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Numéro 19 :
MARS/AVRIL 2009
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§16. oscar wilde et
moi…
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Nous donnons la parole à nos lecteurs… |
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Aujourd’hui, un texte
que Véronique Wilkin avait mis en ligne sur son site : http://hermeline.hautetfort.com/. Nous l’avons trouvé assez original pour le
reproduire ici. |
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dessin de Véronique
Wilkin |
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Depuis le 16 octobre dernier,
Oscar Wilde aurait cent cinquante quatre ans. |
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Si nous étions des Vulcains*, nous serions
toujours contemporains. Cent cinquante quatre ans, en données humaines :
c’est un bail. Sur une simple échelle historique, ce n’est rien, rien du
tout, un souffle. Il manque très peu pour que nous nous attrapions encore les
mains, quelques décennies de progrès technologiques et de barbarie appliquée
et quelques générations de plus ou de moins. |
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La vie d’Oscar Wilde a été courte, relativement
courte, et généralement malheureuse. Son plus grand malheur a valeur
d’exemple. |
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Sa vie est envisagée en périphérie de ce cratère,
comme pour la chute d’une météorite, on vient en observer les bords pour se
figurer la force de l’impact. |
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Elle a été commentée et sur-commentée et, presque
toujours, pour cela : son grand malheur. |
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Une condamnation au bagne, aux
travaux forcés, et il faut bien se figurer ce qu’étaient deux années de
bagne en 1895, parce qu’il était homosexuel. |
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Depuis, Oscar Wilde et son histoire ont perdu leur individualité. C’est
un comble douloureux pour quelqu’un qui plaçait l’individualité et son plein
épanouissement au centre de la vie. Mais c’est ainsi : la sienne est
devenue un lieu commun. |
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On a parlé d’Oscar Wilde, on a écrit sur lui, pour expliquer son
cas, pour le justifier et parfois justifier le sort qu’on lui avait réservé,
pour le plaindre et l’affubler de considérations psychologiques, puis
pour s’en servir de cause libératrice, de caution. |
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Certes, on imagine qu’Oscar n’aurait pas détesté servir de caution pour
ce qu’il appelait la cause. C'est-à-dire le droit d’exister
selon sa nature. Pour un dandy individualiste, il avait un sérieux
pressentiment de ce que seraient les revendications, les demandes de droits
civiques des futurs gays et lesbiennes que l’on disait alors invertis ou
saphiques. |
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Cette volonté de reconnaissance,
il l’a partagée par avance. |
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Mais il entendait garder
son affirmation singulière, non chuter dans le domaine public |
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Ces détails n’ont jamais
eu trop d’importance. Les rouages intimes d’une conscience grippent aux
explications et l’importance d’Oscar Wilde est d’être explicable, démontable
et démontrable ; que ce soit par le vice, la psychologie, la sociologie,
la moquerie méprisante, la morale ou l’air du temps et que le ressort de la
démonstration soit le sexe. Honteux, problématique ou libéré selon les
auteurs et les époques. |
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Les dessins et les caricatures qui le représentent ont suivi les mêmes
pérégrinations. Elles donnent à voir les idées générales du temps qu’elles
illustrent. Un dandy un brin ridicule, un monstre adipeux, une statue de
cire, une colorisation acidulée tout droit sortie d’un manga gay. |
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Oscar aurait, peut-être, préféré
la dernière, même outrancière. Etre une revendication acidulée et sexuelle
plutôt que le cas pathologique d’une affaire de mœurs, comme sur la
couverture d’une des versions du livre de Neil Mc Kenna. « The secret
life of Oscar Wilde ». |
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Une des dernières dans la longue, très longue, série des biographies qui
lui ont été consacrées. |
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Excellente biographie dans la forme, mais dans le fond une biographie de
qui ou de quoi ? |
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D’un nom célèbre et d’une juste cause. C’est insuffisant. |
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Car cela procède toujours de la réduction d’une vie et d’une œuvre à
la sentence d’un juge et d’une société. C’est une focalisation
sur un moment singulier du temps, l’instant de l’impact de la
météorite ; celle qui apporte l’extinction aux espèces sur lesquelles
elle tombe depuis le ciel, aveugle et sourde. Celle qui les relègue dans les
musées et dans nos imaginaires. |
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Et Oscar Wilde n’avait pas d’inclination à
devenir un spécimen de musée auquel on change l’étiquette au grès des
théories scientifiques. D’exhiber un malheur essentiel comme un objet de
curiosité à examiner et à commenter. |
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En plus d’être un individualiste frondeur et
revendicatif de sa propre et unique individualité (pour sûr, il aurait
aimé l’évolution de Seven of Nine dans les dernières saisons de Star
Trek Voyager),** Oscar Wilde était un écrivain et un philosophe. |
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Pourtant, lui reconnaître ces deux
distinctions est la chose la plus pénible pour celles et ceux qui se sont
approchés du sujet. Quelles que soient les époques et les angles d’étude
choisis. |
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Même ses amis les plus proches semblaient
avoir du mal à lui reconnaitre de sérieuses dispositions littéraires,
renforçant le mythe de l’écrivain dilettante, crée par Oscar lui-même
tant il avait peu de goût à dévoiler les coulisses de son travail. |
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Ce n’est pourtant pas difficile, on ne voit que
cela, depuis les tous débuts et jusqu’à la fin : l’obsession de la
littérature, de l’écriture, l’envie de mettre ses idées en forme, de les
transmettre avec du style et de la beauté |
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Il suffit de le lire,
jusque dans ses textes les moins connus, de le fréquenter un peu plus
intimement en ouvrant sa correspondance, toutes ses lettres sauvées de
l’oubli et qui lui redonnent sa voix, pour ressentir à quel point l’univers
littéraire était pour lui une réalité tangible sur laquelle il fondait
presque toutes ses références. |
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La littérature était pour lui
bien plus qu’une pose, qu’un passe temps élégant. Elle était une respiration.
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Oscar Wilde était écrivain dans
l’âme. |
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Pour parler avec autant de
frénésie d’une vie et la réduire à sa plus grande catastrophe, il importe
d’aller à l’essentiel du spectacle. Or l’essentiel pour un écrivain c’est ce
qui ne fait pas spectacle, c’est l’écriture. |
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L’écriture ne se regarde pas. |
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Aujourd’hui encore, quand
on le cite, c’est pour le tirer à soi comme un fétiche. Quand on
prononce son nom en tant qu’écrivain, c’est pour sourire d’aphorismes
tirés de ses pièces les plus célèbres, trop rarement pour écouter ce
qu’il avait à dire, et peu de temps pour l’écrire. Le vrai malheur d’Oscar
Wilde est d’avoir été brimé, par lui même très souvent mais par les autres
aussi, dans son écriture jusqu’à en être empêché et jusqu’à en mourir. |
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Il y a cent cinquante
quatre ans et quelques mois, Oscar Wilde arrivait dans ce monde pour
quarante six années solaires. |
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Il reste de cette vie ce
qu’aucune étude ou biographie ne restitue : des mots et des phrases et des
textes pour écrire qu’elle n’a pas été vécue pour rien. |
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Véronique Wilkin |
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* Race
d’extra-terrestres à la longévité étonnante qui font partie de l’univers des
séries Star Trek. |
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Passionnée par Oscar Wilde et son cercle depuis de
nombreuses années, Véronique Wilkin a effectué des recherches,
notamment en Angleterre, tant sur Oscar lui-même que sur Lord Alfred Douglas,
Reginald Turner, Robert Ross, Ada Leverson, ainsi que sur le milieu littéraire et artistique du
temps. Elle a publié quelques articles, en anglais, sur Lord Alfred
Douglas et sur les contes de Wilde et
leur thématique. Son site se présente
comme un petit blog de réflexions et miscellanées où elle insère parfois des
textes plus personnels. : http://meline.hautetfort.com/. Elle
travaille actuellement à des séries de textes et d’illustrations, non
accessibles sur internet. |
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