Chassée par l'antisémitisme,
alors qu'elle n'est qu'une enfant, Alla Nazimova[1]
doit fuir Yalta en Crimée avec sa
famille pour s'installer à Montreux où elle
est élevée dans un pensionnat catholique. Elle y pratique le violon et joue
même sous la direction de Tchaikovsky et Rimsky-Korsakov. Elle apprend à parler
le russe, le français et l'allemand. Attirée par le théâtre, elle part
l'étudier à Moscou au célèbre Atelier d'art de Constantin Stanislavsky. Elle y
apprend le métier d'actrice, mais aussi celui de la mise en scène, des décors
des costumes et de la lumière. Elle rencontre Anton Tchekhov
dont elle tombe amoureuse ce qui ne l'empêche pas de se marier en 1899 avec un jeune étudiant, Sergei Golovin.
Avec la troupe de Stanislavski elle parcourt l'Europe. Mais en 1905, elle fuit
la Russie et quitte son mari pour gagner les Etats-Unis où elle apprend
l’anglais en quatre mois. Nazimova devient une star du théâtre, joue Ibsen et
impose à travers l'Amérique des pièces d'un genre nouveau où elle défend
l'émancipation de la femme. On lui connaît plusieurs liaisons lesbiennes (en
particulier avec Tallulah Bankhead et Mercedes de Acosta). Mais les relations homosexuelles ont mauvaise
presse et pour donner le change, elle épouse un acteur britannique homosexuel
Charles Bryant qui partagera avec elle l’affiche de la plupart des films
qu’elle tourne pour la MGM. Son premier film Epouses de guerre obtient un succès phénoménal et lui offre son
statut de star. C’est elle qui lance le mythe « Valentino »
qu’elle a rencontré à l’une des fastueuses soirées de sa villa de Los Angeles, The Garden of Alla. Rudolph Valentino
deviendra une immense vedette l’année suivante avec son film « Le
Cheik ». C’est alors qu’elle quitte la Métro pour produire l'adaptation du
livre d'Oscar Wilde, Salomé, sous la direction de son compagnon, Charles
Bryant.

Azimova est alors âgée de 42 ans
alors que Salomé n’en a que 14 mais sa silhouette à l'écran est bien celle
d'une adolescente, aussi juvénile que gracile. Sur un scénario de sa compatriote et amante, la
décoratrice Natacha Rambova, c’est un film d'avant-garde, aux décors art-déco,
dans lequel elle montre tous ses talents de danseuse. L'action est située intra
muros et ne renie à aucun instant son origine théâtrale, jouant sur les
éclairages et l'excentricité des costumes ainsi que des coiffures et coiffes,
lesquels s’inspirent ouvertement des célèbres illustrations d’Aubrey Beardsley.
Sorti en 1923, le
film véhicule un vent de scandale. Par son histoire, mais aussi à travers la personnalité
même d’Alla Nazimova, féministe revendiquant sa bisexualité à une époque où
sévit la censure des bonnes mœurs. Ultime provocation: on prétend que la
majorité des figurants du film sont gays et apparaissent en travestis. Le film
connaîtra un échec retentissant à la suite duquel elle fera une tentative de
suicide. Nazimova retournera au
théâtre peu de temps après, triomphant dans des pièces du répertoire russe au
New York Civic Repertory Company. Elle
reste dans les mémoires comme l'égale de Sarah Bernhardt ou de "la
Duse".
SALOME, par son caractère unique et
avant-gardiste reste une œuvre à découvrir absolument.
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Mitchell Lewis :
Hérode,
tétraque de Judée
·
Alla Nazimova : Salomé,
belle-fille d'Hérode
·
Rose Dione :
Hérodias,
femme d'Hérode
·
Earl Schenck :
Narraboth, capitaine des gardes
·
Arthur Jasmine : Page d'Hérodias
·
Nigel De Brulier : Jokaanan, le prophète
·
Frederick Peters :
Naaman, le bourreau
·
Louis Dumar :
Tigellinus
[1] Alla est le diminutif d'Adélaïde, que lui donnait sa mère. Nazimova est un
hommage à l'héroïne du roman Les Enfants
de la rue.
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