rue des beaux arts

 

Bulletin Bimestriel de la Société

 

Oscar Wilde

 

Paris

 

melmoth@aliceadsl.fr

 

 

 

Numéro 4 : Août/Septembre 2006

 

 

 

 

 

 

On peut trouver les numéros de ce bulletin à l’adresse www.irishdiaspora.net

sous la rubrique THE OSCHOLARS ; puis suivre le lien Société Oscar Wilde.


 

Groupe fondateur : Lou Ferreira, Danielle Guérin, D.C. Rose, Emmanuel Vernadakis

 

Société Oscar Wilde, Paris,

Branche française de The  Oscar Wilde Society, Londres

www.oscarwildesociety.co.uk.

 

 

 

Editorial

 

Rouen : une journée particulière

 

Pourquoi Rouen ? Pourquoi avoir choisi la ville aux cent clochers, chère à Victor Hugo, pour se retrouver après plus de deux ans de séparation avec Bosie ? La cité où naquit Corneille, où mourut Jeanne d’Arc est certes attrayante avec ses églises gothiques, son abbatiale, ses hôtels particuliers, ses belles maisons à colombages. Mais cela suffisait-il pour qu’elle fût élue entre toutes par deux hommes pour lesquels ce rendez-vous de fin août devait ressembler à un nouveau départ ?  Ni Oscar ni Bosie n’étaient là pour faire du tourisme, ni pour suivre les pas de Maupassant, encore moins pour se recueillir dans la crypte contenant le cœur de Richard Cœur de Lion, ni même pour admirer le modèle original des cathédrales de Monet ou les grandes peintures de Puvis de Chavannes, qu’Oscar aimait beaucoup, au musée de Rouen. L’ombre de Flaubert, que Wilde considéra toujours comme un maître, planait sur la ville. Et s’il ne s’agissait pas là d’une Éducation Sentimentale, c’était à coup sûr un voyage sentimental.

 

Zone de Texte:

Zone de Texte: La Cathédrale de Rouen (le portail et la tour Saint-Romain), harmonie bleu et or peinte par Claude Monet en 1893 On dispose d’assez peu de renseignements sur cette journée de retrouvailles entre un Wilde qui vient de subir deux années de prison et trois mois d’un morne exil normand, et un Bosie impatient de rentrer en grâce. On sait seulement que Wilde était très ému et qu’il pleura à la gare en retrouvant son dear boy. Ils logèrent à l’hôtel de la poste et passèrent la journée à se promener dans la ville bras-dessus, bras-dessous, « parfaitement heureux », si l’on en croit Douglas et son autobiographie. Proche de Dieppe et peu éloigné de Paris, Rouen était géographiquement le lieu le mieux situé pour abriter cette brève rencontre au goût de miel. Car ce sont bien des amoureux qui se retrouvent, bouleversés. Bosie, peut-être un peu moins qu’Oscar. Quelques semaines plus tôt, il lui adressait des lettres suppliantes auxquelles Wilde répondait froidement, puis de moins en moins froidement. Jusqu’à de que ce fût lui qui envoyât quotidiennement des missives et proposât à Bosie, le 24 Août, de le retrouver à Rouen. Les retournements de situation ne sont pas rares dans la vie et dans les œuvres de Wilde, et celui-ci était finalement assez prévisible. Bosie, pour sa part, est déjà moins pressé. Sa mère et sa sœur l’attendent à Aix-les-Bains, et Rouen n’est qu’un détour avant de gagner sa véritable destination. Néanmoins, sans doute n’est-il pas lui-même entièrement exempt d’émotion en retrouvant, ce 28 août 1897, celui qui fut son amant et son ami le plus cher.

 

C’est tout un monde ancien qu’ils voudraient retenir entre leurs doigts enlacés, une époque dorée qu’ils aimeraient faire resurgir entre ces vieux murs : celle de l’insolente célébrité d’Oscar, celle de leur arrogant bonheur, quand il se mêlait de provocation. L’ombre pourpre du passé s’étire sous leurs pas, chaque tournant de rue débusque de nouveaux souvenirs, empreints de l’exquise et douloureuse amertume qui s’attache aux choses qui ne sont plus. Et, entre eux, toujours, malgré l’émotion, malgré le plaisir d’être ensemble, malgré l’amour renaissant, se dresse l’ombre menaçante de ces deux ans où Oscar a tout perdu, y compris son adoration aveugle pour  « sa douce rose, sa fleur délicate, son lys entre les lys », ainsi qu’il le lui écrivait après son inculpation.

 

À ce moment là, Bosie n’a pas encore pris connaissance du manuscrit de De Profundis et il est tout à la satisfaction d’une reconquête qu’il pressent triomphale. En équilibre sur une corde raide, Oscar est à nouveau sous le charme, toute rancœur abolie, tout reproche oublié. Peut-être, en cet instant magique des retrouvailles, souhaite-t-il ne jamais avoir écrit les pages vengeresses de De Profundis. Journée particulière, suspendue dans le temps, journée de bonheur éphémère, qui se prolongera peu après par le mirage de Naples, fabuleuse promesse qui grise Oscar plus que ne l’avaient grisé les verres de vin du Rhin bus au soir de son arrestation. À Rouen, il croit revivre. Il n’est plus seul. Serait-il de nouveau aimé ? Il rêve, comme rêvait Emma Bovary, quelques jours avant le bal où l’avait invitée Rodolphe. Oscar ne bovaryse pas, il « bosie-rise ». La vie imite l’art, plus que l’art imite la vie.

 

Danielle Guérin

 

 

 

 

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TABLE

Pour un accès direct, cliquer sur les numéros

 

 

1Editorial Rouen, une journée particulière

 

2Publications

Oscar Wilde - Le Portrait de Dorian Gray

Oscar Wilde – Le Fantôme de Canterville – Le millionnaire modèle – Le Géant égoïste

Histoires pour faire peur

Philippe Dagen Arthur Cravan n’est pas mort noyé

Catulle Mendes – Incendies

Gustave Flaubert – Voyage en Orient

François VicaireFlaubert, roi de Carthage

Eric Vauthier Nuit rouge et autres histoires noires de Paris

José-Maria de Hérédia – Pierre Louÿs – Correspondance

Paul Verlaine – Correspondance générale - Volume I – 1857-1885

Jean-Jacques Lefrère Jules Laforgue

Lisa Block de Behar Jules Laforgue ou les métaphores du développement

Roger Pearson Mallarmé and Circumstance – The translation of silence

Jacques Rancière Mallarmé : la politique de la sirène

Maria Van Rysselberghe Je ne sais si nous avons dit d’impérissables choses – Anthologie des Cahiers de la petite dame

Marcel Proust Correspondance

Jérôme Prieur – Proust Fantôme

Georges-Paul Collet – Jacques-Emile Blanche : le peintre-écrivain

Raoul Mille Sarah Bernhardt et Monaco

Alan Paul – Le facteur Borges

Sylvie Overnoy - Le pèse-personne de Doriane G.

 

3Oscar Wilde et la bande dessinée par Patrick Chambon

 

4 -  Expositions

 

My Mallarmé is rich, Mallarmé et le monde anglo-saxon

     (Musée départemental de Vulaines-sur-Seine)

Pierre Loti, Fantômes d’Orient (Musée de la Vie Romantique)

 

5Opéra Salomé à l’Opéra Bastille

 

6Théâtre

 

Born to be Wilde, sur une idée de Laurent Minier (Festival off d’Avignon)

L’Éventail de Lady Windermere (Théâtre 14 – Jean-Marie Serreau – Paris)

L’importance d’être Constant (Théâtre Antoine – Paris)

 

7Enfants de la Toile

 

a.  http://www.oscarwilde-lys.com/ (site créé par Lou Ferreira).

b.  Oscar Wilde et ses contemporains.

 

8Conférences

 

a.  Congrès annuel 2006 de la Société Anglaise pour les études françaises.

b.  Conférences données par nos membres :

Régina Bollhalder Mayer :  L’amour des esthètes: Rachilde, Wilde et Gide.

 

9The Critic as Artist

 

« Mensonges, Mensonges » de Stephen Fry

       Critique de Lou Ferreira

 

10Bibliographie du mois : catalogue des expositions du Musée d’Orsay

 

11Appel à contribution : Victor et Marion Plarr

 

12Rencontres parisiennes : Henri-David Davray et Oscar Wilde, par D.C. Rose.

 

13Cinéma – Télévision

 

14The Wildean – Intentions

 

 


 

 

2. PUBLICATIONS

 

Oscar WILDE Le Portrait de Dorian Gray

Traduit de l’anglais par Richard Crevier

Edition de Pascal Aquien

Flammarion – Paris – Août 2006

ISBN 2-08-071301-9

 

Oscar WILDELe Fantôme de Canterville – Le millionnaire modèle – Le Géant égoïste

Traduction par Jules Castier et Marcel Schwob revue par Marie-Louise Astre

Editions Flammarion – Paris – Collection GF Etonnants Classiques n° 2033 – Août 2006

ISBN 2-08-072265-2

 

Histoires pour faire peur

Editions Gründ, Paris – Collection Cubalire Junior – Août 2006

35 textes des grands auteurs de la littérature fantastique : Mary Shelley (Frankenstein), Oscar Wilde (Le Fantôme de Canterville), ou Edgar Allan Poe (Silence)

ISBN 2-7000-1494-5

 

Philippe DAGEN Arthur Cravan n’est pas mort noyé

Editions Grasset – Paris – Août 2006

ISBN 2-246-71281-5

 

  

 

 

 

Catulle MENDESIncendies

Editions Stalker, Paris, 2006

Trois brefs récits de Catulle Mendès (1841-1909) : L’Exclu, L’Incendiaire et L’Honnête incendiaire. (extraits de Le Rose et le Noir et La Vie Sérieuse)

ISBN 2-9524577-9-4

 

 

Gustave FLAUBERTVoyage en Orient

Edition de Claudine Gothot-Mersch et Stéphanie Dord-Crouslé

Préface de Claudine Gothot-Mersch

Editions Gallimard, Paris – juin 2006

Collection Folio Classique

ISBN 2-07-03394-0

 

François VICAIRE – Flaubert, roi de Carthage

Editions Magellan et Compagnie, Paris – octobre 2006

Collection Traces et Fragments

Le livre s'attache à retracer la genèse du roman Salammbô de G. Flaubert. Fondé sur des archives et sur la correspondance de l'écrivain avec ses amis pendant son voyage à Carthage, il permet de suivre la lente élaboration de l'œuvre.

ISBN 2-35074-005-8

 

Eric VAUTHIER Nuit rouge et autres histoires noires de Paris

Editions Terre de brume, Rennes – Collection Terres fantastiques – 2006

Recueil d’une quinzaine de nouvelles abordant la vie parisienne du Second Empire et de la IIIe République  à travers les textes de Théodore de Banville, d'Auguste Villiers de l'Isle-d'Adam ou ceux de Jean Richepin, Catulle Mendès et de Jean Lorrain

ISBN 2-84362-304-9

 

José-Maria de HEREDIA Pierre LOUYS

Correspondance (1890-1905), accompagnée de documents inédits et d’annexes

Edition établie, présentée et annotée par Jean-Paul Goujon

Editions H. Champion, Paris – Collection Bibliothèque des correspondances n° 30 – 2006

ISBN 2-7453-1391-6

 

Paul VERLAINECorrespondance générale - Volume I – 1857-1885

Editions Michael Pakenham – Fayard

ISBN 2-21361950-6

Une critique signée Stephen Romer est parue dans TLS du 2 juin 2006

 

Jean-Jacques LEFRÈRE Jules Laforgue

Editions Fayard - Paris

J.-J. Lefrère a retrouvé plusieurs inédits en prose ou en vers de J. Laforgue, ainsi que le journal intime de son père. A partir de ces documents, il dresse une étude approfondie de la vie et de l'oeuvre du poète.

ISBN 2-213623-3

Une critique signée Robin Buss est parue dans TLS du 2 juin 2006

 

Lisa BLOCK DE BEHAR Jules Laforgue ou les métaphores du développement

Traduit de l'espagnol par Albert Bensoussan

Editions L’Harmattan – Paris – 2006

Collection : Espaces Littéraires

Essai sur l'universalité géographique dans l'œuvre poétique de Jules Laforgue (1860-1887)

ISBN 2-7475-6504-1

 

 

 

Roger PEARSON Mallarmé and Circumstance – The translation of silence

Editions Oxford Clarendon Press

ISBN 0-19926674-3

Une critique de Patrick McGuinness est parue dans TLS du 9 juin 2006

 

Jacques RANCIERE Mallarmé : la politique de la sirène

Editions Hachette Littératures – Paris – août 2006

Le philosophe présente ici une vision originale de Mallarmé qu’il décrit non pas comme un auteur symboliste hermétique mais comme un poète incarné dans l’histoire.

ISBN 2-01-279341-X

 

Maria Van RYSSELBERGHE Je ne sais si nous avons dit d’impérissables choses – Anthologie des Cahiers de la petite dame

Textes choisis et présentés par Peter Schnyder – Préface de André Malraux

Editions Gallimard – Paris - 2006

Volume issu des cahiers tenus par M. Van Rysselberghe de 1918 à 1951 où elle évoque la vie d’André Gide, ses souvenirs de famille, son regard sur l’histoire, etc…

ISBN 2-07-030751-4

 

Marcel PROUST Correspondance

Editions Flammarion – Paris – Septembre 2006

130 lettres classées chronologiquement écrites par l’auteur de « A la Recherche du Temps Perdu » entre quinze et cinquante et un ans.

ISBN 2-08-071251-9

 

Jérôme PRIEURProust Fantôme

Editions Gallimard, Paris – juin 2006

Collection Folio

ISBN 2-07-033728-6

 

 

Georges-Paul COLLET – Jacques-Emile Blanche : le peintre-écrivain

Editions Bartillat, Paris – septembre 2006

ISBN 2-84100-385-3

 

Raoul MILLE Sarah Bernhardt et Monaco

Editions du Rocher, Monaco, 2006

ISBN 2-268-05481-0

 

Alan PAULSLe facteur Borges

Traduit de l’espagnol par Vincent Raynaud

Editions Bourgeois, Paris – octobre 2006

ISBN 2-267-01863-2

 

et pour la curiosité . . .

 

Sylvie OVERNOY Le pèse-personne de Doriane G.

Editions Anne Carrière, Paris, 2006

Sylvie Overnoy reprend le schéma du Portrait de Dorian Gray en le transposant dans une histoire loufoque où Doriane garde la ligne éternelle, grâce à une poupée qui grossit à sa place.

ISBN 2- 84337-398-0

 

 

 

 

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3 – OSCAR WILDE ET LA BANDE DESSINEE

 

« Histoires de l’Art  - I – Oscar Wilde »

 

par Patrick Chambon

 

patrickchamb@free.fr

 

 

2e épisode

 

 

 

 

 

 

 

 

 

À suivre….

 

 

 

 

 

 

 

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4 – EXPOSITIONS

 

Musée départemental de Vulaines-sur-Seine

Pont de Valvins - 4 quai Stéphane Mallarmé - 77870 Vulaines-sur-Seine

Téléphone : 01.64.23.73.27

 

My Mallarmé is rich, Mallarmé et le monde anglo-saxon

 

Du 23 septembre au 31 décembre 2006

Dirigé par Hervé Jubeaux

Mention principale contributions Luce Abélès, Gordon Millan, Marshall Olds

 

Une présentation des rapports de l'écrivain français avec la Grande-Bretagne et les Etats-Unis : liens personnels et privés avec l'Angleterre, enseignement de l'anglais, activités de traducteur, relations avec les écrivains, artistes et intellectuels anglo-saxons, réception de son oeuvre Outre-Manche et Outre-Atlantique.

 

Le musée se situe dans la maison qu'occupa le poète (1842-1989), parfois avec sa femme et sa fille, à partir de 1874, puis plus longuement à partir de 1891. A l'étage, on visite les appartements de Mallarmé: sa chambre, avec sa bibliothèque anglaise, différents objets et photographies, son châle, et la vue sur la Seine à laquelle il tenait tant. La salle à manger montre la "table des mardis littéraires", autour de laquelle s'assirent des artistes célèbres, parmi lesquels Oscar Wilde.

 

Le catalogue de l’exposition sera édité le 22 septembre par SOMOGY, Paris

ISBN2-85056-997-5

 

 

 

 

 

 

MUSEE DE LA VIE ROMANTIQUE

Hôtel Scheffer-Renan. 16, rue Chaptal. Paris IX

Téléphone : 01 55 31 95 67

 

Pierre Loti, Fantômes d’Orient

 

Du 27/06/2006 au 03/12/2006

 

Cet hommage au perpétuel voyageur, académicien à quarante ans, est d'abord une invitation au voyage : Constantinople, Alger, l'Egypte, le Sinaï mais aussi les brumes de l'Islande et la mélancolie de l'enfance à Rochefort-sur-Mer...

 

L'exposition réunit une centaine d'œuvres : peintures, œuvres sur papier, photographies et objets d'art provenant de nombreuses collections publiques et privées (musées du Louvre, Orsay, Quai Branly, Petit palais, Charleroi, La Rochelle et maison de Pierre Loti à Rochefort). Une promenade exotique émaillée de tableaux, d'aquarelles, d'objets du XIXe siècle et de dessins de l'artiste, dont beaucoup pourraient illustrer l’Algérie visitée par Douglas et Wilde et servir d’arrière-plan à Salomé. Wilde avait envoyé sa pièce à Pierre Loti, l’Oriental, qui, séduit, le remercia en qualifiant l’héroïne de « beauté sombre de l’Apocalypse ». 

 

 

Portaels : portrait d'une jeune Nord-Africaine

 

 

 

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5 – OPERA

 

Salomé de Richard Strauss –Livret tiré de la pièce d’Oscar Wilde

dans une traduction allemande de Hedwig Lachmann

En langue allemande

Direction musicale : Hartmut Haenchen

Mise en scène : Lev Dodin

Décors et costumes : David Borovsky

 

avec Catherine Naglestad (Salomé), Chris Merritt (Hérode), Jane Henschel (Hérodias)

Evgeny Nikitin (Jochanaan), Tomislav Mužek (Narraboth), Ulrike Mayer (Page d’Herodias)

Wolfgang Ablinger-Sperrhacke, Eric Huchet, Mihajlo Arsenski, Andreas Jäggi, Yuri Kissin, Ilya Bannik, Paul Gay, Friedemann Röhlig, Scott Wilde.

 

Orchestre et Choeurs de l’Opéra national de Paris

 

Opéra Bastille Opéra Bastille

Première 18 septembre 2006 à 20h

Représentations 23, 27 septembre, 1er (14h30), 4, 8 (14h30), 14, 18 octobre 2006 à 20h.

 

 

 

 

 

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6 – THEATRE

 

Zone de Texte:  Production récentes :

Punch Productions/Ile de France présente

Born to be Wilde, pièce en création sur une idée de Laurent Minier

 

Mise en scène : Christophe Blain

Avec Valérie Vervialle (Dandy F.B), Laurent Minier (Dandy O.W), Sébastien Brille (Dandy B.S)

Une rencontre entre trois personnages, Oscar Wilde, Florence Balcombe et Bram Stoker, qui se parlent par aphorismes avec une grande liberté d’esprit.

Du 6 au 30 juillet 2006

Festival d’Avignon Off – Théâtre des Corps-Saints

 

 

 

 

 

Zone de Texte:

Productions en cours :

 

L’Eventail de Lady Windermere, de Oscar Wilde

 

Mise en scène : Sébastien Azzopardi

Adaptation de Pierre Laville

Avec : Geneviève Casile, Elisa Sergent, Jean-Philippe Bêche, Jean-François Guillet, Marie-France Santon, Sébastien Azzopardi, Franck Desmedt, André le Gallo, Aude Sabin

Du 12 septembre au 28 octobre 2006

Théâtre 14 Jean-Marie Serreau – Paris XIVe

 

 

 

 

 

 

L’Importance d’être Constant

 

Version nouvelle et mise en scène de Pierre LAVILLE.

avec Laurent Deutsch, Fréderic Diefenthal, Macha Meril, Gwendoline Hamon, Marie Julie Baup, Yves Gasc, Claire Magnin, Patrick Delage

Décors de Pace

Costumes d’Emmanuel Peduzzi

Du 8 septembre au 29 Octobre 2006

Théâtre Antoine

 

 

 

 

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7 – ENFANTS DE LA TOILE

 

Lou Ferreira, un des membres fondateurs de notre société, vient d’ouvrir un remarquable site consacré à Oscar Wilde, qui contient différentes rubriques :

 

v             La poésie/les contes

v             Le beau/L’esthétique

v             La philosophie

v             La littérature

v             Le théâtre

v             L’amour

v             La justice

v             Le cinéma et la musique

 

Ces différentes rubriques sont complétées par une bibliographie et par un forum sur lequel nous vous invitons vivement à vous inscrire (une fois sur le forum et une fois sur le site qui fonctionnent en parallèle). Nous signalons cependant que la bibliographie est en cours de construction. Sa créatrice demande donc votre indulgence et assure qu’elle sera très rapidement  enrichie.

http://www.oscarwilde-lys.com/  (site)

http://www.forum.oscarwilde-lys.com (forum)

 

Oscar Wilde et ses contemporains

 

Cette rubrique, que nous retrouverons régulièrement, est destinée à guider nos lecteurs vers les meilleurs websites consacrés aux  personnages fin de siècle qui ont été en contact avec Oscar Wilde. Nous commencerons avec Coppée, Corbière, Cros, Heredia, Laforgue, Leconte de Lisle, Mallarmé, Merrill, Moréas, Rimbaud, Rodenbach, Samain, Verhaeren et Verlaine.  Cliquer ici.

 

Toute information sur d’autres sites concernant les contemporains français de Wilde sera la bienvenue.

 

Une nouvelle traduction de la Ballade de la Geôle de Reading, signée Jean Guiloineau peut être découverte à cette adresse :

  http://www.larevuedesressources.org/article.php3?id_article=422

 

 

 

 

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8 – CONFERENCES

 

Le congrès annuel 2006 de la Société Anglaise pour les études françaises, s’est tenue à l’Université de St Andrews, en Ecosse, du 3 au 5 juillet. Les sujets traités incluaient :

 

Siân Reynolds (University of Stirling)

‘Paris–Edinburgh 1900’

Peter Dayan (University of Edinburgh)

‘Satie Sporting with the Identity of Music, Poetry, and Socrates’

Paul Gifford (University of St Andrews)

‘Paul Valéry: Melos Maketh Man’

David Evans (St Andrews)

‘What is Music? What is Poetry? A Nineteenth-Century Identity Crisis’

Mary Orr (University of Southampton)

‘Powers Psychic and Profane: Rereading Violence in the “Sacred” in Flaubert’s Salammbô

Jonathan Culler (Cornell University)

‘Reading Les Fleurs du Mal Today’

Kate Rees (St Anne’s College, Oxford)

‘“Une langue étrangère, barbare.”  Flaubert, Du Camp, and the Translation of Science’

Michael Freeman (University of Bristol)

‘Robert Louis Stevenson’s France

Claire (University of Bristol)

‘Borderlands and Bibelots: Emile Gallé and fin-de-siècle Nancy.

 

Un appel à contribution à été lancé par la Société pour les études françaises, pour son prochain congrès à L’Université de Birmingham. Pour plus de détails, cliquer ici :

http://www.sfs.ac.uk/cfp2007fre.doc

 

 

 

Conférences données par nos membres 

 

Mme Regina Bollhalder Mayer, docteur ès Lettres, enseigne la littérature française à l’Université de Bâle (Suisse). Elle est spécialiste de la littérature fin-de-siècle et a publié un livre sur Rachilde (la seule femme parmi les auteurs décadents): Éros décadent. Sexe et identité chez Rachilde, Paris, Champion, 2002. Autre domaine de recherche: la littérature suisse romande, en particulier l’œuvre de S. Corinna Bille. Elle nous a aimablement autorisés à publier le texte de sa conférence donnée au Colloque International de Mulhouse :

L’amour des esthètes: Rachilde, Wilde et Gide.

Nous l’en remercions.

 

 

  Regina Bollhalder Mayer

  L’amour des esthètes: Rachilde, Wilde et Gide

 

  « Ah! Les pauvres amours banales, animales

  Normales! Gros goûts lourds ou frugales fringales,

 Sans compter la sottise et des fécondités! »

 

 

 C’est ainsi qu’en 1889 Verlaine dénonce « les amours de tous les jours» en leur opposant ces passions particulières, délicates, affranchies de la lourde nature et hors de la morale courante[1].

 

À la fin du XIXe siècle, l’aventure homosexuelle semble parfaitement répondre au projet esthétique des Décadents. Marquer sa différence, afficher une manière particulière d’être artiste, telle est l’intention de l’esthète fin-de-siècle[2]. Dans Le Snobisme et les lettres françaises, Émilien Carassus souligne les points de convergence entre le snobisme et l’art fin-de-siècle. Le snob, qui représente la face publique de l’esthète, veut se distinguer par ses tenues vestimentaires, son élégance aristocratique, ses manières affectées. C’est le cas de Robert de Montesquiou, un des modèles de Huysmans pour Des Esseintes. Edmond de Goncourt l’a rencontré un soir à Passy, « dans la correction d’une de ses toilettes symboliques, suprêmement chic »[3]. Dans l’amour aussi, le snob cherche la sensation rare, la luxure raffinée. Parmi les « perversions », l’homosexualité est à la mode. Elle devient même le vice des « gens très bien »[4]. Émilien Carassus parle de «snobisme de l’inversion» et cite les noms de Rimbaud, Verlaine, Montesquiou, Lorrain, Proust[5]. La représentation de l’homosexualité, dans la littérature de l’époque, est liée à l’esthétisme et au culte du beau. « Il advient alors que l’inversion, loin d’apparaître comme une malédiction ou une nécessité, se fasse le signe d’une distinction et d’un refus. Une distinction qui joint les esprits supérieurs, incapables de se satisfaire d’une sexualité ordinaire, écœurés d’une fornication sans beauté avec le sexe opposé, formule laide et vulgaire[6]. »

 

Celui qui, à la fin du siècle, incarne le mieux l’Esthète est sans doute Oscar Wilde. Il apparaît comme le symbole du nouvel hédonisme, the King of Life : veste de velours, culotte et bas de soie, cravate flottante. Il fume des cigarettes à bout d’or et se promène dans les rues de Londres avec un lys ou un tournesol, emblèmes des peintres préraphaélites. Après l’échec de son mariage et l’affirmation de son homosexualité, Wilde, à trente sept ans, fait une rencontre décisive : un ami poète lui amène un étudiant d’Oxford, très beau, rayonnant de ses vingt et un ans : lord Alfred Douglas. L’affaire Wilde-Douglas – l’amitié intime entre l’écrivain à succès et le jeune aristocrate – sera l’enjeu du célèbre procès, en 1895, qui aura des retentissements dans toute l’Europe. Devenu le prince des esthètes, fêté par la nouvelle génération d’artistes, à Londres et à Paris, Oscar Wilde affiche ses excentricités, voyage beaucoup et vit de moins en moins chez lui. Dès 1891, il abandonne femme et enfants pour lord Douglas. C’est à cette époque qu’André Gide fait la connaissance de l’Irlandais. Dans son In memoriam à Oscar Wilde, Gide évoque sa première rencontre avec l’esthète. Il est fasciné :

 

« C’est en 91 que je le rencontrai pour la première fois. Wilde avait alors ce que Thackeray appelle « le principal don des grands hommes » : le succès. Son geste, son regard triomphaient. Son succès était si certain qu’il semblait qu’il précédât Wilde et que lui n’eût qu’à s’avancer. Ses livres étonnaient, charmaient. Ses pièces allaient faire courir Londres. Il était riche ; il était grand ; il était beau ; gorgé de bonheurs et d’honneurs. Certains le comparaient à un Bacchus asiatique ; d’autres à Apollon lui-même – et le fait est qu’il rayonnait[7]. »

 

En effet, c’est l’homme, le brillant causeur et conteur, et non pas l’écrivain qui séduit Gide. Il n’a encore rien lu de Wilde, dont la première traduction française de Dorian Gray ne paraîtra qu’en 1895. Gide subit l’ascendant de Wilde ou plutôt Wilde arrive au bon moment pour «autoriser» ce qui demeurait encore latent : la tentation de l’immoralisme, ce «naturalisme païen» opposé à l’idéalisme chrétien et à la morale puritaine qui ont enchaîné l’auteur des Cahiers d’André Walter. « I can resist everything except temptation » (« La seule façon de se débarasser d’une tentation, c’est d’y céder »), dit lord Henry à Dorian Gray. Et de l’exhorter : « Vivez ! vivez la vie merveilleuse qui est en vous ! Ne laissez rien perdre. Rechercher inlassablement de nouvelles sensations. N’ayez peur de rien... Un nouvel hédonisme, voilà ce qu’il faut à notre siècle[8]. »

 

Gide va retenir la leçon wildienne. Cependant, sa libération ne va pas sans déchirements, sans doutes. Si le jeune Gide reconnaît l’influence de son illustre ami, son admiration n’est pas sans réserve. « Wilde s’étudie pieusement à tuer ce qu’il me restait d’âme », écrit-il à Valéry en décembre 1891[9]. Et un peu plus tard, il note dans son Journal : « Wilde ne m’a fait, je crois, que du mal. Avec lui, j’ai désappris de penser[10]. » Or, cet envoûtement spirituel comprend quelque chose de précieux pour Gide. Wilde lui apprend  à franchir la barrière entre la vie et l’art. « Ce que Wilde offrit à Gide, à un moment crucial de sa jeunesse, ce fut une issue à un esthétisme qui n’avait pas encore affronté l’amour, la religion ou la vie », souligne Richard Ellmann dans sa remarquable biographie d’Oscar Wilde[11]. 

 

On connaît le rôle qu’a joué Wilde dans l’affranchissement de Gide et dans la reconnaissance de son homosexualité. Les nuits algériennes organisées par Wilde font date dans la vie et l’œuvre de Gide. C’est surtout cette soirée, inoubliable, à Alger, le  30 janvier 1895, qu’il évoquera longuement dans Si le grain ne meurt. Il accompagne alors Wilde dans un café arabe où apparaît «un adolescent  merveilleux», Mohammed, joueur de flûte. Gide est comme enchanté par la beauté du garçon. Plus tard, dans la ruelle obscure, Wilde lui demande à voix basse : « Dear, vous voulez le petit musicien ? » Et Gide se souviendra : « Je crus que le cœur me manquait ; et quel raidissement de courage il fallut pour répondre : “oui”, et de quelle voix étranglée [12]! » Plaisir sans remords, « joie immense », « jubilation frémissante » – tels sont les termes évoquant l’intensité de sa volupté. Gide prend alors pleinement conscience de sa sexualité différente et l’accepte : « à présent je trouvais enfin ma normale [13]! » Si c’est Wilde qui avait entraîné Gide dans cette aventure homosexuelle, ce dernier était « vaincu d’avance » car il avait, « en imagination, en pensée, triomphé de tous [s]es scrupules »[14]. À Wilde, Gide ne doit donc que l’affirmation de ses goûts, qui étaient d’ailleurs fort différents de l’homosexualité  de son initiateur. La volupté, pour Gide, réside dans la douceur des caresses. Elle n’est jamais agressive. En témoigne son horreur lorsqu’il assiste, certain soir à Alger, à une scène d’homosexualité « active » entre le petit musicien et son ami Eugène Rouart, désigné dans Si le grain ne meurt sous le nom de Daniel[15]. Cette façon brutale de pratiquer l’amour est étrangère à Gide :

 

« Pour moi, qui ne comprends le plaisir que face à face, réciproque et sans violence, et que souvent, pareil à Whitman, le plus furtif contact satisfait, j’étais horrifié tout à la fois par le jeu de Daniel, et de voir s’y prêter aussi complaisamment Mohammed[16]. »

 

Gide refusera aussi bien le nom de « sodomite » que celui d’« inverti » et s’affirmera « pédéraste » : celui qui, comme le mot l’indique, s’éprend des jeunes garçons. « Gide, note Claude Martin, a bien décrit cet amour naissant entre le pédagogue et son élève, entre l’aîné et le cadet : on comprend qu’il ait cru retrouver la sorte de plénitude que les Grecs attachaient à la relation pédérastique, lorsque s’y ajouta l’attrait physique […][17]. » Oscar Wilde, au cours de son premier procès, le 3 avril 1895, ne se réclame-t-il pas, lui aussi, du modèle grec pour défendre l’autre amour, « the love that dare not speak its name » ? Écoutons l’éloquente tirade du King of Life :

 

L’Amour qui n’ose pas dire son nom, à notre époque, c’est la grande affection qui peut lier un homme mûr et un jeune homme, telle que celle qui existait entre David et Jonathan, celle dont Platon a fait le fondement de sa philosophie et celle que vous trouvez dans les sonnets de Michel-Ange et de Shakespeare. C’est une affection profonde, d’ordre spirituel, aussi pure que parfaite. [...] C’est l’affection la plus belle, la plus haute, la plus noble qui soit. Il n’y a rien en elle qui soit contre nature. [...] Que cette chose existe, le monde ne veut pas le comprendre. Le monde ne sait que s’en railler et parfois met un homme au pilori à cause d’elle[18].

 

Alfred Douglas, lui aussi, se réfère à l’amour grec pour justifier l’écrivain accusé de sodomie. Dans son article « Une introduction à mes poèmes, avec quelques considérations sur l’affaire Oscar Wilde », paru dans La Revue blanche en juin 1896, Douglas dénonce « la flagrante et barbare injustice de ce monstrueux procès ». Aux moralistes, il rappelle les leçons de l’éros antique :

 

« Il est curieux de penser que si j’avais eu la bonne fortune de vivre à Athènes dans le temps de Périclès, le même fait qui cause maintenant ma disgrâce eût fait ma gloire. [...] M. Oscar Wilde est maintenant torturé pour avoir été un uraniste, un hellénique, un homosexuel,  comme vous voudrez. »

 

L’amour grec est le modèle par excellence dont se réclament les homosexuels. Ainsi Gide placera la défense de la pédérastie à l’enseigne du berger Corydon.

 

Douglas ironise aussi sur le concept de dégénérescence forgée par Max Nordau. Dans un article virulent, paru dans Le Gaulois, le 10 avril 1895[19], le célèbre médecin avait en effet dénoncé l’écrivain irlandais comme représentant de l’art dégénéré – mais, dit Douglas, « qui ne voudrait être un dégénéré en compagnie de Verlaine, de Rossetti, d’Oscar Wilde et des autres »[20] ? Le jugement de Nordau reflète bien le discours médical de l’époque qui, à la suite de Krafft-Ebing et de la psychopathologie, considère l’homosexualité comme une maladie. L’homosexuel est un dégénéré – voilà l’opinion courante. Malgré l’observation psychologique, l’homosexualité ne perd que lentement son statut de vice contre nature, d’amour honteux[21]. 

 

Le 25 mai 1895, Oscar Wilde est condamné à deux ans de prison avec travaux forcés. L’affaire Wilde suscita de nombreux échos dans la presse française comme par exemple la véhémente « Défense d’Oscar Wilde » de Hugues Rebell, parue dans le Mercure de France (août 1895) ou les articles de Laurent Tailhade et d’Octave Mirbeau, également en faveur du réprouvé[22]. D’autres écrivains français cependant nient, après coup, toute familiarité avec l’Irlandais, tels que Jean Lorrain, Catulle Mendès ou Marcel Schwob[23].

 

Rachilde (1860-1953), une de personnalités les plus marquantes de la vie littéraire des années 1900, s’est également prononcée sur la fameuse affaire. Romancière à succès depuis Monsieur Vénus (1884), décorée du titre de « Reine des Décadents », l’épouse du directeur du Mercure de France (Alfred Vallette), à la fin du siècle, est au sommet de sa carrière. Son goût pour les sujets scabreux et les amours « hors nature » lui vaut une réputation d’écrivain pervers. « C’était une personne vive et gaie », se rappelle Camille Mauclair, « au rire perçant, aux reparties promptes et acerbes, dont il fallait tout de suite prendre le parti d’être le camarade ou la bête noire »[24]. On redoute l’esprit paradoxal et fantasque de la chroniqueuse du Mercure[25]. Le salon de Rachilde où se pressent les écrivains de l’avant-garde, symbolistes et décadents, de Verlaine à Barrès, contribue sans doute au succès du Mercure. « Il me semblait alors essentiel, note encore Mauclair, en signe d’un véritable avancement littéraire, d’être admis à écrire au Mercure de France. »

 

Oscar Wilde, à peine arrivé à Paris, se rend au Mercure pour dire à Rachilde combien il a aimé Monsieur Vénus[26]. Cependant il s’étonne de l’aspect bourgeois de la patronne du Mercure qui ne correspond guère à l’image de ses personnages androgynes : « Cette énigmatique créature en robe de laine noire a-t-elle écrit vraiment Monsieur Vénus[27]? »

 

Le jeune Gide, lui aussi, appréhende « la multiple Rachilde », connaissant son influence dans le monde littéraire parisien[28]. S’il fréquente peu les mardis de Rachilde, André Gide gardera toutefois un « vif souvenir des rares apparitions qu[’il] fi[t] dans son salon très accueillant ». Néanmoins, au Mercure, il ne se sent pas à sa place : « […] « non point que je souffrisse de mon peu d’importance, en ces lieux ; mais on y manquait d’air ; j’y étouffais ; l’atmosphère m’y paraissait irrespirable[29] ». Plus tard il évitera les mardis de Rachilde[30].

 

 « Gide est un malfaiteur », écrit Rachilde dans une lettre du 7 février 1931, adressée à Aurel (Marie-Antoinette Mortier)[31], à la suite d’une enquête de la revue Latinité sur André Gide. Aux dires de Paul Léautaud, Rachilde aurait envoyé « une réponse terrible » : « Rachilde, naturellement, est tout de suite tombée sur le pédéraste », note-t-il dans son Journal littéraire[32]. En effet, contrairement à la plupart des écrivains allemands qui se sont prononcés en faveur de Gide, à l’instar de E. R. Curtius (« Comme Nietzsche, André Gide a découvert un homme nouveau, une nouvelle région de l’âme »), Rachilde réplique « brutalement comme une gauloise ». À la question des enquêteurs si « l’enseignement de Gide est de nature à former l’honnête homme des temps nouveaux », elle répond clairement « NON » et finit par classer Gide parmi ces « exhibitionnistes » qu’on devrait enfermer[33].

 

Nous sommes quelque peu consternés par l’intolérance morale exprimée dans ces lignes. La vieille dame du Mercure, à soixante-dix ans, n’est plus du côté des modernes. L’auteur de Monsieur Vénus et des Hors nature qui a si bien admis l’homosexualité de Jean Lorrain, de Wilde et d’autres camarades de jeunesse, reproche surtout à Gide d’avoir ouvertement avoué sa pédérastie. S’y ajoute, dès les années trente, une jalousie mal dissimulée à l’égard de ses confrères plus jeunes comme Gide ou Colette dont la gloire reconnue contrastait avec sa propre décadence littéraire. La mort de Rachilde, deux ans après celle de Gide en 1951, passera inaperçue ou presque.

 

Or, l’hostilité de Rachilde envers l’homme Gide a négativement imprégné le jugement critique qu’elle porte sur l’œuvre. Certes, elle a salué les débuts littéraires de Gide. Quel compliment pour le jeune auteur de Paludes lorsqu’elle lui écrit « Paludes est tout à fait le miroir de la jeunesse d’élite présente […][34]. » En 1895, en effet, pour le public lettré, André Gide fait déjà figure de maître. Rachilde a également vanté Le Prométhée mal enchaîné et La Porte étroite[35]? « Un régal pour les amateurs de critique morale », dit-elle du premier, et du second : « Ce roman, d’une chaste  sensualité, ne plaira pas beaucoup aux gens frivoles, mais enthousiasmera certainement des jeunes poètes amateurs d’absolu en amour comme en littérature. » 

 

L’accueil que Rachilde réserve à L’Immoraliste est plus ambigu. Dans son article du Mercure de France de juillet 1902, elle défend, certes, le roman de Gide, édité au Mercure ; mais son compte rendu est plein de sous-entendus. Ainsi, elle affirme que L’Immoraliste est « un livre très singulièrement... moral » tout en reprochant à Michel, qu’elle compare implicitement à Gide, de n’aller pas assez loin : « Il pose des collets dans le bois de Sodome. Mais ce n’est qu’un braconnier, n’osant suivre que la nuit le cruel Éros, chasseur de mâles. » Et de conclure malicieusement : « Pour un médecin un ... uraniste est un malade. Pour un poète aussi délicat que le créateur de Michel, c’est un convalescent ... Il y a une nuance et nous devons nous en contenter […][36]. » Rachilde, ne suggère-t-elle pas que devenir uraniste, c’est, selon Gide, guérir ? Si son compte rendu est peut-être le plus subtil de la vingtaine d’articles parus dans les journaux et les revues[37], la pointe d’ironie qu’il comporte a pu blesser l’auteur de L’Immoraliste comme le montre cette lettre à Henri Ghéon :

 

« As-tu lu l’article de Rachilde sur L’Immoraliste ? Il aiguille bien dangereusement le lecteur. Ceux qui entendent mal sont combien plus dangereux que les sourds ! J’en suis réduit à affirmer que mon livre n’est qu’une satire, tant on croirait sinon que c’est une apologie. N’y a-t-il donc pas place entre les deux pour l’œuvre d’art ? Et prétend-on contraindre l’artiste à prêcher pour ou contre ses héros ? On exige aujourd’hui, surtout, des opinions – politiques, artistiques, morales. Et je prétends, surtout, m’en passer. J’en ai de moins en moins, sur moi, et sur les autres[38].

 

En 1902, le débat sur l’homosexualité en littérature est ouvert.

 

Six ans plus tôt, réagissant à l’affaire Wilde, Rachilde a déjà révélé une position ambiguë face à la question de l’homosexualité. Le couple Wilde-Douglas ne manqua pas d’intéresser Rachilde qui défendait volontiers les « maudits » de la société (Alfred Jarry est le cas le plus connu). L’intérêt de son article « Questions brûlantes » réside, entre autre, dans le contexte où il fut écrit. Il parut en effet dans La Revue blanche en septembre 1896, trois numéros après le « manifeste » d’Alfred Douglas. À ses yeux, Lord Douglas est une de ces victimes de l’opinion publique hostile à l’amour contre nature – the unnatural love dont on accusait Wilde. Elle idéalise le jeune poète au nom de l’art contre les préjugés de la société, faisant de lui le symbole de l’amour pur. Le «droit à la chasteté» qu’il revendique, selon elle, le rend «innocent comme un ange».[39]

 

Parmi les « questions brûlantes » – la prostitution, la dépopulation, les unions libres, l’émancipation de la femme –, celle de l’homosexualité est traitée en rapport avec le thème romanesque de l’Amour. « Est-il vrai [...] que l’Amour dépose son bilan ?» se demande Rachilde au début de son article, se moquant ensuite des «vieux-jeunes moralistes et jeunes-vieilles émancipatrices» et de leur propagande pour l’amour libre. Elle, elle croit au grand Amour tout en précisant qu’il « demeure le privilège des gens d’esprit » et que « tout acte charnel est superflu »[40]. Si elle prend position pour Alfred Douglas, c’est moins son homosexualité que son non-conformisme qu’elle défend. Rachilde accepte donc l’homosexualité comme amour idéal entre deux poètes mais la refuse en tant que réalité sociale. L’homosexualité permet de « refaire l’amour »[41] ; elle est liée à l’idéal rachildien de l’amour pur, privé de chair et de sexe ; elle est, tout au plus, une perversion cérébrale, symptôme de l’érotisme décadent. Ici elle dépend de la force poétique d’un être exceptionnel, d’un outlaw du sexe.

 

Rachilde soutient ainsi l’idée de révolte contre le conformisme social que suggère l’homosexualité du couple Wilde-Douglas. En 1918, un an après la parution, chez Emile-Paul frères, de l’autobiographie d’Alfred Douglas, Oscar Wilde et moi,  Rachilde publie dans le Mercure de France, un article au titre allusif «Oscar Wilde et lui». Elle voit en Wilde et Douglas des maudits face à la société et à ses hypocrisies:

 

« Un peu plus de tenue et ils étaient tous les deux des innocents, sinon des hypocrites, qu’on aurait pas osé flageller, au moins dans le monde qu’ils fréquentaient et dont l’un faisait partie intégralement. Je crois que le monde, le grand comme le petit, est implacable quand on le brave... »[42]

 

Toutefois, Rachilde regrette que le mythe Oscar Wilde soit défiguré par la révélation de détails sordides concernant la vie privée de l’écrivain. La réalité s’oppose irrémédiablement à l’art et menace de détruire les illusions. « L’Oscar Wilde intime que nous exhibent les... comptes de lord Douglas n’est pas celui que nous rêvions », écrit Rachilde[43]. Craignant de pires révélations encore par la publication de De Profundis, la longue lettre que Wilde, enfermé dans la prison de Reading, rédigea en 1897 à l’intention de lord Douglas et dont le manuscrit fut mis en vase clos au British

 

Museum[44], Rachilde demande de brûler ce texte compromettant, pour l’amour, dit-elle des descendants d’Oscar Wilde et ceux d’Alfred Douglas, au nom aussi de la vieille Angleterre. L’angoisse de voir s’effacer l’idéal d’une amitié masculine révèle le refus de la sexualité, rappelant la devise rachildienne que « tout acte charnel est superflu ».

 

Aux yeux de Rachilde, l’amour entre deux hommes n’a de valeur que s’il reste chaste. On retrouve l’image des âmes sœurs qui lui est chère[45].

 

Oscar Wilde a lui-même vécu le conflit entre l’idéal d’un amour spirituel et la réalité des cris de passion. Sa relation avec Douglas est coupée de scènes, de violences, de ruptures. « L’amour qui n’ose pas dire son nom », un amour aussi pur que parfait selon Wilde, n’empêche pas la sensualité, « l’ivresse des baisers » évoquée dans une lettre à « My Own Boy »[46]. L’esthétique érotique de Wilde diffère de celle de Rachilde, car elle admet le désir et la volupté. Le plaisir est même le but de la vie comme l’illustre un  aphorisme wildien : « Le plaisir est la seule chose pour laquelle on doive vivre». Lors du procès, l’accusé explique ainsi cette phrase : « Je crois que l’accomplissement de soi-même est le but essentiel de toute vie, et il vaut mieux y parvenir par le plaisir que par la douleur[47]. » Cette « idée païenne » est loin du dogme chrétien de l’impureté de la chair auquel Rachilde reste fidèle. Rachilde finira ainsi par rejeter l’homosexualité de Wilde et se montrera hostile à Gide. L’écart entre l’esthétique et la morale paraît net. À soixante-dix ans, trente ans après la mort d’Oscar Wilde, Rachilde n’est plus du côté des poètes maudits comme le prouve la lettre déjà citée à Aurel: « On a ri des Anglais qui lourdement, par la main d’un grand seigneur [lord Queensberry, le père d’Alfred Douglas], ont frappé le vice en question : les Anglais avaient raison. »

 

Pour Gide, au contraire, Wilde est un martyr de l’homosexualité, même s’il lui reproche son « défaut d’individualisme », la faiblesse de l’homme qui cherche à s’innocenter[48]. Hanté sans doute par le destin tragique d’Oscar Wilde – dans L’Immoraliste, sa silhouette surgit sous les traits de Ménalque –  Gide défendra la pédérastie dans Corydon, qu’il livre au grand public en 1924 seulement, et confessera ses goûts homosexuels dans Si le grain ne meurt. Combien de chemin parcouru depuis André Walter qui jouissait de l’émotion raffinée que procure le renoncement, à la manière des esthètes de Rachilde :

 

« Oh ! L’émotion, quand on n’a plus qu’à toucher – et qu’on passe… »[49]

 

La découverte de l’homosexualité permet à Gide de dépasser la dissociation de l’âme et du corps et le sentiment de culpabilité lié à la sexualité. L’Immoraliste montre que le désir homosexuel résiste à la morale puritaine qui assimile la chair au péché. Il ne s’agit plus de délivrer l’âme du poids du corps, l’esprit ne constitue plus un obstacle à la sensualité comme dans l’œuvre de Rachilde où l’homosexualité est tantôt un signe de déchéance tantôt la marque d’un raffinement artistique. L’amour travesti et pervers des Hors nature de Rachilde[50] est loin de la pédérastie considérée comme

 

« un penchant normal » dans Corydon[51]. « L’homosexuel est aussi naturellement ce qu’il est que l’hétérosexuel », dira Dominique Fernandez[52]. L’amour maudit peut enfin se dire, au risque, cependant, de se banaliser, de devenir non plus motif de modernité mais de mode.

 

 

 

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9 – THE CRITIC AS ARTIST

 

Stephen  FRY :

« Mensonges, mensonges »

 

Titre original: « The Liar », 1991 – traduction française : J.F HEL-GUEDJ, Ed° Belfond, 1998

 

 

           

Zone de Texte:

 

La problématique du mensonge posée par Stephen Fry

Adrian Healey ou le cynisme fragile

De la jubilation « amoraliste » de Stephen Fry dans « Mensonges, mensonges »

 

*

 

 

 

 

La problématique du mensonge posée par Stephen Fry

 

« Pas un mot de ce qui suit n’est vrai » :

En posant (en exergue) le Mensonge en tant qu’énoncé, S.Fry imposait là une des notions les plus fertiles en paradoxes.

 

En effet, soit l’auteur va mêler fiction et réalité dans son roman, et dans ce cas, son exergue même est un mensonge.

 

Soit il rédige une autobiographie en connaissance de cause et dans ce cas, il moque l’amoralité dans la notion du mensonge en la déconstruisant.

 

Soit il pose dès le départ un énoncé faux, et c’est toute la construction dudit « roman » qui s’annoncera déconcertante, tant dans le contenu que dans la forme originale de son récit parce qu’il abandonne le lecteur à ses doutes et il s’en amuse.

 

Dans tous les cas, il s’attaque à un exercice littéraire et philosophique des plus raffinés.

 

Pourquoi ? Parce que s’il y a le mensonge en tant qu’énoncé (faux), on ne peut omettre le mensonge comme Action. Une affirmation isolée et l’élaboration d’une succession d’évènements concrets qui aboutissent à un roman ou à une autobiographie déguisée, ce sont deux choses différentes. En clair, une proposition fausse ou mensongère requiert une analyse plus profonde ; mais une œuvre entière basée sur des actions mensongères, cela appelle un jugement moral.

 

Or, Stephen Fry ne se contente pas de jouer avec le langage et la morale dans l’action ; il associe des faits précis au discours qui, par moments, coïncident avec une réalité existante.

 

Prenons deux exemples :

 

Dès le début du roman, le jeune héros Adrian Healey a 15 ans, l’action se déroule en 1973 et ses penchants homosexuels dans l’enceinte de son collège non mixte, il les impose avec dédain et assurance. Or, coïncidence, Stephen Fry en 1973 avait 15 ans.

 

Coïncidence ? Voilà ce qui est amusant avec Fry. Tout n’est que coïncidence mais non révélation puisque « tout est faux ». Et peu importe qu’Adrian Healey soit un jeune dandy cultivé, qui flirte avec le théâtre, cite Oscar Wilde à plusieurs reprises et affiche avec ironie son homosexualité. Ces réalités mensongères (ou non) dérangent peu l’auteur ; nous le verrons plus loin…

 

Si le mensonge est une des premières obsessions en Philosophie parce qu’elle est inséparable de la question de la Vérité, il est nécessaire de rappeler que le mensonge n’est pas seulement le Faux : On peut dire Faux sans mentir. Cela s’appelle une Erreur.

 

Mais Fry ne commet pas d’erreur. Il est trop astucieux pour cela. Rappelons-nous Socrate brièvement :

 

Dans « Hippias Mineur, 367c », il reconnaît un paradoxe : celui qui ment en connaissance de cause, tout comme celui qui dit Vrai, est meilleur que celui qui est tout bêtement dans l’erreur. Cela signifie selon Socrate que :

 

1) Celui qui ment sous-entend qu’il est au moins instruit

2) Et que nécessairement il a besoin de la Vérité ! Il se fonde sur elle.

 

Finalement, qu’est-ce qui est grave dans le mensonge ? Le fait d’avoir dit :

-« Excusez-moi de vous avoir menti » ou

-« Excusez-moi de vous avoir escroqué » ?

 

The Liar, ou Mensonges, mensonges est un Roman. Avec Stephen Fry : au diable la morale.

 

Il vaut mieux être armé : sa verve a du sexe parce qu’il appelle un chat, un chat…

La lecture de son roman finit en fait par nous éloigner de toutes questions métaphysiques sur les vérités de l’auteur ou de l’allusion aux masques wildiens. Nous allons assister à la projection d’un film où la sexualité débridée d’un jeune homosexuel cynique le conduira aux drogues dures, en prison, se trouvera mêlé à de rocambolesques affaires d’espionnage où justement la réalité et la fiction vont permettre à Stephen Fry de dépeindre une société elle-même essentiellement mensongère ou construite sur des trahisons inhumaines, dont un Adrian Healey si brillant soit-il n’est qu’un jouet de plus…

 

 

*

 

                                                

Adrian HEALEY ou le cynisme fragile :

 

 

Les premières lignes du roman qui présentent le personnage central débutent ainsi :

« Adrian vérifia l’orchidée, inspecta les guêtres qui revêtaient ses souliers, ajusta ses gants de lavande, lissa son gilet, coinça sa canne en ébène de Malacca au creux de son bras (…) » p.15

 

Un émule de Montesquiou entre dans l’arène. Mais S.Fry va surprendre (si l’on veut s’amuser) ou profondément choquer (si des zestes de puritanisme s’accrochent à vos entrailles). Lisez donc le type de dialogues qui va définir le style Fry :

(Dans un vestiaire p.18) :

 

« (…) certains faisaient le paon à travers la pièce, roulant leur serviette autour de leur nuque comme des boas, marquèrent un temps d’arrêt, l’air coupables et stupéfaits.

-Tu es une enculée de pédale et tu es en train de changer tout l’internat en enculées de pédales.

-Une pédale, vraiment ? dit Adrian. On a traité Oscar Wilde de pédale, on a traité Michel-Ange de pédale, on a traité Tchaïkovski de…

-Et c’étaient des pédales, ajouta Sargent, un autre élève chargé de la discipline.

-Bon oui, il y a de ça, concéda Adrian (…) mais ce que je veux vous dire, (…) si dans l’avenir l’un d’entre vous rencontre des problèmes ayant un rapport avec sa sexualité, il ne faut pas hésiter à venir me rendre visite pour qu’on en parle »

 

Alors il y a un parallèle tentant à établir entre Fry et Healey : à croire qu’ils connaissent l’éthique des cyniques grecs et qu’ils s’en amusent (du moins que Fry distrait son personnage évidemment) :

 

Un des premiers principes des cyniques grecs est de Tout dire, même ce qui scandalise le plus. Or, Adrian Healey s’attarde sur ses érections et S.Fry sert sur un plateau d’infimes détails sexuels qui donnent à son personnage un détachement émotionnel impressionnant.

 

Il toise ses supérieurs, bafoue les règlements intérieurs de son collège, ironise de nombreux auteurs à succès, se moque de l’amour que lui vouent jeunes garçons et jeunes filles et méprise davantage le suicide d’un de ses camarades.

 

Chez les cyniques grecs justement, il était de bon ton de se débarrasser de toute pudeur et de tout respect humain, rappelons-nous :

« Le cynique n’a pas la naïveté de croire qu’il domine l’univers en se dominant lui-même. Mais il a la conviction, fondée sur l’expérience de n’être l’esclave de rien, ni de personne »

(« Les cyniques grecs », M-O Cazé, Ed°Classique Poche, 1992, p.37)

 

C’est là que Stephen Fry va surprendre parce qu’Adrian Healey va recevoir une leçon. Une leçon qu’un de ses professeurs atypiques nommé Tréfusis va lui administrer avec douleur.

 

Certes, Fry semble trop « marginal » pour que cette revanche soit d’ordre morale, mais elle va surtout renseigner sur la vision du monde de Fry et sa maturité cœxistente :

Le professeur Tréfusis est une sorte de Diogène du XXe siècle qui va étourdir et entraîner Adrian Healey dans des aventures de pseudo espionnages où se révèle au jeune homme dédaigneux, un monde construit sur l’Illusion, la duperie, les tricheries et les manipulations politico-économiques. Même la propre mort du jeune Healey sera mise en scène et c’est à cet instant précis que Fry se place, place et déplace ses protagonistes dans un univers presque théâtral mais dont la critique sociale acerbe sous-jacente est bien présente.

 

Si l’Individu Healey se moque des principes moraux qui régissent les rapports humains, il va apprendre à son grand désarroi que le Monde se moque davantage de son cynisme et l’englobe dans son Tout, faisant de lui un quidam parmi les quidams.

 

On ne peut donc pas non plus s’accrocher à des intuitions quasi-nietzschéennes qui se dressent contre la morale chrétienne et son traité du bien et du mal. Il est presque trop tard, le constat de Fry est nihilisant au sens où ceux qui possèdent la force d’âme et la santé physique qui leur permettraient de survivre à la « mort de Dieu », finissent de toute façon broyés et confondus avec la morale abêtissante et mensongère des soumis.

 

*

             

 

De la jubilation amoraliste de Stephen Fry 

 

 

Stephen Fry va dépasser le stade du détachement cynique d’un Adrian Healey –qui se distingue certes de tous ses camarades et les impressionne-, mais, au-delà du jeune homme détaché de tout et du professeur Tréfusis malicieux, c’est un constant rapport de force entre l’ironie de Stephen Fry et sa cruelle lucidité sur ce qui régit les rapports humains qui va donner une envergure inattendue à la notion du mensonge.

 

Il est observateur amusé, acteur critique. On retrouve ici les définitions premières du mensonge : tant que Stephen Fry joue et choque avec les mots d’Adrian Healey, nous nous situons dans le verbe, dans le récit, ou le dit. Mais lorsqu’ Adrian Healey va se retrouver au sein de manipulations scientifiques et politiques sans en comprendre le sens parce que tout lui est caché, l’essence du mensonge se noircit parce que nous somme dans l’action du mentir.

 

Le peu qui est dévoilé au jeune dandy demeure une vérité partielle, donc un mensonge en soi, ou encore une tromperie évidente pour mieux le soumettre à des expériences et des visions qu’il n’a pas les moyens d’analyser.

 

La frontière inévitable entre le rêve et la réalité, et ce qui doit être révélé à Adrian (en tant qu’initié), est indéfinissable : Finalement tout idéal est définitivement brisé, il y a plus  menteurs que lui et plus destructeurs…La vérité se trouve dans les manipulations mentales et physiques qu’il ne contrôle pas, et il ignore ce qu’il fait. Son identité est une illusion, il n’a plus le goût de s’en amuser. Fry non plus : Healey portait un masque pour dire ses vérités, Fry lui a enlevé ce masque pour lui montrer un mensonge réel.

 

Ainsi, derrière cette jubilation qui accompagne chaque réplique que S.Fry violente dans les propos de ses personnages, il coexiste chez l’auteur la tristesse d’un idéal, d’un absolu non défini clairement, mais qui touche l’humanité toute entière et à laquelle il ne croit pas puisqu’elle lui a menti depuis toujours et qu’il s’en est amusé en retour…

 

Le double Je et le Double Jeu sont en place.

 

Il fait alors dire au professeur Tréfusis, ami d’Adrian Healey, cette thèse fondamentale qui donne tout son sens au roman (et à la pensée de Fry ?) :

 

« Tant de gens aimeraient mettre la main sur une machine susceptible d’inhiber les pseudo-formulations, la propension au mensonge et la fausseté ! La police. Les services secrets, toutes sortes d’organismes et d’institutions intéressés par la chose. (…) Qu’ai-je fait ? Avons-nous le droit de nous mêler de priver les gens de leur droit au mensonge ? (…) Des questions touchant à la liberté vont certainement être soulevées. Il est parfaitement possible de vivre une vie entière dans la plus entière malhonnêteté. (…) Ne jamais dire la vérité à quiconque, comme nous le faisons aux prêtres et aux psychanalystes. Mentir fait partie de nous autant que de porter des vêtements. (…) C’est une part profonde de nous-mêmes. Nous la retirer, c’est faire de nous quelque chose de moins qu’humain, et non pas de plus qu’humain. » p.277

 

Si le style Fry choque par la mise en scène des désirs sexuels et intellectuels en tout genre, Ce qui est plus évident, c’est le regard que porte S.Fry sur l’Obscénité de la bienséance, des règles du devoir-être en société que moquaient Nietzsche et Wilde, et qui condamnent en premier lieu le Moi pour le broyer, le tromper définitivement dans une totalité universelle incontrôlable.

 

C’est alors que les mensonges d’Adrian Healey paraissent (comme chez Oscar Wilde), être une empreinte de la liberté se frayant un chemin malgré tout…

                                                                                                   

Lou Ferreira

 

                         

 

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10 – LA BIBLIOGRAPHIE DU MOIS

 

Catalogues des expositions présentant un interêt fin de siècle au Musée d’Orsay

 

Le Théâtre de l'Œuvre.  Coédition Musée d'Orsay, Les 5 Continents € 35

 

Correspondances Chat noir/Christian Boltanski Coédition Musée d'Orsay, Editions Hazan € 10

 

Correspondances Carpeaux/Joel Shapiro Coédition Editions Hazan/Musée d'Orsay € 10

 

Gallé. Le testament artistique. par Philippe Thiébaut.  Coédition Musée d'Orsay, Editions Hazan € 29     

 

Thomas Eakins, un réaliste américain par Laurence des Cars, W. Douglass Paschall, Kathleen A. Foster, Darrell Sewell, Carol Troyen, Mark S. Tucker, H. Barbara Weinberg, sous la direction de Laurence des Cars.  Edition Réunion des musées nationaux € 44 euros version anglaise : € 87     

 

A table au XIXe siècle par Bruno Girveau, Julia Csergo, Emmanuelle Corsellet-Prévost, Mary et Philip Hyman, Barbara Ketcham Wheton, Alberto Capatti, Anne Martin-Fugier, Zeev Gourarier, Odile Nouvel-Kammerer, Marie-Laure Crosnier-Leconte, Rebecca L. Spang & Frédérique Desbuissons. Coédition Réunion des musées nationaux, Flammarion € 40

 

"La Dame aux éventails" Nina de Callias, modèle de Manet par Luce Abélès, Louis Forestier, Emmanuelle Héran, Michael Pakenham & Jean-Didier Wagneur.  Edition Réunion des musées nationaux € 18,29

 

1900 par Luce Abélès, Bernadette Bensaulde-Vincent, Marie-Laure Crosnier-Leconte, Chantal Georgel, Bruno Girveau, Françoise Heilbrun, Emmanuelle Héran, Jean-Michel Nectoux, Claude Quinguer, Marie-Pierre Salé et Philippe Thiébaut.  Edition Réunion des musées nationaux € 48,78    

 

Proust, l'écriture et les arts ouvrage collectif, sous la direction de Jean-Yves Tadié.  Edition Réunion des musées nationaux € 53,36

 

Robert de Montesquiou par Philippe Thiébaut et Jean-Michel Nectoux.  Edition Réunion des musées nationaux € 18,29

 

La Castiglione par Pierre Apraxine, Xavier Demange, Michèle Falzonz et Françoise Heilbrun.  Edition Réunion des musées nationaux € 38,11

 

Edward Burne-Jones (1833-1898) Un maître anglais de l'imaginaire par Stephen Wildman, conservateur de la Ruskin Library, Lancaster University, John Christian, historien de l'art, Alan Crawford, historien de l'architecture et des arts décoratifs du XIXe siècle, Laurence des Cars, conservateur au musée d'Orsay.  Edition Réunion des musées nationaux. € 29,73

 

Mallarmé, un destin d'écriture par Yves Peyré.  Coédition Réunion des musées nationaux, Gallimard €44,21

 

Manet, Monet, La gare Saint-Lazare par Juliet Wilson-Bareau.  Edition Réunion des musées nationaux, en français : € 36,59; en anglais : € 60,22

 

La Collection Havemeyer - Quand l'Amérique découvrait l'impressionnisme... par Sylvie Patin, Gary Tinterow.  Edition Réunion des musées nationaux € 19,82

 

Jean-Paul Laurens (1838-1921), peintre d'histoire par Laurence des Cars.  Coédition Réunion des musées nationaux, Musée des Augustins (Toulouse) €38,11

 

Entre le théâtre et l'histoire. La famille Halévy (1790-1960) par Henri Loyrette.  Coédition Réunion des musées nationaux, Fayard ; épuisé

 

Whistler, 1834-1903 Commissariat général de l'exposition: Nicolai Cikovsky, Jr., Richard Dorment, Geneviève Lacambre, Margaret F. MacDonald.  Edition Réunion des musées nationaux; épuisé

 

Gustave Caillebotte (1848-1894) Commissariat général de l'exposition: Anne Distel, Douglas W. Druick, Gloria Groom, Rodolphe Rapetti.  Edition Réunion des musées nationaux; épuisé

 

Carlos Schwabe, symboliste et visionnaire par Jean-David Jumeau-Lafond.  Editions ACR; épuisé

 

Les Nabis (1888-1900) Commissariat général de l'exposition: Claire Frèches-Thory, Ursula Perucchi-Petri.  Edition Réunion des musées nationaux; épuisé

 

1893 l'Europe des peintres Commissariat général de l'exposition: Françoise Cachin.  Edition Réunion des musées nationaux; épuisé

 

Guimard Commissariat général de l'exposition: Philippe Thibaut.  Edition Réunion des musées nationaux - 452 pages; épuisé

 

De Corot aux impressionistes, hommage à Etienne Moreau-Nélaton Commissariat général de l'exposition: Françoise Cachin, Pierre Rosenberg.  Edition Réunion des musées nationaux; épuisé

 

1889: La Tour Eiffel et l'Exposition universelle Commissariat général de l'exposition: Caroline Mathieu.  Edition Réunion des musées nationaux; épuisé

 

 

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11 – APPEL A CONTRIBUTION

 

Victor et Marion Plarr.

 

Victor Plarr naquit près de Strasbourg en 1863, mais il grandit en Angleterre, patrie de sa mère, et étudia l'Histoire au Worcester College d'Oxford. Membre du Rhymers Club, il demeure dans les mémoires pour  In the Dorian Mode (1896)  et pour son livre consacré à Ernest Dowson, (1888-1897) : Reminiscences, unpublished letters, and marginalia.(1914). Intituler un livre In the Dorian Mode alors que Wilde était en prison peut être considéré comme un geste de solidarité.

 

Plarr est mort en 1929, en laissant une fille, Marion.

 

Marion Plarr est le sujet de recherche choisi par le Dr Val Morgan, à l'Université d'Essex, et si certains d'entre vous disposaient d'informations sur elle, nous leur serions reconnaissants de les communiquer à cette adresse : g.morgan3@ntlworld.com or morgvd@essex.ac.uk.  

 

Victor Plarr was born near Strasbourg in 1863, but grew up in England, the country of his mother, and read History at Worcester College, Oxford.  A member of the Rhymers Club, he is remembered for In the Dorian Mode (1896) and his book on Ernest Dowson,  Ernest Dowson, 1888-1897 : Reminiscences, unpublished letters, and marginalia (1914).  Calling a book in The Dorian Mode while Wilde was in prison may be seen as a gesture of solidarity.  Plarr died in 1929, leaving a daughter Marion.  Marion Plarr is the subject of research of  Dr Val Morgan at the University of Essex, and if anyone has information please send it to g.morgan3@ntlworld.com or morgvd@essex.ac.uk   

 

 

 

 

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12 – RENCONTRES PARISIENNES

 

Henry-David Davray et Oscar Wilde

 

Par D.C. ROSE

(traduction française : Danielle Guérin)

 

Henry-David Davray (1873-1944) est sans aucun doute essentiellement connu pour ses traductions françaises de H.G.Wells, mais il compte également à son actif, entre autres, les traductions françaises de Edmund Gosse : Father and Son et de Stephen Crane : The Red Badge of Courage (ceci en collaboration avec Francis Vielé-Griffin) et celle des œuvres de Kipling, Conrad, Meredith, Arnold Bennett et 'Fiona Macleod'. Cette carrière reflète plus ou moins celle de Vyvyan Holland, qui traduisit la littérature française en anglais, quoiqu’aucune mention n’ait jamais été faite d’une quelconque rencontre entre les deux hommes.

 

Il est possible de reconstituer quelque chose de l’amitié qui lia Wilde et Davray à partir des dernières pages éditées par Merlin Holland et Rupert Hart-Davis, mais Ellmann reste réticent et Jullian l’ignore complètement. S’il n’y vécut qu’à l’époque de sa vingtaine, Davray l’anglophile passa un bon laps de temps à Londres, où il se lia d’amitié avec Yeats et d’autres membres du Rhymers' Club. Il lui arriva également de jouer le rôle de factotum général pour Frank Harris (1) quand celui-ci s’investissait dans les affaires, tant pour négocier la concession d’un moteur de voiture française que pour rédiger son livre sur Shakespeare. Au siècle suivant Davray devint à Paris l’ami d’Arnold Bennett. Ce fut Davray qui emmena Wilde déjeuner avec Laurence Housman et Robbie Ross, rencontre qui donna naissance au livre d’Housman Echo de Paris, dans lequel il rapporta leur conversation (2); et en avril 1897, Davray publia un article sur Beardsley, qui était alors à Paris.  Il ne fait aucun doute que Davray favorisa la publication de poèmes de Bosie Douglas dans le Mercure de France (3).  Il se lia aussi d’amitié avec Lionel Johnson (ce qui n’était pas si facile), correspondit avec Ernest Dowson et  fut le traducteur français de Frank Harris.  

 

Edgar Jepson écrivit :

« À Oxford, j’ai rencontré Henri Davray, alors leader des jeunes et un des principaux supporters du Mercure de France, qui fut pendant de si nombreuses années l’officier de liaison, si j’ose dire, entre les hommes de lettre français et anglais, et l’ami et le disciple d’Anatole France. À cette époque, il était tout puissant dans le Quartier Latin. »  (4)

 

Vincent O'Sullivan l’appelle d’ailleurs 'un ami de ma jeunesse dans le Quartier Latin'.  (5)

 

Wilde fit sa première apparition en français avec 'The Birthday of the Infanta' ('L'anniversaire de la naissance de la princesse': tr. Stuart Merrill), publié dans Paris Illustré le 30 Mars 1889, suivi par 'The Selfish Giant' ('Le géant égoïste'; tr. Marcel Schwob) dans L'Echo de Paris du 27 décembre 1891. Bien qu’étant lui-même à Paris à ce moment là Wilde, autant qu’on le sache, n’y fit aucune référence.  Salomé fut à son tour publiée le 22 Février 1893 par la Librairie de l'Art Indépendant.  Davray se manifesta pour la première fois comme traducteur avec la publication de 'La Ballade de la Géôle de Reading' dans le Mercure de France (5) en mai 1898; il avait déjà reçu une copie d’auteur en qualité d’ami de Wilde. C’était là un accomplissement remarquable pour un jeune homme qui n’avait pas encore atteint vingt-cinq ans. Wilde lui-même, quoique blessé lors d’un accident de fiacre, collabora avec Davray, lui suggérant souvent des améliorations, mais aussi corrigeant certains mots qu’il jugeait ne pas convenir au sens original, allant même jusqu’à suggérer des phrases qui péchaient contre les règles grammaticales françaises, ou qui n’existaient pas du tout dans cette langue, ce qui fournit un aperçu intéressant de la maîtrise du français pratiqué par Wilde, et jette quelque lumière sur les interventions de Merrill, Retté, Schwob et sans doute Vielé-Griffin dans la rédaction française de Salomé.

 

Wilde aurait souhaité que le Mercure publie le texte anglais en regard du texte français, mais certaines objections pratiques s’élevèrent et il fut décidé d’imprimer les textes en parallèle dans un volume séparé, ceci en dépit des arguments contraires soulevés par l’éditeur anglais Smithers.  Le poème parut également (janvier 1905) en tandem avec la traduction par Davray de De Profundis (sous le titre 'De Profondis'),  cette dernière œuvre devant être rééditée isolément en 1926. La traduction conserve dans son ensemble la métrique de l’original, mais il n’y a pas de séparation entre les vers, et naturellement, le schèma rhytmique n’a pas été maintenu.

 

Il n'avait plus sa tunique écarlate, car le sang et le vin sont rouges, et sur ces mains il y avait du sang et du vin quand on le trouva avec la morte, la pauvre femme morte qu'il amait, et qu'il avait tuée dans son lit.

 

Davray s’intéressa alors aux Poèmes en Prose, qu’il traduisit pour la Revue Blanche en mai 1899. Il traduisit aussi les lettres adressées au Daily Chronicle sous l’intitulé 'La vie de prison en Angleterre', and celles-ci, avec les Poèmes en Prose et la Ballade en français et en anglais, constituent l’édition standard du Mercure de France. On trouve également la traduction de Davray dans de nombreuses éditions françaises illustrées. Son engagement avec Wilde ne se limite pas là, puisqu’il traduisit également à la fois la biographie écrite par Arthur Ransome (1914, en collaboration avec Gabriel de Lautrec) et celle de Frank Harris's (1928, en collabration avec Madeleine Vernon). L’une et l’autre furent publiées par le Mercure de France.

 

Davray consacra également à Wilde son ouvrage Oscar Wilde: La Tragédie Finale, suivi d’épisodes et souvenirs et des apocryphes (Paris: Mercure de France 1928).

 

 

(1) Philippa Pullar: Frank Harris.  London: Hamish Hamilton 1975: 'Henri Davray était son bras droit dans toutes ces aventures.'  p.199.

(2) Laurence Housman: Echo de Paris.  London: Jonathan Cape 1923.

(3) Ces poèmes furent alors publiés dans une version en prose signée Eugène Tardieu et connurent ‘un succès suffisamment grand pour établir la réputation poétique de Douglas en France'.  William Freeman: The Life of Lord Alfred Douglas, Spoilt Child of Genius (La vie de Lord Alfred Douglas, Enfant gâté du génie).  London: Herbert Joseph 1948 pp.142-4; Rupert Croft-Cooke: Bosie, The Story of Lord Alfred Douglas, His Friends and Enemies.(Bosie, l’Histoire de Lord Alfred Douglas, Ses Amis et Enemis)  London: W.H.  Allen 1963 pp.141-2.

(4) Edgar Jepson: Memories of a Victorian (Mémoires d’un Victorien).  London: Victor Gollancz 1933 p.122.

(5) Vincent O'Sullivan: Opinions.  Avec une introduction d’Alan Anderson.  London: Unicorn Press 1959 p.102.  Ce petit livre tombé dans l’oubli contient des essais sur Wilde (une longue revue critique de La Vie d'Oscar Wilde de Léon Lemonnier), George Moore, 'Ouida', George Gissing, Gertrude Atherton, Baron Corvo,'John Oliver Hobbes' et Frank Harris, and un article de Albert J.  Farmer: Le Mouvement Esthétique et Décadent en Angleterre.

 (6) Le Mercure de France avait été fondé en 1890 par Alfred Vallette.  Ce nom désignait à la fois la maison d’édition et la revue qui y était publiée le premier de chaque mois, définie comme une 'revue de lecture comme toutes les revues et une revue documentaire d'actualité'.  Vallette était l’époux de Marguerite Eymery, connue sous le nom de Rachilde, auteur de Monsieur Vénus.

 

Pour une version anglaise de cet article, cliquez ici.

 

 

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13 – CINEMA, TELEVISION

 

Le 21 juin dernier, est sorti un film de Olivier Assayas : Paris, je t’aime. Ce film à sketchs,  sur le thème de la rencontre, a été réalisé par vingt-quatre cinéastes internationaux qui se sont chacun attachés à un quartier de Paris. L’un des sketchs, intitulé Père-Lachaise, écrit et réalisé par Wes Craven , met en scène un couple devant la tombe d’Oscar Wilde.

 

 

 

Le 27 juin à 20H45 et le 7 juillet à 22H35, la chaîne TPS Cinéculte a diffusé Velvet Goldmine, un drame musical de Todd Haynes (GB, 1998) qui s’attache au destin de deux stars du glam rock, fantômes de David Bowie et d’Iggy Pop, héritiers d’une lignée de dandys virtuoses de l’illusion que Todd Haynes fait remonter à Oscar Wilde.

 

Le 2 juillet à 20H50, Cinéma émotion  a diffusé Un Mari Idéal, d’Oliver Parker, avec Rupert Everett, Jeremy Northam, Julianne Moore, Minnie Driver et Cait Blanchett. Ce film a été rediffusé par Cinema Classic le mercredi 12 juillet à 22H35.

 

Le vendredi 14 Juillet (à 21H00), puis le lundi 24 juillet (à 20H45), Cinéma Premier a présenté La Ligue des gentlemen extraordinaires dont l’un des héros n’est autre que Dorian Gray.

 

Enfin, le vendredi 4 août à 20H45, Cinéma Classic a diffusé en version originale le film d’Alexandre Korda, Un Mari Idéal (GB, 1947), avec Paulette Goddard, Hugh Williams, Michael Wilding.

 

 

 

 

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14 – THE WILDEAN – INTENTIONS

 

Le numéro 29 de The Wildean, A Journal of Oscar Wilde Studies, est sorti fin juillet 2006. Vous trouverez ci-dessous la table des matières de ce numéro qui compte 92 pages :

 

Dibb, Geoffrey

Oscar Wilde’s UK Lecture Tours 1883-85

pp. 2-1l

Schwab, Arnold T.

Wilde and Swinburne, Part I          

pp. 12-27

Chadwick. Peter

Wilde’s Creative Strategies

pp. 28-39

Dibb, Geoffrey

Mr and Mrs Wilde ! Where are those Babies?

pp. 40-46

Heller, Janet Ruth

Oscar Wilde’s Problem Play: A Woman of No Importance

pp. 48-60

Mayer, Sandra

‘A Conspiracy of Silence’: the Reception of Wilde’s Literary Work in Early 20thc. Britain

pp. 61-69

Schroeder, Horst

Earnest in a German Court

pp. 70-75

Holland, Merlin

Moscow Pride

pp. 76-80

Rose, D.C.

Oscar Wilde, poète anglais / Oscar Wilde, écrivain français

pp. 81-88

Clausson, Nils

Trivial Coincidences or Pre-planned Detonations: A Further Note on Names in Conan Doyle and Wilde

pp. 89-90

 

Notes on Contributors

91-92

 

Acknowledgements

92

 

The Wildean est publié chaque janvier et juillet par The Oscar Wilde Society, ISSN 1357-4949.  Le journal est édité par Donald Mead et la rédactrice des critiques est Anya Clayworth.  Gratuit pour les membres de la Société, ce numéro coûte £8.00.  Certaines des publications précédentes sont encore disponibles chez l’éditeur, qui peut être contacté à cette adresse : donmead@wildean.demon.co.uk.

 

Pour une liste complète des articles publiés dans The Wildean depuis sa création, cliquer sur le logo :

 

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« Ma douce rose, ma fleur fragile, mon lys des lys,

c’est peut-être en prison que je vais éprouver le pouvoir de l’amour.

Je vais voir si je puis rendre douce l’eau amère par l’intensité de l’amour que je vous porte. »

 

(Lettres d’Oscar Wilde à Lord Alfred Douglas, 20 mai 1895 (choix de Rupert Hart-Davis), Gallimard, 1966 et 1994) - Traduit de l'anglais par Henriette de Boissard.

 

 

 

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[1] «Ces passions...», Parallèlement, Paris, Léon Vanier, 1889; Œuvres complètes, Paris, Gallimard, 1962, «Bibliothèque de la Pléiade», p. 521-522.

[2] Voir Jacques Lethève, «Un mot témoin de l’époque “Fin de siècle”: Esthète», Revue d’histoire littéraire de la France, n° 3, juillet-septembre 1962.

[3] Journal, 6 avril 1887, Paris, Laffont, 1989, coll. «Bouquins», t. III, p. 28.

[4] Fin de siècle, 7 octobre 1891.

[5] Le Snobisme et les lettres françaises de Paul Bourget à Marcel Proust (1884-1914), Paris, A. Colin, 1966, p. 423.

[6] Ibid., p. 424.

[7] Oscar Wilde. «In memoriam», quatrième édition, Paris, Mercure de France, 1913, p. 14 (première édition, 1910). Cet hommage parut d’abord dans L’Ermitage de juin 1902; repris dans Essais critiques, Gallimard, 1999, «Bibliothèque de la Pléiade», p. 836-854. La rencontre eut lieu au café d’Harcourt, place de la Sorbonne, le 29 décembre 1891, en compagnie de Pierre Louÿs et, probablement, de Stuart Merrill. Voir Claude Martin, André Gide ou la vocation du bonheur, t. I (1869-1911), Paris, Fayard, 1998, p. 160.

[8] Oscar Wilde, Le Portrait de Dorian Gray, Gallimard, 1992, coll. «folio», p. 76 et 82.

[9] André Gide-Paul Valéry, Correspondance, 1890-1942, Paris, Gallimard, 1973, p. 141.

[10] Journal, 1887-1925, 1er janvier 1892, Gallimard, 1996, «Bibliothèque de la Pléiade», t. I, p. 148.

[11] Oscar Wilde (1984), Paris, Gallimard, 1994, p. 394.

[12] Si le grain ne meurt (1921), Gallimard, 1955, coll. «folio», p. 339.

[13] Ibid., p. 342 et 343.

[14] Ibid., p. 340.

[15] Cf. Claude Martin, op. cit., p. 287.

[16] Ibid., p. 346.

[17] Gide, Paris, Seuil, 1963, coll. «Écrivains de toujours», p. 143.

[18] H. Montgomery Hyde, The Trials of Oscar Wilde, Londres, Edinburgh, Glasgow, William Hodge and Company Limited, 1948 ; Les Procès d’Oscar Wilde, trad. par Pierre Kyria, Paris, Mercure de France, l966, p. 184.

[19] Repris dans Pour Oscar Wilde, Rouen, Élisabeth Brunet, Association des Amis d’Hugues Rebell, 1994, p. 24-28.

[20] La Revue blanche, juin 1896, p. 486. Alfred Douglas, reviendra, des années plus tard, à cet article, dans son livre autobiographique Oscar Wilde and Myself (Londres, John Long, Limited, 1914). Il y affirme avec fermeté qu’il a été mal traduit, voire que l’article n’était pas de lui. Reste à savoir si le texte en question a été vraiment traduit et publié sans que son auteur en ait vu une épreuve ou s’il s’agissait de «se réhabiliter» après coup aux yeux de la postérité...

[21] Voir Michel Foucault, Histoire de la sexualité, t. I: La volonté de savoir, Paris, Gallimard, 1976.

[22] L‘Écho de Paris, 29 mai 1895; Le Journal, 16 juin 1895.

[23] Camille Mauclair, Servitude et grandeur littéraires, Paris, Librairie Ollendorff, 1922, p. 54. Voir aussi Claude Martin, André Gide ou la vocation du bonheur, op. cit., p. 617, note 77.

[24] Camille Mauclair, op. cit., p. 40.

[25] De 1897 à 1922, Rachilde tient la rubrique «romans» au Mercure de France.

[26] Voir le témoignage du Dr Raffalovich dans Uranisme et unisexualité, Lyon, A. Storck ; Paris, Masson, 1896, p. 245-246 : « Il fut saisi d’un véritable accès de fièvre cérébrale après avoir lu Monsieur Vénus, et racontait le sujet avec une ardeur poétique admirable. »

[27] Rachilde, Alfred Jarry ou le Surmâle de lettres, Paris, Grasset, 1928, p. 12.

[28] André Gide-André Ruyters, Correspondance, Presses universitaires de Lyon, 1990, t. I, p. 57.

[29] Mercure de France, décembre 1946; art. recueilli dans André Gide, Feuillets d’automne, Mercure de France, 1949, p. 135-138.

[30] Voir Journal, 1887-1925, 8 novembre 1905, op. cit., p. 487.

[31]Lettre manuscrite, publiée par Claude Dauphiné, Rachilde, Paris, Mercure de France, 1991, p. 388.

[32] (24 avril 1930), Paris, Mercure de France, 1960, t. VIII, p. 191.

[33] Latinité, janvier-avril 1931, p. 98.

[34] Lettre s. d., citée par Jean Delay, La Jeunesse d’André Gide, Gallimard, 1957, t. II, p. 419.

[35] Voir les comptes rendus de Rachilde dans le Mercure de France du 1er août 1899 et du 1er août 1909.

[36] Cet article est reproduit dans le Bulletin des amis d’André Gide, n° 19, juillet, 1973, p. 12-15.

[37] Voir le dossier de presse de L’Immmoraliste, dans le Bulletin des amis d’André Gide, n° 19 et 20 (1973) et n° 21 (1974).

[38] Henri Ghéon-André Gide, Correspondance, Paris, Gallimard, 1976, t. I, p. 443. Lettre datée du 6 juillet [1902].

[39] «Questions brûlantes», La Revue blanche, septembre 1896, p. 199.

[40] Ibid., p. 196.

[41] Titre d’un roman de Rachilde: Refaire l’amour, Paris, J. Ferenczi, 1928.

[42] Mercure de France, 1er juillet 1918, p. 64.

[43] Ibid., p. 67.

[44] Oscar Wilde remit le manuscrit original à son ami Robert Ross en mai 1897 pour qu’il l’adresse ensuite à son véritable destinataire, Lord Alfred Douglas. Mais Ross n’envoya à celui-ci qu’une copie incomplète et déposa l’original en 1909 au British Museum d’où il ne put être retiré que cinquante ans plus tard. Une version intégrale du De Profundis a été publiée chez Gallimard en 1992, trad. par Jean Gattégno; éd. révisée par Jean Besson, Gallimard, 2000, coll. «folio».

[45] Rachilde, «Questions brûlantes», art. cit., p. 199.

[46] Montgomery Hyde, Les Procès d’Oscar Wilde, op. cit., p. 84.

[47] Ibid.

[48] André Gide, « Le “De Profundis” d’Oscar Wilde », Oscar Wilde, op. cit., p. 64.

[49] Les Cahiers d’André Walter, Paris, Gallimard, 1986, coll. «Poésie», p. 103.

[50] Paris, Mercure de France, 1897; repris dans Romans fin-de-siècles, Paris, Robert Laffont, 1999, coll. «Bouquins», p. 617-844. Voir mon livre Éros décadent. Sexe et identité chez Rachilde, Paris, Champion, 2002.

[51] André Gide, Corydon, Paris, Gallimard, 1924, coll. «folio», p. 17.

[52] Le Rapt de Ganymède, Paris, Le Livre de Poche, 1989, p. 146.