Salomé d’Oscar Wilde
Par la compagnie Seraph
Mise en scène : Sayori Okada
Avec Olivia Luciani (Salomé) – Anne-Dominique Boulle (Hérode) – Benoîte Vandermet (Hérodias) – Joël Delsaut (Iokanaan)
Dimanche 15 Octobre 2006 à 16H00
Centre Culturel Robert Desnos – 1 rue Jean Wiener
Ris-Orangis
« Une œuvre forte qui s’inspire du théâtre japonais avec une mise en espace raffinée […] Grande interprétation pour un Grand texte. »
Le Fantôme de Canterville
Par le théâtre des Quatre Coins
le 10 Novembre 2006
Salle Jean-Cossette – 95, rue du Parc – Amqui – Bas Saint-Laurent –
Canada
L’Importance d’être Constant
Par la troupe du Théâtre des Treize
Mise en scène de Michel-Marc Nadeau
18 au 22 octobre et 25 au 29 octobre 2006
Théâtre de Poche du Pavillon Maurice-Pollack – Laval - Canada
Mise en scène : Sébastien Azzopardi
Adaptation de Pierre Laville
Avec : Geneviève Casile(Mrs Erlynne), Elisa Sergent (Lady Windermere), Jean-Philippe Bêche (Lord Windermere), Jean-François Guilliet (Lord Augustus), Marie-France Santon (duchesse de Berwick), Sébastien Azzopardi (Lord Darlington), Franck Desmedt (Cecil Graham), André le Gallo (Parker), Aude Sabin (Lady Agatha)
« C’est la première comédie d’Oscar Wilde. […] Il décrit le monde de la haute société anglaise comme un peintre jette quelques coups de crayon pour dessiner une esquisse. Cela semble léger, mais l’essentiel est là, le coup de crayon est acide, cruel. Avec de l’humour, bien sûr… Toujours quand le drame est proche… Le monde est si superficiel. Et certains hommes si vains et si fats…
L’importance de l’élégance, l’idéal de l’amour, la constance de l’esprit, voilà ce qui se cache derrière cet éventail […]
Les deux Oscar Wilde sont donc réunis dans cette pièce : l’homme brillant et le paria qu’il deviendra… L’homme qui aimait la société anglaise et celui qui en savait toutes les vanités et toute la vacuité. L’homme que l’on a puni parce qu’il était différent et aussi parce qu’il était plus intelligent que les autres. »
Avis critique :
Voici une production de « L’éventail de Lady Windermere » comme nous n’en avons pas vu depuis longtemps à Paris. Le théâtre 14 nous offre un spectacle plein de feu et de grâce, par l’intermédiaire d’une mise en scène lumineuse signée Sébastien Azzopardi et d’une troupe intelligemment inspirée. Il s’agit d’une version raccourcie de la pièce – je dirais presque « élaguée » - où plusieurs personnages secondaires ont disparu de la scène. M. Hopper, le jeune prétendant australien de Lady Agatha, par exemple, ou bien Mr. Dumby, sont les victimes de ces coupes sombres, en compagnie de quelques ladies plus ou moins accessoires. Un tel remodelage aurait pu être un massacre, mais l’adaptation de Pierre Laville resserre l’intrigue au contraire, et recentre l’action sur l’essentiel avec beaucoup de savoir-faire. On redécouvre ainsi toutes les subtilités d’un texte qui n’a pas toujours été aussi bien servi. Il me souvient d’une représentation au théâtre du Palais Royal où, hormis la jeune actrice qui jouait Lady Windermere, les acteurs semblaient être ailleurs, où la pièce se réduisait à un ronronnement ennuyeux qui provoquait une invincible somnolence, ce qui est le comble avec Oscar Wilde. Ici, pas un moment de relâchement. Toute la troupe, de Sébastien Azzopardi, qui joue Lord Darlington avec, au premier acte, tout ce qu’il faut d’humour et de désinvolture à un dandy, pour devenir plus grave au troisième acte sous la métamorphose de l’amour non partagé, à Elisa Sergent, délicieuse Lady Windermere d’une grande fraîcheur, qui laisse magnifiquement éclater sa jalousie et sa colère dans les moments de crise, s’emploie à nous faire ressentir la complexité de cette pièce qui, sous les dehors d’une extrême légèreté, passe par toute la gamme des sentiments humains. Marie-France Santon, inénarrable duchesse de Berwick traînant partout à sa suite sa malheureuse fille Lady Agatha , réduite à ne prononcer que deux mots : « oui, maman » (Aude Sabin, parfaite en jeune oie blanche prête à s’envoler), Jean-Philippe Beche, Lord Windermere solide et convaincant, Franck Desmedt qui donne un relief inattendu au cynisme aimable de son personnage de Cecil Graham, Jean-Michel Bonnarme, domestique stylé et d’une extrême dignité, enfin Jean-Francois Guilliet, truculent lord Augustus, tous jouent juste et se trouvent parfaitement à leur place.
Si nous n’avons rien dit encore de Mrs Erlynne, c’est que nous la gardions pour la bonne bouche. Geneviève Casile est magnifique dans le rôle de cette femme déclassée qui se découvre à son corps-défendant un cœur de mère (« J’ai perdu une illusion la nuit dernière, avoue-t-elle à lord Windermere, je croyais que je n’avais pas de cœur. Je me suis rendu compte que j’en ai un. Et cela ne me va pas d’avoir un cœur »). Geneviève Casile exploite avec une sensibilité rare toutes les ressources du texte wildien. Elle le pousse dans ses derniers retranchements en le fouillant au plus profond, jusqu’à la moelle. Par sa voix, par son regard, par sa tenue, passent toutes les nuances d’un personnage qui peut être considéré comme l’alter ego de Mrs Cheveley, la perverse héroïne d’«Un Mari idéal ». Toutes deux sont des femmes tombées vivant de la générosité des hommes riches qui les entretiennent, de séduisantes aventurières capables de mentir, de tricher, de se livrer au chantage pour arriver à leurs fins. La différence, c’est que Mrs Erlynne a un cœur qui la conduit au sacrifice pour une fille jadis abandonnée (ce qui ne l’empêchera pas de retomber sur ses pieds par une ultime pirouette). Geneviève Casile traduit admirablement ce double visage. Tantôt pleine de rouerie, l’œil allumé par un éclair de dérision, elle s’avance d’abord caparaçonnée dans une armure d’insolence et de cynisme, car il lui faut s’armer de dureté et d’ironie pour survivre dans un monde qui l’a mise en marge et la rejette. Qu’a-t-elle donc dû subir, cette femme « autrefois honorée, aimée, respectée » qui a trahi sa classe, qui s’est mise au ban d’une société victorienne aux conventions intransgressibles, en abandonnant mari et enfant pour suivre un amant ? Elle a été insultée, méprisée, toutes les portes se sont refermées sur elles. Elle a entendu le rire atroce d’un monde impitoyable, « plus tragique que toutes les larmes que le monde a jamais versées ». Elle aurait pu devenir une femme brisée (et sans doute quelque chose en elle est-il en effet irrémédiablement brisé), mais elle est devenue une femme libre, fortifiée par l’exclusion, une femme qui lutte pour reconquérir un statut et prend sa vie en main avec les atouts qui les restent. Et qu’importe si les cartes sont quelquefois biseautées. Le passé chargé de Mrs Erlynne, s’il la déshonore, ne la prive ni de noblesse, ni de dignité, et c’est cette ambiguïté du personnage, femme frivole perdue de réputation et mère douloureuse qui se rit des conventions sociales, que Geneviève Casile traduit avec une grande élégance, jouant en virtuose d’une palette de sentiments qui évitent tout attendrissement mais laissent par instants percevoir la blessure sous le masque du sarcasme et du mot d’esprit. Nul doute que Wilde aurait aimé cela.
L’Eventail de Lady Windermere – Théâtre 14 –
Paris – du 12 Septembre au 4 Novembre 2006
Danielle Guérin
Nous tenons à remercier le Théâtre 14, Sébastien Azzopardi (qui nous a aimablement éclairés sur sa conception de la pièce), Mme Geneviève Casile, ainsi que tous les comédiens de la troupe pour nous avoir accueillis le mercredi 13 septembre et avoir répondu de bonne grâce aux questions des membres de la Société qui avaient bien voulu nous rejoindre pour cette belle soirée.
Pelléas et Mélisande
De Maurice Maeterlinck
Mise
en scène Jean-Christophe Saïs
Assistante
à la mise en scène Gaëlle Hérault
Scénographie
Jean-Christophe Saïs
Lumières
Jean Tartaroli
Musique
Gilbert Gandil
Costumes
Monserat Casanova
Avec Mathieu Genet, Audrey Bonnet, Jérôme Ragon,
Natalie Royer, Gaëlle Hérault…
Du 19 septembre au 5 Octobre 2006
THEATRE DES ABBESSES (une production du Théâtre de la Ville)
A propos de Salomé, j’aime la consonance entre de Sala consonance
entre réhabilitée
L’Importance
d’être Constant
Version nouvelle et mise en scène de Pierre Laville.
avec Loránt Deutsch (Algernon Moncrieff), Fréderic Diefenthal (Jack Worthing ), Macha Merill (Lady Bracknell), Gwendoline Hamon (Gwendoline Fairfax), Marie Julie Baup (Cecily Cardew), Yves Gasc (Révérend Chasuble), Claire Magnin (Miss Prism), Patrick Delage (Lane)
Décors de Pace
Costumes d’Emmanuel Peduzzi
Du 8 septembre au 29 Octobre 2006
THEÂTRE ANTOINE – PARIS
Photo © Gilles
Bureau
« Wilde semble possédé par
un plaisir illimité de créer du théâtre. Une forme de théâtre et de comédie,
qui renouvelle le genre, cousin de Lewis Caroll, lointain rejeton de Marivaux,
générateur au cinéma des comédies "primitives" de John Ford (autre
irlandais). Et comme s'il pressentait qu'il s'agissait bien de sa dernière
pièce, il fait feu de tout. Il danse sur un volcan, léger, rieur, insouciant,
sans renoncer une seconde à faire agir le thème profond qui court à chaque
instant, celui du Double, de l'impossible manière de s'assurer fragmenté et divisé, de cette dualité qui est pourtant un
des plus répandus fardeaux de l'homme. Chacun de ses personnages est candide et
cynique, naturel et dandy, actif et passif, vertueux et débauché, sincère et
rusé, infidèle et constant, double et unique […] Tout renvoie à une dualité de
l'homme, dont la grande histoire revient à s'inventer une unité. »
Pierre Laville
Une exposition évoquant principalement la carrière
parisienne des pièces d’Oscar Wilde réunit affiches, programmes de
théâtre, dessins et
caricatures au foyer-bar du théâtre Antoine.
Photo © Gilles Bureau
Avis critique
La dernière pièce d’Oscar Wilde a été confiée à Pierre Laville, qui, à défaut de soigner ses résumés biographiques dans la brochure du programme théâtral, s’est consciencieusement appliqué à nous restituer un univers proche de la conception wildienne du Beau : fleurs majestueuses, tentures aux couleurs chaudes et de bon goût, costumes aux tons pastels dignes des grands couturiers, quelques muffins et un alcool délicat semble t-il.
Que l’on connaisse ou non cette pièce aux multiples rebondissements, on est presque surpris de s’ennuyer pendant les deux premiers actes : Lorànt Deutsch et Frédéric Diefenthal ne s’amusent pas et s’offrent la liberté de nous livrer les mots de Wilde avec un accent et une gestuelle qui s’éloignent pourtant de l’aristocratie anglaise du XIXème siècle. La verve wildienne semble murmurée, et la jubilation des deux comédiens tellement contenue qu’elle n’offre aucune possibilité d’apprécier l’absurde des entrecroisements patronymiques wildiens. La norme du jeu et un calme poli nuisent, il faut le dire, à cette folie libératrice que l’auteur nous servait pourtant avec un cynisme triomphant.
Mais nous le leur pardonnerons après l’entracte. En effet, tout fonctionne enfin dans cette pièce où le mensonge de Jack est découvert en amont. Si Wilde se permet cette jubilation, c’est pour mieux déployer sous le regard comblé du spectateur l’élément perturbateur (Jack et son usurpation d’identité), au sein d’une tradition rigide. Celle-ci va maintenir les scléroses de son système de valeur, mais dévoiler (avec l’ironie wildienne) toute la charpente de son institution religieuse (le baptême) et ses doubles identitaires. C’est la principale force du texte wildien : grâce à une situation improbable (l’enfant trouvé dans un sac de gare), Wilde va construire un instrument dramatique précis, doublé d’un discours critique évident.
C’est donc sur un rythme plus enlevé, paradoxalement plus maîtrisé par les comédiens, que la pièce va désarçonner. Nous savons que Wilde est là, il tire les ficelles et propose les masques qui installent son cynisme. Si quelques spectateurs ont boudé la première partie, en pointant du doigt l’invraisemblable quiproquo relatif au prénom de Constant, ils l’ont admis dans les derniers actes. Cela s’est imposé parce que le génie de Wilde est de servir une intrigue que les aphorismes à eux seuls séduisent pour que les masques tombent enfin. De chaque côté de la scène.
Et puis les femmes sont belles. Toutes. Elles s’expriment avec délicatesse et le ton est maîtrisé. Macha Méril ne surprend pas : elle est souveraine et impose le personnage récalcitrant de Lady Bracknell avec une élégance infinie et une présence gourmande. Tout est enivrant à la fin de cette pièce malicieusement structurée. Il ne manquait plus que la musique pour servir sur un plateau en or blanc, la dernière œuvre théâtrale de Wilde. La meilleure.
Lou Ferreira
Productions récentes :
Exilée Salomé
« Lancinant drame
historique, familial, féminin, poétique »
Presque monologue en trois jours, trois nuits et une aube
De Giancarlo Ciarapica
Musique : André Stern
Avec : Pauline Latournerie
Compagnie « Le théâtre de la Tortue »
Lecture musicale "Exilée Salomé" le samedi 30 septembre 2006 à 20h00
au "Chantier", IRSE Atelier Arno Stern, 61 rue Falguière 75015
Paris
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