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Numéro 13 : MAI/JUIN 2008
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§8. THE CRITIC AS
ARTIST
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De Sébastien RUTES :
« Le linceul du vieux monde » |
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(Ed° L’Atinoir, janvier 2008) |
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Lou Ferreira |
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Mais
notre règne arrivera |
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(Les Canuts - Paroles
et Musique: Aristide Bruant 1894) |
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Inutile d’attendre la fin de la première partie
de l’ouvrage de Rutès pour se demander où il nous emmène. Il faut tout de
suite plonger dans cet univers fin de siècle auprès des anarchistes
(surtout), accompagnés d’un Wilde errant (souvent) et de quelques idéologues
fascisants qu’un Max Nordau aurait aisément entraînés dans ses congrès. |
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Là, tout s’enchaîne. |
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Ce qui nous semble alors frappant dans le récit
libertaire de Rutés, c’est la question centrale de |
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En effet, la grande Dame déplait à tout le monde
dans cette période Dreyfusarde et antisémite bouillonnante, et Wilde lui-même
s’invite dans le roman à l’aventure (douteuse ?) qui consiste à
s’organiser avec une bande de touchants laissés-pour-compte pour la détruire.
Détruire la tour Eiffel, symbole de la folie industrielle naissante, de
l’avènement de l’exposition universelle et des pseudos progrès scientifiques
qui ravagent tout sur leur passage, avec autant de mépris que la moralité
anglaise achèvera physiquement Oscar Wilde. |
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Reprenons. |
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Tout se déroule entre Septembre 1899 et le |
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Or, les anarchistes étant les
« terroristes » de |
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Wilde, lui, est désœuvré, il écoute ses amis de
passage, les suit avec sa bonhomie et ses aphorismes en guise de fiche de
paie. Les anars, les miséreux, les révoltés de la « belle époque »
le nourrissent, le respectent et l’entraînent avec eux dans leur enquête non sans toujours le comprendre. Mais il y
a de l’affection pour le poète dans toutes les lignes de Rutès, il y a de la
lucidité, de la délicatesse surtout. |
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A aucun moment il n’est fait étalage des raisons
qui ont perdu Wilde, des faits dits « dégradants » qui l’ont amené
devant des juges et conduit à Reading. Toujours, ses camarades d’infortune le
portent, le supportent aussi avec ses théories esthétiques entre deux verres
d’absinthe, et c’est avec eux que Wilde va aussi décider de faire
« sauter » |
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Les couleurs que Rutès offre à Wilde sont
émouvantes et réalistes : C’est un gros et grand monsieur qui rend (à sa
manière) aux amis de bistrot, l’amitié qu’ils lui offrent sans calcul. |
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Alors |
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Parce que leurs objectifs à tous, ont quelque
chose de désespéré : Pourquoi et comment détruire |
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Les anarchistes ne doivent pas offrir au monde
une vision aussi nauséabonde et lâchement meurtrière. |
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C’est auprès d’eux que Wilde conservera toute sa
folie et sa grandeur. |
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Et puis ils n’ont rien à perdre, ils ont leurs
valeurs humanistes à proposer justement : combattre la violence (même
des anarchistes, nous l’avons dit) contre des innocents, celle des politiques
qui ont su si bien régler leurs comptes avec les Communards (par exemple),
celle des groupuscules réactionnaires qui se battent pour des idéaux
quasi-kantiens. La misère, ça ne peut plus durer. |
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Mais le statut de |
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De plus, Rutès met dans la bouche d’un Wilde
trop fatigué des mots qui sonnent justes et d’autres qui donnent tout
simplement chair au roman : la présence du poète irlandais vacillant au
milieu des amis de Bruant apporte de la force au contenu du récit, elle
permet les contradictions, de belles surprises et des intonations bien wildiennes
comme : |
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« ….Les
Anglais, ces héritiers de Tartuffe, ces émules de Caliban, ces boutiquiers,
ces bourgeois qui vont par le monde armés d’un carnet de chèque et d’une
poignée de dictons, me manquent ! Me pardonneront-ils d’avoir proclamé
qu’ils réalisent chaque jour le miracle de transformer le vin en eau ?
Il semble qu’en définitive je m’étais habitué à eux plus qu’ils ne s’étaient
habitués à moi… » p.46 |
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Ou encore : |
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« J’ai
refusé d’emprunter le chemin de la vertu car on y faisait la queue. L’autre
était désert, je m’y suis engagé. Vous savez que les Anglais ont si peu
d’imagination, qu’aucun vice digne de ce nom ne leur vient à l’esprit ?
(…) » p.126 |
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Nous préférons croire que la liberté de Wilde
est une liberté dite « positive », celle qui consiste à être son
propre maître. |
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Malgré l’absinthe et la mise à mort réussie,
l’ouvrage se termine certes, par le décès de Wilde et de quelques camarades
de Paris, mais nous quittons Rutès avec la sensation que cette liberté
positive était non seulement une claire indépendance face à toutes sortes de
contraintes extérieures (ne plus rien posséder par exemple), mais surtout par
la décision, le choix authentique d’être soi-même par soi-même. |
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Une forme d’autonomie qui se continue à travers
des actes de rébellions anarchistes - qui ont leur sens et leur place dans
l’histoire de la deuxième moitié du 19ième siècle d’abord- et tout autant
aujourd’hui, et qui confère parallèlement à un écrivain tel que Wilde, une
position qui impose des questionnements sur ses critiques esthétiques,
éthiques. Et ce, face à une machine juridique par exemple… |
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Oui le vieux monde a emporté dans son linceul
Wilde et ses camarades, mais les débats qu’ils suscitent tous aujourd’hui,
relèvent de la nature même de la liberté qui fait (de toute façon) de chaque
homme un commencement et un « commenceur » pour reprendre les
termes d’Hannah Arendt… |
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Lou FERREIRA |
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