Numéro 8 : AVRIL/ MAI 2007
§13. CINÉMA, TELEVISION, dvd
Lady Windermere’s
Fan
Mise en scène : Ernest Lubitsch
Adaptation : Julien Josephson
Avec :
Irene Rich (Mrs Erlynne), Ronald Coleman
(lord Darlington), May McAvoy (Lady Windermere), Bert
Little (Lord Windermere), Carrie Daumery (la duchesse
de Berwick), Edward Martindel (Lord Augustus)
Ce
film muet, accompagné au piano par une bande-son originale, est un moment
de bonheur comme seul Lubitsch savait les inventer. Réalisé en 1922 d’après
la pièce éponyme d’Oscar Wilde, le film offre une qualité et une recherche
plastique étonnantes, une créativité visuelle qui est digne des plus belles
réalisations du cinéma à venir. La sophistication du regard est d’un luxe
(et d’une discrétion) inouïs. Doit-il évoquer, avec la causticité et l’humour
qu’on lui connaît, les médisances de la haute société britannique ? La
caméra dans les tribunes d’un champ de courses multiplie les angles, vers
ce point d’achoppement obscur, charmant et étrange, incarnée par Irène Rich.
Doit-il échapper à la lourdeur du mélodrame, et raconter les mesquineries
du destin ? Un simple éventail, offert puis oublié sur un divan suffit
à ruiner toutes les bonnes volontés et tous les efforts pour échapper au quiproquo
- l’autre nom de l’erreur, du mensonge et de la malchance.
En 1923, Lubitsch réalisait-il
son film le plus beau, et le plus abouti ? Laissons la réponse aux
spécialistes du maître. L’éventail de Lady Windermere n’est pas
seulement un événement cinéphilique, il est avant tout une grande mise en scène
autour de l’exclusion et de l’ostracisme et un moment de cinéma rare qui
procure un grand plaisir. Cette comédie issue du théâtre, portrait acerbe d’une
société mesquine et cruelle, laisse aussi une belle place à la peinture de
sentiments dont la profondeur étonne. L’amour simple de l’époux, l’intelligence
du rival, l’élégance et la noblesse de la mère ruinée - tout s’écroule, mais
rien ne meurt - qui parviennent à dépasser la fausse loi du fatum et de la
tragédie. Le talent d’Oscar Wilde n’est certes pas étranger à ce raffinement et
cette subtilité ; celui de Lubitsch non plus, qui sut avec génie épanouir
la science du geste, du regard, de l’expression, qui n’appartient à nul autre
qu’aux acteurs de son film. Sans paroles, mais avec une imagination visuelle
peut-être inégalée.
Max Robin
Projections-concerts : L’Eventail de Lady
Windermere, le 4 avril à Antony (Le Select, 01-46-68-79-79) ; les 6 et 12 avril à
Paris (Action Christine, 01-43-29-11-30).
A propos de
ce film, on peut trouver un article d’Edouard
Waintrop (« Un Lubitsch muet prend
voix ») dans le journal Libération
du 9 avril 2007, de Pierre Murat (Le muet version “live”)
dans Télérama n° 2986 - 7 avril 2007, d’Isabelle Regnier ("l'Eventail de lady Windermere" : Oscar Wilde, Ernst Lubitsch, deux
grands esprits se rencontrent°) du 3 avril 2007.
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