Une
critique de cet ouvrage par Michael Pakenham est parue dans La Quinzaine Littéraire du
Emblématique du style « fin de siècle »,
Catulle Mendès (1841-1909), poète et critique littéraire a, entre autres, rendu
compte de la première représentation de la Salomé
de Wilde, donnée an 1896 au Théâtre de l’Œuvre par la troupe de Lugné Poe, avec
Lina Munte dans le rôle-titre. Il est lui-même l’auteur d’un poème intitulé La gloire de Salomé ou Le madrigal de
Saint-Jean (Les Braises du Cendrier – 1900).
Oscar
Wilde – L’Âme Humaine – Traduit de l’anglais par Nicole Vallée -
Préface de Martin Page – Editions Arléa , 2006 –
ISBN 26 86959-675-8 (édition de poche).
Pierre
Billard - André Gide et Marc
Allegret : le roman secret – Editions Plon, Paris, 2006 –
ISBN
2-259-20041-9
Frank Pierobon – L’écriture
du regard : Salomé d’Oscar Wilde – Editions Lettre volée, Bruxelles,
2006, collection Palimpsestes – ISBN 2-87317 -285 – 1
Isaure de Saint-Pierre – Bosie and Wilde : La vie
après la mort de Wilde – Editions du Rocher, 2005 – ISBN 2–268-05634 - 1
Une critique de ce livre par Danielle Guérin est parue
dans The Wildean de janvier 2006
***
EXPOSITIONS
- Marcel Schwob, journaliste et
écrivain, était le jeune secrétaire de Catulle Mendès, quand il rencontra Wilde
dont il traduisit Le Géant Egoïste en
français (parution dans L’Echo de Paris
du
La Ville de Nantes lui
consacre une exposition : « Marcel
Schwob, l’homme au masque d’or »,
du 6 mars au
-
Du 1er décembre 2005 au
-
Jusqu’au
On trouvera sur ce sujet un article signé Georges
Raillard dans La Quinzaine Littéraire du
16 au
***
THEÂTRE
Salomé, d’Oscar
Wilde, au théâtre de Nesle, 8 rue de Nesle, Paris, du 31 janvier au 1er
Avril 2006
Par
la Compagnie Théâtre du Voir – Mise en scène : Christine Farenc –
Assistante à la mise en scène : Isabelle Quirin – Production : Xavier
Rémi
Avec : Kelly Rivière : Salomé –
Renaud Garnier : Hérode – Lucile Komitès : Hérodias –
Jean Dumazer : Iokanaan – Danilo Sekic : le jeune syrien
– Arnaud Métayer : le page d’Hérodias – Sandra Nobilé : la
lune – Adrien Lalique : premier boucher – Jérôme Veyhl : second
boucher.
Avis critique :
Il est assez rare de voir la Salomé d’Oscar
Wilde sur une scène parisienne pour se réjouir de l’initiative de Christine
Farenc qui, avec la Compagnie Théâtre du Voir, a monté la pièce dans une
toute petite salle du quartier latin. Cave étroite et voûtée, avec une alcôve
éclairée en fond de scène, ce lieu clos aurait pu exploiter poétiquement sa
particularité, en écho à la thématique de la pièce. Tel n’a pas été le cas. Le
rideau de scène en plastique transparent évoque davantage une cabine de douche
qu’une salle de théâtre, mais qu’importe : on fait avec ce que l’on peut,
et il aura son utilité au moment de la décollation du prophète Iokanaan quand
il sera éclaboussé de son sang. Peut-être est-il également censé séparer le
public de la monstrueuse scène du crime, le protéger de manière tout aussi
symbolique que concrète des rouges retombées du meurtre qui vient de se
commettre sous ses yeux. Derrière ce rideau, des pièces de viande sèchent sur
un fil d’acier, glissant de temps à autre à travers la scène grâce à un
mécanisme actionné par deux personnages en costume de boucher. Les décors sont
réduits à presque rien, les costumes semblent tout droit sortis d’une fête
gothique, sauf celui de Salomé qui évoque la tenue d’un petit chaperon rouge
qui aurait oublié sa galette et son petit pot de beurre. Mais la jeune troupe
est sympathique, pleine d’enthousiasme, et non dépourvue d’un certain humour
qui tire le drame décadent de Wilde jusqu’aux limites de la comédie bourgeoise.
Christine Farenc a une vision toute personnelle de
l’œuvre – et après tout, n’est-ce pas là la mission du metteur en scène ?
– qu’elle expose dans une lettre d’intention retranscrite dans le programme.
Hérodias y est présentée comme « la femme tranchante qui a appris le
pouvoir et qui est passée maître dans l’art du sexe politique ». Son
Hérodias (Lucile Komités) reste plantée sur la scène comme un rocher
monolithique. Elle parvient presque sans bouger à transmettre la force de la
femme qui domine son époux
Hérode de toute son impressionnante stature. Hérode, au contraire, nous dit Christine
Farenc est « le lâche, le pleutre, le régressif ». Renaud Garnier
campe avec brio un tyran velléitaire et faible, emporté par le tourbillon de sa
peur et de sa folie. Avec son habit noir à fraise, il est le reflet inversé
d’un Hamlet qui aurait pris le visage assassin de son oncle Claudius. À la fois
terrifiant et pitoyable, il est un homme rongé de doutes et d’incestueuse
concupiscence, un homme qui vacille au bord de l’irréparable. L’irréparable,
c’est sa séduisante belle-fille qui le pousse à le commettre « la petite
princesse, trop gâtée par papa, ingrate
à l’envie, succédané des aînées du roi Lear, et
prête au meurtre pour obtenir ce qu’elle veut ». Car Christine Farenc fait
de Salomé une sorte d’enfant gâtée, à la fois enfantine et capricieuse, qui
s’entête à demander la mort de Iokanaan en tapant du pied comme elle exigerait
une nouvelle robe de bal, avec une cruauté innocente et perverse qui n’est pas
sans rappeler celle de la jeune infante d’Espagne dans le conte de Wilde, L’anniversaire de l’infante.
Kelly Rivière fait de son mieux pour nous offrir
ce double visage, alternant des attitudes obscènes et de brefs retours à
l’enfance, comme lors de cette curieuse danse des sept voiles où elle se
transforme en ballerine mécanique de
boite à musique, tandis que la Cour entière s’écroule derrière elle à
intervalles réguliers (« la danse des sept chutes » nous expliquera
Christine Farenc, lors de la rencontre que la troupe nous a aimablement ménagée
après le spectacle). On pense ici à
Olympia, l’automate de Spalanzani dans Les
Contes d’Hoffmann, sans
bien saisir le sens de cette danse de poupée, ni celle des chutes répétées
d’une Cour de comédie en perpétuel déséquilibre. Christine Farenc a-t-elle
voulu suggérer l’effondrement prévisible
d’une tyrannie dévorée par le vice et le crime, et la faillibilité d’un amour
mécanique ? Se pourrait-il que la naissance du Christianisme (car c’est
bien de cela qu’il s’agit) ait été déclenchée par l’exécution naïve d’une danse
de marionnette totalement ratée ? L’originalité audacieuse d’une telle
conception mériterait d’être défendue si on ne la soupçonnait d’être, tout
simplement, vide de sens.
Tout ceci se déroule sous le regard de la Lune,
omniprésente dans la pièce de Wilde comme un symbole de froideur, de beauté, de
chasteté, alors qu’elle se trouve ici littéralement incarnée, matérialisée en
femme hystérique « soumise encore et toujours au cycle de ses muqueuses,
en dépit des progrès de la chimie hormonale et des tampons périodiques ».
Peut-être est-ce là la trouvaille la plus dérangeante de la pièce, celle qui la
fait basculer vers le grotesque. Parce que, nous dira Christine Farenc, il y a
toujours dans Shakespeare, un clown, un bouffon qui traverse le drame le plus
sombre. Et que la pièce de Wilde n’est pas si loin de l’esprit de Shakespeare.
Sans doute. On craint bien cependant que ni Shakespeare, ni Wilde ne
reconnaissent leur griffe dans la Lune jouée par Sandra Nobilé. Le bouffon
Shakespearien est un personnage construit, qui possède autant, sinon plus de
raison que les autres. Son discours cohérent et savamment structuré nous incite
à la réflexion. Il n’est pas composé de sons primitifs et de cris inarticulés
comme celui de la Lune de Christine Farenc.
Ce spectacle cruellement dépourvu de moyens n’est
cependant pas sans intérêt. Riche d’un peu plus d’argent et d’imagination
poétique, il aurait pu réussir son coup. On ne peut donc que déplorer ce parti
pris de dérision qui pousse le texte vers un registre qui n’est pas le sien et le
prive d’une part de l’esthétisme vénéneux, de la poésie noire qui nous le rendent si cher. Et la passion nécrophile de Salomé, cette
obsession violente qui tue Iokanaan et la détruit, semble s’éteindre,
défigurée, sous un rire incongru d’enfant qui n’a pas compris.
D.G / E.V
*
Hérodias, Le Vox, les 8, 9 et 10 mars – Production Le Trident – Scène nationale
de Cherbourg-Octeville. Coproduction Etang Bleu Compagnie –
Triptyque flaubertien – Troisième volet – Mise en
scène : Olivier Poujol –
Avec : Soraya Djebbar – Stéphane Fauvel –
Damiano Foà – Bruno Noël – Laura Simi – Gilles Szafirko.
Sainte
Jeanne, de George Bernard Shaw –
Théâtre du Nord Ouest – 13, rue du Faubourg Montmartre – Paris IX –
La Compagnie du Marchepied – Mise en scène Marie
Véronique Raban – Scénographie : Anne Lise Galavielle.
Avec : Odila Caminos – Jean-Christophe
Clément – Pascal Daubias – Thibault Dudin – Michel Feder – Yan Floriano –
Pierre Gribling – Loïc Hello – François Lerous – Romain Levi – Pierre Maurice –
Alexandre Moriset – Rémi Oppert – Marie-Véronique Raban – Benjamin Riquet
Les 24 février – 3, 12 mars – 7, 9 avril à
Le 10 mars à
mai et juin, date à préciser
compagniemarchepied@club-internet.fr
Pygmalion, de George Bernard Shaw – Théâtre Comédia – 4, bd
de Strasbourg –
Mise en scène Nicolas Briançon
Avec Barbara Schultz, Nicolas Vaude, Danièle
Lebrun, Henri Courseaux, Raoul Billerey, Odile Mallet, Catherine Alcover,
Pierre-Alain Leleu, Fleur Houdinière, Bruno Henri, Maurine Nicot, Jean-Paul
Lopez
Du 28 janvier au
CONFERENCES
Dans le cadre de ses “Belles soirées et Matinées”,
l’Université de Montréal – Pavillon 3 200, rue Jean-Brillant – présentera
le 10 mars prochain de
Cette conférence entend examiner et retracer la
couverture des procès dans la presse de Montréal et de New York, et souligner
les profonds clivages qui divisèrent les journaux de l’époque tant dans leur
attitude envers Oscar Wilde que dans la manière dont furent décrits les
évènements relatifs au scandale.
On
peut consulter le site : http://www.bellessoirees.umontreal.ca/RefletsEpoque.htlm
***
CINEMA/TELEVISION/RADIO
Nous signalons à ceux qui ne l’auraient pas encore
vu ou qui souhaiteraient le revoir que le film de Brian Gilbert Oscar Wilde est encore diffusé une fois
par semaine au cinéma Accatone, 20, rue Cujas, 7505 Paris.
*
Anglophone
readers may like to listen to a broadcast of A Woman of No Importance on the wireless programme
BBC7 on the 25th and 26th February. This is available on the
Internet at www.bbc.co.uk/bbc7 and can be heard for a
week after broadcasting (as are all BBC wireless programmes), by using the
‘Listen Again’ facility.
***
Nous
vous rappelons que The Oscar Wilde Society, Londres, vient de publier en
janvier le numéro 28
de The Wildean et qu’en février, est paru le
numéro 48 du bulletin Intentions. Si vous souhaitez recevoir ces
publications, vous pouvez contacter Vanessasalome@aol.com
Put out the torches ! Hide the moon ! Hide the
stars !
Éteignez les flambeaux ! Cachez la lune !
Cachez les étoiles !