Numéro 9 : JUIN /JUILLET/AOUT 2007

 

§7. articles et CONFÉRENCES

 

Salomé sur le Pont des Arts

Par Pascale Amiot

 

(2e partie)

 

De Gustave Moreau à Aubrey Beardsley

 

En effet, le rayonnement de la Salomé de Wilde ne se limite pas à la seule littérature, mais touche tous les domaines de la représentation, tout particulièrement la peinture, où le personnage occupait déjà une place de choix. Comme le rappelle M. Dottin-Orsini, Salomé est avant tout image, spectacle. […] Si elle se prodigue, dans les années 1890, dans des centaines de cadres dorés, elle ne peut se comprendre que comme l’héritage d’une iconographie antérieure aussi riche qu’inquiétante.[1]

La figure de Salomé hante l’art pictural européen depuis le moyen-âge : l’art flamand avec Memling, allemand avec Cranach[2], italien avec Lorenzo Monaco[3], Boticelli, Luini[4], Titien[5], Caletti[6], Tiepolo, belge avec Alfred Stevens, français avec Delacroix, Puvis de Chavanne, Paul-Jacques-Aimé[7] et Henri Regnault, dont la Salomé sur fond jaune fit scandale au Salon de 1870. M. Dottin-Orsini décrit ainsi ce célèbre tableau intitulé Salomé la danseuse, tenant le bassin et le couteau qui doivent servir à la décollation de saint Jean-Baptiste :

 

Une fille à tête de faunesse, souriant de toutes ses dents, attifée d’étoffes lamées, et, paradoxe pour une danseuse, assise, un plat de cuivre et un couteau damasquiné sur les genoux.[…] Elle ouvre sans le savoir l’ère des Salomé de salon, confortée six ans après par les œuvres de Moreau, et libère définitivement le sujet des traditions religieuses. En “inventant” la Salomé au plat vide, Regnault a inventé le suspense iconographique au féminin.[8]

Mais la plus célèbre des Salomé est sans doute celle de Gustave Moreau. Salomé Dansant devant Hérode et L’Apparition, exposées au Salon de 1876, furent en effet immortalisés par Huysmans, qui en donne dans A rebours une transcription littéraire, l’écrivain “ devenant metteur en scène des tableaux qu’il décrit[9] ” :

 

La face recueillie, solennelle, presque auguste, elle commence la lubrique danse qui doit réveiller les sens assoupis du vieil Hérode; ses seins ondulent et, au frottement de ses colliers qui tourbillonnent, leurs bouts se dressent; sur la moiteur de sa peau les diamants, attachés, scintillent; ses bracelets, ses ceintures, ses bagues, crachent des étincelles; sur sa robe triomphale, couturée de perles, ramagée d’argent, lamée d’or, la cuirasse des orfèvreries, dont chaque maille est une pierre, entre en combustion, croise des serpenteaux de feu, grouille sur la chair mate, sur la peau rose thé, ainsi que des insectes splendides aux élites éblouissants, marbrés de carmin, ponctuées de jaune aurore, diaprés de bleu d’acier, tigrés de vert paon.[10]

Cette évocation n’est pas sans rappeler le portrait de Salomé par Flaubert dans “ Hérodias ” ; Flaubert était, faut-il le rappeler, le prosateur préféré de Moreau. Dans A rebours Huysmans lui-même souligne les correspondances entre la peinture, l’écriture, et l’art de la joaillerie :

 

Il y avait dans ces œuvres désespérées et érudites un enchantement singulier, une incantation vous remuant jusqu’au fond des entrailles, comme celle de certains poèmes de Baudelaire, et l’on demeure ébahi, songeur, déconcerté, par cet art qui franchissait les limites de la peinture, empruntait à l’art d’écrire ses plus subtiles évocations, à l’art du Limosin ses plus merveilleux éclats, à l’art du lapidaire et du graveur ses finesses les plus exquises.[11]

 

Pour Mario Praz, la puissance des tableaux de Moreau tient à leur caractère wagnérien :

 

Following the example of Wagner’s music, which was then in fashion, Moreau composed his pictures in the style of symphonic poems, loading them with significant accessories in which the principal theme was echoed, until the subject yielded to the last drop of its symbolic sap.[12]

 

Oscar Wilde avait une remarquable connaissance des représentations de Salomé.[13] Lorsqu’il découvrit les illustrations réalisées par Aubrey Beardsley pour sa pièce, Wilde, fervent admirateur de Moreau, ne cacha pas sa désapprobation[14] :

 

They are all too Japanese, while my play is Byzantine. My Herod is like the Herod of Gustave Moreau, wrapped in jewels and sorrows. My Salome is a mystic, the sister of Salammbo, a Sainte Thérèse who worships the moon; dear Aubrey’s designs are like the naughty scribbles a precocious schoolboy makes on the margins of his copy-books.[15]

 

C’est pourtant à Beardsley, le chef de file de l’ “ Art nouveau ” en Angleterre, que fut confié le soin d’illustrer la pièce, — Beardsley qui ne parlait jamais d’illustrer une œuvre, mais de “ faire des images ”, “ make pictures for it ”, et dont les dessins, repris pour l’édition française de Salomé de 1907, sont devenus si indissociables du drame de Wilde qu’on leur impute une partie du retentissement et du rayonnement de la pièce. Leur “ fulgurante singularité[16]   transforma profondément l’art de l’illustration, celui-ci renonçant à “ lutter de près avec l’écriture ”, dans les termes de Maurice Denis, pour former “ sans servitude du texte, sans exacte correspondance du sujet avec l’écriture […] un accompagnement de lignes expressives ” :

 

Ce parallélisme du langage plastique et du langage textuel est le véritable sens de l’illustré moderne. Ainsi, selon le jugement de P. Francastel, “Durant tout le XIXe siècle, l’image matérialise un propos. Désormais […] le dessin a cessé d’être le commentaire de la parole, il est devenu par lui-même une évidence.”[17]

 

Lors de la publication de la version anglaise de Salomé, en 1894, l’effet de choc fut considérable en Angleterre ; il était dû à la forme des dessins autant qu’à leur contenu :

 

And so the horrific content of his drawings came upon the staid Victorian with a cold shock a younger generation cannot simply imagine. […] Now we can appreciate all the easier the supreme craftsmanship of Beardsley without being alarmed at all the subjects he depicts. In his days it was the extreme chastity of his line coupled with the unchastity of the content that caused the public to gasp as from an ice-cold shower.[18]

 

Si le célèbre J’ai baisé ta bouche Iokanaan (la première version de The Climax qui permit à Aubrey Beardsley de décrocher en 1893 le contrat avec John Lane pour l’édition de Salomé) s’inspire à l’évidence de L’Apparition de Moreau, il souligne également l’abîme qui sépare les dessins du premier des tableaux du second. Influencé par les gravures japonaises, l’art baroque et les préraphaélites, Beardsley épure le faste et la munificence des tableaux byzantins (Degas, ironique, parlait de “ bimbeloterie ”), substituant au pinceau le crayon et l’encre, à la profusion la pureté du trait et l’économie de la ligne, à la palette foisonnante des couleurs des aplats de noir et de blanc très contrastés, respectant en cela les couleurs symboliques de la pièce, comme le souligne Marie-Claire Pasquier :

 

En face du rouge, c’est, dans la pièce, l’opposition du noir et blanc qui domine et, en cela, bien que Wilde ne les aimât pas, les dessins d’Aubrey Beardsley […] étaient adaptés.[19]

 

A la profondeur et à la perspective, Beardsley substitue un univers bi-dimensionnel, sans ombre ni lumière, univers que R. A. Walker qualifie de planographic : “ never before had black and white been pushed to such an extreme of pattern and plan[20] ”, ajoute-t-il. A la sensualité, à “ l’enchantement et à l’incantation ” des tableaux de Moreau, Beardsley substitue des lignes d’une perfection glacée : “ the cold purity of their perfection seem to ban the emotion they arouse[21] ”, observe Walker, qui loue chez Beardsley la pureté et l’équilibre dépouillé des lignes : “ the cold, clear, biting line, the perfection of balance in his design, his amazing economy of beautiful detail […] allied to a great intelligent, a sardonic wit and an erotic temperament[22].”

 

C’est en effet un mélange d’imagination, d’érotisme, et d’humour sardonique qui caractérise les dessins de Beardsley :

 

Something of the eroticism of Rops, something of the charm of Japanese ladies of the Tea gardens is apparent in these designs. But in the main they are just Beardsley — his wayward, perverse self.[23]

 

Les quinze illlustrations de Beardsley pour Salomé campent un univers peuplé d’êtres sexués, assexués ou androgynes (cf. la page de titre et la première version de The Toilette of Salome, qui fut censurée — il est instructif de comparer cette première version avec la seconde), des satyres, des nains (The Eyes of Herod), des diables (The Burial of Salome), des anges et des démons sexués (cf. la page de titre et la table des illustrations), des faunes (A Platonic Lament), des êtres masqués tordus, cornus, grimaçants (The Stomach Danse, réduction de la Danse des sept voiles), difformes (Enter Herodias), des bouffons, des fous, des Pierrots de mascarade, le macabre jouxtant le grotesque dans un symbolisme affiché (on notera l’importance des accessoires et des motifs, plumes de paon, bougies, poudriers...) et un érotisme vénéneux.

                                                                                                                                                                                                                               

A partir du personnage de Salomé, qu’il représente à demi dénudée, serpentine et provocante, Beardsley crée un nouveau type féminin, la Beardsley Woman, “ érotique, perverse, dominatrice et dangereuse[24] ”, “ équivoque, énigmatique, d’une sensualité morbide, qui effraie les critiques autant que la bourgeoisie victorienne[25] .” Ses illustrations témoignent de son intention satirique vis à vis du personnage de Salomé, de la pièce et de l’auteur en personne, dont il prête (non sans raison) les traits à Hérode (The Eyes of Herod, Enter Herodias) et à la lune (dans un dessin symboliquement intitulé The Woman in the Moon).

 

Wilde himself, and the characters, are gently derided throughout his astonishing designs. Never had a book been so illustrated with such irrelevant and irreverent and irrational drawings.[26]

 

L’irrévérence prime en effet, et les dessins de Beardsley, initiateurs de l’ “ Art nouveau ” en Europe, sont emblématiques de l’art décadent et symboliste tout en en présentant la caricature. Si la dimension parodique de la pièce de Wilde demeure discutable, la distance ironique des illustrations de Beardsley vis à vis du Décadentisme et du Symbolisme ne fait aucun doute[27] — distance dont semble exempt l’opéra de Richard Strauss.

 

 

Salomé Drame musical

 

Comme le remarque Pascal Aquien, “ Salomé, chatoyante toile orientaliste, faisait le lien entre la peinture et la musique, allant ici dans le sens de Walter Pater, dont Wilde admirait l’œuvre et pour qui tout art tend vers la musique[28].” Richard Strauss ne fut pas le premier à composer pour Salomé : en 1881, Massenet composa une Hérodiade en l’honneur du poème de Mallarmé. En 1908, la Salomé de Wilde inspira un autre compositeur français, Mariotte. Richard Strauss, qui détenait des droits d’adaptation, fit interdire l’opéra.

 

Dans un article en italien, publié en 1909, et intitulé “ Oscar Wilde, Il Poeta di Salomé ”, James Joyce qualifie la pièce de Wilde d’ “ opéra — variation polyphonique sur le rapport de l’art et de la nature, et en même temps expression de son propre psychisme[29].” Dans De Profundis, Oscar Wilde décrit Salomé comme “ une belle chose musicale ”, et attribue cette musicalité à ce qu’il appelle les “ motifs ”, ou “ refrains ” : “ the refrains whose recurring motifs make Salome so like a piece of music and bind it together like a ballad[30] ”. Dans une lettre à Lord Alfred Douglas, il écrit : “ the recurring phrases of Salome, that bind it together like a piece of music with recurring motifs, are, and were to me, the artistic equivalent of the refrains of old ballads[31]. ” La référence à la théorie de Pater exposée dans Appreciations (1889) est ici explicite : “ A play attains artistic perfection just in proportion as it approaches that unity of lyrical effect, as if a song or a ballad were still lying at the root of it[32]. ”

 

On ne sait si c’est la qualité musicale ou le sujet de Salomé qui séduisirent Strauss. Celui-ci vit une représentation de la pièce en 1902 à Berlin, dans une production de Max Reinhardt, et décida de mettre le drame en musique. Son opéra fut donné pour la première fois en 1905 à Dresde (avec Marie Wittich dans le rôle de Salomé[33] ) ; il heurta l’opinion publique (et l’Empereur Guillaume II) sur la question du bon goût. La première représentation londonienne fut annulée en 1907[34] , l’œuvre fut censurée jusqu’en 1918 à l’Opéra de Vienne à cause de son livret, et autorisée pour la première fois en avril 1929 à Salzbourg pour une seule et unique représentation sous la direction d’Herbert Karajan. Et pourtant, la Première de Salomé fut un triomphe : il y eut ce soir là trente-huit rappels. Au cours de l’année 1907, l’opéra fut donné dans cinquante-huit villes, avec cinquante représentations pour la seule ville de Berlin. Peu d’opéras ont été autant interprétés[35] et aussi controversés — controverse qui perdure de nos jours. Si l’orchestration de Strauss et ses prouesses techniques[36] firent l’unanimité, le jugement moral éclipsa bien souvent l’appréciation musicale de l’œuvre. En 1907, Romain Rolland écrivait ainsi à Strauss :

 

Votre œuvre est un météore, dont la puissance et l’éclat s’imposent à tous […]. Elle a subjugué le public. […] Permettez-moi maintenant de regretter qu’elle se dépense dans des poèmes inférieurs. Salomé d’Oscar Wilde n’était pas digne de vous. […] La Salomé de Wilde et tous ceux qui l’entourent, sauf cette brute de Iokanaan, sont des êtres malsains, malpropres, hystériques et alcooliques, puant la corruption mondaine et parfumée. Vous avez beau transfigurer votre sujet, en centupler l’énergie […] vous avez beau prêter à votre Salomé des accents émouvants : vous dépassez votre sujet, mais vous ne pouvez pas le faire oublier.[37]

 

Il n’est pas surprenant que Salomé ait choqué les publics allemands, anglais et français de l’époque : comme le rappelle Jean-Michel Brèque, la partition de Strauss et la pièce de Wilde sont contemporaines des recherches et des premiers écrits de Freud :

 

Le privilège spécifique de l’œuvre lyrique, qui est de nous livrer par la vertu du chant comme par celle du commentaire orchestral l’être intime des personnages, est ici poussé plus avant : ce sont leurs zones obscures, leurs profondeurs inconscientes qui sont explorées et révélées. La démarche de Strauss est donc parente de celle de Wilde. Avec ses moyens expressifs propres, elle est d’une égale efficacité, la véhémence de la musique faisant écho à la violence intime du texte. Ainsi Salomé reste-t-elle fondamentalement chez Strauss ce qu’elle était déjà chez Wilde, à savoir une héroïne de chair d’une exceptionnelle puissance, et non un simple support de fantasmes décadents.[38]

 

Strauss composa deux partitions, une sur la traduction allemande d’Hedwig Lachmann, et une sur le texte français de la pièce, avec des différences minimes d’un point de vue musical. On prétend que le livret fut décalqué sur le drame d’Oscar Wilde, ce qui s’avère inexact : Strauss réduisit la pièce de moitié, supprimant des personnages, retirant des répliques, abrégeant des tirades — ce qui eut pour effet d’occulter des informations essentielles et de simplifier excessivement les personnages —, excisant des répétitions, remaniant des propositions subordonnées, et retouchant le rythme de la phrase[39]. Il respecta en revanche la structure dramatique de la pièce, dont il développa l’organisation symbolique autour du chiffre trois. Comme le montre le synopsis établi par Stéphane Goldet, l’opéra comprend trois parties, entrecoupées d’interludes symphoniques (dont celui de la danse des sept voiles[40] ) : l’Exposition (confrontation de Salomé et Iokanaan, qui se conclut par la mort de Narraboth), les Péripéties, et la Catastrophe (décollation et mort de Salomé), elles-mêmes subdivisées en trois scènes, (plus la discussion fuguée entre les Juifs dans la deuxième partie). Les phrases sont répétées trois fois, comme les motifs musicaux : “au chiffre trois, générateur de l’organisation dramatique, correspond, sur le plan musical, l’utilisation d’un motif mélodique en tierce, donné le plus souvent trois fois de suite[41]. ” En outre, dans l’opéra comme dans la pièce, “ derrière le symbolisme omniprésent du chiffre trois, se révèle un symbolisme plus discret : celui du chiffre sept […] synonyme [dans la Bible] d’accomplissement, d’achèvement, de totalité spirituelle[42]. ” Comme l’observe S. Goldet, “ cette organisation, qui innerve l’œuvre entière, fait de Salomé un drame symbolique.[43]

 

Salome, Drame Musical en un acte, annonce la page-titre de l’opéra. Comme le relève Derrick Puffett[44],

Salomé est la seule œuvre de Strauss à se réclamer de ce genre, indissociable du système wagnérien. Dans Oper und Drama, que Strauss lut en 1892, Wagner distingue en effet l’Opéra, dans lequel la musique est une fin et le drame un moyen, du Drame Musical, Drama, servi par la création d’une œuvre d’art total, Gesamtkunstwerk, tous les arts devant concourir à l’illusion théâtrale[45] , la scène devenant “ un endroit magique où tous les arts vivent en harmonie et produisent un sortilège ”, et le spectacle “ éveillant en nous des énergies psychiques qui sommeillaient et permettant la communion effective[46].” On sait l’influence considérable qu’eut la théorie de l’art total (parfois incomprise et dénaturée) sur le monde des arts au cours de la deuxième moitié du dix-neuvième siècle. Comme l’explique Guy Michaud,

 

L’art, a dit Wagner, doit créer la Vie. Or la vie se présente sous trois modes : à l’origine notre âme éprouve des sensations : à ce besoin répondent les arts plastiques, et en particulier la peinture. “Puis nos sensations s’agrègent”, se définissent et deviennent des notions : “L’âme pense, après avoir senti.” L’art des notions se constitue alors : la littérature. “Enfin, sous les notions, se produit un mode plus affiné : c’est dans l’âme... l’impression d’un immense flot dont les vagues s’éperdent, confusément... Ce sont les émotions.” Et l’art des émotions, c’est la musique. […] L’art total wagnérien […] unira donc la notion et l’émotion, la littérature et la musique. Voulant créer un mode entier de la vie, il fera naître le monde des émotions, un monde idéal.[47]

Salomé n’est pas un poème symphonique, comme le suggérait Fauré, mais une extension du système wagnérien, union de la musique et du drame. Comme Wagner, Strauss utilise une texture musicale continue, et le système des leitmotive[48]. L’emploi de ces leitmotive, ou thèmes conducteurs, “ permet de suivre les protagonistes d’un bout à l’autre de l’action […] les interférences des leitmotive des différents personnages provoquant un jeu psychologique des plus subtils[49].”  Selon l’image de Baudelaire, ils “ blasonnent ” les héros[50]  Strauss en fait une utilisation complexe, et nombreux sont les musicologues qui se sont attachés à dresser un catalogue des motifs de Salomé, relatifs aux personnages, aux objets (la citerne par exemple), aux éléments (le vent), ou aux thèmes de l’opéra. Le premier motif de Salomé est “ un trait élégant et rapide de clarinette qui dessine une figure sinueuse encadrée par deux montées à l’allure volontairement exotique[51] ”, la clarinette étant l’instrument de l’héroïne, soprano dramatique. Iokanaan, baryton, a son motif propre, associé à celui de l’arrivée du Messie, “ un simple intervalle de tierce mineure ascendante ” ; Hérode, ténor (tessiture inhabituelle pour un roi) et Hérodias, mezzo-soprano, ont également leurs motifs. D’autres sont associés aux thèmes centraux de Salomé : celui du baiser, Ich will deinen Mund küssen, Iokanaan — “ un thème aussi incandescent dans la bouche de Salomé qu’à l’orchestre où il est donné en même temps[52] ” —, celui de la vengeance de Salomé, Ich will den Kopf des Jokanaan, donné par les cuivres, et celui, d’expression très romantique du désir de Salomé, donné par les violons et les violoncelles.[53] Comme le souligne S. Goldet, “ la plasticité est une des caractéristiques les plus frappantes de ce motif invariant qu’on entendra ainsi se transformer, selon l’instrumentation et le contexte d’où il émerge, jusqu’à la fin de l’opéra où il prendra un relief monstrueux[54].” La plasticité est une caractéristique essentielle de la Salomé de Strauss, comme le rappelle Derrick Puffett :

 

This “progressive” aspect is one of the most distinctive characteristics of Strauss’s leitmotive technique, and one which links it, historically, with the constant variation of Mahler and Schoenberg […] while setting it off a little from the leitmotive technique of Wagner.[55]

Une autre caractéristique wagnérienne de la Salomé de Strauss est l’organisation théâtrale de l’orchestre : transposant en mots la confrontation musicale entre Salomé et Iokanaan, véritable affrontement entre deux mondes, S. Goldet écrit ainsi :

 

un côté un Iokanaan à la ligne vocale peu avenante, raide, emphatique, soutenue par un orchestre volontairement lourd et sombre (cors et violoncelle appuyant les motifs de Iokanaan) ; de l’autre un tissu instrumental translucide (le plus souvent constitué d’instruments utilisés en soli) pour une Salomé apeurée puis fascinée. Cette organisation théâtrale de l’orchestre annonce celle de Berg […] où deux orchestres s’affrontent tandis que les personnages s’entredéchirent.[56]

L’influence de Wagner se fait également sentir dans l’ambiguïté harmonique à l’œuvre dans Salomé, l’emploi du chromatisme en venant à détruire la notion de tonalité. Commentant tout particulièrement l’extraordinaire monologue final de Salomé, hérité de la grande Liebestod wagnérienne, Craig Ayrey fait l’observation suivante : “ The large-scale dramatic structure is matched and supported by Strauss’s harmonic practice, which perpetually postpones or avoids large-scale tonal resolutions by means of harmonic ambiguity[57].” Cette ambiguïté, cette imprévisibilité, cette “ dissonance généralisée[58] ” dont allaient s’inspirer les successeurs de Strauss, déconcertent l’auditeur. Comme l’exprimait Gabriel Fauré,

 

Cette mobilité de la musique, cette fugacité des effets orchestraux — toujours nouveaux et curieux, toujours saisissants, mais qui à peine entendus sont remplacés par d’autres, — finisssent pas créer un perpétuel papillonnement qui fatigue non seulement l’esprit mais — cela paraîtra-t-il absurde ? — même les yeux.[59]

Dans la droite ligne des Correspondances, ce qui fascine le plus les compositeurs contemporains de Strauss, et continue de fasciner les critiques modernes, est le langage musical de Salomé qui élargit l’auditif pour toucher au visuel : Gabriel Fauré mentionne “ l’esprit mais […] même les yeux ” ; Debussy évoque une “ création en couleurs rythmiques ” ; S. Goldet souligne la manière dont les interventions inusuelles des solistes instrumentaux “ concourent à la couleur de la partition dans sa relation symbolique aux toiles de Gustave Moreau[60]. ” Un tel élargissement aurait comblé Oscar Wilde, qui écrivait en 1987 à Lord Alfred Douglas :

 

If I were asked of myself as a dramatist, I would say that my unique position was that I had taken the Drama, the most objective form known to art, and made it as personal a mode of expression as the Lyric or the Sonnet, while enriching the characterization of the stage, and enlarging — at any rate in the case of Salome — its artistic horizon.[61]

*

 

Au terme de cette étude, je souhaiterais substituer à l’univers carcéral des Prisons Imaginaires de Piranèse qui nous ont servi de point de départ, la métaphore plus ouverte du Pont, ou plus historiquement de la “ Passerelle des Arts ”. Celle-ci, construite au dix-neuvième siècle en imitation du Pont de la Severn en Angleterre, enjambe la Seine, “ unissant ses deux rives tout en les distinguant[62] ”, et reliant l’Institut de France (siège de l’Académie Française) et le Musée du Louvre (jadis appelé Palais des Arts). En effet, si la Salomé d’Oscar Wilde ne fait pas coïncider en elle-même tous les arts, ou plutôt “ toutes les branches de l’art[63] ”, comme le voulait l’idéal de la Gesamtkunstwerk wagnérienne, elle a indéniablement donné naissance à une convergence artistique sans précédent. Illustrant l’esthétique des  correspondances entre les arts chère à Baudelaire puis aux Symbolistes, alliant au Drame la peinture, la poésie, la musique — “ arrière-prolongement vibratoire de tout ” —, et la danse, — “ seule capable de traduire le fugace et le soudain jusqu’à l’Idée ” —, Salomé a su réaliser, dans les termes de Mallarmé, “ le concours de tous les arts, suscitant le miracle, autrement inerte et nul, de la scène[64] ”.

 

 

 

Annexe : Stéphane Goldet, p. 55 : L’organisation dramatique par trois

 

I PARTIE  Exposition

 

Scène 1 Narraboth, le Page

Il peut arriver quelque chose d’horrible

Il  va arriver quelque chose d’horrible

 

Scène 2 Les mêmes, Salomé

Il va arriver quelque chose d’horrible (2)

                              Exposé des 3 désirs de Salomé

                                  1. Je voudrais

                                  2. Je désire

                                  3. Je veux

                                               Je sais qu’il va arriver quelque chose d’horrible (3)

                              3 assauts de Salomé en direction de Narraboth

 

INTERLUDE SYMPHONIQUE I

 

Scène 3  Salomé, Iokanaan

                             1. Les proférations de Iokanaan et leur action sur Salomé

                             2. Le chant d’amour de Salomé

1. Le corps

2. Les cheveux

3. La bouche

3. Défaite de Salomé. MORT (1) de Narraboth

 

II PARTIE Péripéties

 

Scène 4 Séquence 1 : Hérode, Hérodias

 

Séquence 2 : Hérode, Salomé

3 propositions d’Hérode

3 refus de Salomé

 

Séquence 3 (diversion) : Les Juifs

 

Séquence 4 : le pacte conclu entre Hérode de Salomé (A)

3 propositions d’Hérode

2 refus puis acceptation de Salomé

 

INTERLUDE SYMPHONIQUE II : la danse des sept voiles (en 3 sections)

 

 

III PARTIE Catastrophe

 

Scène 4 (fin)  Séquence 1 : le pacte conclu entre Hérode et Salomé (B)

3 propositions d’Hérode

3 refus de Salomé

Séquence 2 : MORT (2) de Iokanaan

Je suis sûr qu’il va arriver un malheur (1)

Je suis sûr qu’il va arriver un malheur (2)

                                                                                                                                                                       

Séquence 3 : scène finale (Salomé)

II va arriver un malheur (3)

MORT (3) de Salomé.

 

 

 

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Articles :

 

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CARDIN, Bertrand, “ Salomé ou la représentation fin de siècle ”, Études Irlandaises, Automne 1996, n° 21-2, Presses de l’Université de Lille III, Sainghin en Mélantois, p. 85-95.

 

DALANÇON, Joël, “ Huysmans et Gustave Moreau ou l’illisibilité de la peinture ”, Lisible/visible : problématiques, La Licorne, n° 23, 1992, Université de Poitiers, p. 97-109.

 

DECAUDIN, Michel, “ Un Mythe “fin de siècle” : Salomé ”, Comparative Literature Studies, n° 1-2, 1967, p. 109-118.

 

GENET, Jacqueline, “ Le symbole Yeatsien dans la mouvance des symbolistes ”, Études Irlandaises, Printemps 1999, n° 24-1, Presses de l’Université de Lille III, p. 39-62.

 

GENET, Jacqueline, “ L’esprit fin de siècle : de la Salomé de Wilde à celle de Yeats ou de la mort d’un siècle à la naissance d’un autre ”, Irlande : Fins de Siècles, Études Irlandaises, Automne 1999, n° 24-2, Presses de l’Université de Lille III, p. 33-55.

 

KELLOG-DENNIS, Patricia,  Oscar Wilde’s Salomé: symbolist princess ”, Rediscovering Oscar Wilde, George C. Sandulescu, (ed.), Gerrards Cross, Colin Smythe, 1994.

 

WALSHE, Eibhear, “ ‘Angels of Death’: Wilde’s Salomé and Shaw’s Saint Joan ”, Irish University Review, Special Issue, Spring/Summer 1997, p. 24-32.

 



[1] Mireille Dottin-Orsini, op. cit., p. 136.

[2] Salomé (1530).

[3] Le Banquet d’Hérode (1387).

[4] Salomé recevant la tête de saint Jean-Baptiste (1500 à 1530).

[5] Salomé (c. 1515).

[6] Salomé recevant la tête de saint Jean-Baptiste (1640 à 1660).

[7] Salomé (1866-1874).

[8] Mireille Dottin-Orsini, op. cit., p. 138-140.

[9] Henry Amer, “ Huysmans et la Peinture ”, J.-K. Huysmans, Les Cahiers de la Tour Saint-Jacques, VIII, Paris, Roudil, 1963, p. 41. Dans le numéro 23 de La Licorne intitulé Lisible/visible, Joël Dalançon consacre un article à “ Huysmans et Gustave Moreau ou l’illisibilité de la peinture ”, où il écrit : “ Couple emblématique des relations croisées du lisible avec le visible, Huysmans et G. Moreau permettent de poser la question de la lisibilité du visible d’une façon qu’on voudrait croire exemplaire […] mais qui se révèle beaucoup plus insidieuse qu’il n’y parait Car si les textes que Huysmans consacre à Moreau se présentent d’abord comme des moments de déploiement du “ faire voir ” […] la lisibilité ainsi induite bute sur l’indécodable et l’indécidable. ” La Licorne, n° 23, 1992, Université de Poitiers, p. 97.

[10] J.-K. Huysmans, A rebours, p. 115.

[11] Ibid., p. 123.

[12] Mario Praz, The Romantic Agony, op. cit., p. 304.

[13]Comme le précise Richard Ellmann, “ Wilde’s knowledge of the iconography of Salomé was immense. He complained that Rubens’s Salomé appeared to him to be ‘an apoplectic Maritornes’. On the other hand, Leonardo’s salomé was excessively incorporeal. Others, by Dürer, Ghirlandaio, van Thulden, were unsatisfactory because incomplete. The celebrated Salome of Regnault he considered to be ‘a mere gypsy’. Only Moreau satisfied him, and he liked to quote Huysmans’s description of Moreau’s paintings. ” Oscar Wilde, Londres, Penguin, 1988, p. 323.

[14] Comme le signale Pascal Aquien, “ Wilde n’appréciait pas ces illustrations, pourtant vénéneuses et décadentes : d’une part au style japonisant de Beardsley, il aurait préféré une atmosphère byzantine à la Gustave Moreau, et, d’autre part, il considérait que Beardsley avait fait un contresens sur le personnage de Salomé.”, op. cit., p. 25.

[15] Charles Ricketts, Recollections of Oscar Wilde (1932), cité par Philippe Jullian, Oscar Wilde, Londres, Granada, 1979, p. 218.

[16] Enclyclopaedia Universalis, “ Livre : orientation des recherches graphiques ”.

[17] Ibid.

[18] R. A. Walker, The Best of Beardsley, Londres, Chancellor Press, (1948) 1983, p. 17.

[19] Marie-Claire Pasquier, op. cit., p. 1836.

[20] R. A. Walker, op. cit., p. 11.

[21] Ibid., p. 9.

[22] Ibid.

[23] Ibid., p. 11.

[24] Salomé, Lausanne, Éditions du Héron, 2003, p. 85.

[25] Encyclopaedia Universalis.

[26] R. A. Walker, op. cit., p. 11.

[27] Comme le suggère P. Kellogs-Dennis, “ It is difficult to know how seriously Wilde actually felt about the play when he first wrote it. […] One can view Wilde’s Salomé as a brilliant pastiche of turn-of-the-century decadent art, a pastiche which I think Beardsley’s illustrations put into relief. ” “ Oscar Wilde’s Salomé: symbolist princess ”, Rediscovering Oscar Wilde, George C. Sandulescu (ed.), Gerrards Cross, Colin Smythe, 1994, p. 224.

[28] Pascal Aquien, op. cit., p. 24-25.

[29] James Joyce, Essais critiques, Paris, Gallimard, 1966, p. 245.

[30]De Profundis, Selected Letters of Oscar Wilde, Rupert Hart-Davis, ed., Oxford University Press, 1979, p. 204.

[31] Ibid., p. 288-89.

[32] Walter Pater, Appreciations, Londres, Macmillan, 1967, p. 203.

[33] Celle-ci fut doublée par une ballerine pour la danse ; elle insista ensuite pour l’exécuter elle-même, ce qui mit Strauss dans l’embarras.

[34] Cf. A Mingled Chime, l’autobiographie de Beecham. Ce dernier dirigea la création anglaise de l’opéra à Covent Garden en 1910, avec un texte allemand expurgé et un plat vide dans la scène finale...

[35] La discographie de Salomé ne comprend pas moins d’une trentaine de versions intégrales de l’opéra, de 1954 à nos jours, au nombre desquelles se distinguent, selon Laurent Jäger, celles de Karajan (1977) pour la qualité générale des interprètes, la danse et la direction orchestrale, celle de Böhm (1970), avec Gwyneth Jones, et celle d’Ozawa (1990) pour Jessye Norman. Sans parler d’une vingtaine d’enregistrements de la scène finale par des sopranes célèbres, dont Ljuba Welitsch.

[36] “ The restless, innovative and often brutal technical triumph ”, commente John Williamson, “ Critical reception ”, Richard Strauss Salomé, Derrick Puffett, ed., Cambridge University Press, 1988, p. 144.

[37] Lettre de Romain Roland à Richard Strauss, 1907, publiée dans Strauss Salomé, op. cit., p. 48.                      

[38] Jean-Michel Brèque, “ La Salomé d’Oscar Wilde ”, Strauss Salomé, op. cit., p. 35-36.

[39] On pourra à cet égard consulter l’article de Roland Tenschert dans Richard Strauss Salomé, p. 36-50 et les notes à la page 110 de Strauss Salomé.

[40] A ce propos, S. Goldet écrit : “ Vraisemblablement composée après le reste de l’opéra, la danse des sept voiles est le second pivot important de Salomé. La Danse est avant tout un mouvement de l’opéra, un rythme qui s’accélère peu à peu et qui assure, par son mouvement giratoire, le passage dans un temps différencié : celui de la Catastrophe. Grosso modo, la danse est un vaste “ pot pourri ” des différents thèmes de l’opéra. […] ”, Strauss Salomé, p. 88.

[41] Ibid., p. 65.

[42] Ibid., p. 85.

[43] Ibid., p. 54.

[44] Derrick Puffett, op. cit., p. 59.

[45] Dans une lettre à Berlioz, Wagner parle de “ l’alliance de tous les arts concourant ensemble au même but, c’est à dire à la production de l’œuvre artistique la plus parfaite et la seul vraie ”, et écrit : “ Ceci me conduisit à étudier les rapports entre les diverses branches de l’art entre elles, et, après avoir saisi la relation qui existe entre la plastique et la mimique, j’examinai celle qui se trouve entre la musique et la poésie : de cet examen jaillirent soudain des clartés qui dissipèrent complètement l’obscurité qui m’avait jusqu’alors inquiété.” Lettre citée par Baudelaire, “ Richard Wagner et Tannhäuser ”, op. cit., p. 515.

[46] Encyclopaedia Universalis, “ Wagner ”.

[47] Guy Michaud, op. cit., p. 335.

[48] Stéphane Goldet, op. cit., p. 55. Ce qui fit dire à Debussy, en 1910 : “ Richard Strauss n’est qu’un Wagner exaspéré.”

[49] Encyclopaedia Universalis.

[50] Baudelaire, “ Wagner et Tannhäuser”, op. cit., p. 520.

[51] Stéphane Goldet, op. cit., p. 66.

[52] Ibid., p. 71.

[53] Commentant la manière dont ces leitmotive interagissent dans le premier interlude symphonique, récapitulatif de l’Exposition, le critique écrit ainsi : “ […] vont s’affronter, dans une tension dramatique croissante, le thème du baiser, le thème en quartes de Iokanaan, puis son thème propre, enfin le thème de Salomé qui en découle et qui émerge peu à peu au premier plan. Des éléments plus ou moins chromatiques se mêlent à ces quatre thèmes et conduisent à une furieuse accélération : tous ces éléments alternent, se chevauchent et se serrent […] Alors cette formidable accélération aboutit au climax de l’interlude, où l’orchestre n’est plus qu’un gigantesque champ chromatique d’où émerge le thème de Salomé-Hérodias.” Ibid., p. 74.

[54] Ibid., p. 71

[55] Derrick Puffett, “Salomé as music drama”, op. cit., p. 75.

[56] Stéphane Goldet, op. cit., p. 65.

[57] Craig Ayrey, “ Salome’s final monologue ”, Richard Strauss Salomé, p. 113.

[58] L’expression est de D. Jameus.

[59] Gabriel Fauré, Le Figaro, 9 mai 1907, publié dans Strauss Salomé, p. 195.

[60] Stéphane Goldet, op. cit., p. 71.

[61] Lettre à Lord Alfred Douglas, June 1897, Selected Letters, p. 288.

[62] Michel Tournier, Célébrations, “ Anatomie et physiologie d’un pont”, Célébrations, Paris, Mercure de France, 1999, p. 143.

[63] Richard Wagner, lettre à Berlioz, cf. note 95.

[64] Ces trois dernières citations sont de Mallarmé, “ Richard Wagner, Rêverie d’un poète français ”, op. cit., p. 541-542.

 

Cet article a été publié dans une version abrégée dans les Actes du Congrès de la SOFEIR 2004, « Passerelles et Impasses / Barriers and Bridges, Le Faouet, Liv' Editions, 2006. »

Il s’agit là de la première publication du texte complet.

 

 

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